Fabre d'Églantine et Jean François Collin d'Harleville

Rédigé par Christine Belcikowski Aucun commentaire
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Philippe François Nazaire Fabre, dit Fabre d'Eglantine, par Jean-Jacques Frilley (1850), d'après François Bonneville et Achille Devéria ; Jean François Collin d'Harleville, par Jean-Jacques Karpff (1770-1829).

Le 22 février 1790, après une carrière d'auteur dramatique resté jusqu'alors médiocrement apprécié, Fabre d'Églantine fait jouer à la Comédie-Française Philinte de Molière, ou La suite du Misanthrope, comédie en cinq actes et en vers qui lui vaut son premier et seul vrai grand succès. Jean Jacques Rousseau regrettait que, dans son Misanthrope, Molière n'ait pas imprimé « un tel changement à son plan que Philinte entrât comme acteur nécessaire dans le nœud de la pièce, en sorte qu’on pût mettre les actions de Philinte et d’Alceste dans une apparente opposition avec leurs principes » (1). Fabre d'Églantine, lui, a opéré ce changement dans son Philinte et composé de la sorte une pièce conçue pour faire écho aux aspirations révolutionnaires du public de 1790. Il est à cette date membre du club des Cordeliers, ami de Georges Jacques Danton, de Guillaume Marie Anne Brune, le futur maréchal, et du journaliste Louis Marie Stanislas Fréron, lui aussi futur député à la Convention.

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Fabre d'Églantine, Le Philinte de Molière, ou La suite du Misanthrope, comédie en cinq actes et en vers, représentée au Théâtre François, le 22 février 1790, Paris, chez Prault, imprimeur du Roi, 1791.

Dans la Préface de son Philinte de Molière, ou La suite du Misanthrope, rédigée en 1791, Fabre d'Églantine, s'en prend à Jean François Collin d'Harleville, auteur dramatique jusqu'alors plus considéré que lui, dont L’Optimiste a connu en 1788 un succès mémorable, et dont le personnage principal M. de Plinville, « l'Optimiste », constitue une figure dérivée à la fois du Philinte de Molière et du Candide de Voltaire.

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Jean François Collin d'Harleville, L'Optimiste, ou l'Homme content de tout, comédie en cinq actes et en vers représentée le 22 février 1788, et devant le Roi le 25 du même mois, Paris, Prault, imprimeur du Roi, 1788.
Préface : « Je crains, je l'avoue, de ne jamais rencontrer un sujet aussi intéressant que l'Optimiste. Je puis, je crois, sans qu'on me taxe de vanité, louer ce caractère : ce n'est pas moi qui l'ai inventé ; il s'est présenté à mon esprit, et je l'ai saisi. Quelques personnes ont dit, qu'il n'étoit pas dans la nature, qu'il n'existoit point : on a répondu pour moi, qu'il étoit possible, au moins ; et cette réponse suffiroit. J'ajoute que j'en ai trouvé le modèle dans la maison paternelle. Quand je lus mon manuscrit à ma mère, à mes sœurs, à mon frère, tous reconnurent d'abord mon père. Il lui étoit plus aisé qu'à M. de Plinville d'être optimiste. »

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Aqueduc du château de Maintenon.

Peu riche, il est vrai, mais jouissant d'une honnête médiocrité, libre, chéri de tout son village, il habitoit une jolie maison, que lui-même avoit fait bâtir, des bois et des jardins, qu'il avoit plantés et dessinés lui-même, et que, dans son enthousiasme, il trouvoit aussi beaux que le parc de Versailles, dans une vallée délicieuse, sur les bords de l'Eure, à une demi-lieue du bel aqueduc de Maintenon, de Maintenon, ma patrie : il étoit aimé et caressé du Seigneur, de feu M. le Maréchal de Noailles, qui venoit de tems en tems le visiter dans son hermitage. Plus heureux que l'Optimiste, il avoit une compagne aimable, aussi vertueuse que belle ; il n'avoit pas une fille seulement, il en avoit six, qui m'ont souvent inspiré, et deux garçons, dont le cadet a seul pu mettre à l'épreuve son caractère, en s'obstinant à suivre un penchant qui n'a été justifié que par l'événement. Encore entendoit-il louer avec un secret plaisir mes premiers essais semés dans l’Almanach des Muses ; et si le Ciel n'eût ravi ce bon père, chargé d'ans et de bonnes actions, il auroit souri peut-être aux descriptions champêtres de L'Inconstant, et se seroit attendri en voyant son image dans L'Optimiste.
Ce caractère existoit donc. On me dit chaque jour que mille personnes s'y reconnoissent plus ou moins, ou reconnoissent leurs amis. J'ai eu tort peut-être d'intituler ma Comédie L'Optimiste. Ce titre a pu promettre un homme à sytêmes, et annoncer Candide mis en action. J'avois prévu d'avance cette objection, et c'est ce qui m'avoit fait ajouter, ou l'Homme content de tout... » Préface de L'Optimiste, pp. 3-5.

II. Fabre d'Églantine. Préface de Philinte de Molière, ou La suite du Misanthrope. Texte intégral, orthographe originale

Nec vos decipiant blandae mendacia linguæ.
« Ne vous laissez pas tromper par les doux mensonges de sa bouche. » (2)

La FRANCE ? cette belle partie du globe, cette belle surface de trente mille lieues, l’amour du ciel, le chef-d'œuvre des élémens, la protectrice de l’humanité, le triomphe de la civilisation, étoit dégradée, désolée, dévorée par un petit nombre d’êtres malfaisans, revêtus de la figure humaine. De l’une à l’autre extrémité de cette vaste région, la nature éperdue, la tête courbée sous un joug de plomb, les yeux épuisés de larmes, les mamelles desséchées, les bras chargés de fers, le bâillon à la bouche, la nature errait sans asyle, précédée de la crainte et de la terreur, ridiculisée par la dépravation, trahie par la lâcheté, méprisée par la sottise, trafiquée par l’avarice, persécutée enfin par l’orgueil, par la cruauté, par le mensonge et par tous les vices ensemble.

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Claude Augé et Maxime Petit, Misère dans les campagnes au XVIIIe siècle, in Histoire de France en images, Paris, Larousse, 1896.

En France, il n’existoit ni foi, ni loi ; avec de l’intrigue et de l’impudence, on arrivoit aux honneurs, tout salis par mille turpitudes ; avec de la fierté dans l'âme, on étoit sûr d’essuyer les dédains, les rebuts, les mépris et la persécution des méchans heureux. La probité étoit le chemin de la ruine, la friponnerie celui de la fortune. L'agriculteur, dénué de pain, rampoit couvert d’opprobre ; le commerce ne présentoit qu’un champ de brigandage et de mauvaise foi. Dans les tribunaux, les jugemens se vendoient à front découvert et au plus offrant ; l’iniquité, l’oppression avoient un tarif connu. Avec de l’or ou un nom, vous frappiez le foible à volonté, vous perdiez l’innocent tout à votre aise ; la chicane, cette lèpre impolitique, corrodoit la nation ; un million de vampires achetoient le droit de sucer le sang des Français. La pourpre, l’hermine et les rubans devenoient le prix de celui qui comptoit le plus de victimes sur ses rôles. Les arts, avilis sous le patronage des tyrans, des fripons et des sots, n’avoient que le choix de la misère ou de l’infamie. Le grand n’étoit qu’un oppresseur sans pitié ; le petit, qu’un opprimé sans courage ; les héros prétendus, que des fourbes adroits, ou des pervers insolens ; le soldat, qu’un esclave dépouillé de toutes ses facultés humaines. La noblesse étoit devenue un charlatanisme ; le génie, un ridicule ; l’énergie, un crime ; le mot de liberté, un blasphème ; la pitié, hypocrisie ; l’égoïsme, doctrine publique ; la pudeur, grimace ; la vertu, rien, et l’argent, tout.

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Un paysan donne un gibier à un juge, estampe anonyme, 1789, Musée Carnavalet.

Eh bien ! c’est du jour marqué par la nature des choses, comme le dernier période de ce bouleversement, comme le maximum du mal ; c’est du centre de cette dépravation, c’est une année avant la révolution, qu’un HOMME s’élève pour nous assurer

... que nos maux se réduisent à rien !
Et qu'il a grand sujet de dire : tout est bien ! (3)

Hé ! juste Dieu, pour combler la mesure du mal, il falloit donc qu’il s’en trouvât un panégyriste ! il falloit aux heureux du siècle un encouragement à se pardonner leur dépravation, leur égoïsme et leur tyrannie ! »

Je l’avouerai, jamais je n’ai pu, sans indignation, entendre L’Optimiste de M. Collin. Je n’ai point eu de repos que le théâtre n’ait été armé d’une morale spécialement contraire aux principes de cet ouvrage. C’est pour les rétorquer et en diminuer l’influence, autant qu’il étoit en moi, que j’ai composé LE PHILINTE DE MOLIÈRE, ou LA SUITE DU MISANTHROPE.

Il ne s’agit pas ici précisément de M. Collin : laissons l’art et l’artiste de côté ; il s’agit du fonds de son ouvrage et de sa doctrine détestable. Certes, il n’y a point à se vanter de son talent, quand il devient la dernière pierre jettée à l’humanité, quand il n’enfante que des sophismes destructeurs de la pitié ; quand il fait une blessure mortelle à la patrie : et tel est le venin répandu dans L'Optimiste de M. Collin.

J'aime à conjecturer que cette pièce lui fut, sinon commandée, du moins conseillée. Je n’ose croire qu'un homme qui dit à tout propos, avoir été malheureux, et l’être encore, puisse, par de subtiles combinaisons, avoir inventé la flagornerie la plus raffinée et la plus insidieuse dont jamais homme de lettres ait été capable.

Je ne sais ce que c’est que les ménagemens, quand il est question de l’instruction publique.

