Vu par Hector Fleischmann, « un avocat de province : M. de Robespierre »

Rédigé par Christine Belcikowski Aucun commentaire
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Essayiste, romancier et historien, né le 27 octobre 1882 à Saint-Nicolas, Flandre-Orientale, Belgique, mort le 4 février 1913 à Paris, Hector Fleischmann dédie l'essentiel de son œuvre à la Révolution française, qu'il admire, y compris dans ses épisodes terribles. Et, en hommage à Robespierre, il choisit de donner à son propre fils le prénom de Maximilien. Cette admiration pour la Révolution française, qui se double d'une grande érudition, vaut à Hector Fleischmann d'être nommé en 1910 à Paris directeur de la Revue des curiosités révolutionnaires.

Dans Anecdotes secrètes de la Terreur, ouvrage publié en 1908 à Paris aux Publications modernes, Hector Fleischmann distille les curiosités suivantes : Le dernier charnier de la Terreur ; Le remords de Mme Tallien ; Cadavres royaux ; Le roman amoureux d'un Capucin ; Une vraie sans-culotte ; La dernière nuit de Fouquier-Tinville ; La légende du verre de sang ; Un régicide en exil [Jacques Louis David] ; Quelques notes sur la vie privée du citoyen Rouget (de Lisle) ; L'homme qui guillotine les statues ; Le travail de Curtius ; Le ménage de M.-J. Chénier [le frère cadet du poète guillotiné] ; Un avocat de province : M. de Robespierre ; Un singulier condamné à mort ; Le vrai marchand de fourneaux ; Où fut enterrée la tête de la princesse de Lamballe ? ; Origine du mot "Sans-culotte" ; Madame Rolland en prison ; Les cadavres de la Madeleine ; Jourdan Coupe-Têtes ; Une séance de magnétisme.

Quand l'érudition se fait passionnante à l'instar du roman... Lisez donc les Anecdotes secrètes de la Terreur d'Hector Fleischmann !

Un avocat de province : M. de Robespierre
in Anecdotes secrètes de la Terreur, chapitre XI, p. 133 sqq.

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« Dans les rues paisibles d'Arras... ». Carte postale sans date.

« Dans les rues paisibles d'Arras, un jeune homme en habit olive se promène lentement, mélancoliquement.

Le tiède soleil et les jaunes rayons de l'arrière-saison baignent la somnolence de la ville coite et morne où, derrière les vitres emmousselinées, des yeux curieux guettent le jeune homme maigre serré dans son habit usé et propre.

À cette époque, il a vingt-sept ans (1), et son visage impassible, au front barré d'une grande ride, semble respirer l'amertume d'avoir été un précoce orphelin (2).

Déjà, à cette heure imprécise de son existence, sa vie semble respirer cette tristesse majestueuse de la tragédie, dont parle si divinement Jean Racine dans sa préface de Bérénice. Fuyant les prétoires artésiens, il part rêver devant la mortelle beauté des paysages pacifiques de Flandre.

Arras, à l'automne, est d'une tristesse infinie parmi ses peupliers bruissants et ses vieilles maisons. Comme on y comprend admirablement la mélancolie poignante qui pesa sur Maximihen de Robespierre, même aux heures les plus fiévreuses de son triomphe civique ! L'âme latine, apportée par les conquêtes romaines dans les plaines ibériques et poussée par la furie espagnole sur les Flandres, où elle prit racine, se sentait véritablement en exil dans ce pays froid et prolifique où rien ne lui parlait de la beauté des paysages de sa patrie. Maximilien de Robespierre, héritier de cette âme latine errante, se sentit lui aussi en exil, mais loin de s'abandonner, il triompha de lui-même, de la race et du paysage. Chez lui le caractère espagnol, brûlant, ardent, fut vaincu par le caractère romain et, soumise, l'influence ibérique s'allia à l'ordre latin pour former celui qui devait un jour affirmer, sur les tréteaux gluants de l'échafaud, la hauteur de son âme civique. Pays pacifique et profond que coupent les eaux vives, qu'émaillent les hameaux verts et que gardent, sentinelles muettes, les beffrois et les clochers ; paysages de mol abandon et de tristesse latente, c'est eux qui firent cette âme romaine et jacobine au maigre avocat. Là, elle s'imprégna, à l'aspect d'un ciel uniforme et bas, de la rudesse d'une éloquence sévère, et l'âme flamande, marquée encore du sceau espagnol, s'allia à l'âme latine dans un effort promulgué par l'éloquence de la pensée française (3). Et ainsi se façonna la Vertu et la Probité de l'Incorruptible.

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Henry Joseph Constant Dutilleux (1807-1865), Paysage d’Artois, Musée municipal d'Hazebrouck.

