Sprites

Rédigé par Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

Phosphènes, phalènes, menus fildeféristes
et autres sprites
sprite1.jpg sprite1.jpg sprite1.jpg sprite1.jpg sprite1.jpg
qui flambez dans les yeux de la nuit,
voici qu’à vous voir ainsi tournoyer rouge
le nuit me remène l’histoire d’Élie
qui est monté au ciel
dans son char de feu.

Drôle de pensée,
et drôle de véhicule,
du genre qu'on ne voit pas sur le cours
où passent à grand charroi,
de crépuscule en crépuscule,
poids lourds, autobus et trains de bois,
et où la suie fait aux maisons
des litres qu'on dirait funéraires.

καὶ ἐγένετο αὐτῶν πορευομένων ἐπορεύοντο καὶ ἐλάλουν, καὶ ἰδοὺ ἅρμα πυρὸς καὶ ἵπποι πυρὸς καὶ διέστειλαν ἀνὰ μέσον ἀμφοτέρων, καὶ ἀνελήμφθη Ηλιου ἐν συσσεισμῷ ὡς εἰς τὸν οὐρανόν. 1

« Ils parlaient ainsi en marchant, et voici qu'un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent l'un de l'autre ; puis, Élie fut ravi dans un tourbillon comme on en voit au ciel. »

elie_char_𖧴feu.jpg

Gustave Doré, Élie emporté dans le char de feu, détail.

Que peut-il faire pour nous,
le bon Élie,
loin des cours de la petite ville,
loin des prés, des monts, des nuages,
loin du monde sublunaire,
loin des autres mondes encore,
les possibles et les compossibles,
et les impossibles aussi ?
C'est trop loin !
Adieu veau, vache, cochon, couvée !
Adieu, prophéties ! Adieu, miracles !
Élisée, son fils, reste, comme nous,
larigot, sur le carreau.
Et il s'en va gratter un Millionnaire.
Ah ! la corne d'abondance du bureau de tabac !

Phosphènes, phalènes, phoscars
et autres sprites mirobolants
🝇 🝳 𞡎 𖨞 𖥡 𖤬 𓇘 𒑋 𑿱 𑵱 𑿃 𑱢 🜪
qui flambez dans les yeux de la nuit,
préservez-nous de la tristesse des soirs d'hiver
et de la solitude des cieux qui demeurent, là-haut,
fermés à nos vœux.


  1. Pierre Giguet et Autres Traducteurs, La Septante Grec-Français, 4 ROIS 2:11, ThéoTex, 2014, p. 312.↩︎

Histoire dérangeante de Jeanne Odette Marie de Lévis, fille du dernier marquis de Mirepoix. IX. Après Lequinio

Rédigé par Belcikowski 3 commentaires
Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

crane_chaperon_rouge.jpg

A long time ago, in a house near a wood... Walter Crane (1845–1915), Little Red Riding Hood, Edmund Evans, engraver and printer, London, George Routledge and Sons, 1875.

Lire la suite de Histoire dérangeante de Jeanne Odette Marie de Lévis, fille du dernier marquis de Mirepoix. IX. Après Lequinio

L'ombre d'une idée

Rédigé par Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

Il arrive que dans sa tête des événements se mettent à bouillonner, et que ses pensées se changent alors en une allée de statues, en figures de granit, de marbre, de pierre, de stuc, qui ne cessent de remuer les lèvres et de cligner des yeux.
Daša Drndić (1946-2018), Sonnenschein, 2007.

 

Je n’ai pas l’ombre.jpg d’une idée, disais-tu.

Je n’ai pas l’ombre.jpg d’une idée, diras-tu.

Je n’ai pas l’ombre.jpg d’une idée, dis-tu là,
quand, au-delà de la balustrade,
tu ne vois rien d'autre que le soleil qui poudroie
et l’herbe qui verdoie.

 

Genie of the Lamp ! avoir une idée, qu’est-ce que c’est ?

Et l’ombre.jpg d’une idée, qu’est-ce que c’est ?

Et une idée, au juste, qu’est-ce que c’est ?

Et l’avoir d’une ombre.jpg, qu’est-ce que c’est ?

Et l’ombre.jpg finalement, what's it ?

Et l’ombre.jpg finalement ? ou l'ombre.jpg initialement ?

 

intersections.jpg

Anila Quayyum Agha, Intersections, 2013, Rice University Art Gallery, Houston, U.S.A.

 

Palles Esprits, & vous Vmbres pouldreuses,
Qui jouissant de la clarté du jour,
Rives de Styx non passable au retour,
Vous enlassant d'un trois fois triple tour 1,
avez œuvré jadis les Sept Merveilles du monde,
l'Alhambra, les Cités d'or et la Muraille de Chine,
Rome et Venise, Naples, où juste il faut mourir,
Notre-Dame de Paris, le château de Versailles,
la tour Eiffel, bergère des ponts,
la statue de la Liberté,
et la gare de Perpignan,
ne pouvez rien savoir de l'ombre
dans laquelle s'est joué le destin de l'idée,
tandis que votre destinée à vous se jouait poussière
et poussière de vent.

