Loin du café Corazza. Fabre d'Églantine à la prison du Luxembourg

Rédigé par Christine Belcikowski Aucun commentaire
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Fabre d'Églantine en prison, gravure anonyme.

I. Conditions de vie de Fabre d'Églantine à la prison du Luxembourg

Paris abrite en 1789 seize prisons, auxquelles s'ajoutent par la suite un certain nombre d'hôtels particuliers et de maisons de santé transformés en prisons, de telle sorte qu'en 1793, la ville compte une cinquantaine de prisons. Le recensement opéré le 6 août 1793 à la demande de la Convention donne un total de 1555 prisonniers. Dans les mois suivants, on comptera jusqu'à 7140 détenus.

Le 13 janvier 1794, au petit matin, Fabre d'Églantine est arrêté et écroué à la prison du Luxembourg. Il y rejoint, entre autres, François Nicolas Vincent, dénoncé par ses soins, arrêté le 17 décembre 1793 [provisoirement libéré par ses partisans le 2 février 1794], et Anacharsis Cloots, arrêté dans la nuit du 27 au 28 décembre 1793.

Un inconnu nommé Coissin s'attache à rassembler dans son Almanach des prisons, ou anecdotes sur le régime intérieur de la Conciergerie, du Luxembourg, etc., ouvrage paru après Thermidor, les souvenirs de ceux qui ont survécu à la Terreur. Il évoque ci-dessous les conditions de vie des suspects enfermés à la prison du Luxembourg :

« Le Luxembourg, où l'on renferma d'abord les députés prévenus de fédéralisme, ne devint prison pour les autres citoyens qu'au 20 vendémiaire, époque à laquelle on y conduisit des Anglais et des Anglaises. Le concierge, nommé Benoit, septuagénaire plus respectable encore par ses vertus que par son âge, les reçut avec humanité ; il n'avait pas de lits à leur offrir, mais on voyait qu'il souffrait plus encore que ceux auxquels il ne pouvait présenter que les quatre murailles. [...]. Dès le lendemain chacun reçut son lit de sangle, son matelas, de l'épaisseur d'une omelette soufflée, et le traversin économique.

À mesure qu'il arrivait de nouveaux pensionnaires, le sensible Benoît les conduisait vers ceux qui par leur profession, leur pays, leur caractère, leur section ou leur âge, semblaient promettre au détenu une société plus agréable. Déjà se formaient les connaissances, déjà les petits comités se resserraient dans un cercle plus étroit.

Chacun se prête un mutuel secours : les blouses, les redingotes et manteaux servent de matelas pour reposer la chair délicate des dames, et le gentilhomme se trouve fort heureux de bivouaquer une chaise à côté du sans-culotte.

L'amour avait le plus de part dans le choix des sociétés. Les Anglaises, moins vives, mais aussi tendres que les Françaises, se rangèrent à leur tour sous les drapeaux de ia galanterie ; les petits vers, les couplets, le jeu, la médisance et la musique remplissaient les journées. Parfois cependant on était interrompu par la visite de municipaux qui n'étaient rien moins que damoiseaux. Marino, administrateur de police, qui ensuite fut juge à Commune-Affranchie et depuis jugé et guillotiné à Paris, ne se permit-il pas un jour de dire au cercle assemblé : "Savez-vous ce qu'on répand dans le public ? que le Luxembourg est le premier B..... de Paris ; que vous êtes ici un tas de P......qui... et que c'est nous qui vous servons de Maq........" (1) Des oreilles délicates devaient être déchirées par des reproches aussi grossiers, mais il fallait se faire à tout. [...].

Cependant le Luxembourg se peuplait ; tous les jours on voyait arriver des légions de citoyens de Paris, arrachés å leur commerce et à leur famille ; on les traînait à travers les rues, on les peignait au peuple sous les traits les plus noirs, et c'était pour la plupart de malheureuses victimes de la vengeance ou de la scélératesse. Ils entendaient retentir autour d'eux les cris funèbres : à la guillotine, et arrivaient à demi-morts au Luxembourg, où ils étaient tout étonnés de trouver un concierge humain et sensible qui prévenait leurs besoins et cherchait à deviner où il pourrait les placer pour qu'ils fussent plus avantageusement. Chaque arrivant était d'ordinaire conduit dans la chambre de ses co-sectionnaires. Il trouvait en eux des camarades, des amis, des frères. L'on vivait ensemble dans la plus étroite union ; chacun à son tour balayait la chambre, allait à l'eau, faisait la cuisine ; les frais étaient tous en commun et chacun payait son écot, qui, tout compris, n’excédait pas 40 sous par jour.

Un citoyen était-il trop pauvre pour subvenir à sa subsistance, le bon concierge prévenait presque toujours une demande qui pouvait l’humilier et chargeait un ci-devant d'y pourvoir.

Logent alors à la prison du Luxembourg « le maréchal de Mouchy et sa femme, née de Noailles,le générai Flers, ie général d'Apremont et le général O'Hara, le président de Nicolaï, la femme de l'ex-ministre Amelot, ie duc de Lévis, le marquis de Fleury, le comte de Mirepoix (2), le journaliste Duplain de Saint-Albin, rédacteur en chef d'une feuille qui fut jugée trop modérée, le Courrier extraordinaire ou le premier arrivé. Presque tous furent guillotinés.

Une chose assez plaisante, c'est que ces messieurs estimaient leur fortune réciproque dans la maison, par le nombre des sans-culottes qu'ils nourrissaient, comme ils faisaient jadis dans le monde par le nombre de leurs chevaux, de leurs maîtresses, de leurs chiens et de leurs laquais. En général, la noblesse faisait bande à part, elle se familiarisait peu avec les citoyens des sections de Paris ; les rues de l'Université, de Grenelle, Saint-Dominique, qui étaient en masse au Luxembourg, conservaient l'étiquette la plus rigoureuse ; on se traitait de M. le prince, M. le duc, M. le comte, M. le marquis, on faisait salon avec gravité, et on disputait méthodiquement sur le pas et les visites.

Les républicains s'amusaient entr'eux de ces ridicules grimaces, se moquaient de leurs préjugés, mais n'ajoutaient pas par l'insulte aux maux de leur détention.

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François Nicolas Vincent (1767-24 mars 1794, guillotiné), animateur du club des Cordeliers, secrétaire-général du ministère de la Guerre en 1793).

