Pauvre poète ! Le poète pauvre

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Le pauvre poète, vu en 1839 par Carl Spitzweg (1808-1885), poète et peintre allemand romantique, représentant de la période Biedermeier. Neue Pinakothek, Munich.

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Le poète dans sa mansarde, vu en 1844 par Honoré Daumier (1808-1879), graveur, caricaturiste, peintre et sculpteur, in La Grande ville. Nouveau tableau de Paris comique, critique et philosophique, tome I, Paris, Marescq, Libraire-Éditeur, 1844, chap. « Les Greniers », p. 138.

Henry Murger (1822-1861), fils d'un concierge-tailleur et d'une ouvrière, évoque dans ses Scènes de la vie de bohème le sort des pauvres poètes, autrement dit celui des poètes pauvres [N'est pas Victor Hugo qui veut !]. Il s'agit là d'un sort qu'il a connu lui-même, avant la publication des Scènes de la vie de bohème, dont le succès marque pour lui, à partir de 1847, le commencement d'une vie nouvelle.

« Cette bohème-là se recrute parmi ces jeunes gens dont on dit qu'il donnent des espérances, et parmi ceux qui réalisent les espérances données, mais qui, par insouciance, par timidité ou par ignorance de la vie pratique, s'imaginent que tout est dit quand l'oeuvre est terminée, et attendent que l'admiration publique et la fortune entrent chez eux par escalade et avec effraction. Ils vivent pour ainsi dire en marge de la société, dans l'isolement et dans l'inertie. Pétrifiés dans l'art, ils prennent à la lettre exacte les symboles du dithyrambe académique qui placent une auréole sur le front des poëtes, et, persuadés qu'ils flamboient dans leur ombre, ils attendent qu'on les vienne trouver. Nous avons autrefois connu une petite école composée de ces types si étranges, qu'on a peine à croire à leur existence ; ils s'appelaient les disciples de l'art pour l'art. Selon ces naïfs, l'art pour l'art consistait à se diviniser entre eux, à ne point aider le hasard qui ne savait même pas leur adresse, et à attendre que les piédestaux vinssent se placer sous leurs pas.

C'est, comme on le voit, le stoïcisme du ridicule. Eh bien, nous l'affirmons encore une fois pour être cru, il existe au sein de la bohème ignorée des êtres semblables dont la misère excite une pitié sympathique sur laquelle le le bon sens vous force à revenir ; car si vous leur faites observer tranquillement que nous sommes au XIXe siècle, que la pièce de cent sous est Impératrice de l'humanité, et que les bottes ne tombent pas toutes vernies du ciel, ils vous tournent le dos et vous appellent bourgeois.

Au reste, ils sont logiques dans leur héroïsme insensé ; ils ne poussent ni cris ni plaintes, et subissent passivement la destinée obscure et rigoureuse qu'ils se font eux-mêmes. Ils meurent pour la plupart, décimés par cette maladie à qui la science n'ose pas donner son véritable nom, la misère. S'ils le voulaient cependant, beaucoup pourraient échapper à ce dénoûment fatal qui vient brusquement clore leur vie à un âge où d'ordinaire la vie ne fait que commencer. Il leur suffirait pour cela de quelques concessions faites aux dures lois de la nécessité, c'est-à-dire de savoir dédoubler leur nature, d'avoir en eux deux êtres : le poëte, rêvant toujours sur les hautes cimes où chante le chœur des voix inspirées ; et l'homme, ouvrier de sa vie, sachant se pétrir le pain quotidien. Mais cette dualité, qui existe presque toujours chez les natures bien trempées dont elle est un des caractères distinctifs, ne se rencontre pas chez la plupart de ces jeunes gens que l'orgueil, un orgueil bâtard, a rendus invulnérables à tous les conseils de la raison. Aussi meurent-ils jeunes, laissant quelquefois après eux une oeuvre que le monde admire plus tard, et qu'il eût sans doute applaudie plus tôt si elle n'était pas restée invisible. » (1)

Il va de soi que Henry Murger se comprend dans le portrait qu'il brosse de ces « orgueilleux ». Il a d'ailleurs fait partie de ce groupe d'artistes et de poètes dits les « Buveurs d'eau » parce qu'il n'avaient pas le premier sou qui pût payer un verre au comptoir. Mais il n'est pas mort à la fleur de l'âge, lui. Il a donc su « dédoubler sa nature » avant qu'il ne soit trop tard, et il a pu ainsi cesser un jour de boire de l'eau seulement...

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Murger (H.), Scènes de la vie de bohème, nouvelle édition, Paris, Calmann Lévy Éditeur, 1880, Préface, pp. 6-8.

Robespierre en enfer, visité par le Christ

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Alexandre Soumet, dans La Divine Épopée (1840), raconte comment l'Antéchrist, en enfer, fait venir quelques-uns des damnés afin d'identifier l’inconnu descendu parmi eux, « ainsi qu’une blancheur sur les pas de la nuit ». Cet inconnu, c'est le Christ, qui tente de reconduire les damnés au Salut. Robespierre se présente...