 

catacombe.jpg

Visite aux catacombes de Paris. Auteur inconnu.

 

Et une idée, au juste, qu’est-ce que c’est,
sinon ce rien d'étant et cependant étant
qui vient à prendre forme, et matière et destin,
à partir de rien,
rien,
et par là se délie, — par quel effet secret ? —
de son insubstance d'ombre.jpg.

 

lorrain_port.jpg

Claude Gellée dit Le Lorrain (ca 1600-1682), Port de mer au soleil couchant, 1639. Musée du Louvre.

 

Et l’ombre.jpg, finalement ou initialement,
what's it ?

 

 

eventail.jpg

Éventail de type brisé fan (écran brisé), détail, auteur inconnu, ca 1790, Cooper–Hewitt, Smithsonian Design Museum, New-York.

 

L'ombre.jpg niche dans l'éventail,
et il y a lumière
quand l'éventail s'ouvre
par effet de rotation de la rivure,
que l'écran se déplie,
que l'ombre.jpg s'emporte
et que dans sa portée, longue, longue,
un moment, encore un moment,
quelque chose s'éclaire,
luit.

Comme un brin de paille dans l'étable,
dit l'autre poète.

C'est l'idée,
ou l'idée de la chose,
ou la chose même
qui vient à prendre forme, et matière et destin,
quand l'éventail s'ouvre,
et c'est l'idée,
ou l'idée de la chose,
ou la chose même
qui finit,
quand l'éventail se referme.

 

elevage_poussiere.jpg

Marcel Duchamp et Man Ray, Élevage de poussière, 1920, photographie du Grand Verre après la chute et le bris de l'œuvre, Centre Pompidou.

 

Quand donc, cette fin ?
Là tout de suite, demain, un jour,
ou a perpetuo, comme disent les Anciens,
peu importe le temps.
Quand l'éventail se referme,
tout s'éteint.
Avant la mariée..., rien.
Après la mariée..., rien.
Entre temps,
rien d'autre qu'un mouvement tournant,
rien d'autre qu'un mouvement tournant,
certes,
mais il y a, par effet de mouvement tournant,
pour un temps, et pour un temps seulement,
la mariée mise à nu par ses célibataires, même.

 

duchamp_mariee.jpg

Réplique ultérieure du Grand Verre, ou de La mariée mise à nu par ses célibataires, même, dont l'original date de 1915. Réplique créée par Ulf Linde (Suède, 1929-2013, Suède), an artistic snake charmer. National Museum, Stockholm.

 

Ainsi, pulsatile, va la force,
la force du possible,
le rien.

 

linde_snake_charmer.jpg

Ulf Linde, an artistic snake charmer.Ce n’est pas L. C’est du S. et L. C’est S.E.L. du sel même ; Ulf Linde (1929–2013), Professor, Museum Director, Art Critic and Jazz Musician, 1989. National Museum, Stockholm.


  1. Joachim Du Bellay (ca 1522-1560), Le premier livre des antiquitez de Rome : contenant une générale description de sa grandeur et comme une déploration de sa ruine, Palles Esprits et vous, Vmbres pouldreuses, Paris, impr. de F. Morel, 1558, p. 5.↩︎

Lire la suite de L'ombre d'une idée

La maison s'est perdue

Rédigé par Belcikowski Aucun commentaire
Classé dans : Poésie Mots clés : aucun

La maison s’est perdue
ou plutôt la maison m’a perdue.

La première maison, la maison de l’enfance,
où rien n’avait changé depuis au moins un siècle,
croyais-je, car elle semblait si vieille.
Au jardin, deux pommiers se penchaient l’un vers l’autre,
et nous lisions sous leurs branches amoureuses
des histoires de mer.
Robinson Crusoë fut alors mon livre préféré.

La deuxième maison, j’ai du mal à le dire,
se souvenait du malheur
d’un homme qui s’y était pendu.
Je l’ai appris trop tard.
La cuisine avait vue sur la cour,
les chambres, sur la rue du tapin.
Le poêle rougeoyait dans un corridor noir.
Ce qui s’est passé là m’a brisé le cœur.

La troisième maison avait un puits de jour.
On y pouvait scruter les nuages,
l’humeur du ciel,
et qui sait ? les dieux,
avec leurs dés qui roulent.
Il y avait, en face, un parc en pente,
et quelquefois un petit cirque.
On entendait rugir les lions.

La quatrième maison, plus bas, plus loin,
sur la pente toujours,
m’a brisé le cœur une deuxième fois.

La cinquième maison, la dernière sans doute,
j’ai cru pouvoir l’apprivoiser,
elle, un brin ruinée,
et son jardin, un peu fou.
Mais le temps a passé,
et rien ne s’est passé
comme je l’avais rêvé.
Un jour, même,
j’ai dû faire couper le cyprès
qui plaisait tant à mon cœur désolé.

Il n’est plus temps de faire maison,
il faut quitter maison, vaisselles et vaisseaux,
dit l’autre, en son parler ancien.
Je me suis déliée du désir de maison,
et, ainsi va la vie,
je vais désormais libre d'âme,
et m'engage à l'aveugle
sur le vif de la pente.

Fil RSS des articles