Je ne puis estimer ces dangereux auteurs
Qui, de l’honneur, en vers, infâmes déserteurs,
Trahissant la vertu sur un papier coupable,
AUX YEUX DE LEURS LECTEURS RENDENT LE VICE AIMABLE. (4)

J’attaque M. Collin comme le ministère public attaqueroit le vendeur de Mithridate sur ses trétaux ; c’est mon devoir de citoyen que de servir la vérité, et c’est encore mon plaisir. Ce que je reproche à M. Collin, je m’engage à le prouver, et mes preuves seront invincibles.

Si l’esprit de la Comédie de M. Collin est de flatter la cour, les grands, les riches, les heureux du grand monde, et d’invétérer leur perversité en leur présentant le mal comme nul, en cherchant à leur persuader que leur cupidité, leur tyrannie et leurs malversations ont tout laissé dans le meilleur ordre de choses ; qu’ils ont beau se gorger de la substance du pauvre, que le pauvre n’en est pas moins l’être le plus heureux ; qu'en vain se sont-ils livrés et se livreront-ils à toutes sortes de méchancetés et d’abominations, que d’abord ces méfaits n’étant pas supposables, il reste encore que le système qui nie le mal et pose que tout est bien, doit les rassurer et les laisser dans une sécurité et une apathie parfaites sur tout ce qui se passe : on conviendra que cette Comédie renferme une morale affreuse et un mensonge bien dangereux.

Si l’esprit de la Comédie de M. Collin est encore de porter les opprimés et les malheureux à une lâche complaisance, à une paresse servile, à une insouciance d’esclave ; d’éteindre dans les âmes cette énergie salutaire, la terreur des fripons et des oppresseurs, et le seul recours des opprimés ; de professer l’égoïsme, en invitant à ne regarder qu’autour de soi, et à se moquer du reste ; de nier la gravité des maux qui affligent le pauvre plus que le riche, et tout cela, en épuisant les arguties les plus misérables, pour bercer les gens du monde dans leur insensibilité. On conviendra que la Comédie de M. Collin est une école anti-sociale, où le fort apprend à tout oser et le foible à tout souffrir.

Eh bien ! tel est l’esprit de cette Comédie, et quiconque l’a lue ou entendue, doit déjà trouver la concordance établie entre ces intentions et les maximes de l’ouvrage.

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Jacques Augeard, seigneur du Petit-Mont, maître d'hôtel ordinaire du Régent Philippe d'Orléans, en 1769, par Carmontelle (1717–1806), Musée Condé.

Car, je vous prie, quelle est l’opinion que professe et que veut inspirer M. Collin, lorsqu’en nous présentant son Optimiste, son PLINVILLE, comme un modèle à suivre pour être content de tout, et par sa conséquence, toujours heureux : il ne nous offre qu'un ami déclaré des préférences, qu’un zélateur des distinctions de l’orgueil, qu’un véritable ennemi du genre humain, puisqu’il en regarde en pitié les quinze vingtièmes, malgré la bonhomie qu’il affecte et le ton doucereux dont il se pare ! Je ne me laisse pas prendre aux puériles afféteries ; les larmes et le ton piteux ne font rien aux choses, quand les choses sont pernicieuses. C'est à faire aux enfans à trouver bon le miel qui déguise le poison.

PLINVILLE.
Quand j’y songe, je suis bien heureux, je suis homme,
Européen, Français, Tourangeau, GENTILHOMME !
Je pouvois naître Turc, Limousin, PAYSAN. (5)

Dans la gradation de ses avantages, voilà donc le héros de M. Collin, qui compte sa qualité de gentilhomme comme le plus haut période de sa félicité. Jugez du plaisir de la noblesse à ouïr ce beau principe ! C’est d’après ce principe que notre France est farcie de Secrétaires du Roi, de Trésoriers de France, et de tant de milliers de vilains savonnés, qui, une fois devenus gentilshommes, se sont trouvés contens de tout, parce que que, selon l’expression de Rousseau, ils ne se sont alors plus souciés de personne.

6. Je pouvais naître Turc, Limousin, PAYSAN. (6)

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Jacques Gamelin (Carcassonne, 1738–1803, Carcassonne), Famille de paysans dans un intérieur, Musée Ingres, Montauban.

Voilà d’un seul trait, les paysans, c’est-à-dire, près des trois quarts des habitans du globe, regardés avec une compassion insultante par M. Collin, condamnés à être malheureux, jugés tels par M. Collin ; car Plinville pouvoit naître paysan, et alors la conséquence est claire, il n’eût pas été heureux. Pour l’être, il falloit qu’il fût GENTILHOMME. Ainsi ce n’est pas des paysans qu’il s’embarrasse ; il ne l’est pas, le voilà content.

Ah ! M. Collin, vous saviez bien à qui vous aviez à montrer votre Comédie. À quoi vous sert cet amour des champs dont vous nous rimez tant les délices ! Et puis fiez-vous aux tendres pastorales des Poètes suivant la Cour.

Quant à la gentilhomanie du héros de M. Collin, ne vous figurez pas que la rime lui ait imposé ce principe extravagant ; car un peu plus loin, lorsqu’il veut égayer les chagrins de son ami, dans l’énumération des avantages que cet ami possède, il ne manque pas de lui dire :

Vous avez, comme moi, NAISSANCE, bien, santé. 7)

Il est donc clair que dans la théorie de bonheur de M. Collin, il faut de la naissance. Il n’y a donc de bonheur que pour les gens qui ont de la naissance ? M. Collin n’a donc, voulu apprendre à être contens de tout qu’aux gens qui ont de la naissance ? La nation française lui rend mille grâces.

Si vous doutiez encore, lecteur, de la religion de M. Collin et de ses principes sur la noblesse, donnez-vous la peine d’observer comme il y revient toujours et quelle est sa précaution à caresser les nobles, en flattant leurs prétentions, par sa recherche scrupuleuse des convenances patriciennes.

Madame de Roselle, nièce de l’Optimiste Plinville, veut seconder l’amour secret de la fille de ce Plinville pour un aventurier nommé Belfort. Elle connoît fort bien les principes de la maison de son oncle ; elle cherche à pénétrer cet amant, pour en apprendre la seule chose qu’elle ait à savoir, et la seule, quelle fait bien sentir être absolument et uniquement nécessaire pour le mariage qu’elle médite. Or quelle est cette chose ?

MADAME DE ROSELLE, à Belfort.
Vous allez admirer ma pénétration.
Vous êtes, je le vois, né de condition. (8)

Et un peu plus bas, avec de nouvelles instances, comme pour ne pas s’embarquer plus avant dans le traité, sans ce préliminaire :

Parlons à cœur ouvert, vous êtes Gentilhomme !

L'embarras de Madame de Roselle est justement celui de M. Jourdain.

ClÉONTE, à M. Jourdain.
Monsieur... l’honneur d’être votre gendre, est une faveur glorieuse que je vous prie de m’accorder.
M. JOURDAIN.
Avant de vous rendre réponse, Monsieur, je vous prie de me dire si vous êtes gentilhomme.
ClÉONTE.
Je suis né de parens, sans doute, qui ont tenu des charges honorables ; je me suis acquis dans les armes l’honneur de six ans de service, et je me trouve assez bien pour tenir dans le monde un rang assez passable : mais avec tout cela je ne suis pas gentilhomme. (9)

M. JOURDAIN.
Touchez là , Monsieur, ma fille n’est pas pour vous.
ClÉONTE.
Comment ?
M. JOURDAIN.
Vous n’êtes point gentilhomme, vous n’aurez pas ma fille.

À la grande satisfaction des petites loges et du public, qui aime fort à voir réussir les amours des jeunes gens, l’aventurier Belfort, plus heureux que Cléonte, avoue qu’il est gentilhomme. Madame de Roselle n’étoit pas femme à prendre le change.

Vous allez admirer ma pénétration ;
Vous êtes, je le vois, né de condition.

Le joli badinage ! c’est-à-dire, les gentilshommes ne sauraient se déguiser. La nature leur a imprimé un certain caractère, qui les fait reconnaître tout de suite ; ils sont d’une matière privilégiée. Observez que ce Belfort est doux, timide, sensible, modeste, humble même et savant ; ce qui n’empêche pas Madame de Roselle de deviner la caste de ce noble amant : d’où il résulte que les gentilshommes ont sur le front leur étiquette native. L’aimable philosophie !

Mais peut-être est-ce esprit de corps de la part de M. Collin ! peut-être est-il gentilhomme lui-même, non pas que je sache. Appréciez donc maintenant les adulateurs, et ne vous étonnez pas de l’empire qu'acqueroient, en dormant, les gens qui avoient de la naissance. Ô ! que le grand homme disoit bien :

C’est ainsi qu’aux flatteurs on doit partout se prendre
Des vices où l’on voit les humains se répandre. (10)

La noblesse est-elle donc un vice ? non : mais bien l’orgueil. Que sera-ce de l’inspirer, de le flatter, de le servir ?

La noblesse héréditaire n’est pas la seule chose qu’exige M. Collin pour être content de tout ; il veut encore la richesse : avec ces deux moyens, il vous montre combien il vous sera facile de trouver que tout est pour le mieux dans ce monde. Sa proposition n’est pas douteuse.

PLINVILLE.
On est vraiment heureux d’être né dans l’aisance,
Je suis émerveillé de cette providence,
Qui fit naître le riche auprès de l’indigent. (11)

Le sage, l’observateur et le malheureux avoient toujours pensé que le crime seul, sous l’aspect multiplié de la cupidité, de la tyrannie et de l’injustice, avoit fait naître le riche auprès de l’indigent. M. Collin rassure les riches, et les invite à se tranquilliser sur la disproportion, qui pourroit les frapper quelquefois en dépit de leurs passions, en leur apprenant que ce n’est que par l’effet de la Providence qu’ils sont riches, c’est-à-dire, de droit divin et par la grâce de Dieu. En fait de politique, a-t-on jamais écrit de niaiserie plus fausse ? en fait d’humanité, de maxime plus barbare ?