Alexandre Soumet (1) illustre ici, dans une scène de style frénétique, digne des futurs films d'horreur, le point de vue monarchiste et catholique qu'il conservera toue sa vie durant.

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Isidore Stanislas Helman (1743–1806), graveur, Charles Monnet (1732–1808), dessinateur, d'après une eau-forte d"Antoine Jean Duclos (1742-1795), Journée du 21 janvier 1793, mort de Louis Capet sur la place de la Révolution.

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Le vent de la flûte

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Soumet, soumis à la piété de l'adage ancestral,
          une foi, une loi, un roi,
pleurait la mort d'un souverain sans joie
qui mourut comme Socrate et vécut comme saint Louis.

Hugo troussait Margot à l'abri d'un rideau
avant de composer, fenêtres grandes ouvertes,
deux chansons de son Art d'être grand-père.
Les Mormons désireux d'avoir parmi eux des descendants
          de Victor Hugo
le priaient d'accepter, dixit Triboulet (1),
deux épouses jeunes et belles.

Lamartine, qui fut ministre
          trois mois,
se souvenait d'avoir ramé jadis sur le lac du Bourget
auprès d'une amante poitrinaire,
puis de s'être ruiné dans la politique
et d'avoir ainsi perdu sa maison.
Et l'ortie envahit les cours ! ...

Vigny, taciturne vigneron,
vendangeait dans sa tour
le fruit amer des antiques destinées.
Le vin qui en est tiré, il faut le boire
          sans parler.

Musset s'amusait à Venise
avant qu'au dernier acte du drame,
non point sa muse, mais la mort elle-même,
d'un grand coup d'aile, le pousse
          dans la lagune.
Attends ! Tire ces rideaux.

Baudelaire arborait la-la-lère
dans l’atelier d'un certain Félix
          Tournachon,
l’air pensif d’un vieux beau.

Heredia, natif de Cuba,
tirait à hue et à dia,
aux bords du monde
          occidental,
le charroi des conquérants
vers des étoiles lointaines.

Mallarmé s’en allait, mal armé, au devant du péril,
épris en vain du vierge,
          du vivace et du bel aujourd’hui
.

Rimbaud trouvait à son pauvre Verlaine,
          muni, oh ! la Bichke !
d'un mignon revolver de poche,
pan ! des yeux de verveine.

Lautréamont tras los montes
plaquait sur son piano,
dans une chambre très sombre,
des accords féroces.
          Horror et voluptas !
Les gémissements poétiques de ce siècle ne sont que des sophismes.

C'était le vent de la flûte
qui ne souffle qu'à l'oreille des enfants.

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1. Trop tard ! Les Mormons désireux d'avoir parmi eux des descendants de Victor Hugo le prient d'accepter deux jeunes épouses. Titre d'une estampe publiée dans le Triboulet en novembre 1783, soit deux ans avant la mort de Victor Hugo († 22 mai 1885).

Divination de la neige

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De nuit la neige, la neige ! est venue
divine surprise !
et au réveil, j’écoute son pas,
qui étouffe le bruit.
Le jardin pèse à la fenêtre.
Ô la divination de la neige
qui opère sans voix,
muet haruspice,
le devinement du monde et des choses
et celui de la pensée en dormance !
C'est l'albedo,
point la luminance des astronomes en bonnets pointus
ni celle des toits de New York ou de Los Angeles,
mais la lumière venue,
venue de partout et de nulle part,
nue dans sa venue,
nue dans le blanc de l'œuvre
dont nos âmes un moment s'éclairent.

À propos de Magdeleine Soulié, tante de Frédéric Soulié

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Adrien Dauzats (1804-1868). Vue de la cathédrale Saint Maurice de Mirepoix.

Née le 13 septembre 1756, deuxième d'une fratrie de cinq enfants, Magdeleine Soulié est fille de Jean Soulié, alors régent du collège, — par ailleurs futur grand-oncle de l'écrivain Frédéric Soulié (1) —, et de Thérèse Barrau. Sans doute par effet de lapsus calami, Maître Cassaigneau de Meynard, sacristain, a oublié dans l'acte de naissance de Magdeleine Soulié, et dans cette seule occurrence, le six de l'année mille sept cent cinquante six à laquelle la page du registre paroissial se trouve dédiée. Je m'intéresse ici à la destinée ultérieure de ladite Magdeleine Soulié, destinée difficile, fuyante, qui ne laisse pas d'inquiéter.

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13 septembre 1756. Baptême de Magdeleine Soulié. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix (1754-1767). Document 1NUM/3E125/2. Vue 45. L'enfant a pour marraine Madeleine Barrau, sa tante maternelle.

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