Ce n'est pas ainsi qu'en agissait François Nicolas Vincent. Ce petit homme violent et enporté les injuriait tous de but en blanc. Quand on amena le général O'Hara et plusieurs autres prisonniers de marque, tant Anglais qu'Espagnols, il entra en fureur contre eux, et après les avoir accablés d'injures, il les aurait frappés, sans la contenance ferme des gendarmes. Son épouse avait la permission d'entrer et de le voir. Un jour qu'assise sur son lit, elie l’entretenait tout bas de ses affaires, il saute à terre, en écumant de rage, prend un couteau, et courant à un gigot cru et saignant qui était suspendu à la fenétre, il en coupe une tranche et la dévore, en disant : Que ne puis-je manger ainsi la chair de mes ennemis ! Hébert venait souvent le voir, et tous les jours de nouvelles députations, tant des sociétés populaires que des comités révolutionnaires, venaient le consoler et s'enivrer avec lui. Enfin, il partit au bruit des instrumens et des chants de victoire d'une députation nombreuse qui le porta en triomphe chez lui. » (3)

Fabre d'Églantine, au dire des témoins, ne se mêle aucunement à cette bizarre société. « Cet homme qui avait tant écrit, tant parlé, gardait un obstiné silence, remarque Henri d'Alméras. Il passait muet, sombre, dans les couloirs, plongé dans les plus tristes pensées et déjà tout couvert de l'ombre de la mort. La détente nerveuse avait produit chez lui un insurmontable accablement ». Lui, l'homme couvert de femmes, n'en regardait, en ce triste lieu, plus aucune. « Sa maison de la rue Ville-l'Evêque, ses tableaux, ses travaux commencés, ses maîtresses, tout ce qu'il avait aimé, tout ce qui avait été sa vie, le malheureux le regrettait amèrement, y songeait sans cesse. Chose étrange, mais qui ne surprendra pas trop ceux qui savent à quel degré de folie peut atteindre la passion littéraire, l'auteur dramatique souffrait plus que l'amant. Lorsque, par hasard, il lui arrivait de dire un mot à un de ses co-détenus, c'était presque toujours pour parler de ses œuvres, pour se plaindre qu'on eût pris dans ses papiers une comédie inachevée, L'orange de Malte. Un de ses rivaux, Collot d'Herbois par exemple, n'allait-il pas la publier sous son nom ? » (4)

« Il faut renoncer sans doute à jamais connaître cette fameuse Orange de Malte dont, suivant quelques récits, le sort préoccupait encore Fabre d'Églantine dans le trajet de la Conciergerie à la place de la Révolution. [Adolphe] Thiers semble croire que L'Orange de Malte était la comédie pour laquelle Fabre étudiait depuis longtemps Robespierre et où il l'avait aristophanisé : le dictateur le savait, le soupconnait du moins, ce qui expliquerait sa haine contre lui et la disparition de la pièce. Mais ce n'est là qu'une hypothèse à peu près gratuite, qui n'est suffisamment autorisée ni par le titre, ni par l'idée qu'on peut se faire indirectement de l'œuvre, d'après ceux qui passent pour l'avoir imitée. (5)

Il semble qu'en 1834 encore, Stendhal ait entendu parler de L'Orange de Malte par certains de ses amis qui avaient lu la pièce de Fabre d'Églantine ; ou encore qu'il ait lu cette pièce lui même. « D'après les indications du manuscrit de Lucien Leuwen et les noms que Stendhal lui donne dans sa correspondance, on voit que ce roman s'appela successivement : Leuwen, L'Orange de Malte, Le Télégraphe, etc. [...]. Stendhal avait assez longtemps songé à L'Orange de Malte. Cette alliance de mots lui plaisait "uniquement à cause de la beauté du son (pour la phonie, dirait M. Ballanche)". Mais inopinément, tandis qu'il en écrivait la seconde partie, il découvrit soudain un rapport entre son propre roman « et L'Orange de Malte de Fabre d'Églantine, dont on parlait aux déjeuners du comte Daru vers 1810 : "un évêque donnait le conseil à sa nièce de devenir la maîtresse du roi ; M. Leuwen va se disputer avec son fils pour le forcer à entretenir une fille. Scène comique du roman". Toutefois Stendhal craignait que ce titre ne fût bourgeois. Il y renonça... » (6)

Si Fabre d'Églantine, dans sa prison du Luxembourg, se tient à l'écart, c'est non seulement parce qu'il se trouve accablé par le sort, mais aussi parce qu'il se méfie des espions. On sait qu'il n'a pas tort, car il y a en effet dans son entourage immédiat un espion.

II. Amans, espion de Robespierre à la prison du Luxembourg

Détenu lui aussi à la prison du Luxembourg depuis quelques jours, l'ancien chef d'escadron Amans, devenu agent de Robespierre, sert en l'occurrence de mouton. Le 14 janvier 1794, dans une lettre adressée à Robespierre, il évoque le cas de Fabre d'Églantine, et plus généralement l'éventualité que se trame au Luxembourg un nouvel épisode du complot des prison :

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7. Rapport fait au nom de la Commission chargée de l'examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices, par E. B. Courtois, Député du département de l'Aube, dans la séance du 16 nivôse an III de la République française une et indivisible, imprimé par ordre de la Convention, Paris, chez Maret, an III de la République, p. 148.

« CITOYEN REPRÉSENTANT,

Je veux te faire part de quelques observations que j'ai faites, qui pourraient être utiles au salut public ; ta vertu républicaine, qui ne s'est jamais démentie, m'est un sûr garant que tu les mettras à profit, si tu les juges sous le même rapport que moi.

Voici le fait : je suis détenu depuis quelques jours dans la maison d'arrêt du Luxembourg, jusqu'à ce que l'affaire de Kellerman soit mise en jugement, ayant déposé contre lui. L'ex-général Dillon, qui se trouve détenu, m'engagea, il y a quelques jours, à aller dans sa chambre ; je me rendis à son invitation, et j'y ai été pendant deux jours de suite. Je n'ai été longtemps sans m'apercevoir que les détenus de la chambre de l'ex-général n'étaient pas des révolutionnaires ; et feignant d'être de leur avis, pour tirer quelque fruit de leur conversation, d'après quelques mots jetés au hasard par Dillon, Dublin, Doucet, Doldemkopf, contre TOI, je me méfiai d'eux d'autant mieux, qu'ils parlaient toujours à l'avantage de Camille Desmoulins, de Philippeaux et Fabre d'Églantine. N'étant pas politique assez profond pour démêler ces discussions, j'écrivis au président du Comité de sûreté générale, sans lui rien dire autre chose, qu'il envoie un membre du comité, que j'avais quelque chose à lui communiquer pour le bien général ; je n'ai obtenu aucune réponse. L'arrestation de Fabre d'Églantine me confirme encore mieux dans l'idée que j'ai qu'il y a une grande conspiration. J'ai jeté les yeux sur le journal d'hier, et j'y vois que l'on devait dissoudre la représentation nationale, en allụmant une guerre civile entre les protestans et les catholiques. Ce projet m'a fait frémir d'horreur, et ma conscience ne peut me permettre plus longtemps de garder le silence.

Voici ce que j'ai conjecturé : Dillon travaille à son bureau toutes les nuits, jusqu'à cinq ou six heures du matin ; il a un commissionnaire fidèle qui va et vient pour porter ses paquets ; des êtres qui me paraissent fort suspects, viennent le voir et l'entretiennent en particulier ; il préche beaucoup pour le parti des Jacobins, qui, selon ce que je vois, n'est pas le bon. Dillon est d'une famille protestante, et nécessairement il y tient ; son oncle, ancien archevêque de Narbonne, est en Angleterre ; sa société au Luxembourg n'est liée qu'avec tous les ci-devant monseigneurs, ducs, marquis et autres conspirateurs de la République. J'ai pensé que tu pourrais trouver des renseignemens, en se saisissant adroitement des papiers qui lui parviennent et de ceux qu'il envoie, ou en faisant une visite à sa chambre, la nuit, quand il écrit. Il faut éviter que les gens de la maison le sachent des papiers qui lui parviennent et de ceux qu'il envoie, ou en faisant une visite à sa chambre, la nuit, quand il écrit. Il faut éviter que les gens de la maison le sachent.