Et en quel autre voisinage pense donc M. Collin que pourroit naître le riche, si la Providence ne s'en mêloit pas, si ce n’est auprès de l’indigent ? Connoît-il un peuple sur la terre, chez lesquels il soit des indigens sans riches, et des riches sans indigens, liés nécessairement à côté les uns des autres par une conséquence inévitable de la chose même ? De quoi s’émerveille-t-il ? mais le vrai de l’admiration de M. Collin, c’est que plus une disproportion est inique, plus on sent déplaisir à trouver une ombre de droit qui la fonde, et sur ce point, les riches ne sont pas difficiles. Croyez que l’article poétique de M. Collin leur a paru extrait de la loi naturelle ; et voilà comme on raisonne, quand on veut être trouvé charmant par un noble, et sensible par un riche.

On sera peut-être étonné que M. Collin puisse soutenir que tout est bien en traçant le nom de riche, et surtout celui d’indigent ? il vous répond sans façon :

L’un a besoin de bras, l’autre a besoin d’argent.
Ainsi tout est si bien arrangé dans la vie,
Que la moitié du monde est par l’autre servie. (12)

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Un mendiant tenant son chapeau à la main, debout sur le Pont-neuf, estampe anonyme, Paris, chez Basset, XVIIIe siècle.

Il ne pouvoit pas mieux, ce me semble, vous dire sa façon de penser sur le système de nos fortunés, dont les maximes sont, qu’il est de droit que les gens-comme-il-faut soient maîtres de tout et dans l’abondance ; et que c’est à ce qu’ils appellent la canaille à travailler si elle veut vivre. On prétend même que sous le règne du feu Roi, il fut prouvé au Conseil, lors de la persécution contre les mendians, qu’il seroit dangereux que le peuple fût à son aise, et l’on poussa le calcul jusqu’à déterminer que cinq sols par jour dévoient suffire à chaque MANANT. C’étoit dire le reste est à nous : prenons, et l’on a tout pris. Cette manière de tenir le peuple en esclavage est profonde et surtout heureuse, comme les nobles et les riches doivent s’en appercevoir. Mais quelques mois avant la révolution, il étoit bien doux pour les deux ordres riches, qui se croyoient bien plus de la moitié du monde, de dire au tiers-état :

Ainsi tout est si bien arrangé dans la vie,
Que la moitié du monde est par l’autre servie.

On voit que la providence de M. Collin est d’une invention admirable pour ceux qui ont eu l’habileté de se passer d’elle.

Après s’être extasié sur les propositions qu’il avance, l’auteur de L’Optimiste n’a garde d’oublier d’en faire l’application. On peut étudier, dans l’ouvrage même, la dextérité qu’il emploie à rendre cette application le moins choquante, pour en faire, prospérer plus imperceptiblement l'inde mali labes (13), et en désigner les conséquences, vers lesquelles il marche à pas de loup. Voyez d’abord comme il multiplie les sophismes pour jetter toute la faveur de l’opinion sur les classes constituées en puissance et en richesse, afin d’en induire que les opprimés ont tout à fait tort de se plaindre.

PICARD, laquais de Plinville, à son maître.
Pourquoi ne suis-je pas de la moitié qu’on sert ?
PLINVILLE.
Parce que tu n’es pas de la moitié qui paie. (14)

Qu’est-ce à dire, M. Collin ? quoi ! le peuple toujours opprimé, toujours dévoré, et dans les campagnes, où comme Tantale entouré des fruits de la terre et des bienfaits du ciel, il languit et périt de faim et de misère ; et dans les atteliers, où des milliers de néophites en noblesse et de voleurs surdorés trafiquent et brocantent sa sueur, ses veilles, son intelligence et son génie ; et dans les armées, où des fripons à plume et à glaive ont combiné les cent mille manières de rogner sa chétive solde ; et dans les antichambres, où Princes maltôtiers (15) et publicains de cour, viennent rapiner les fruits de son esclavage et le produit net de son âme dépravée et vendue. Quoi ! ce peuple n’est pas de la moitié qui paie ? êtes-vous insensé, ou le plus dangereux des sophistes ? Et dites-moi ? cette innombrable liste d’impôts indiscrets qui écrasent le malheureux et n’enrichissent que l’opulent, sans l’assouvir ; et ces aides, qui rendent la bouteille de vin du pauvre plus chère du pair au pair que la cave entière d’un Fermier général ; et ce chemin incrusté par l’indigence et foulé par la molesse et cette pourpre, ces lames d’or, ces tissus de soie, ces glaces lubriques, fabriqués par des cadavres, et ramassés, entassés en jouissance par nos sibarites ; et ces armées, ces chaînes vivantes et réciproques, hébétées par les agens ministériels ; et ces légions de valets dont la loterie et l’agiotage abusent l’espérance pour escroquer leur salaire ; quoi ! ces choses, et tant d’autres de la même espèce, ne vous ont pas appris, M. Collin, que la moitié qui sert est précisément la seule moitié qui paie ? Le brigand qui, après m’avoir dépouillé, battu, meurtri et lié les bras au coin du bois, me contraindroit à porter son bagage et à charger sa carabine pour un morceau de pain qu’il me donneroit, est précisément l’image de votre moitié servie. Voilà la vérité, M. Collin. Respectez l’infortune, alors vous ne direz plus :

PLINVILLE. ... Il n’est autour de moi
Pas un seul pauvre. (16)

Assertion cruelle ! que je démens formellement. Je vous défie, en parcourant la France en tout sens, d’enjamber cent pas géométriques d’une possession à l’autre, sans trouver, non pas un seul pauvre, mais une multitude de pauvres, et toujours en proportion accrue du nombre de riches et de la somme de leurs richesses. Telle étoit la jonglerie des Ministres de Louis XV. Ils faisoient recruter et solder des misérables endimanchés, pour venir jouer des scènes de prospérité sur le passage de ce Prince. Ô ! que le Monarque avoit bonne grâce à dire : "Il n’est autour de moi pas un seul pauvre".

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Louis Hersent (1777–1860), Louis XVI distribuant des aumônes aux pauvres de Versailles pendant l’hiver de 1788, Musée de l'histoire de France.

Au bout de ces tristes argumens, qui ne sont bons qu’à désespérer l’infortuné dont on cache les misères, et qu’à étouffer la pitié des gens heureux, à qui on met un bandeau sur les yeux, si quelqu’homme du peuple, navré d’une longue souffrance, s’obstinoit à s’élever contre le système de l’Optimiste, et lassé de son esclavage, s’avisoit de dire :

Voilà ce qui me fâche,
Je remplis dans le monde une pénible tâche ;
Et depuis cinquante ans... (17)

M. Collin, qui ne veut pas qu’on se plaigne, et qui, semblable au médecin Sganarelle, prétend que lorsqu’il a bien bu et bien mangé, tout le monde soit saoul dans la maison (18), répondrait :

Tu devrois, en ce cas,
Être fait au service. (19)

Réponse aussi ridicule que barbare, et cependant la même que j’entends faire tous les jours du grand au petit et du fort au foible, depuis vingt ans que j’observe les hommes. Et à cette réponse niaise, on rit : ascendant terrible de l’intérêt personnel et de la paresse humaine à secourir son semblable ! influence puissante, quoiqu’imperceptible, d’une représentation théâtrale ! on rit ! ah ! si chaque spectateur scrutoit le fond de son âme, il sentiroit que son rire en ce moment, n’est autre chose que le charme cruel qu’éprouve l’égoïsme à secouer tout ce qui le dérange ou le fatigue. De ce rire universel on se fait une approbation du parti que l’on trouve le plus facile et le moins coûteux à prendre ; et dans cette situation, gracieusement impitoyable, où s’agencent aisément les âmes foibles ou corrompues, on répond facilement au pauvre : "Tu es fait à la misère" ; au prisonnier qui l’est depuis longtems, "tu dois être habitué à ta captivité, tu souffres moins" ; au villageois plaidant en vain depuis dix ans pour son patrimoine envahi, "tu dois avoir appris à t’en passer, et avoir cherché d’autres ressources" ; au malade traînant ses longues douleurs faute de secours, "oh ! le mal d’habitude fait moins souffrir, et finit par se passer". J’en atteste tous ceux qui ont besoin d’autrui, quelle réponse est plus commune ? la voilà établie en précepte.

À ce mot de malade qui vient de tomber sous ma plume, j’observe que M. Collin semble s’être appliqué à affoiblir toutes les sensations fortes qui, j’en conviens, sont désagréables pour les délicats du grand monde ; mais dont la nature se sert pour émouvoir la pitié. Je parle de ces tableaux frappans et douloureux que la vertu rappelle quelquefois à la mémoire de ceux qui l’abandonnent, pour en obtenir quelqu’accès de résipiscence en faveur de l’humanité. S’il est une souvenance impérieuse, une émotion irrésistible qui puissent attendrir une âme émoussée par les jouissances du monde et endurcie de plaisir, c’est sans doute le tableau des misères et des douleurs de l’infortuné, que les maladies ont jetté dans un coin de sa chaumière, ou de son grenier, ou d’un hôpital.

Eh bien ! M. Collin, toujours prêt à jetter des roses sur le pli de l’édredon des riches, vient atténuer l’idée déchirante, salutaire et cohercitive par sa déplaisance même, que les riches pourraient concevoir de la situation d’un malade. Il dérange et rétablit exprès la santé de son héros, pour lui faire avancer cet étrange raisonnement :

PLINVILLE.
Tiens, vois-tu, chère Rose ?
D’honneur, je n’ai pas, moi, senti la moindre chose,
J’étois dans un profond et morne accablement,
Mais qui ne me faisoit souffrir aucunement.
Notre machine est alors engourdie,
Et c’est un vrai sommeil que cette maladie,
Et ma foiblesse même est une volupté
Dont on n’a pas d’idée en parfaite santé,
la santé peut paroître à la longue un peu fade. (20)

Ne nous y trompons pas : ces paradoxes qui, par leur extravagance, prennent une tournure de primesauterie, n’en sont que plus dangereux ; c’est le rafinement de la niaiserie ; c’est l’humanité persiflée : qui s’avisa jamais de plaisanter avec elle ? doit-on jouer, sur son compte, avec une race d’hommes durs, impitoyables et corrompus, qui, prompts à sourire du masque, ne demandent intérieurement qu’une excuse apparente pour braver le respect humain, et qu’un motif léger pour rasseoir, de plus belle, leur apathique indifférence ?