À cette époque il n'avait, dit Henri Martin, ni les qualités, ni les défauts de la jeunesse. Il était celui que son professeur de rhétorique au collège Louis-le-Grand, l'abbé Hérivaux, appelait le Romain. Sa pensive jeunesse se ressentait du spectacle de la nature. Qui donc étudiera ce que firent les paysages âpres du Puy-de-Dôme sur la formation de Couthon, ceux de Carcassonne où l'air est vif, clair, ardent, sur celle de Fabre d'Eglantine, ce que dut André Chénier au ciel de Grèce et Camille Desmoulins à la belle mollesse de la Picardie aux confins de l'Ile-de-France ? C'est le noble et doux Vendômois qui inspira Ronsard, c'est l'Artois qui fit Robespierre.

Dans ses promenades solitaires, il songe que, dans ces plaines, eut lieu le choc de Turenne, de Condé et des Espagnols, que ces esplanades fortifiées sont marquées du génie de Vauban, et que le traité des Pyrénées joignant, en 1659, Arras à la couronne de Louis XIV, a rendu sa patrie à ses destinées naturelles. Ce n'est alors qu'un jeune homme sensible, oui, mais non bêlant ; il est celui qui lit Rousseau sous les feuilles jaunies de l'automne et pleure avec Émile sur le sort contraire des destinées. Peu à peu la discipline nationale, l'ordre français le pénètrent, et quand, en mai 1789, après avoir payé sa place 35 livres 10 sols, dans la diligence, il part pour Paris, aux Etats Généraux, il se sent confusément prêt pour le grand rôle de l'avenir.

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La vie de Robespierre, à Arras, est assez curieuse à suivre dans ses détails. On lui a connu plusieurs domiciles. En 1781, celui de la rue du Saumon ; en 1783, celui de la rue des Trinitaires; en 1786, il est rue du Collège ; en 1787, rue des Rapporteurs. La maison est, aujourd'hui, noire, hostile, gardant derrière ses vieilles pierres le secret de cette grande vie blasphémée.

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Sa vie y était simple, pauvre, obscure. A la mort de son père, il était demeuré sans fortune ; il n'avait aucun patrimoine, a-t-on écrit (4). Dans sa profession d'avocat il apporta le même soin zélé et studieux que celui qui en avait fait à Paris, à Louis-le-Grand, un des plus remarquables élèves (5).

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Ici une question est intéressante à poser : Comment plaidait-il ? Les uns, comme Michelet, lui ont trouvé un talent incolore (6), d'autres ont vu en lui, le type des orateurs académiques, un avocat méticuleux (7), bel esprit à la parole cadencée (8), mais verbeux, et se basant sur sa déclaration souriante : « Je suis bavard », inclinent à croire que la verbosité fut un de ses défauts (9). Chose curieuse : parmi tant d'avis divers, on ne saurait se résoudre à en adopter un seul. Qu'on relise ses plaidoiries, celle pour le sieur de Vissery de Boisvallé dans une affaire de paratonnerre, celle pour la domestique du capitaine Carnot, Mme Duhamel, dans une affaire de succession ; nulle part, et même dans celle si longue, si copieuse, de l'affaire Dupond, n'apparaît ce défaut tant reproché à sa « sombre éloquence (10) ». Il semble plutôt que Rome ait mis dans ces harangues l'éloquence précise, sèche, le goût de l'ordre et de la sobriété classique. Cette éloquence est celle d'un rhéteur factieux, dit Rœderer (11) ; c'est du galimatias, ajoute Malouet (12), du jargon d'emprunt, riposte Taine (13), un talent au-dessous du médiocre cousu de mauvaises expressions, observe Mme Roland (14) dont le style, comme chacun sait, est la chose la plus pénible au monde ; enfin, tout cela est froid, prétentieux, d'un style d'académicien de province (15), conclut le pasteur Dide. C'est un mauvais avocat (16), sa voix est rauque et se convertit, dans la colère, en une espèce de glapissement assez semblable à celui des hyènes (17), son verbe est sec, pédant, hargneux, cassant (18), sa diction âpre, triviale, cousue de lieux communs (19), faible, sèche, monotone, aiguë (20), éteinte, quoique l'habitude de la tribune lui ait fait la parole facile (2)1, ses harangues étaient didactiques, son éloquence grande (22), sa voix, quoique de tête, agréable (23) ; enfin, pour Camille Desmoulins, elle est sublime ; par intervalles, elle arrache des larmes, elle s'élève à la hauteur du talent de Démosthène (24).

Il nous faut faire grâce au lecteur de plus nombreuses citations. Celles que nous venons de faire prouvent à quel point la personnalité du grand Jacobin est restée contradictoire jusqu'aux yeux des historiens de nos jours. Singulière destinée que celle de cet homme blasphémé par ses ennemis, nié et renié par ses amis !