Je suis quasi persuadé que les grands conspirateurs se font mettre dans des maisons d'arrét, pour étre à l'abri de la surveillance nationale, et par là mieux servir la cause des tyrans. Tes vertus républicaines et ta sévérité sur l'exécution des lois qui doivent affermir la République, me sont un sûr garant que tu ne négligeras rien pour découvrir le fil de cette conspiration. Je sais que ton temps est trop bien employé pour répondre aux lettres que tụ reçois ; mais pour être assuré que ma lettre te soit parvenue, je te prie de faire un reçu au citoyen qui te la remettra. Salut et fraternité. » (7)

Amans, qui parle d'un parti « protestant » et d'un parti « catholique » chez les Jacobins, conjecture là de façon qui surprend. Certes on compte au club des Jacobins, outre une majorité de catholique de naissance, un certain nombre de protestants de naissance, tels Pierre Joseph Cambon, Georges Frédéric Dentzel, André Jeanbon Saint-André, Jean Julien dit Julien de Toulouse, Jean Henri Voulland, etc. Mais Amans ne parle ici de « protestants » et de « catholiques » que pour désigner, d'un côté la faction crypto-monarchiste, momentanément incarnée par Arthur Dillon ; et de l'autre, la faction des Exagérés [Jacques René Hébert, François Nicolas Vincent, Antoine François Momoro, Pierre Gaspard Chaumette, etc.] et celle des Enragés [Jacques Roux, Jean François Varlet et Jean Théophile Leclerc], factions d'apprence proches sous le rapport de leur souci du Quatrième Ordre, autrement dit de leur souci des pauvres, mais ennemies ou, pour le moins, fortement concurrentes.

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Jacques René Hébert (1757-1794, guillotiné), Je suis le véritable pere Duchesne, foutre, n° 339, 1974, p. 8.

Amans, au vu du « journal d'hier », dont par exemple le n° 339 du Je suis le véritable pere Duchesne, foutre, tient que « l'on devait dissoudre la représentation nationale, en allụmant une guerre civile entre les protestans et les catholiques ». Il n'avait pas tort, car on sait que les Hébertistes ont tenté en février 1794 de promouvoir un coup de force contre la Convention. La plupart des sections parisiennes toutefois ne les ont pas suivis. Mais qui Amans désigne-t-il sous le « on » de « l'on devait dissoudre la représentation nationale, en allụmant une guerre civile... » ? L'usage d'un tel « on » laisse entendre que, d'après Amans, quelque s'occupe dans l'ombre d'allumer la « guerre civile entre les protestans et les catholiques » afin d'obtenir la dissolution de la Convention, autant dire afin de retirer, comme on dit, les marrons du feu. Ce quelqu'un serait-il l'insaisissable baron de Batz, comme Robespierre le pensera un peu plus tard ? ou plus sûrement, mais une hypothèse ici ne chasse pas l'autre, les banquiers étrangers, qui contribuent alors tout à la fois au financement des menées citra-révolutionnaires et à celui des menées ultra-révolutionnaires, dans l'espoir de précipiter la chute de la Convention, et par là de hâter l'avénement d'un nouveau régime, plus propice à leurs activités de toujours.

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« Je reconnais avec Monsieur Brichet, qu'il y a une faction nouvelle ; elle se divise en deux partis, dont l'un est composé d'agens de puissances étrangères, qui travaillent pour la tyrannie, pour la dissolution de la Convention et la déchéance de la France en lambeaux ; l'autre est composé de factieux qui se sont introduits jusques dans la Convention. Sans doute les émissaires des tyrans ne pourront exécuter leurs projets, s'ils n'étaient pas secondés par des hypocrites qui se sont glissés dans la Convention... » Intervention de Robespierre au club des Jacobins, in Gazette nationale ou le Moniteur universel du 12 février 1794.

Au club des Jacobins, lors de la séance du 7 février 1794, comme rapporté dans le Moniteur universel du 12 février, Robespierre se se fait l'écho des informations fournies le 14 janvier par Amans. Mais là où Amans voit que « l'on devait dissoudre la représentation nationale, en allụmant une guerre civile entre les protestans et les catholiques », Robespierre tient, de façon moins complexe, que « les émissaires des tyrans ne pourraient exécuter leurs projets, s'ils n'étaient pas secondés par des hypocrites qui se sont glissés dans la Convention ». Il ne s'inquiète donc pas ici d'une possible « guerre civile » entre citra- et ultra-révolutionnaires, mais seulement d'une alliance entre citra-révolutionnaires et « hypocrites qui se sont glissés dans la Convention », autrement dit Montagnards à deux faces, lesquels, parce que sensibles à la corruption par l'argent, peuvent être qualifiés de « pourris ». Il compte par suite sur l'identification et l'élimination des hypocrites pour assurer, à elles seules, la survie du pouvoir révolutionnaire ainsi que l'avenir radieux auquel ce pouvoir prétend. On sait comment cet avenir a tourné.

III. Fabre d'Églantine prépare sa défense

Fabre d'Églantine, quant à lui, profite de l'isolement dans lequel il se tient, pour rédiger afin de préparer sa défense, un texte qu'il intitule Précis apologétique. Faute de savoir très précisément de quoi on l'accuse dans l'affaire de la liquidation de la Compagnie des Indes, il dresse méthodiquement l'historique de six faits relatifs aux différentes interventions qui ont été les siennes dans ladite affaire. Le nerf de sa défense réside dans le rappel de la différence de statut par où se distinguent « projet de décret » et « décret ». S'il a contribué par ses corrections à la rédaction du projet de décret de liquidation de la Compagnie des Indes, lui, Fabre d'Églantine n'a, dit-il, aucunement trempé dans la modification subrepticement apportée ensuite à ce projet, ni trempé non plus dans la présentation dudit projet à la signature en tant que décret nanti du statut d'expediatur.

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Joseph Delaunay (1752-5 avril 1794, guillotiné), député du Maine-et-Loire, membre de la Commission des Cinq, ou Comission des Finances, et membre de la Commission des Six, créée par la Convention le 13 mars 1793 pour saisir le tribunal révolutionnaire.

Commission des Six
Dominique Joseph Garat (1749-1833), député du Labourd, ministre de la Justice du 9 octobre 1792 au 23 janvier 1793, ministre de l'Intérieur du 23 janvier au 10 août 1793
Louis Marie de la Révellière-Lépeaux (1753-1824), député du Maine-et-Loire jusqu'au 13 août 1793, non remplacé après sa démission
Jean Paul Rabaut-Saint-Étienne (1743-5 décembre 1793, guillotiné), député de l'Aube
Joseph Delaunay (1752-5 avril 1794, guillotiné), député du Maine-et-Loire
Jean René Gomaire (1745-1805), député du Finistère
Jean Jacques Bréard, dit Bréard-Duplessis (Québec, 1751-1840, Paris), député de Charente-Maritime ; puis Pierre Louis Prieur, dit Prieur de la Marne  (1756-1827, Bruxelles, exilé), député de la Marne, après le désistement de Bréard
[tous sympathisants des Girondins, sauf Prieur].