Souvenons-nous que dans les tems de corruption, mille vérités éloquentes et fortes, sur les malheurs de l’humanité, ont de la peine à nous faire avancer d’un pas vers la pitié, et qu’une seule illusion sur la prospérité publique nous rejette rapidement vers l’Égoïsme.

Plus on avance dans l'examen de la Comédie de l’Optimiste, plus on s’apperçoit que l’Auteur y remplit les fonctions des agens de toute robe et des satellites de toute arme, qui, circonvenant les puissans et les riches, mettent leur soin à écarter de leur palais, de leur vue et de leur oreille les misérables et leurs plaintes, et à faire entendre, à faire croire par la bouche de leurs charlatans et la plume de leurs valets, que la vertu seule et l’amour de l’ordre guident les gens en place. Le meilleur moyen de faire sa cour aux grands qui ne suivent que leurs caprices et leurs passions, et qui vivent d’iniquités, c’est d’établir des maximes dont l’esprit soit de présenter leurs méfaits comme incroyables et leur méchanceté comme impossible. De là vient qu’on ne plaît jamais mieux aux méchans, aux fripons et aux oppresseurs qu’en disposant l’esprit du peuple à ne jamais supposer le mal avant qu’il n’arrive ; et quand il est arrivé, à se consoler de ce qu’on a souffert, par ce qu’on n’est plus à même de souffrir, et de ce qu’on a perdu par ce qui reste.

Mais la grange est détruite...
PLINVILLE.
Il est vrai, mais aussi
J’ai sauvé l’écurie... (21)

Ce système de crédulité, présenté sous le nom de confiance ; de lâcheté, sous le nom de bonhomie ; d’insouciance, sous le nom d’amour de la paix ; et de bêtise sous le nom de bonté ; ce système, dis-je, est fort accommodant pour les puissans qui vont grand train en fait d’arbitraire et de rapine, pour les brigands qui aiment fort qu’on se laisse voler, et non pas qu’on se plaigne.

PLINVILLE.
Veux-tu que je te dise,
Je crois fort, et toujours ce fut là ma devise,
Que les hommes sont tous, oui tous, honnêtes, bons.
On dit qu’il est beaucoup de méchans, de fripons,
Je n’en crois rien ; je veux qu’il s’en trouve peut-être
Un ou deux, mais ils sont aisés à reconnoître.
Et puis, j’aime bien mieux, je le dis sans détours,
Être une fois trompé que de craindre toujours. (22)

Figurez-vous la joie interne de nos dévorateurs à écouter ces hardis mensonges et à les voir applaudis par leurs dupes. Comme ils espèrent, non pas d’être crus honnêtes gens, avantage que non seulement ils ne recherchent guère, mais qu’il ne leur vient pas même en pensée de désirer, mais de trouver leurs victimes plus faciles et leurs coudées plus franches.

Remarquez ce trait :

... Mais ils sont aisés à reconnoître...

Précisément parce qu’il n’est point du tout aisé de reconnoître, ou du moins de convaincre les méchans et les fripons de la haute volée ; précisément parce que ces satrapes rusés ne se compromettent jamais ; précisément parce qu’ils ont cent masques pour un, et qu’à les juger sur leur formulaire, on diroit d’eux précisément ce qu’en dit M. Collin.

Que dites-vous de ce parti à prendre ?

... j’aime bien mieux...
Être une fois trompé, que de craindre toujours.

Belle sentence ! profonde maxime ! comme si on ne pouvoir être trompé, volé, opprimé qu’une fois ! ô que ceci est bien dans le sens des fripons ! Ils ne vous écorchent pas tout d’un coup ; ils commencent par vous tâter avec précaution, et quand ils vous ont trouvé de l’avis de M. Collin, ils n’y cherchent plus ni ménagement, ni finesse. Il n’y a que le premier pas qui coûte ; il falloit bien les aider à le franchir. Conduisez-vous d’après la maxime susdite, et vous verrez.

Ce n’est point là le proverbe du sage, et je dis, bien populairement, avec lui : "Qui se fait brebis, le loup le mange". Franchement, je ne suis pas le seul qui le dise ; et s’il faut tout avouer, j’ajouterai cet autre adage : "Tout ce qui bêle, n’est pas brebis". Mais il s’agissoit ici de plaire à ceux qui peuvent en tenir compte.

C’est de ce patelinage des méchans et des fripons et de leurs courtisans chatemites, que vient cette affectation de douceur et de sensibilité, dont les écrits modernes sont inondés et affadis. Cette puérile tartufferie a surtout gagné le théâtre ; il n’est pas jusqu’aux Comédiens qui ne s’en délectent. Les gens du monde et la cour n’ont pas d’autre langage ; vous les prendriez pour de pauvres petits moutons. Bien souvent même les ordonnances et les proclamations des fonctionnaires publics sont édulcorées de ce miel fastidieux, c’est-à-dire, qu’on fait grand bruit de la sainteté et de la paternité de la loi, pour masquer l’iniquité de ceux qui en abusent. Les belles dames qui, en deux ou trois années, ont eu trente amans débauchés, trente profitables, et pas un de sensible, qui passent le jour à vendre leur crédit, et la nuit à friponner, sont merveilleusement éprises de cette afféterie de langage et de sentimens ; elles sont toujours prêtes à se pâmer. Qu’un pauvre infortuné, bien candide, allât d’après ces grimaces, implorer leur âme compatissante ; comme il seroit attrapé !

Que d’observations ont allumé ma haine contre ces hypocrites de société ! Un jour, je me trouvois avec un de ces optimistes menteurs qui, indépendamment des avantages qu’ils trouvent à afficher cette religion bénévole, calculent que rien ne sert mieux à masquer un naturel méchant et sournois, que de dire que tout le monde est bon, tout le monde sensible, qu’ils sont contens de tout, et qu’il n’existe ni méchans, ni fripons. Il avoit, je ne sais pourquoi, de la ténacité à vouloir me prouver que tel étoit le fond de son âme. Je ne croyais, ni le diseur, ni son dire ; mon humeur âpre, franche, jamais embarrassée et souvent embarrassante à l’aspect d’un tartuffe, de quelque genre qu’il soit, le mettoit dans une dépense effroyable de douceurs, d’admirations, de sensibleries et de phrases vertueuses. Survient un espèce de courtier, qui lui rend un effet de commerce, qu’on n’avoit pu passer. En moins d’une minute et avec un dépit sanglant, mon homme accuse trois personnes d’avoir causé ce discrédit. Nous sortons. Au pied de l’escalier, son ami intime, le plus cher de ses amis, nous rencontre, lui demande à dîner et monte pour l’attendre. Mon homme remonte aussi, je le suis ; il fait un tour de chambre en disant trois ou quatre mots vagues ; et sans faire semblant de rien, voilà mon Optimiste qui, en étouffant du poing le bruit de la serrure, tire sourdement de son secrétaire la clef qu’il y avoit oubliée, il laisse alors son ami chez lui en toute sûreté, et redescend avec moi. Au premier coin, je quittai ce modèle de confiance avec horreur, et ne lui ai plus reparlé. Depuis lors j’ai frémi cent fois de m’être trouvé chez cet homme-là. Je voudrais bien savoir si M. Plinville et adhérans soutiennent leurs procès sans plaider, prêtent leur argent sans tirer d’obligation, payent leurs dettes sans prendre quittance ; et sortent de chez eux sans fermer les portes ?

S’il est donc sot d’ajouter foi à cette prétendue bonhomie tant prêchée et tant affectée aujourd’hui, à cette fausse confiance qui ne tend qu'à duper la vertu inexpérimentée, à cette hypocrisie d’espèce nouvelle ; il est essentiel d’en démasquer les sectateurs et les apôtres, instrumens dangereux de cette apparence d’ordre, sous laquelle se retranchent les pervers puissans, bouclier funeste et terrible, le désespoir de l’homme droit !

Je demande maintenant à quoi peut mener, en dernière analyse, l'insouciance qui fait la base du système de M. Collin, sinon à concentrer l’homme en lui-même, et à le séparer de l’humanité ? Quel est le caractère de cette sotte hilarité qui en résulte, sinon le dégagement d’une âme qui ne s’attache à personne en feignant d’aimer tout le monde ? M. Collin ne s’en cache pas ; il est même, sur ce résultat, d’une bonne foi surprenante.

MADAME DE ROSELLE, en parlant de Plinville.
Mais j'aime bien mon oncle ; il est si gai !
MADAME DE PLINVILLE.
Fort bien ;
Mais cette gaîté-là pourtant n’est bonne à rien.
MADAME DE ROSELLE.
Elle est bonne pour lui, du moins. (23)

Or rien ne manque, comme vous voyez, à l’intention de mettre à leur aise les heureux du siècle. Si l’Optimisme de M. Collin ne vaut rien pour l’humanité, il est bon pour eux du moins.

Il leur paroît surtout excellent, lorsqu’il affranchit leur probité et leur délicatesse de cette austérité qui en fait l’essence. Vous avez été souvent embarrassé, lecteur, de savoir comment les grands, les riches, les gens comme il faut, si graves dans leur décence, si délicats dans leur urbanité, si pointilleux sur les égards, pouvoient se pardonner les turpitudes dont on les accusoit et dont ils sont convaincus. Vous ne pouviez comprendre que des êtres aussi majestueux pussent partager des bons dans les fermes, des actions dans l’agiotage, avoir un intérêt dans les suifs, un bénéfice dans les clairs de lune, une pension sur le pain des galériens, un profit sur la paille des prisonniers, un revenant-bon sur le jeu de la belle ! les voici tout excusés et dans la meilleure passe du monde d’être délicats à peu de frais.