Quoiqu'il en soit, on ne saurait contester le succès de ses plaidoiries devant la cour d'Arras. Presque tous les procès qu'il défend à cette barre de ses obscurs débuts sont des causes gagnées pour lui. Plus tard, cette éloquence sèche et ennuyeuse aurait-elle dicté à la Convention les lois qu'inspira le génie de Maximilien, et cette éloquence d'académicien de province aurait-elle étouffé la foudre de Danton et le génie de Vergniaud ? Il nous reste d'elle ces admirables discours, uniques dans l'histoire littéraire et que nul n'égala depuis. C'est là qu'il faut véritablement chercher l'origine de l'énorme puissance, toute morale, qui plaça Robespierre à la tête du gouvernement révolutionnaire.

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Arras l'a vu encore sous un autre aspect.

Le 15 novembre 1785, Saint-Harduin, secrétaire perpétuel de l'Académie d'Arras, le fit recevoir aux Rosati. C'était une société bachique, où les roses, le vin et la poésie étaient en honneur. Sous le berceau de Blagny, dans le faubourg d'Avesnes, et aux bords de la Scarpe à l'onde vive, les Rosati tenaient leurs séances.

Le règlement en était puéril et charmant. A son entrée, le récipiendaire cueillait une rose, la respirait trois fois et vidait une coupe de vin rosé à la santé de tous les Rosati présents et futurs. Son parrain lui donnait le baiser de l'accueil fraternel, lui remettait un diplôme sur papier rose scellé d'une rose de cire et parfumé à l'eau de rose. Après quoi, le nouvel initié chantait un couplet de bienvenue. « Prendre un honnête délassement, écrivait-on à l'abbé Ménage, s'éclairer des rayons de la vraie philosophie, rire de l'ambition et de mille riens importants, faire revivre le ton simple et franc de nos anciens auteurs, en dépit de la préciosité et de la morgue de plusieurs célèbres du jour, voilà le principal but des Rosati (25). »

Exécutant le trille d'une voix agréable (26), Robespierre chanta ses couplets suivant l'usage consacré :

LA ROSE
REMERCIEMENTS À MESSIEURS DE LA SOCIÉTÉ DES ROSATI

Air : Résiste-moi, belle Aspasie

Je vois l'épine avec la rose
Dans les bouquets que vous m'offrez (bis) ;
Et lorsque vous me célébrez,
Vos vers découragent ma prose.
Tout ce qu'on m'a dit de charmant,
Messieurs, a droit de me confondre :
La rose est votre compliment,
L'épine est la loi d'y répondre (bis).

Dans cette fête si jolie
Règne l'accord le plus parfait (bis)
, On ne fait pas mieux un couplet,
On n'a pas de fleur mieux choisie.
Moi seul, j'accuse mes destins
De ne m'y voir pas à ma place ;
Car la rose est dans nos jardins
Ce que vos vers sont au Parnasse (bis).

À vos bontés, lorsque j'y pense,
Ma foi, je n'y vois pas d'excès (bis),
Et le tableau de vos succès
Affaiblit ma reconnaissance.
Pour de semblables jardiniers
Le sacrifice est peu de chose ;
Quand on est si riche en lauriers,
On peut bien donner une rose (bis).

La pièce est charmante, d'une jeune fraîcheur ; c'est une des rares où l'âme sensible et tendre de Maximilien de Robespierre se soit laissé voir, dépouillée de cette grave austérité qui l'enveloppa aux jours terribles de 93.

Parmi les Rosati, le jeune avocat allait goûter les seules heures paisibles de sa vie battue des orages révolutionnaires. Il y avait là, sous le berceau festonné de clématites et de chèvrefeuille onduleux, le peintre Bergaigne ; le musicien Pierrebot ; le capitaine au corps royal de génie, Carnot, que, dans les bureaux du Comité du Salut Public, Maximilien rencontrerait plus tard ; l'avocat général au Conseil de l'Artois, Foacies de Ruzé ; l'abbé Berthe ; le professeur de théologie Daubigny ; le major de génie Champmorin, le capitaine chevalier Dumeny ; le major de la citadelle d'Arras, Baillet de Vaugrenant ; le poète Legay ; l'avocat Charamond ; Dubois de Fosseux ; l'abbé Roman ; Desruelles ; et le parrain aux Rosati, de Robespierre, Saint-Harduin. Dans le onzième couplet de sa chanson de la Coupe, Maximilien leur a rendu le tendre hommage de son amitié :

Ami, de ce discours usé,
Concluons qu'il faut boire.
Avec le bon ami Ruzé
Qui n'aimerait à boire ?
À l'ami Carnot,
À l'aimable Cot,
À l'instant, je veux boire ;
À vous, cher Fosseux,
De ce vin mousseux
Je veux encore boire.