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De gauche à droite : Dominique Joseph Garat ; Louis Marie de la Révellière-Lépeaux ; Jean Paul Rabaut-Saint-Étienne.

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De gauche à droite : Jean Jacques Bréard, dit Bréard-Duplessis ; Pierre Louis Prieur, dit Prieur de la Marne.

III.1. Premier fait. « Un jour, Delaunay...

« Un jour, écrit Fabre d'Églantine, Delaunay d'Angers [membre de la Commission des Finances], après m'avoir tournoyé sur les bancs, en me caressant de l'œil ; après m'avoir dit : "Tu vas étre bien content, je vais abîmer la Compagnie des Indes". Un jour, dis-je, Delaunay parut à la tribune avec un discours foudroyant contre cette Compagnie ; elle était traînée dans la boue, et si ignominieusement et avec tant de vérité, que je m'aperçus qu'il ne pouvait y avoir que les traînés qui eussent pu dévoiler tant de turpitude, pour en imposer à la Convention, et lui escamoter un décret favorable à leurs vues. Effectivement, le discours était de leur fabrique. Tant d'efforts contre eux-mêmes, dans le considérant, n'était que pour que les députés adoptassent aveuglément le projet de décret subséquent, dans la supposition, assez juste, que la Convention prendrait pour destructeur de la Compagnie des Indes, tout décret qui suivrait assez habilement une pareille diatribe ; mais la politesse de Delaunay, et la connaissance que j'avais de ses précédentes opinions sur cette matière, me tinrent en garde. En effet, la lecture du projet de décret me démontra que les administrateurs de cette Compagnie ne voulaient autre chose que perpétuer la compagnie et son agiotage, en ayant l'air de la supprimer par une fausse liquidation. »

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« Projet de décret. Le gouvernement après avoir entendu la Commission des finances décrète ce qui suit. Article 1. Les Compagnies financières sont et demeurent supprimées. Il est défendu à tous banquiers, négociants, et autres personnes quelconques, de former aucun établissement de ce genre, sous aucun prétexte et sous quelque récrimination que ce soit. »
Extrait du premier état du projet de décret relatif à la liquidation de la Compagnie des Indes, reproduit par Michel Eude in « Une interpétation non mathiézienne de l'affaire de la Compagnie des Indes », in Annales historiques de la Révolution française, 53e année, nº 244, avril-juin 1981, Armand Colin, p. 251.

« À l'instant, je tombe sur le projet de décret de Delaunay, en dévoilant franchement ma pensée, et je propose un simple amendement de deux lignes, qui mettait, sans retour, les administrateurs [de la Compagnie] à la porte, et la Compagnie à néant. Delaunay atterré, voulut lutter et lutta contre moi. Cambon (pour d'autres raisons, sans doute, que Delaunay) vint à son secours. Je résistai à trois reprises et par trois discours consécutifs, et avec une chaleur proportionnée à la fourberie qui m'indignait. Robespierre aîné, m'appuya, et j'emportai l'amendement suivant :

"La Convention décrète, que la liquidation de la Compagnie des Indes sera faite par le gouvernement ; et que les scellės apposés sur les effets de cette Compagnie ne seront levés qu'après que le mode de liquidation aura été décrété et organisé".

« J'écrivis et signai cet amendement, dixit Fabre d'Églantine, au bureau des secrétaires, à côté de Delaunay, qui vint à la tribune me le voir écrire, et le remis à Louis, du Bas-Rhin, sans doute, puisqu'il dit que je lui ai remis un décret ; mais je ne lui ai pas remis, ni ne put remettre vingt-deux jours après le prétendu décret dont le Comité parle, attendu qu'il n'y a point de décret, que je ne lui en ai pas remis d'autres, et que Louis du Bas-Rhin, n'était pas là, vingt-deux jours après. Cette transposition de temps, n'est pas ici d'une petite conséquence. »

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Pierre Joseph Cambon (1756-1820), député de l'Hérault, membre du Comité de salut public du 6 septembre 1793 au 1er septembre 1794, président du Comité des Finances.

« Cambon [alors président du Comité des Finances] fit un sous-amendement ; il fut même fait quelques propositions incidentes ; et comme la séance tendait à sa fin, le tout fut renvoyé à la Commission des Finances, dite des Cinq [Pierre Joseph Cambon ; François Chabot ; Joseph Delaunay d'Angers ; Jean Pierre Ramel, député du Lot ; François René Mallarmé, député de la Meurthe], à laquelle je fus adjoint pour présenter une nouvelle rédaction. »

Comité des Finances, dit Comité des Cinq
Pierre Joseph Cambon (1756-1820), député de l'Hérault
François Chabot (1756-5 avril 1794, guillotiné), député du Loir-et-Cher
Joseph Delaunay d'Angers 1752-5 avril 1794, guillotiné), député du Maine-et-Loire
Jean Pierre Ramel (1760-1er janvier 1795, guillotiné), député du Lot
François René Auguste Mallarmé (Nancy, 1755-1831, Malines, exilé), député de la Meurthe.

III.2. Deuxième fait. « Me voilà donc bien toujours avec la preuve de mon zèle et de ma surveillance aux intérêts de la nation... »

« Le renvoi en nouvelle rédaction du projet de Delaunay, de mon amendement et du sous-amendement de Cambon, me firent craindre que l'on ne profitât de l'intervalle, pour spolier par quelque manœuvre, les effets de la Compagnie des Indes, dont les administrateurs se voyaient dégarnis par mon amendement lorsqu'il avait force de loi.

« En conséquence, je fis décréter le lendemain, sur ma motion spéciale, et par forme de garantie provisoire : "Que les scellés apposés et à apposer sur les effets de la Compagnie des Indes, ne seraient levés que lorsque le mode de liquidation aurait été décrété et organisé". Me voilà donc bien toujours avec la preuve de mon zèle et de ma surveillance aux intérêts de la nation. »

III.3. Troisième fait. « Les avertissant bien que je les attendais à la tribune... »

« Je me présentai à la Commission des Cinq, où je trouvai tout le monde tellement pour les administrateurs et contre mon amendement, qu'il n'y eut rien d'arrêté, et que je n'y remis plus les pieds, les avertissant bien que je les attendais à la tribune. »

III.4. Quatrième fait. « Chabot me dit : "Eh bien ! corrige, corrige" »

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François Chabot (1756-5 avril 1794, guillotiné), député du Loir-et-Cher.

« Quelques jours après mon apparition unique à la Commission des Cinq, me trouvant à la Convention, Chabot m'appela et me mena dans la salle de la Liberté. Là, il me dit : "Voici le nouveau projet de décret (bien projet de décret, bien intitulé PROJET en toutes lettres). Voici, dit-il, le nouveau projet, c'est Delaunay qui l'a rédigé ; il n'a pas voulu le présenter, il craint ; tu l'as combattu avec tant d'acharnement, qu'il est comme fâché ; enfin, il craint, et je me suis chargé de te le communiquer et de te dire de corriger, si tu ne le trouves pas bien, afin d'éviter les disputes".