PLINVILLE.
Et les cent mille écus qu’à Paris j’ai laissés !
MADAME DE PLAINVILLE.
Vous avez mal choisi votre dépositaire.
Que ne les placiez-vous plutôt chez un Notaire !
PlINVILLE.
Un Notaire, crois-moi, ne vaut pas un ami.
Dorval assurément ne s’est pas endormi(24)

Ce Dorval est un Financier, et M. de Plinville prend ses amis à la Bourse.

Il devoit me placer comme il faut cette somme.
MADAME DE PLINVILLE.
... Je sais qu’il joue.
PLINVILLE.
Un peu.
MADAME DE PLINVILLE.
Beaucoup ; c’est un joueur.
PLINVILLE.
... IL EST HEUREUX AU JEU.

D’après cette morale spéculative, rien ne vous empêche de placer vos fonds dans une banque de Pharaon, jeu aussi expéditif qu’amical, où les croupiers, qui ne sont jamais endormis, qui placent comme il faut, ne manquent jamais d’être heureux.

N’oubliez pas que tout ceci rentre parfaitement dans les honnêtes ressources, dans les innocentes habitudes et les nobles passe-temps des gens du grand monde et de la cour.

Ainsi dégagés des entraves d’une délicatesse pusillanime, vous sentez que les gens pour l’amour de qui l’Optimiste est fait, s’accommoderont aisément des préceptes et des exemples que leur fournit M. Collin sur la manière dont ils doivent s’intéresser aux peines d’autrui et aux souffrances de ceux qui les endurent pour leur rendre service.

C’est ici que je ne peux trop exprimer l’indignation qui m’a toujours saisi, à l’aspect de la dureté de Plinville. Les phrases et la sensibilité doucereuses dont M. Collin cherche à le velouter, dans tout le cours de sa pièce, n’ont fait qu’ajouter à l’horreur qui m’a toujours saisi, chaque fois que j’ai vu ce Plinville, si bon, si tendre, tenir à son ami Belfort le propos d’un guichetier. Belfort, pour éteindre l’incendie de la grange de Plinville, vient de se jetter dans le feu, à corps perdu et devant lui ; il s’est brûlé la main, en ce moment empaquetée d’un appareil. Plinville, pour le remercier, et mieux encore, pour nous prouver qu’il est content de tout, c’est-à-dire, que rien ne le touche, lui dit sèchement :

... ces blessures-là ne sont pas dangereuses. (25)

Ô juste Dieu ! voilà donc la quintessence de la sensibilité qu’enfante le système de M. Collin ! Combien cette apostrophe doit être méditée ! quelle est affreuse ! C’est mot pour mot celle de Louis XV : — Comte, on dit que vous avez été blessé à la bataille de Crevelt ? — Oui, sire, voilà ma blessure, sur cette main. -— Oh ! ce n’est pas grand chose. — Sire, c’est trop. Réponse digne de la remarque et du sentiment qui fit faire. Que répliqua le Roi ? il rougit et se tut. "Pourquoi changer / nous sommes si bien", disoit Beaujon. Dites à M. Collin :

Vous ne croyez donc pas qu’il soit des maux réels ?
— TRÈS PEU. (26)

Quoi qu’on en ait, il faut nécessairement prendre de l’humeur à cette réponse extravagante. Eh quoi, M. Collin ! avez-vous peur que vos patrons ne courent trop tôt ou trop vite au secours de ceux qui souffrent si réellement ? Et vous même, vous, qui nous apprenez par tant de moyens les maux dont vous vous dites accablé, les agonies périodiques dans lesquelles vous tombez, quel est donc l’espèce de dévouement que vous vous imposez, en démentant vos propres souffrances pour complaire aux gens qui veulent, à toute force, qu’il n’y ait point de malheureux, parce qu’ils ne veulent rencontrer ni obstacles, ni déplaisirs, ni demandes, ni plaintes, ni reproches ?

Avançons cependant, et suivons les solutions dont M. Collin se sert pour démentir les vérités qu’il s’objecte.

MORINVAL.
Ne comptez-vous pour rien l’avarice sordide,
L’ambition, l’envie et la haine perfide ?
PLINVILLE.
Oui, ces mots sont affreux ; mais les choses sont rares.
Au siècle où nous vivons, il est fort peu d’avares. (27)

Fort peu ? c’est-à-dire, qu’il y a pis que des avares. Ce n’est pas à thésauriser qu’est le plus grand mal ; c’est à se croire tout permis et à se permettre tout pour envahir la substance du peuple, afin de la répandre soudain sur d’autres fripons, valets vicieux et scélérats complaisans, avec une prodigalité insensée et sans frein ni choix ; c’est à dessécher la surface du royaume pour engraisser les Séjan, les Narcisse, les catins, des mains desquels ces vols retombent sur des gens pires que les premiers, si toutefois la chose est possible.

D’envieux, Dieu merci ! je n’en connois pas un. (28)

Voilà justement ce que les Théologiens appellent un péché contre le Saint-Esprit, et qui est irrémissible.

La haine enfin n’est pas un vice très commun. (29)

Oui, je conviens que cette haine franche, ouverte et déclarée qui part d’une âme forte, libre, ferme et austère, je conviens, dis-je, que cette haine est rare. J’ajoute que bien s’en faut qu’elle soit un vice, car

... le juste au méchant ne doit point pardonner. (30)

Mais quelle est commune et détestable cette haine des fourbes, cette haine des hypocrites, toujours vicieuse et par la cause et par l’effet ! Ô les perfides imposteurs que ces doucereux méchans dont la langue acérée vous calomnie en secret avec adresse, et affecte de vous louer, et de vous plaindre en public, avec plus d’adresse encore ; dont la main est au grand jour toujours munie d’un baume empoisonnée à mettre sur la blessure que leur poignard vous a faite dans les ténèbres ! Cette haine n’est pas rare ; c’est celle des lâches, d’une méchanceté trop calculée pour se compromettre.

Sœpe sub immotis...
Vipera delituit, cœlumque exterrita fugit
(31)

PLINVILLE continue.
L’ambition peut-être est un peu plus commune ;
Mais soit qu’elle ait pour but les honneurs, la fortune,
C’est un beau mouvement, qui n’est pas défendu,
Souvent loin d’être un vice, elle est une vertu. (32)

Pour peu que vous connoissiez les patrons à qui M. Collin distribue des encouragemens et en faveur desquels il professe cette morale, vous comprendrez sans peine que ce n’est pas de l’amour de la solide gloire dont il s’agit ici, non plus que la prévoyance domestique. On parle aux gens selon leurs mœurs ; c’est donc l’ambition proprement dite et la cupidité qu’il conseille aux grands et aux riches, et qu’il leur présente comme un beau mouvement qui n’est pas défendu. M. Collin est le premier à qui j’entends dire que l’ambition est une vertu. Quant à moi, j’ai beau consulter l’histoire de tous les peuples, de tous les âges, l’expérience, le cœur humain, la nature des choses, je ne connois pas de passion plus funeste à la société que l’ambition. Je ne comprends, pas, je ne soupçonne pas quel vrai bien peut en découler, je ne connois pas d’erreur, de crime et de désastre entre les hommes qui n’en dérive nécessairement. Je regarde l’ambition comme l’unique pierre d’achoppement du bonheur des nations ; l’ennemie implacable de l'égalité ne peut être louée que par des esclaves. Un volume ne suffirait pas à cette matière, et certes je demeure ébahi d’entendre prêcher de pareils principes. Je sais de plus, et j’en gémis, qu’il n’est pas encore défendu, en France, de posséder vingt et trente millions de fortune, d’être seul maître d’une région, tandis que les trois quarts des Français ne possèdent rien. Je savois bien que les gens puissans n’avoient pas besoin qu’on les poussât à tout envahir ; je savois encore que c’étoit leur faire plaisir que d’encenser leur gloutonnerie, mais, en vérité, je ne m’attendois pas à voir prêcher à bon escient et sur les toits l’accaparement de la puissance et des fortunes. Cessons d’être surpris de l’impudente audace avec laquelle on courait aux abus, et des moyens abominables employés pour les multiplier : de tels paradoxes affligent. Je succombe à l’affluence des rapports douloureux que mon imagination embrasse dans ces maximes ; mon zèle dégénère en abattement. Ah ! la révolution étoit immanquable ! Si la licence des malversateurs ne pouvoit s’accroître, la déraison de leurs panégyristes ne pouvoit empirer.

Cependant il faut combattre des maximes encore plus pernicieuses, et vous montrer, lecteur, à quels excès d’aveuglement et d’extravagance conduit le projet d'excuser et de justifier les méchans. M. Collin va nous prouver qu’on ne peut complaire aux égoïstes sans trahir la société, et aux vicieux sans bouleverser la morale.

N'avez-vous pas pensé jusqu’ici que la société n’a d’autre fondement que cette réciprocité d’intérêt fraternel, de secours et de garantie qui lie les humains, de manière que les biens et les maux soient savourés et supportés par tous avec le plus d’équilibre possible ? Eh bien ! M. Collin est d’un avis absolument opposé, ïl veut que chacun ne songe qu’à soi ; que si les malheurs et les fléaux frappent la nature humaine, c’est tant pis pour celui qui en souffre. Le principal, selon lui, c’est de s’en garantir. Aille la société comme elle pourra, pourvu qu’il soit à l’abri ; que les hommes soient tourmentés, affamés, nuds, brûlés, engloutis, tout cela n’est rien ; peu lui importe,

Pourvu qu'il soit seigneur d’une lieue à la ronde,
Et maître d’un château le plus joli du monde. (33)

Ne vous sentez-vous pas accablé de cet affreux système ? et que sera-ce, que direz-vous lorsque vous verrez ces atrocités finement déguisées sous un style badin et emmiellé de toutes les grimaces d’une fausse sensibilité, se débiter du ton le plus aisé, le plus leste, le moins douteux, et comme les dogmes les plus positifs et les plus naturels ?