Dans cette vie réservée aux plus tragiques coups du Destin, cette heure sera brève. « Il était à sa maison de Tibur où il jouissait des premiers moments tranquilles de sa vie », est-il écrit dans le Dialogue de Sylla et d'Eucrate. Ce livre, avec ceux de Jean-Jacques, de Racine et de Corneille, il l'a sur sa table, et peut-être a-t-il lu cette phrase et s'en souviendra-t-il un jour. Arras, quitté en 1789, le verra revenir, quoiqu'on en dise (27), deux années plus tard, en octobre 1791, et on lui décernera alors aux portes de la ville la couronne civique et le laurier mérité par ses nobles travaux. Dernier éclat de son triomphe dans l'Artois natal ! Dans ces rues paisibles, sur ces places somnolentes où le soleil dore les vieilles pierres, de terribles cortèges passeront bientôt. Le professeur de rhétorique à l'oratoire de Beaune, le ci-devant prêtre Joseph Lebon, devenu conventionnel, installera sur ces places la guillotine, le rasoir national égalitaire, où les abricots vont tomber tandis que l'orchestre exécutera des hymnes républicains (29). Robespierre absent, la « bienfaisante » terreur, aimée de l'oratorien Fouché, allait être à l'ordre du jour à Arras.

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Joseph Le Bon, croquis de Georges François Marie Gabriel (1775-1846), Musée Carnavalet.

De la maison de la rue Saint-Maurice où gîtait Lebon, cette demeure à tourelle de tuiles, avec son chèvrefeuille tombant du haut du mur sur la porte basse, trapue, sombre, hostile, de cette maison muette aujourd'hui, où semble encore dormir quelque chose de son tragique passé, partaient les ordres sanglants de l'envoyé du Comité du Salut public. Défense fut faite aux femmes d'Arras de porter des toilettes. La pauvreté civique fut décrétée. Au tribunal révolutionnaire « quelques bougres à poil » siégeaient en chemises ouvertes, débraillés, la poitrine à nu, le bonnet rouge sur l'oreille, le sabre sur les genoux, et les pistolets sur la table, sous l'œil clignotant de Lebon avec ses armes à la ceinture.

Il n'était pourtant point la brute barbare et sanguinaire que nous représentent ses arrêtés. On l'a vu propre, élégant, soigné, soucieux du bel ordre de sa chevelure et des plis de sa cravate, d'une figure douce, dit Louise Fusil, dans ses Souvenirs d'une actrice (30). Mais l'élégance de ce muscadin n'épargna cependant point les têtes. Les vieilles femmes « éternuaient dans le sac », car à quoi servent-elles ? demandait l'oratorien converti au culte de la Sacro sanctam Guillotinam.

Dans ce temps, l'enfant d'Arras, le mélancolique et maigre avocat de 1785, surgissait à la tribune de la Convention nationale, comme l'éclair parmi les ténèbres de l'orage. Son éloquence glacée et électrique galvanisait le grand corps social inerte, jetait jusqu'aux armées sur les frontières le cri d'alarme de la Nation en danger. Les foudres de cette voix vengeresse frappaient les têtes trop hautes, abattaient les orgueils, terrassaient les cupidités sournoises et avides.

Mais thermidor mûrissait les grappes lourdes aux vignes de l'Île-de-France. La conspiration de la crapule allait bondir avec l'énergie du désespoir, et les mains « pleines de rapines » allaient clouer sur ces lèvres minces le dernier cri de la raison française outragée et révoltée. C'en sera fini alors de la vertu républicaine. Cette tête tombée, quelque part, dans un village perdu et lointain, une femme inconnue se déchirera la poitrine de ses ongles désespérés, et, lamentablement, criera cette plainte qui retentira à travers les siècles et les temps :

— Il n'y a plus d'espoir pour le peuple ! Ils ont tué Dieu ! »

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Signature de Robespierre, reproduite dans Anecdotes secrètes de la Terreur, » Un avocat de province : M. de Robespierre », p. 148.

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1. Maximilien Isidore de Robespierre est né le 6 mai 1758 ; sa mère, Jacqueline Marguerite Carraut, a eu ensuite une fille, Charlotte, née le 8 février 1760 ; une autre fille, Henriette, née le 28 décembre 1761 ; un fils, Augustin, né le 21 janvier 1763 ; et un enfant mort-né, qui lui a coûte la vie le 7 juillet 1764. Elle était âgée de vingt-neuf ans.