Je lis le projet, et bientôt je m'aperçois qu'au moyen de cette rédaction, les administrateurs de la Compagnie des Indes pouvaient se rattacher de nouveau à leur proie et en écarter le gouvernement. Je me récriai avec force, en disant que je voyais le piège. Sur quoi Chabot me dit : "Eh bien ! corrige, corrige ; je ne suis venu que pour cela : quant à moi, je n'y tiens pas du tout ; corrige, exprime ton opinion, et je la communiquerai."

Effectivement, je pris sur le champ mon crayon, j'effaçai du projet de Delaunay tout ce que je crus être en faveur des administrateurs, et j'écrivis en marge mes idées de manière à imprimer mon opinion au projet, laquelle était toujours que les administrateurs ne pussent pas éluder la main du gouvernement ; cela fait, je signai le projet, au crayon, avec paraphe à chaque correction, de peur qu'on ne doutât que ce ne fut bien là mon opinion ; et je renvoyai le tout à Delaunay et à mes collègues. Chabot reprit le projet et s'en alla. Il est à observer qu'il manifesta, à cet égard, une indifférence très marquée et un détachement complet.

Voilà ce que le Comité de sûreté générale appelle le décret original qui devait être remis au secrétaire, pour y apposer l'expédiatur. À Dieu ne plaise que, si c'eût été là un décret, j'y eusse aussi franchement, cordialement et au crayon ex abrupto, apposé mes idées et paraphé, ne varietur, chacune d'elles ! Mais moi, membre de la Commission, chargé de se concerter pour une nouvelle rédaction, à laquelle Commission j'étais précisément adjoint, pour attacher mes idées à la rédaction nouvelle ; moi, requis expressément par un membre de cette Commission, et en son nom, tenant le projet de décret en main, bien projet, bien intitulé PROJET : requis, dis-je, de donner mon avis et ma signature, j'ai, sans contredit, eu le droit de donner cet avis, et le devoir à remplir de ne signer qu'après l'avoir bien sincèrement donné. Or, ce n'est point là, bien certainement, falsifier un décret, mais bien rectifier selon ma conscience un projet rédigé par Delaunay, sur lequel un membre de la Commission requiert mon opinion conciliatoire. Ce n'est point là une falsification ! mais bien un acte de bonne foi et de bon citoyen, mais bien opiner isolément, comme les députés le pratiquent tous les jours en pareil cas, sur une matière dont la Convention m'avait investi. »

III.5. Cinquième fait. « Chabot vint chez moi de grand matin... »

« Le lendemain, Chabot vint chez moi de grand matin, et pour la première et unique fois de sa vie. J'étais couché, je dormais : c'est un député qui me demande ; je me lève et le reçois jambes nues. "On a accepté tes corrections, me dit Chabot ; voici la copie au net et mot à mot du projet de décret tel que tu l'as corrigé, signe-le". Sans autre façon, je prends une plume et je signe la copie du projet de décret, bien PROJET. Je signe, dis-je, cette copie qui était sans ratures, puisque c'était là une copie au net : je signe le premier. Chabot reprend la copie qu'il va, dit-il, faire signer aux autres, et me quitte. Ce n'est point encore là falsifier un décret ; mais en vertu de son droit et de son devoir, signer avec plaisir son opinion que l'on croit être bonne, et que des collègues se résolvent enfin à adopter. »

III.6. Sixième fait. « Tout le reste m'est absolument étranger »

« Depuis cet instant où Chabot, emportant cette copie me quitta, tout le reste m'est absolument étranger. Je n'ai participé à rien autre qu'aux faits que je viens d'énoncer ; je n'ai participé à rien de ce qui put être ni en fait, ni en relation, ni en pensée, ni même en souvenir de cette matière, ni en quoi que ce soit ; enfin, je le répète, d'aucune espèce de manière quelconque, et je défie qu'on me prouve le contraire. Voilà les faits. »

III.7. « Je demande maintenant où est mon crime ? »

« Et je demande maintenant où est mon crime ? Delaunay rédige un projet, il en recueille, et fait recueillir isolément l'approbation et les signatures ; il va lui-même chercher celle de Cambon, qui me l'a dit, et à qui Delaunay a dit à son tour, que c'était moi qui avais rédigé le projet, ce qui est faux, puisque Chabot m'a déclaré que l'auteur et le rédacteur du projet était Delaunay. Chabot vient à son tour solliciter mon opinion, et, comme chargé de la Commission, me demande mes corrections, si le projet ne me paraît pas assez bon. Je lis ce projet : je vois qu'on y élude mon amendement, amendement décrété ; je le restitue au projet dans son intégrité, et je signe. Je suis le seul qui, parmi tous, conserve l'esprit pur et réel de cet amendement décrété, et c'est moi que l'on blâme, que l'on attaque, que l'on accuse.

Maintenant, c'est à la pièce corrigée par moi, au crayon, qu'il faut avoir recours : qu'on la regarde, qu'on estime ce que j'ai imprimé de mon opinion au projet de Delaunay, et c'est par là que l'on verra qui du rédacteur ou du correcteur au crayon, déjouait ou favorisait le mieux les administrateurs de la Compagnie des Indes, et par conséquent avait plus à cœur les intérêts de la nation. Je n'ai pas la pièce sous mes yeux ; mais elle existe : mais par elle on se convaincra de la pureté, de la chaleur de mon zèle pour la patrie, en posant pour base de ce jugement, que le but de la Convention nationale et l'utilité publique voulaient que les administrateurs ne pussent s'emparer SEULS de la liquidation de la Compagnie. »

III.8. « 100.000 francs ! »

Fabre d'Églantine revient ensuite sur la question des 100.000 francs que lui auraient proposés ou donnés François Chabot, de la part de Joseph Delaunay, pour prix de son silence concernant l'exeatur du projet de décret, modifié en faveur de la Compagnie des Indes.

Il faut se souvenir ici que, le 14 octobre 1793, à la faveur des quinze questions qu'il posait alors au Comité de salut public, Fabre d'Églantine dénonçait François Chabot comme faisant partie de la nébuleuse du « complot de l'étranger », et que, le 15 novembre 1793, François Chabot venait dénoncer à son tour auprès du Comité de sûreté générale ladite « conspiration de l’étranger », conspiration dans laquelle, mu par une saine inspiration patriotique selon lui, il se serait infiltré afin d'en mieux comprendre les tenants et aboutissants, de façon à pouvoir pouvoir les découvrir ensuite aux autorités. C'est dans ce rôle de patriote infiltré que, à la demande de Delaunay, il aurait proposé à Fabre d'Églantine les 100.000 francs susceptibles d'acheter son silence quant à la modification du projet de décret relatif à la liquidation de la Compagnie puis à la conversion dudit projet en décret muni de l'expediatur. Fabre d'Églantine, toujours selon lui, aurait fermement refusé les 100.000 francs. Et, preuve de ce refus, lui, François Chabot, déposait le 14 novembre auprès du Comité de sûreté générale les sulfureux 100.000 francs. Et, le 15 novembre 1793, Claude Basire, acolyte de François Chabot dans l'affaire, confirmait l'ensemble de la déposition de son ami. Mais Delaunay niera par la suite avoir remis à Chabot 100.000 francs, destinés à l'achat du silence de Fabre d'Églantine.