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Ruines de Lisbonne après le séisme du 1er novembre 1755, gravure allemande, Museu da Cidade, Lisbonne.

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Ruines de Reggio de Messine après le séisme du 5 février 1783, Paris, chez J. Chéreau, 1790.

Ne vous avisez pas d’aller déplorer devant M. Collin la catastrophe de dix mille familles englouties par le tremblement de terre de Lisbonne, parmi lesquelles se sont peut-être trouvés votre mère, votre épouse, votre fils. Gardez-vous de vous attrister au souvenir du désastre de la Calabre, où il se peut fort bien qu'une partie de votre fortune ait péri avec vos correspondans. Ce seroit bien pis, si parce que vous vous intéressez aux sciences utiles, à ceux qui les cultivent, à votre ami qui est de ce nombre, vous aviez la sottise d’être en peine de M. de la Pérouse et de son escadre, et que vous en témoignassiez quelque chose à M. Collin ! il ne manquerait pas de vous dire avec toute la sensibilité possible et avec non moins de grâces :

PLINVILLE.
Vous parlez de volcan, de naufrage... eh ! mon cher,
Demeurez en Touraine, et n’allez pas sur mer. (34)

Quand on s’y prend de cette manière, et qu’on est parvenu à ce comble de philosophie, vous voyez qu'il n’est pas difficile d'être content de tout.

Négocians utiles, marins intrépides, matelots infatigables,

Per mare pauperiem fugiens, per saxa per ignes (35),

... allez donc chercher à M. de Plinville la soie et le coton dont je le vois vêtu, le riz dont il lubréfie son estomach, le sagou dont il empâte sa poitrine desséchée ; le quinquina avec lequel il vient de congédier sa fièvre ; la gomme élastique, matière admirable des sondes qui tempèrent et guérissent ses douleurs de vessie ; la pomme de terre, ce précieux bienfait du nouveau monde, qui a déjà vingt fois préservé de la famine la plus belle partie de l’ancien ; le café qu'il vient de prendre et le sucre dont il l'a assaisonné ; l’indigo, le fernambouc, le campêche dont je vois que ses vêtemens sont teints ; les diamans que je vois aux oreilles de madame son épouse et de mademoiselle sa fille : allez donc lui chercher tant et tant d’autres productions qu’il aime beaucoup, dont il se sert, et dont les échanges continuels ont produit des milliards d’aliquotes de bénéfice, qui l’ont peut-être rendu seigneur de son château, vérité dont il ne se doute pas ; allez, vous recevrez les témoignages de sa sensible reconnoissance.

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« Dieu nous donne les blés non pour en faire des profanations extravagantes, sacrilèges. Les perruques consomment plus d’une livre de farine par jour. C’est un grand scandale. C’est un grand scandale aussi dans l’Église quand des évêques, ecclésiastiques et religieux portent cet ornement par vanité, osent célébrer nos saints, la tête ainsi couverte avec indécence. Maudit usage des amidons. Les boutiques des fariniers sont de plus en plus enfarinées. Alors que les pauvres n’ont pas de pain ». In Arlette Farge, Vies oubliées. Au cœur du XVIIIe siècle, Paris, La Découverte, 2019.

Ô mes amis ! je tâche de prendre ceci du côté puéril ; je m’efforce de rire, mais je ne le peux pas. L’indignation surmonte la pitié, l’humanité l’emporte sur le mépris. Eh ! ne voyez-vous pas que ce PLINVILLE, cet homme dur, non par tempéramment et avec grossièreté, ce qui ne seroit rien, mais par calcul et avec les grâces de l’aménité, ce qui est incurable, en va dire autant de tous ceux qui souffrent et périssent des services rendus à la société ? Ne voyez-vous pas les froids heureux du siècle se tenir forts de ces principes, et se pardonner leur impitoyable égoïsme ? Essayez donc de les implorer après vos infortunes...

"Monsieur, je suis ruiné, l’on m’a fait banqueroute" — Eh ! mon cher, gardez votre argent, ne faites pas le commerce. — Je suis tombé du haut d’un toit, ma cuisse est cassée. -— Restez dans votre maison, ne vous faites pas couvreur. — Cette nuit, en éteignant le feu d’une maison, je me suis brûlé le bras. — Dormez dans votre lit, pourquoi vous faire pompier ? Mon hôtel est enregistré à la Compagnie d’assurance ..." Oh ! l’horreur ! l’horreur !... voulez-vous gager que nos patelins vont trouver que j’ai tort, et qu’après m’avoir accusé de manquer de sensibilité, moi-même, ils me demanderont sur tout ceci, qu’est-ce que cela me fait ?

PLINVILLE.
On fait de méchans vers ! Eh ! ne les lisez pas. (36)

Comme s’il suffisait de ne pas lire de méchans vers pour que les poètes méchans ne fussent plus à même de nuire à la société ; comme si des vers immoraux ne pouvoient pas être assez bons pour être lus.

Il en paroît beaucoup que je vois dans ce cas. (37)

Et beaucoup de poètes qui prendraient une telle parodie sur le pied de compliment, pour mieux prouver le sophisme de M. Collin, et la distinction que j’y fais.

PLINVILLE continue.
Bien des gens, dites-vous, doivent ; sans contredit
Ils ont tort ; mais pourquoi leur a-t-on fait crédit ?

Que répondre à ces gentillesses, à moins que je ne charge de ce soin M. Collin lui-même ?

M. COLLIN, en parlant de lui.
Je regrette surtout ma respectable hôtesse,
Sa longue patience et sa délicatesse ;
Je n’oublierai jamais sa constante amitié.
Je la payois fort mal, étant fort mal payé,
Eh bien ! elle attendoit
(38)

Quand M. Collin n’auroit pas trouvé dans son fait la cause de la majeure partie des dettes, et le remède à l’impossibilité actuelle de les payer, il ne faudrait pas jetter des cris de surprise sur la condescendance de ses principes en matière d’engagement de débiteur à créancier. Il est fort leste sur cette partie de la foi publique. C’est avec beaucoup d’adresse qu’il établit son opinion à cet égard par la bouche de son Plinville, qu’il rend victime d’une banqueroute, bagatelle dont Plinville rit lui-même, pour provoquer la gaîté et surtout l’insouciance des spectateurs.

PLINVILLE, en ouvrant la lettre qui renferme la nouvelle de la banqueroute./>
Tous nos fonds de Paris sont perdus ;
Dorval au jeu perd deux cents mille écus.
C’est trois cents mille francs que ce jeu-là nous coûte,
Car le PAUVRE Dorval manque et fait banqueroute.
PICARD.
Banqueroute, Monsieur ! ah ! le maudit fripon.
PLINVILLE.
IL N'EST QUE MALHEUREUX. (39)

Cette étrange conclusion s’accorde parfaitement avec le motif précédent il est heureux au jeu, et atteste sans équivoque le genre de délicatesse de Plinville et la sécurité de sa conscience et de sa pudeur à fonder la prospérité de sa maison sur le tapis verd.

On conçoit que les fripons opulens dont les grandes villes de France sont pleines, que les nobles réducteurs du Contrôle, gens très malheureux aussi à leur jeu favori, sont à l’abri de la censure, et surtout de la poursuite, au moyen de ces maximes et de cet exemple ; et qu’à l’apparition de l’épouvantable déficit, c’étoit faire sa cour assez bien que de préparer ainsi l’opinion publique.

Ce n’est pas que Plinville ne fasse l’aveu du dommage que lui cause la perte de ces cents mille écus. Mais ce n’est pas lui précisément que cette perte accable, ce n’est pas de lui qu’il s’embarrasse. Mon Dieu ! il lui faut si peu de chose ! Il lui reste encore, Dieu merci, trois cent mille livres de bien, et il tâchera de vivre comme il pourra avec cette bagatelle. Mais son âme paternelle et sensible ne peut que difficilement se faire à l’idée de voir sa fille, fille unique, condamée au célibat.

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Mademoiselle Collin, cousine de Jean François Colin d'Harleville, en 1758, par Carmontelle; Musée Condé.

PLINVILLE.
... Ma fille, à quel sort je te vois condamnée !
................................................
Tu vas donc près de nous user tes plus beaux jours. (40)

Le moyen qu’il entre dans la tête de Plinville, d’un gentilhomme qui n’est pas Limousin, que sa fille peut épouser un homme de naissance et vivre en dame de qualité avec la seule perspective de cent mille écus de fortune. Car il faut être juste ; un seigneur, un homme qui n’est pas né paysan et qui veut vivre content de tout, ne peut, en conscience, se dépouiller d’une centaine de mille livres pour marier sa fille. Il ne lui resteroit que dix mille livres de rente. Impossible d’y penser. Aussi Plinville pleure-t-il beaucoup sur cette nécessité évidente qu’il avoue à sa fille. La pauvre petite, peu occupée d’intérêt, console ce bon seigneur, qui se trouve tout à coup enchanté de n’avoir payé que cent mille écus quelques larmes théâtrales de sa consolatrice. Quel charme pour les pères gentilshommes, de voir avec quelles démonstrations de sensibilité on peut cependant conserver l’intégrité de son revenu ! Que l’affliction est douce alors !

Il faut plaindre celui qui jamais ne s’afflige ;
Il n’a pas le bonheur de se voir consolé. (41)

Hé ! telle est la manière adroite et indirecte de montrer dans un beau jour et d’affermir dans leurs habitudes, les pères qui n’aiment pas plus à se dépouiller pour établir leurs enfans, qu’à se figurer qu’on peut les établir sans cette richesse excessive et ce faste qui maintenant plus que jamais sont devenus la base des mariages de gentilhomme. Tout cela est bien dans nos mœurs.