2. Maximilien de Robespierre est orphelin de mère à l'âge de 9 ans. Son père ensuite disparaît en Allemagne.

3. Paul Adam, in Le Troupeau de Clarisse, Paris, Société d'Editions Littéraires et Artistiques, 1904, p. 58.

4. Alissan de Chazet, Mémoires, souvenirs, œuvres et portraits, tome III, Paris, Postel, 1837, p. 28 : « Robespierre, né dans l’Artois de parens pauvres… ». Alissan de Chazet exagère. Cf. Cf. Émile Lesueur, « Les origines de la fortune de la famille Robespierre », in Annales révolutionnaires, t. 7, no. 2 (mars-avril 1914), pp. 179-194.

5. Sur les listes du Concours général du collège Louis-le-Grand, on trouve cité plusieurs fois le nom de Robespierre : Ludovicus Franciscus Maximilianus Maria Isidorus de Robespierre ; Atrebas [en latin, originaire d'Arras], e collegio Ludovici Magni. En 4e année, 1772, il obtient le 2e prix de thème latin et le 6e accessit de version latine ; en 2e année, 1774, le 4e accessit de vers latins et le 4e accessit de version latine ; en rhétorique, 1775, le 2e prix de vers latins, le 2e prix de version latine et le 3e accessit de version grecque. Il redouble sa rhétorique et, en 1776, obtient le 4e accessit de version latine.

6. Jules Michelet, La Révolution Française, volume 2, livre IV, chapitre 5 : « Son unique plaisir était de limer, polir ses discours assez purs, mais parfaitement incolores ; il se défit par le travail de sa facilité vulgaire et parvint peu à peu à écrire difficilement. »

7. Docteurs Cabanes et Nass, La Névrose révolutionnaire, Paris, Société Française d' Imprimerie et de Librairie, Paris, 1906, pp. 412-413.

8. Philarète Charles [fils de Pierre Jacques Chasles, député à la Convention], Mémoires, tome 1, Paris, G. Charpentier, 1876, p. 35 :« Robespierre avait gardé de son existence d' avocat bel esprit et de province les manchettes et le jabot, le gilet rose et la parole cadencée

9. Jean Bernard, Quelques poésies de Robespierre, Paris, G. Maurice, 1890, p. 48.

10. J.-P. Picqué (Lourdes, 1748-) [médecin, député des Hautes-Pyrénées à la Convention, « modéré et républicain parmi des furieux »], L'Hermite des Pyrénées. Dans L’Hermite des Pyrénées, mémoires restés inédits, Jean Pierre Picqué dit Robespierre « placé à leur tête [les Montagnards] par son éloquence forte ». Propos cité par Léon Gabriel Pélissier, in « Un conventionnel oublié. J.-P. Picqué et L’hermite des Pyrénées », Annales du Midi, 1899, 11-43, pp. 288-334.

11. Œuvres du comte P.L. Rœderer. Histoire contemporaine. 1789-1815, tome 3, Paris, Firmin-Didot, 1854, p. 271 : « Danton avait l’éloquence d’un tribun séditieux ; il l’eut plus que Mirabeau même. Robespierre, celle d’un rhéteur factieux. Danton fit trembler des gens de plus de talent que lui ; il comprimait. Robespierre fut toujours dédaigné, et c’est ce qui fit sa grandeur. »

