En juin 1379, une criée à Mirepoix

Rédigé par Belcikowski 4 commentaires
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Figure de crieur public sous le Grand Couvert de Mirepoix. Les outrages du temps veulent qu'il ait perdu la trompe dans laquelle il soufflait initialement.

La scène rapportée et traduite ci-dessous se passe en juin 1379, « le dimanche devant Saint Jean Baptiste », à Mirepoix, sous la seigneurie de Roger Bernard Ier de Lévis et le consulat de G. Rocati et G. Cayrol. À partir du 19 juin, sur mandement du seigneur, le crieur public, officier nommé par les consuls et assermenté auprès du seigneur 1, vient procéder régulièrement à une annonce sur la place. Il crie en occitan, d'évidence pour qu'on le comprenne. Il prévient en effet d'une interdiction. Le 28 juin, sur mandement des consuls, le même crieur vient annoncer sur la place l'annulation de ladite interdiction. On regrette que le document relatif à la criée rapportée ci-dessous, puis à l'annulation de ladite criée, ne dise pas le nom du crieur.

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I. Texte original du document, en occitan

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Félix Pasquier, Cartulaire de Mirepoix, tome 2, Toulouse, Imprimerie et Librairie Édouard Privat, 1921, p. 200.

II. Traduction

L'an mille trois cent septante-neuf, le dimanche devant Saint Jean Baptiste, qui fut au dix-neuf de juin, il fut fait criée de la part de monseigneur de Mirepoix, en la forme qui suit :

De la part de monseigneur de Mirepoix, on mande à toute personne, de quelque condition qu'elle soit, qu'elle n'ose le passage sur la terre de monseigneur de Mirepoix pour prendre du bois de dehors (pendre segua de fora2, sous peine de dix livres tournois (detz lieuras de tornes) et de les payer toutes.

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Jules Breton (1827–1906), La Fête de la Saint-Jean, 1875, Philadelphia Museum of Art.

De même, au vingt-huit dudit mois, l'an dessus dit, maître Iohan del Pueg, lieutenant de monsieur le juge, et Iohan Lebratier, bayle de Mirepoix, et monsieur Arnald Fornier, gardien des grains dudit seigneur, ont annulé la même criée, sur mandement dudit seigneur. C'est par une lettre transmise à eux en présence de monsieur Iohan la Faia [Lafage], chanoine de Mirepoix, monsieur R. Ferier, monsieur Iacmes del Abatia, bénéficier de Saint Maurice, Iacmes Vigoros, Rogier Rayant, maître Iohan dels Faudiers, de Laroque [d'Olmes], Iacmes Ferier, savetier, Arnald Boyns, R. de Solayrac, Arnald Laurens, de Mirepoix, et de B. G., à la requête de P. de Bergua, jurisconsulte [savi en dreitz, littéralement « savant en droit »], G. Rocati, G. Cayrol, consuls de Mirepoix, l'an dessus dit. 3


  1. Cf. Christine Belcikowski, Le 8 décembre 1338, Jean II de Lévis confirme aux consuls de Mirepoix le droit de nommer les crieurs publics, les courtiers et les peseurs.↩︎

  2. Dans la formule très ramassée pendre segua de fora, le mot segua, qui vient du latin secare, ou du bas-latin sequare, couper, désigne ici du bois de coupe, et plus particulièrement du bois de haie ou de clôture, comme indiqué dans le Dictionnaire de l'occitan médiéval. Il s'agissait donc pour les habitants de Mirepoix, le 19 juin 1379, de traverser « la terre de monseigneur de Mirepoix » pour aller chercher, au-delà (fora) de cette dernière, du bois destiné « peu avant la Saint Jean Baptiste » à l'alimentation des feux traditionnels de la fête correspondante. Après la fête, l'interdiction susdite est levée.↩︎

  3. Félix Pasquier, Cartulaire de Mirepoix, tome 2, Toulouse, Imprimerie et Librairie Édouard Privat, 1921, p. 200. Traduction Christine Belcikowski.↩︎

4 commentaires

#1  - Jacques Gironce a dit :

La date traduite par mille trois cent septante-neuf ne me paraît pas être exacte. Il faudrait lire mil trois cent soixante-neuf; le préfixe sie correspondant à six. Aujourd'hui, on écrit en classique sieistanta ou sieissanta.

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#2  - Belcikowski a dit :

J'ai suivi Félix Pasquier.
Cartulaire de Mirepoix, volume 2, p. 200.

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#3  - Belcikowski a dit :

Voilà qui apporte un avis encore :
« 60. sissante, sessante, seissante ; et encore :
sesante, sixante , sexante. De toutes ces formes , c'est sis-
sante qui est la plus fréquente et la mieux autorisée.
65. sissante chianc ; 67. sissante set, sessante set ; 70. sie-
tante ; 73. sessante treze, sissante treze, sietante trois ;
76. sixante quatorse, seissante quatorze; 75. sissante quinze ; »
https://archive.org/details/recherchessurle02gugoog/page/206/mode/2up
Gustave Fallut et Paul Ackermann, Recherches sur les formes grammaticales de la langue franc̜aise et de ses dialectes au XIIIe siècle, Paris, À l'Imprimerie royale, 1839, p. 206.

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#4  - Belcikowski a dit :

Un autre avis encore :
« Avril 1274. Gui, comte de Flandre, affranchit de tous services de fief › une dime sise à Gheth, et vendue au chapitre de Lille par Lambert d'Ogerlande, lequel la tenait du comte. Dounées l'an del Incarnation Nostre Signeur mil deus cens sietante et quatre, et mois d'avril.
Orig. avec sceau. Archives communales de Lille. »
E. Hauteur, Cartulaire de l'église collégiale de Saint Pierre de Lille, Mémoires, Volume 1, Lille, Société d'études de la province de Cambrai, 1894, p. 254.
https://books.google.fr/books?id=E50wAQAAIAAJ&hl=fr&pg=PA454#v=onepage&f=false

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