À propos de ces dangereux 100.000 frans, Fabre d'Églantine pousse de façon plutôt byzantine, mais assez convaincante, le raisonnement suivant :

« Il est maintenant bien aisé de voir que cette preuve matérielle de 100.000 francs, dont on s'est servi contre moi à la Convention, est une preuve évidente de ma loyauté et de ma bonne foi ; puisque mon opposition aux instructions de Delaunay formait un tel obstacle aux malversateurs, et tellement utile à la nation, qu'on voulait en acheter la destruction 100.000 fr. Il serait absurde de dire que j'aurais participé gratuitement à une action honteuse, lorsqu'on voulait la payer si bien. Le propre d'une action de cette nature est d'être payée. Si l'on me l'avait payée, les 100.000 fr. et l'attestation formelle, et je puis dire religieuse, de Chabot, sur ma loyauté, ne seraient pas au Comité de sûreté générale : si l'on n'avait pas dû me la payer, pourquoi aurait-on donné 100.000 francs ? Me fera-t-on cupide et corrompu d'une part, généreux et désintéressé de l'autre dans le même acte ? Voyez comme la vérité se fait jour dans toute cette affaire !! Il est bien vrai, que je tiens du citoyen Jagot, membre du Comité de sûreté générale, que Delaunay nie avoir remis les 100.000 fr. à Chabot ; entre eux le débat : mais les 100.000 fr. sont néanmoins au Comité, et la déclaration de Chabot aussi ; et celle de Basire est très concordante avec celle de Chabot. »

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Pièces trouvées dans les papiers de Robespierre et complices. Affaire Chabot. Affaire Proli, Paris, Convention nationale, 1794, p. 3 sqq.

« Le Comité de sûreté générale, immédiatement après la dénonciation et l'emprisonnement de Chabot, en me communiquant les particularités de cette affaire, de laquelle je m'informai auprès de lui ; le Comité, dis-je, jugea si bien alors de mon intégrité, que, dans l'instruction assez embarrassante et pénible qu'il en fallait faire, (car Chabot dénonce une vaste conspiration trop réelle, dont cette affaire-ci n'est qu’un des moindres effets), le rapporteur me pria de l'aider dans son travail. »

III.9. « J'avais pénétré moi-même cette conspiration... »

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« Un petit mémoire rédigé en forme de questions... », in Pièces trouvées dans les papiers de Robespierre et complices, Affaire Chabot. Faction Proli, Hébert, etc., Questions lues au Comité de sûreté générale de la Convention nationale, à la fin de vendémiaire, n° I, Paris, Imprimerie nationale, brumaire an III, p. 75 sqq.

Mon intervention dans ce travail, était d'autant plus naturelle, que j'avais pénétré moi-même cette conspiration, deux mois auparavant. J'en avais résumé les probabilités en un petit mémoire rédigé en forme de questions, et je l'avais dénoncé à une collection de membres du Comité de salut public et de sûreté générale, convoqués expressément, et au nombre de 10 à 12 [Robespierre, Saint-Just, Philippe françois Joseph Lebas, Étienne Jean Panis, Marc Guillaume Alexis Vadier, Jean Pierre André Amar, Jacques Louis David, Moïse Bayle et Armand Joseph Guffroy, d'après Albert Mathiez (8)]. Cette pièce, dont le temps a justifié tous les faits et résolu tous les doutes, est entre les mains du rapporteur ; et ce n'est pas un des moindres griefs aux yeux des agens nombreux de la conspiration, tous mes calomniateurs. Ce sont eux qui ne cessent de me ruiner, par la voie publique et indirecte, auprès des meilleurs patriotes, trop confiants, sans doute, mais que l'excès de la perversité et de l'audace, dont ils ont été les dupes, ramènera à plus de clairvoyance sur les manœuvres ourdies contre la patrie, et à plus de confiance et de justice envers moi.

J'ai donc procédé au travail dont je parle, de l'aveu, à la pressante invitation et à la connaissance de beaucoup de mes collègues, avec soin, activité et impartialité, pendant plus d'un mois, sans interruption, et jour et nuit. Le rapporteur peut me rendre la justice qui m'est due à cet égard, et sur mon travail qui est dans ses mains, et sur l'esprit de ce travail, et sur la manière dont je m'en suis acquitté. »

III.10. Les calomniateurs et les reptiles qui bavent sur la république, pour produire la haine...

» Mais, je dois le dire ici, c'est à cette fonction dangereuse que je dois ce nombre d'ennemis qui me poursuit sourdement d'une part, et avec tant de rage et d'extravagante audace de l'autre. La frayeur s'est emparée de bien des personnes. Vous avez dû voir, dans le temps, quelle différence la révélation et l'instruction de cette conspiration apporta dans l'audace précédente, et le langage de bien des gens. La conversion fut frappante : la douceur et la bénignité succédèrent, tant dans les paroles que dans les écrits, à la fureur antécédente ; les paroles de paix aux turbulences, les éloges des patriotes à la calomnie. Un grand nombre de conspirateurs et d'agens tremblaient d'être découverts. On laissa agir mon zèle, pour en détourner secrètement les effets. Je trouvais chaque jour un nouveau fil. On me connaît de l'activité, du zèle ; on m'accorde plus de pénétration peut-être que je n'en ai, et la guerre la plus terrible fut sourdement résolue contre moi. Tout à coup l'instruction cessa. Bientôt je me vis attaquer par des clameurs insignifiantes, par les calomnies les plus vagues en public, mais sans doute en secret par les plus atroces, et on ne peut se défendre de celles-ci ; mais les patriotes éminens, par leurs talens et leur vertu, ceux à qui la nation a confié un grand ascendant et une grande puissance, ne manqueront pas enfin de se dire, que si les tyrans, les machiavélistes de Londres, et tous les ennemis de la république ont des agens, c'est auprès des patriotes accrédités et constitués en puissance, qu'ils doivent avoir placé les plus perfides et les plus dangereuses ; qu'il n'est pas un seul de ces patriotes puissans qui ne doive être à son insu, circonvenu par la perfidie ; que ses yeux, ses oreilles doivent être continuellement en garde ; qu'il n'est pas un seul de ces patriotes puissans, dont le caractère, et la plus petite passion, et le plus petit intérêt, ne soit étudié avec art, avec soin, avec précaution par les calomniateurs et les reptiles qui bavent sur la république, pour produire la haine, la division, la méfiance et l'esprit de parti entre les bons républicains, et anéantir par là, cette république qui a coûté tant de soins et de peines à nous tous. Si cela n'était pas ainsi, nos ennemis seraient bien stupides et bien peu concordants à leur politique et à leur morale.