12. Hector Fleischmann fait ici une lecture plutôt sélective des Mémoires de Pierre Victor Malouët, ancien député à l'Assemblée constituante, alors l'un des chefs du parti constitutionnel. Le passage que cite Hector Fleischmann, intéresse l'Adresse communiquée par le vieil abbé Raynal (1713-1796) à l'Assemblée le 30 mai 1791, soit le lendemain du jour où elle a voté la translation solennelle des restes de Voltaire au Panthéon. Le secrétaire de l'Assemblée se trouve chargé de lire l'Adresse de l'abbé. « On voyait le ravissement des spectateurs et des députés patriotes de recevoir cet hommage solennel du patriarche de la démocratie. Le premier paragraphe rétrograde sur les maux, les excès de la révolution rembrunit toutes les figures ; on se dresse, on se regarde, on s’indigne ; mais on s’attend à des retours aux bienfaits, aux grands résultats de la régénération sociale. La patience échappe à quelques-uns ; on leur impose silence. Ce n’est plus une adresse, c’est un drame dont chacun veut voir le dénouement : on écoute encore. Le secrétaire poursuit ; il arrive à l’effrayant tableau des désordres, des crimes, de la dissolution qui s’avance : le côté droit, qui avait d’abord été consterné de l’hommage, s’exalte sur la censure. On entend d’un côté : Bravo ! et de l’autre : Quelle audace ! Vengeance ! L’Assemblée est insultée ! C’est du Malouet ! Le tumulte s’accroît ; vingt députés se lèvent à la fois pour demander la parole ; on dénonce l’auteur, le président, le secrétaire. On parle de mettre le premier au Temple, de destituer les deux autres. Robespierre monte à la tribune, et c’est la première, la seule fois que je l’aie vu adroit et même éloquent. Je fus si frappé de ce qu’il a dit, que je ne l’ai jamais oublié. Voici comment il débuta : "Je supplie l'Assemblée de se calmer. C'est quand on ose essayer de la braver qu'elle doit être imposante. Mais comment, messieurs, pourriez-vous être offensés de ce que vous venez d'entendre ? Voyez au contraire combien c'est une belle chose que la liberté. Voyez comment ses ennemis, n'osant l'attaquer de front, sont obligés d’employer la ruse. Les malheureux vont chercher sur le bord de sa tombe un vieillard respectable ; et, abusant de sa faiblesse, ils lui font abjurer la doctrine et les principes qui ont fondé sa réputation." Il délaya, suivant son usage, ces premières phrases, qui étaient tout l'esprit de son discours, et qui, malgré son galimatias accoutumé, produisirent l'effet qu'il en attendait. L'Assemblée, sur la parole de Robespierre, se jugea supérieure aux réprimandes de l'abbé Raynal, et passa à l'ordre du jour. » Mémoires de Malouet, tome II, Paris, Didier et Cie, 1868, pp. 49-51.

13. Taine, Les origines de la France contemporaine, V ; La Révolution. La conquête jacobine, tome I, vingt-quatrième édition, Paris, Hachette, 1904, p. 34 : « Loustalot, Fréron, Danton, Marat, Robespierre, Saint-Just ne quittent jamais le style autoritaire, c'est celui de la secte, et il finit par devenir un jargon à l'usage de ses derniers valets. »

14. Mémoires de Mme Roland, Paris, Baudoin fils, 1820, p. 350 : « Son talent, comme orateur, était au-dessous du médiocre ; sa voix triviale, ses mauvaises expressions, sa manière vicieuse de prononcer, rendaient son débit fort ennuyeux. Mais il défendait les principes avec chaleur et opiniâtreté ; il y avait du courage à continuer de le faire au temps où le nombre des défenseurs du peuple s'était prodigieusement réduit. »

15. Auguste Dide, Hérétiques et révolutionnaires, Paris, Charavay Frères, 1887, pp. 222-223 : « Buzot et Robespierre figurent également parmi les orateurs de la Constituante. On a retenu ce mot si touchant et si noble que Buzot adressa à ses collègues le 21 mai 1791 : "Vous êtes à l'aurore du patriotisme". Robespierre ne brilla pas, tout d'abord, d'un bien vif éclat à la tribune de l'Assemblée nationale. Il y parut étriqué, gauche et provincial. Sa parole froide et prétentieuse, son air guindé, son ton aigre impatientèrent, déplurent et furent ridiculisés. Les plaisantins des Actes des Apôtres, les écrivains de l'Ami du roi s'imaginèrent qu'ils auraient facilement raison de "l'homme d'Arras", avec quelques épigrammes. Brocards, facéties, quolibets, couplets de vaudeville tombèrent sur lui comme grèle. On se moqua de son "habit olive", de sa prononciation glapissante, de son style d'académicien de province, de ses prétentions d'homme d'État. Lui, sans se laisser abattre et sans se décourager, irrité cependant par les railleries, et l'amour-propre ensanglanté, continua à croire en lui, à se roidir dans son ambition, à proclamer l'excellence de ses doctrines. Il empruntait celles-ci à un philosophe dont, sans cesse, il relisait les œuvres : le philosophe-citoyen de Genève. Tous les jours il allait, le Contrat social en poche, ainsi qu’un prêtre muni de son bréviaire, s'asseoir sur les bancs de l'Assemblée nationale. Ce desservant de Rousseau, après avoir fait sourire, sembla ennuyeux. Mais lorsqu'on le vit, toujours fidèle à lui-même, immuable dans ses théories, se faire à la tribune de la Constituante l'interprète infatigable des aspirations populaires, lorsqu'on s'aperçut qu'à force de travail et d'opiniâtreté, il avait fini par prendre à son maître, Rousseau, quelque chose qui ressemblait à du style et qui pouvait paraître de l'éloquence, alors les rires firent place à un étonnement presque respectueux. Peu à peu il conquit, au milieu de ses collègues, une situation originale et forte. Ce fut l'homme de la logique inflexible et de l'idéal démocratique. »