Vous avez donc vu que M. Collin n’aime pas qu’on fasse crédit. Nous ne nous arrêterons pas à la profondeur de ses idées en matière d’économie politique, rendons-lui la justice de dire qu’il n’est pas de ces gens qui ne savent que supprimer les ressources de la société, sans rien mettre à la place. Il donne au contraire un moyen sûr de se passer d’emprunts. C’est de viser au solide. Son principe à cet égard est précis et immanquable : aussi c’est à qui s’en servira ; aussi produit-il au spectacle un effet surprenant, et l’on ne sait trop ce que l'on doit y déplorer le plus, ou du précepte qu’il renferme, ou de l'avide satisfaction de ceux qui l’écoutent. J. J. Rousseau a fort bien remarqué que l’un des inconvéniens du théâtre étoit que pour avoir des succès faciles, les poètes se voyoient obligés de caresser les vices des spectateurs. M. Collin n’a rien négligé sur ce point ; mais il s’est surpassé dans un trait où il ne marchande pas la morale. Si les applaudissemens lui sont plus chers que l’amendement de son auditoire, il peut se vanter d’avoir fait un bon marché.

Un maréchal de camp, autre joueur de profession, se présente pour acheter la terre de Plinville, quand précisément celui-ci a besoin de la vendre, et le prix en est fondé sur deux cents mille écus que l’officier général vient de gagner au jeu, d’un seul coup, à un homme immanquablement ruiné par cette perte.

MADAME DE PLINVILLE, étonnée.
Quel est celui qui perd une somme si forte ?
PLINVILLE.
Bon ! le connoissons-nous ! ainsi que nous importe !
VOYONS CELUI QUI GAGNE, ET NON CELUI QUI PERD. (42)

Effet remarquable de l’universalité de ce sentiment inhumain et sordide ! la salle entière part d’un cri de joie à ce vers caractéristique :

Voyons celui qui gagne, et non celui qui perd.

Vers de Juif ! maxime odieuse ! mais vérité triste, sous tous les rapports ! oui, c’est toujours la faveur que l’on courtise, le testateur que l’on vénère, le puissant que l’on encense ; c’est la plus riche qu’on épouse, le protégé que l’on vante, l’opulent que l’on recherche, l’homme en place que l’on flatte, l’homme heureux que l’on célèbre. Partout, chez un peuple corrompu ; chacun se dit :

Voyons celui qui gagne, et non celui qui perd.
..............................................
Dat veniam corvis, vexat censura columbas(43)

Est-ce par un semblable motif, et par la même propension que M. Collin a renchéri sur l’inhumanité du siècle ? Mais est-ce à l’homme de lettres, à l’instituteur public à épouser, à sanctionner les erreurs qu’il doit proscrire ? Voyons celui qui gagne ? Et pourquoi ? Pour participer à son lucre ? et non celui qui perd ? car vous auriez à le consoler ou à le secourir ? Ce sentiment est désolant, il désespère l’infortuné, il enlaidit l’espérance, il dénature la société, la dissout, et la fait voir avec horreur, Ô ! qui que vous soyez, bon ou méchant, voudriez-vous d’une épouse, d'un ami dont la maxime seroit :

Voyons celui qui gagne, et non celui qui perd !

Je ne dirai autre chose sur ce vers, sinon qu’il est la digne et la juste épigraphe de L’Optimiste.

En effet, je viens de prouver que cette comédie ne tend qu’à affermir les grands et les riches dans leurs usurpations phisiques et morales, qu’à pallier leur cupidité, qu’à effacer l’odieux de leurs vexations, qu’à légitimer leur égoïsme. Par contrecoup, elle porte les opprimés à accepter la servitude, les dupes à l’insouciance, les victimes de l’arbitraire à la lâcheté et les malheureux au silence.

PLINVILLE.
Que gagnez-vous, de grâce, à gémir de la sorte ?
Vos plaintes, après tout, ne sont qu’un mal de plus.
Laissez donc là, mon cher, les regrets superflus.
Reconnoissez du ciel la sagesse profonde,
Et croyez que tout est pour le mieux dans le monde. (44)

N’est-ce pas là ce que les ministres de la tirannie et les agens nombreux du despotisme ne cessaient de prêcher et de faire prêcher au peuple ? Et voilà le conseil qu’il fallait suivre après qu’on vous avait dépouillé, molesté, emprisonné, torturé, si vous ne vouliez recommencer sur nouveaux frais cette série de souffrances et de vexations, et tout cela parce qu’on était sans courage pour se plaindre et sans énergie pour armer de la plume ou du glaive la justice naturelle et le droit des nations. Et M. Collin a prétendu qu’il avoit grand sujet de dire, tout est bien.

Cependant comme il suffit moins de convaincre d’erreur ceux qui nous attaquent, que de sauver les apparences, lorsqu’on veut tout à la fois faire prendre le change sur ses intentions, et en recueillir le fruit, il pourroit arriver que les défenseurs de M. Collin, ou les partisans de son système, prétendissent qu’il n’a voulu présenter dans Plïnville que le ridicule de l’Optimisme. Quoique ce faux-fuyant ne pût être considéré que comme une gambade, je le démens. Je veux épargner à nos sages subtils ce dernier trait de caractère, et je dis que c’est à bon escient que Plinville est offert à la société et surtout aux malheureux comme un modèle à suivre. Outre que l’action de l’Optimiste est conduite de manière que ses sophismes et ses extravagances ont le plus heureux succès, M. Collin écarte tout subterfuge, puisqu’il dit lui-même dans sa préface, en parlant de l’Optimiste, "je puis, je crois, sans qu’on me taxe de vanité, LOUER ce caractère... j’en ai trouvé le modèle dans la maison paternelle,c’est mon PÈRE". Or on peut se féliciter d’avoir démêlé un caractère ridicule, mais on ne loue pas un caractère que l’on présenterait comme un ridicule. On expose les bizarreries de la société à la risée publique, mais on ne ridiculise pas son PÈRE. Enfin celui qui trouverait un Jourdain, un Sottenvile dans sa famille, pourroit à la vérité profiter des traits que lui offrirait la maison paternelle ; mais il ne publierait pas, avec complaisance, que c’est son PÈRE qu’il livre en proie aux moqueries du parterre. Enfin voici, mot à mot, comment, dans une lettre particulière, M. Collin s’explique sur le caractère de Plinville : "J’ai eu dessein de présenter sur scène un BON PÈRE, (qui garde quinze mille livres de rente pour lui, et le célibat pour sa fille unique) ; UN BON MARI (qui place sa fortune chez un joueur, parce qu’il est heureux au jeu) ; UN BON MAÎTRE (qui ne trouve pas dangereuses les blessures gagnées à son service) ; un peu bon-home, à la vérité, (oui, qui voit bonnement celui qui gagne, et non celui qui perd) ; mais point ridicule ; tel enfin, qu'on rit AVEC LUI, mais non de lui(45). Il est donc incontestable que Plinville nous est donné comme un traité vivant de morale, comme une excellente méthode de conduite dans les événemens de la vie et dans la manière de se comporter avec les méchans et les fripons.

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La revanche de la cigale, chromo, d'après la toile (1901) d'Auguste Félix Bauer (1854-1933).

On serait encore mal venu de me donner en preuve de la bonté du système de M. Collin, les heureux fruits de la résignation et de l’insouciance de PLINVILLE, et la cascade de ses revers établis avec précaution pour le conduire à la prospérité de ses affaires et à son plus parfait contentement. En bonne foi, est-ce un homme bien à plaindre et bien infortuné que ce Plinville ? que signifient les prétendus désastres dont M. Collin a soin de l’affliger ? c’est se moquer des gens que de nous donner la migraine d’une femme, qui fait manquer une partie de plaisir, comme une grave affliction et l’une des misères de la vie humaine. Bien difficile, en vérité, de se consoler de l’incendie d’un grenier à foin, quand on possède une superbe terre et ses dépendances ; d’être insensible à la mort d’un perdreau, quand on n’est pas, après tout, un tiran féodal ; et de ne pas se pendre de ce que l’on perd cent mille écus, quand il vous en reste encore cent mille ! Tels sont en total les malheurs terribles que l’insouciance de Plinville surmonte. Pure supercherie, que de faire résulter d’un ensemble de situations frivoles, la prétendue excellence des principes de la lâcheté et de la servitude ! Au lieu de nous offrir Plinville ridiculement infortuné, pour nous le montrer servilement sage, pourquoi M. Collin ne nous l’a-t-il pas présenté tel que nous sommes, tels que nous étions, nous malheureux François et depuis si longtems ! il a voulu faire de Plinville un père tendre et sensible ; ce Plinville a une fille jeune, jolie, spirituelle et vierge ; que n’a-t-il fait convoiter cette fraîche enfant par un duc, par un intendant, par un factotum de commis ? d’où vient qu’à la résistance de la fille, qu’à l’indignation du père, il n’arrive pas une lettre de cachet qui, dispersant la famille, pour la sûreté accoutumée de l’état, jette le père dans le fond d’un château fort et la fille dans un dédale de séductions d’où elle sort flétrie, corrompue et dénaturée ? Est-ce l’exemple qui nous manque ? M. Plinville a une femme surannée et grondeuse, pourquoi n’en a-t-il pas une jeune, belle, altière, dissipée, ambitieuse, coquette, cupide et libertine ! Nous n’aurions pas tardé de voir un prince, un évêque, un ministre, un cordon bleu, un lieutenant de police séquestrer ce benet de Plinville à Charenton, et son impudique épouse traîner dans un char étrusque la honte et la fortune de l’epoux vraiment infortuné. Est-ce l’exemple qui nous manque ? Pourquoi Plinvile n’est-il pas un brave et loyal militaire couvert de blessures, sollicitant vainement du pain dans l’arrière anti-chambre d’un commis, tandis qu’un jeune fat, amant d’une messaline de cour, passe en riant près de lui, le coudoie, le toise avec effronterie et l’écrase de son insolence radieuse de cent mille livres de rente ? est-ce l’exemple qui nous manque ? pourquoi M. Collin n’a-t-il pas fait de Plinville un bienfaiteur trahi par son obligé et emprisonné pour sa bienfaisance ? un innocent chargé de fers et de calomnies, torturé dans la pensée par un enquêteur criminel ; dans sa confiance par un mouton (46), dans les premiers besoins de la vie, par un geôlier, et dans son honneur enfin, par des juges ignorans ou vindicatifs, ou vendus ? Est-ce l’exemple qui nous manque ? que n’en a-t-il fait un cultivateur dépouillé par un voisin puissant ? un vigneron à la journée, accompagné de mille autres, qu’un coquin d’intendant condamne à transporter de la montagne à la rivière et par corvée une coupe de bois de deux mille arpens, parce que cet intendant et sa maîtresse auraient reçu, en bons rouleaux, des mains des exploiteurs, le dixième de la valeur effective du charoi de ces bois ? Est-ce l’exemple qui nous manque ? pourquoi n’en a-t-il pas fait un Rainal [l'abbé Raynal], un J. J. Rousseau, persécutés de climat en climat par des sots et des cuistres, pour avoir instruit leur patrie et le monde ? ou quelqu'étourdi, lestement étranglé dans la tour du trésor pour une douzaine d’hémistiches contre une courtisane ? ou un déplorable la Tude (47), renfermé et suplicié pendant trente-cinq ans dans des cloaques, avec un raffinement de cruauté à désespérer la pensée et à faire bouillir le sang humain ?...