C'est par les manœuvres sourdes de ces perfides gens, que toutes mes actions ont été empoisonnées ; c'est eux qui ont controuvé les calomnies dont on m'assaille, encore ne dit-on que des choses vagues ; c'est par eux que mon zèle est précisément converti en mauvaise intention, mon activité en projets secrets, mon étude des hommes, mon occupation constante depuis que ma raison existe, mon occupation habituelle, involontaire même, en prescience sur les choses. Alors et pour peu que ces perfides interceptent les communications entre les âmes et les personnes ; pour peu qu'ils empêchent les éclaircissemens entre les calomniés et les auditeurs de la calomnie, la prévention arrive bientôt, et les hypothèses s'arrangent ; et le calomnié seul, ignorant les coups qu'on lui porte, allant de bonne foi, et n'en allant que plus droit, n'en tombe que plus rapidement dans les filets des traîtres, et il y gémit victime de l'imposture, jusqu'à ce que la vérité, la vérité forte se fasse jour à travers ces machinations. Mais le temps n'est pas loin où cette vérité triomphera. Déjà je la sens, je la touche du doigt, dans le cœur et dans la pensée que mes ennemis, et ceux de la patrie ne se l'imaginent. »

III.11. « Après cette opinion favorable du Comité de sûreté générale sur mon compte... »

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De gauche à droite : Jean Pierre André Amar (Grenoble, 1755-1816, Paris) ; Jacques Louis David (Paris,1748-1825, Bruxelles, exilé) ; Philippe Rühl (Strasbourg, 1737-29 mai 1795, Paris, suicidé).

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De gauche à droite : Joseph Le Bon (1765-16 octobre 1795, guillotiné) ; Philippe François Joseph Le Bas (1764-28 juillet 1794, suicidé) ; Joseph Nicolas Barbeau du Barran, dit Dubarran (1761-1816).

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De gauche à droite : Jean Henri Voulland (1751-1801) ; Marc Guillaume Alexis Vadier (Pamiers, 1736-1828, Bruxelles, exilé).

Membres du Comité de sûreté générale à partir de septembre 1793
Section des interrogatoires : Jean Pierre André Amar, Étienne Jean Panis, Antoine Boucher de Saint-Sauveur, Jacques Louis David, Louis Charles de Lavicomterie
Section de la correspondance : Armand Joseph Guffroy, Moïse Bayle, Philippe Rühl
Section des rapports : Jean Henri Voulland, Joseph Le Bon, Philippe François Joseph Le Bas, Marc Guillaume Alexis Vadier.
Après le départ de Rühl, envoyé en mission le 16 septembre 1793, on adjoint au Comité de sûreté générale, le 22 septembre, quatre nouveaux membres titulaires : Joseph Nicolas Barbeau du Barran, Pierre Antoine Lalloy, Grégoire Jagot, Jean Antoine Louis, dit Louis du Bas-Rhin.

Après cette opinion favorable du Comité de sûreté générale sur mon compte, lors de l'arrestation de Chabot, je ne conçois pas comment il a pu en changer. Voici cependant l'explication qu'il en donne :

« Des déclarations faites par Delaunay d'Angers, il résulte qu'il devait se trouver une pièce essentielle parmi ses papiers, mis sous le scellé, qui devait faire connaître les vrais coupables. » (9)

Voilà donc les motifs qui ont pu faire juger au comité que j'étais, moi, le coupable. Je vais prouver qu'il a été impossible au Comité de former cette conjecture.

La pièce en question est précisément celle qui parle le plus en ma faveur. Cette pièce, est le projet de décret, bien projet, bien intitulé Projet, je ne me lasserai point de le répéter, sur lequel la Commission, par le ministère de Chabot, l'un de ses membres, a requis mon avis, mon opinion, mes modifications, comme le seul opposant au succès, à l'intention et au projet de Delaunay, et sur lequel projet, j'ai attaché mon opinion au crayon, avec paraphe à chaque correction ou addition, bien en toute bonne foi, sur le champ, dans la salle de la Liberté, palam omnibus [aux yeux de tous] ; et comme tous les députés le font, lorsque sur des différences d'opinion ils se raccordent, se concilient, se parlent, se cherchent, se font parler ; le tout pour éviter les discussions trop longues ou trop contentieuses ; car il faut bien vous remettre ici sous les yeux, que Delaunay n'éprouva d'opposition à la tribune que de ma part ; qu'il fut soutenu par Cambon, par Chabot, par Ramel ; que je ne fus adjoint à cette Commission qu'en vertu de mon opposition ; qu'en m'abstenant d'assister à cette Commission, lorsque j'y trouvai les quatre membres contre mon avis, j'y laissai cette assurance bien formelle que je les attendais à la tribune ; que ce ne fut que pour éviter les débats que l'on requit, et que je dus penser que l'on requérait mon adhésion, ou simple ou modifiée ; que dans ce sens que Chabot vint me requérir, et que je consentis volontiers, et très franchement, à ce moyen ; que le lendemain Chabot vint m'apporter l'assurance de l'adhésion de la Commission à mon opinion, et la copie au net, du projet modifié par mes corrections. Ainsi, je ne vois pas sur quels raisonnements le Comité a pu fonder le jugement qu'il a porté sur moi à l'aspect de cette pièce.

Est-ce par le sens de mes corrections ? Oh! pour le coup, je les invoque. On n'y a pas regardé : qu'on consulte les personnes les moins versées dans cette matière, on verra que par le projet de Delaunay, les administrateurs pouvaient écarter le gouvernement de la liquidation, et qu'au moyen de mes corrections, cela ne se pouvait plus. Il est, certes, bien facile de s'en convaincre. »

III.12. « Ils ont signé aveuglément ou sciemment le projet de décret, mais isolément... »

« Pourquoi n'aurais-je done pu faire ce que les autres membres ont fait ? Ils ont signé aveuglément ou sciemment le projet de décret, mais isolément ; parce que, sans doute, ils l'ont trouvé bon : mais, moi, dont on requiert l'avis et les corrections, j'ai voulu rendre à la nation ce qui me semblait devoir lui être utile.

Le Comité ajoute que Cambon, en apposant sa signature, a corrigé aussi quelque chose du projet de Delaunay ; mais que ces corrections n'altéraient pas le sens du décret. D'abord, il faut dire : Projet de décret, et non le décret, ce qui est bien différent. Ensuite, il faut voir que le mot altérer signifie diminuer la bonté, l'utilité d'une chose. Or, j'invoque ici, encore un coup, la copie originale du projet de Delaunay et de mes corrections ; et l'on verra , si, loin d'altérer le projet de Delaunay, je ne renversais pas toute sa manœuvre, en liant avec riyure le gouvernement à la liquidation. Si la chose n'était pas ainsi, il n'aurait pas été supposé frauduleusement une autre copie bien raturée ; et si mes corrections étaient dans le sens de Delaunay, il n'aurait pas été besoin à Delaunay d'escamoter cette copie et de la serrer dans ses papiers pour y en substituer une autre ; il n'y avait qu'à décréter celle à laquelle je ne me serais pas opposé.