16. Abbé Guillaume Honoré Rocques de Montgaillard, Histoire de France, tome III, Depuis la fin du règne de Louis XVI jusqu'à l'année 1825, Paris, Moutardier, 1827, p. xx : « Robespierre avait flétri d'avance l'acte de la Convention, lorsque, repoussant la forme juridique qu'on voulait donner à une vengeance politique, il s'écria : "Louis n'est pas un homme que nous puissions juger, mais c'est un homme que nous devons tuer. »

17. Charles Nodier, Oeuvres, Le Dernier Banquet des Girondins : « Il y a une éloquence de temps, une éloquence d'événements, de passions et de sympathies, qui ressemble à celle du génie dans ses causes et dans ses effets, parce que son génie, à elle, réside dans la pensée universelle, et qu'elle ne jette pas un son du haut de la tribune qui n'aille exciter un long retentissement et un enthousiasme simultané dans l'ame de la multitude. Je n'ai pas dissimulé que c'étoit là, tout au plus, l'éloquence de Robespierre, et cependant je conviens que son talent a grandi à mes yeux dans une proportion indéfinissable depuis que je l'ai comparé. La nature n'avoit rien fait pour lui qui semblât le prédestiner aux succès de l'orateur. Qu'on s'imagine un homme assez petit, aux formes grêles, à la physionomie effilée, au front comprimé sur les côtés, comme une bête de proie, à la bouche longue, pâle et serrée, à la voix rauque dans le bas, fausse dans les tons élevés, et qui se convertissoit, dans l'exaltation et la colère, en une espèce de glapissement assez semblable à celui des hyènes : voilà Robespierre. »

18. Victorien Sardou, La Maison de Robespierre. Réponse à M. Hamel, Paris, Paul Ollendorff,1895, p. 75 : « Sa tête de chat, aux pommettes saillantes, couturées de petite vérole ; son teint bilieux, ses yeux verts bordés de rouge sous ses lunettes bleues, sa voix aigre, son verbe sec, pédant, hargneux, cassant ; son port de tête hautain, ses gestes convulsifs... »

19. Nouvelles politiques, nationales et internationales, 13 thermidor an II (31 juillet 1794, p. 2/4 : « Il savait adoucir avec art sa voix naturellement aigre, et criarde, et donner de la grâce à son accent artésien […]. Il avait calculé le prestige de la déclamation, et, jusqu’à un certain point, il en possédait le talent ; il se dessinait assez bien à la tribune ; l’antithèse dominait dans ses discours, et il maniait assez bien l’ironie ; son style n’était point soutenu ; sa diction, tantôt harmonieusement modulée, tantôt âpre, brillante, quelquefois et souvent triviale, était toujours cousue de lieux communs et de divagation sur la vertu, le crime, les conspirations. Orateur médiocre, lorsqu’il avait préparé son discours, s’il s’agissait d’impression, il était au-dessus de la médiocrité. Alors il courait après ses idées fugitives, comme un homme endormi après le fantôme de son rêve ; sa logique était toujours assez pure, et souvent adroite dans les sophismes ; il réfutait avec lucidité... »

20. Jean Bernard, Les lundis révolutionnaires. 1790, Paris, Georges Maurice, 1889, p. 6 : « Quand il parlait, Robespierre avait la voix faible, sèche et monotone, même un peu aiguë ; le geste était étroit, mais la logique était si serrée qu'elle obligeait l'auditeur à l'attention. »

21. Dictionnaire biographique et historique des hommes marquans de la fin du dix-huitième siècle, et plus particulièrement de ceux qui ont figuré dans la Révolution franc̜oise, tome 3, Londres, 1800, p. 278 : « Son physique faible, sa figure sombre et livide, sa vue bornée et délicate, sa voix presque éteinte, ne pouvaient prévenir ou séduire la multitude ; et quoiqu’il fût parvenu, par une grande habitude de la tribune, à parler avec facilité il ne put jamais lutter avec les premiers orateurs de la Convention. […]. La seule séance où il ait montré de la véritable éloquence, est celle du 31 mai 1793, jour où il lui échappa un mouvement très brillant contre Vergniaud, qui avait voulu l’interrompre. »

22. F.-A. Aulard, La Nouvelle Revue, 1er juillet 1885, p. 78 : « Au club des Cordeliers, dans cette assemblée ouverte, populaire, indisciplinée par principe, où rien ne gênait l’individualisme le plus jaloux, il [Fabre d'Églantine] put observer, choisir son groupe, s’orienter selon ses tendances intimes. Il ne fut attiré ni par le mélancolique Marat, ni par Hébert le cynique, ni par Cloots l’international : l’attitude si humaine et si française de Danton, de Camille, de Legendre, répondit à ses secrètes aspirations. Il est curieux que cet acteur se soit lié sans hésiter au parti des hommes d’action, des organisateurs de la France nouvelle, et qu’il n’ait pas été plutôt séduit par la grande éloquence de Robespierre ou l’éclatante rhétorique des Girondins. »