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Latude en compagnie de ses rats apprivoisés, in Anales dramáticos del crimen ó Causas célebres españolas y estranjeras [sic] / estractadas [sic] de los originales y traducidas, bajo la dirección de José de Vicente y Caravantes, Madrid, Imprenta de Fernando Gaspar, 1858-1866, Fondo Antiguo de la Biblioteca de la Universidad de Sevilla.

Plinville eût-il osé dire alors que tout est bien ? eût-il été content de tout ? Pourquoi ?... eh ! juste ciel ! on remplirait cent volumes de pareilles souffrances, qui certes ne sont pas supposées : et M. Collin n’a garde de toucher à ces vérités. C’est le feu du ciel qu’il fait descendre pour brûler quelques bottes de paille à son plaisantin fortuné, tant il a peur de compromettre les vrais génies malfaisans, tant il est soigneux d’écarter loin des pestes publiques, les inductions et les soupçons que jetteraient sur les méchans la moindre petite adversité habituelle.

M. Collin ignorait-il ces abus monstrueux et ces persécutions criantes ? il ne connaît donc ni les hommes, ni le monde, ni la situation de sa patrie ! De quoi s’avise-t-il alors de travailler à son instruction ? mais que dis-je, son ouvrage même prouve qu’il connaît fort bien les misères de l’humanité et les malheurs de la France. Il a donc voulu, bien positivement nous abuser sur nos infortunes et en appuyer les auteurs. Mais, M. Collin pouvait-il parler, en 1788, des horreurs de l’ancien régime ? qui l’eût osé ? moi, je l'ai fait ; est modus in rebus. D’ailleurs quand on n’a pas le courage de plaider pour les malheureux, on a la pudeur de ne pas encourager les méchans. Si l’on n’ose pas dire aux puissans tout va mal, quand cela est, on ne dit pas aux faibles tout est bien, quand cela n’est pas. Quel nom donner à cette séduction rafinée, à cette politique astucieuse ? c’est trahir la vérité ; c’est tourner contre la patrie l’instruction qu’on a puisée dans son sein ; c’est mentir à sa consience que de fasciner les yeux de ses concitoyens sur leurs adversités, pour les préparer et les disposer à de plus grandes : c’est être cruel que d’employer à perpétuer nos maux les talens qu’on n'a reçus de la nature que pour prêcher sa doctrine ; propager son influence, et rétablir son empire.

Je me suis élevé avec force contre la doctrine répandue dans la comédie de L’Optimiste, parce qu'elle attaque les droits de l’homme et la dignité de son être ; parce quelle tend à rompre les liens de la société en étouffant ce fondement de la morale, la pitié, la base de toutes les vertus ; parce que j’ai vu dans cet ouvrage les principes cachés du fatalisme qui n’a jamais fait que des esclaves, et le dessein formel d’attribuer des droits naturels et primitifs aux abus qui surchargent et dégradent ma patrie. Avant d’attaquer directement cette comédie, j’ai composé le Philinte de Molière pour la combattre ; j’ai conçu mon action de manière à détruire par autant de vérités chaque sophisme de M. Collin. C’est aux moralistes à juger si la victoire est de mon côté : la raison s’y trouve, j’en suis bien sûr.

Je me tais sur tout ce qui concerne la littérature relativement à ma comédie ; elle porte sa critique et sa défense ; les préfaces sont parfaitement inutiles sur ce point. Quant au talent de M. Collin, c’est assurément avoir eu le malheur de le louer que de condamner aussi sévèrement l’emploi qu’il en a fait.

Je n’ignore pas, à la honte des mœurs et au grand détriment de mon pays, que les gens du monde, et qui pis est les lettrés, font bien plus de cas de la forme que du fond. À l'exception de quelques écrivains essentiellement épris de la morale, je n’ai vu que le peuple qui sût s'attacher aux choses. Il serait bien tems que les arts, répudiant les esclaves, apportassent leur influence dans la chose publique. J’appuyerai de tous mes efforts cette noble résolution. La nature a borné la mesure de mes talens, mais mon âme est insatiable du bonheur d’être utile.

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Jean Baptiste Lesueur (1749-1826), La disette du pain, 1794, Musée Carnavalet.

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J.-J. Rousseau, à M. d'Alembert, sur son article « Genève », dans le VIIe vol. de l'Encyclopédie, et particulièrement sur le projet d'établir un théâtre de comédie en cette ville, Amsterdam, chez Marc Michel Rey, 1758, p. 65.

2. Ovide, Héroïdes, XV, 96. De Sapho à Phaon.

3. L'Optimiste, acte 3, scène dernière.

4. Boileau, Art poétique, ch. 4.

5. L'Optimiste, acte I, scène 10.

6. Cf Rousseau, Lettre à d'Alembert sur les spectacles.

7. L'Optimiste, acte I, scène 11.

8. Ibidem, acte II, scène 2.

9. Molière, Le Bourgeois gentilhomme, acte III, scène 12.

10. Molière, Le Misanthrope, acte II.

11. L'Optimiste, acte I, scène 3.

12. Ibidem, acte I, scène 8.

13. Virgile, Énéide, II, vers 97 : Inde mali labes, « De là vient le malheur. »

14. L'Optimiste, acte I, scène 9.

15. Maltôtier : percepteur de l'impôt extraordinaire appelé maltôte et, plus généralement, de l'impôt.

16. L'Optimiste, acte I, scène 9.

17. Ibidem.

18. Molière, Le Médecin malgré lui, acte I, scène 1.

19. L'Optimiste, acte I, scène 9.

20. Ibidem, acte I, scène 7.

21. Ibid., acte III, scène 1.

22. Ibid., acte II, scène 4.

23. Ibid., acte II, scène 7.

24. Ibid., acte III, scène 4.

25. Ibid., acte I, scène 6.

26. Ibid., acte III, scène 9.

27. Ibid.

28. Ibid.

29. Ibid.

30. Voltaire, Mahomet, acte 2.

31. Virgile, Géorgiques, Livre III, 439 : « Souvent, sous les litières qui n'ont pas été remuées, se dissimule la vipère, mauvaise à qui la touche, et qui cherche un refuge contre le jour qu'elle redoute. »

32. L'Optimiste, acte III, scène 9.

33. Ibidem, acte I, scène 10.

34. Ibid., acte III, scène 9.

35. Horace, Épîtres, I, 1, À Mécène : « Fuyant la pauvreté parmi les mers, les rochers et les flammes. »

36. L'Optimiste, acte III, scène 9.

37. Ibidem.

38. Mes Souvenirs, pièce de vers de M. Collin, insérée dans l'Almanach des Muses de 1789.

39. L'Optimiste, acte IV, scène 4.

40. Ibidem, acte IV, scène 5.

41. Ibid.

42. Ibid, acte V, scène 12.

43. Juvénal, Satires, 2, 63 : « La censure épargne les corbeaux et tourmente les colombes. »

44. L'Optimiste, acte III, scène 9.

45. Lettre de M. Collin à M. Boursault Malherbe, « à qui j'ai déclaré l'usage de l'extrait et qui me l'a permis », dixit Fabre d'Églantine.

46. « Un MOUTON, dans l’ancienne JURISPRUDENCE criminelle, et qui subsistera jusqu’à l’établissement des Jurés , était un brigand, un scélérat épouvantable, espèce d’officier secret de la Justice, que l’on mettoit en prison à côté de l’accusé que l'on ne pouvait convaincre, c’est-à-dire, que l’on vouloir perdre. Le mouton tâchoit de gagner la confiance de cet infortuné, sous le voile de l’amitié ; et au moyen des épanchemens sacrés de ce sentiment, il lui tirait, comme on dit, les vers du nez ; sinon sur l’accusation prétendue, si elle étoit injuste, du moins sur les événemens de sa vie entière, que les Juges fouillaient avec acharnement, tant et si bien qu’il ne manquoit pas d’en sortir AUTRES CAS RÉSULTANS DU PROGÈS, et de là, condamnation quelconque. Voilà quelles étaient les belles institutions de l'OPTIMISME du siècle. Note de Fabre d'Églantine.

47. Jean Henry, dit Danry, dit Masers de Latude (1725-1805 à Paris, peut-être apparenté à la maison Vissec de Latude, prisonnier rendu célèbre par ses nombreuses évasions et par ses Mémoires. Cf. Wikipedia : «Il fut à plusieurs reprises descendu aux cachots réservés aux prisonniers insubordonnés. Latude raconte comment, face à la cruauté de ses geôliers, il trouve son seul réconfort dans la compagnie de rats qu'il apprivoise, puis plus tard de pigeons qu'il fait livrer à Madame de Pompadour. Il rédige ses Mémoires d'abord sur de la mie de pain aplatie, en trempant des arêtes de poisson dans son sang, puis sur du papier fourni par l'aumônier apitoyé. »

 

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