Cette vérité, que mes corrections ruinaient la manœuvre de Delaunay, non seulement gît en fait, mais tombe encore sous les yeux d'une manière évidente. Car, était-ce pour me faire embrasser les intérêts de la nation au détriment des administrateurs, que les fripons voulaient me donner 100 mille francs ? Or, puisque les cent mille francs étaient là tout prêts, puisqu'ils sont en preuve matérielle malgré la dénégation de Delaunay, puisque Chabot dit dans sa dénonciation écrite, qu'il doit me rendre justice, que je me suis comporté, dans cette affaire, en homme infiniment probe, etc., et que Chabot n'a pas vu le moindre jour à me proposer les cent mille francs, comment se ferait-il que mes corrections se trouvassent anti-nationales et altérantes, et que ce fut le texte pur de Delaunay, qui sacrifie, lui et consorts, cent mille fr. ; que ce fut, dis-je, ce texte pur de Delaunay qui se trouvât le projet par excellence, civique, désintéressé, et qui devait rester inaltérable ? L'absurdité, je pense, ne peut aller plus loin.

Que si l'on me dit que c'était le projet de décret de la Commission, et non celui de Delaunay, je réponds par un fait. Chabot, en me requérant, m'a dit : Chabot déclare par écrit que Delaunay était l'auteur et le rédacteur du projet. Or, jugez du sens de ce projet par les 100 mille francs, et par mon combat à la tribune contre lui. Bien plus, tous les membres de la Commission étaient de l'avis de Delaunay ; et à la Convention et au Comité, moi seul, j'étais opposant ; moi seul, je l'aurais été ; il était donc bien naturel, il devait donc me paraître très simple que Chabot vint me demander, au nom de la Commission, mon avis, mes corrections sur ce projet de décret. »

III.13. « Voyons ce que c'était que l'opinion collective de la Commission des cinq, et si les signatures... »

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Dernier état du projet de décret de liquidation de la Compagnie des Indes. Delaunay, rapporteur. Signatures de Fabre d'Églantine, Cambon fils aîné, François Chabot, Julien de Toulouse, Delaunay d'Angers, Ramel. In Michel Eude in « Une interpétation non mathiézienne de l'affaire de la Compagnie des Indes », in Annales historiques de la Révolution française, 53e année, nº 244, avril-juin 1981, Armand Colin, p. 261.

D'ailleurs, laissons à part les chicanes de procureur, soyons de bonne foi, et voyons ce que c'était que l'opinion collective de la Commission des cinq, et si les signatures et les adhésions n'en sont pas toutes aussi isolées que la mienne, et en travail de conciliation ambulante par le ministère de Delaunay et Chabot.

D'abord voilà Cambon qui signe isolément entre les mains de Delaunay, qui va le trouver (c'est Cambon qui me l'a dit), et qui corrige aussi le décret : en voilà un. Vient ensuite Delaunay, auteur et rédacteur du projet, et grand intéressé à ce projet : en voilà deux. Paraît ensuite Chabot, qui vient requérir mon avis au nom de tous : en voilà trois. Me voilà ensuite, moi, aussi disjoint que les autres, qui signe et opine sur la réquisition de Chabot, comme Cambon avait signé et opiné sur la prière de Delaunay : en voilà quatre. Reste Ramel, qui a signé je ne sais quand ni comment, ni à la réquisition de qui. Serait-ce donc que Ramel constituerait à lui seul le corps de la commission ? Et les autres membres sollicités par eux-mêmes, n'avaient-ils pas aussi leur droit d'opinion ? N'est-ce pas une dérision que de se refuser à voir la vérité dans tout ceci, et à voir que sur un simple projet ainsi promené, chacun l'un par l'autre avait son droit de suffrage ?

Enfin, dirait-on que Chabot ayant les 100.000 fr. en poche, à mon service, en cas que j'eusse molli (car, je le déclare, je n'ai point tâté dans ce sens) dirait-on que Chabot aurait eu le bonheur de me trouver tout à coup, et très gratuitement et tellement métamorphosé, moi, si furieux et si obstiné à la Commission et à la tribune, j'aurais fait de moi-même plus encore que Delaunay n'aurait voulu ? Que non seulement j'aurais consenti à ses desseins, mais que j'aurais encore, dans l'excès de mes complaisances, altéré le peu d'utilité nationale que Delaunay aurait bien voulu laisser dans son PROJET de décret ? Voilà pourtant ce que deviennent les assertions portées contre moi, lorsqu'elles sont pressées par une logique simple, claire, solide et appuyée sur tous les faits, sur toutes les pièces, et sur le dire et les écrits des témoins, agens immédiats de cette affaire.

Telle est ma défense sur cette affaire ! et je la crois indestructible. » (9)

Comme publié dans le n° 208 du Moniteur, daté du 28 germinal an II (17 avril 1794), Ramel proposera au nom du Comité des Finances, à la séance de la Convention du 25 germinal an II (14 avril 1794), soit 9 jours après l'exécution de Fabre d'Églantine, une « nouvelle rédaction du décret sur les compagnies financières, falsifié par Fabre d'Églantine... »

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« Nouvelle rédaction du décret sur les compagnies financières, falsifié par Fabre d'Églantine », in Gazette nationale, ou le Moniteur universel, n° 208, volume 11, Paris, p. 835.

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1. Cf. Christine Belcikowski, Charles Philibert Marie Gaston de Lévis, comte de Mirepoix, en silhouette dans les prisons de Paris en l’an II.

2. Coissin, Almanach des prisons, ou anecdotes sur le régime intérieur de la Conciergerie, du Luxembourg, etc., Paris, 1794, p. 59 sqq. Anecdote rapportée aussi par Jean Baptiste Nouraget in Histoire des prisons de Paris et des départemens, volume 2, Paris, chez l'éditeur, juin 1797, pp. 43-44.

3. Coissin, Almanach des prisons, ou anecdotes sur le régime intérieur de la Conciergerie, du Luxembourg, etc., Paris, 1794, p. 59 sqq.

4. Henri d'Alméras (1861-1938), Fabre d'Églantine. L'auteur de Il pleut, bergère..., collection « Les romans de l'histoire », Paris, Société française d'Imprimerie et de librairie, s. d., pp. 272-273.

5. Victor Fournel, « Fabre d'Églantine, le comédien, l'auteur dramatique et le révolutionnaire », in Revue des questions historiques, nouvelle série, vingt-huitième année, volume 54, Paris, Bureaux de la revue, 1893, p. 207.

6. Stendhal, Lucien Leuwen, édition augmentée, Préface d'Henri Martineau, Paris, Éditions Arvensa, version numérique, s. d., p. 28.

7. 8. Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc. [nouvelle édition du Rapport fait au nom de la Commission chargée de l'examen des papiers trouvés chez Robespierre et ses complices, par E. B. Courtois...], tome 1, Paris, Baudoin Frères, Éditeurs, 1828, pp. 141-143.

8. Albert Mathiez, « Fabre d'Églantine, inventeur de la conspiration de l'étranger », in Annales révolutionnaires, t. 8, n° 3, mai-juin 1916), pp. 311-335.

9. Œuvres mêlées et posthumes de Philippe François Nazaire Fabre d'Églantine, tome 1, Paris, chez la veuve Fabre d'Églantine, vendémiaire an XI, pp. 42-45.

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