23. Mémoires de Fleury, de la Comédie-Française, 2e série : 1789-1820, Paris, J. B. P. Lafitte, 1846, p. 288. À propos de Robespierre chez Mme de Saint-Amaranthe [Jeanne Louis Davasse de Saint-Amarand dite Sainte-Amaranthe, née Jeanne Louise Françoise Desmier d’Archiac de Saint-Simon, salonnière] : « Son esprit, un peu cherché, ne manquait pas de saillie ; son aisance un peu apprêtée, n'était pas dépourvue de grâce. Il ne dédaignait point les conquêtes agréables, il les recherchait même ; il riait parfois, mais bien en secret ; comment donc ! il faisait le couplet, il le chantait, et, malgré son accent artésien, sa voix était agréable ; un peu voix de tête ; il exécutait le trille. »

24. Camille Desmoulins à propos du discours de Robespierre du 11 janvier 1792, dans une lettre inédite aux patriotes de Millau, citée par Hervé Leuwers in Camille et Lucile Desmoulins : Un rêve de république, Paris, Fayard, 2018 : « Ceux qui ont été ses camarades de collège, et même ceux qui l’année dernière ont été ses collègues à l’Assemblée nationale ne reconnaissent plus Robespierre depuis quelque temps. D’homme d’esprit, il est devenu éloquent, et maintenant le voilà sublime par intervalles. On dirait qu’il grandit d’un pied tous les mois, tant il est vrai que le foyer du talent c’est le cœur. Quand, il y a deux ans, je l’annonçais à la France, dans mon journal, comme un Caton, j’étais bien loin de prévoir qu’il s’élèverait jamais à la hauteur du talent de Démosthène. »

25. La société des Rosati est une société littéraire d'Arras fondée le 12 juin 1778. Cf. Wikipedia : Rosati. Cette société existe aujourd'hui encore.

26. Mémoires de Fleury, de la Comédie-Française, p. 288.

27. F.-C. Galart de Montjoye, Histoire de la conjuration de Maximilien Robespierre, Lausanne, Stockenster, 1795, p. 62-63 : « Élu président du club des jacobins à Paris le 31 mars 1790, Robespierre marqua à son frère [Augustin de Robespierre] de rassembler tous ceux qui par la nature de leur éducation et leur indigence, étaient portés à haïr les riches, les propriétaires, les gens bien nés, et d’en former à Arras un club semblable à celui de Paris. Ses instructions portaient de plus de disposer les membres de la nouvelle association à lui faire une réception éclatante, et à lui déférer le titre de fondateur du club d’Arras. Il manda à sa maîtresse [Suzanne Forber, couturière de profession ?] de recruter dans le petit peuple une troupe qui, lorsqu’il arriverait, lui viendrait au devant et donnerait à son entrée dans Arras l’air d’un triomphe. Les choses ne tournèrent pas comme Robespierre l’avait pensé. Dès qu’on sut dans Arras par les dispositions que faisaient son frère et Suzanne Forber, qu’il s’y proposait d’y venir, toute la ville fut en rumeur. La saine partie se souleva, et prit à son tour des mesures pour que l’accueil qu’il recevrait, le détournât à jamais de reparaître dans une ville qui rougissait de lui avoir donné le jour. Robespierre ayant appris par les lettres de son frère et de sa maîtresse que ceux qui qui lui préparaient un accueil humiliant, l’emporteraient par le nombre et l’énergie, s’effraya, et renonça à toute idée de se montrer à ses compatriotes. Il est remarquable qu’ils n’ont jamais varié dans le mépris qu’ils lui portaient avant sa nomination aux États-Généraux, et que dès cette époque, ils prononcèrent contre la une sorte de banissement que son peu de courage ne lui permit pas d’enfreindre ; de sorte que malgré le désir naturel à tout homme, surtout à celui qui croit avoir acquis quelque réputation, de revoir les lieux de sa naissance, Robespierre est mort sans avoir osé reparaître à Arras. Tout ce qui resta de ce projet de voyage, ce fut l’établissement dans cette ville d’un club de jacobins dont Robespierre le jeune fut l’âme et le premier président.
« Robespierre est mort sans avoir osé reparaître à Arras », dixit F.-C. Galart de Montjoye. Cette affirmation est fausse. On possède des lettres de Robespierre, écrites d'Arras en 1791, dont l'une, datée du 16 octobre 1791.

28. Lettre de Maximilien de Robespierre à Duplay ; Arras, 16 octobre 1791.

29. P.-J. Thénard, Quelques souvenirs de la Terreur à Cambrai, Cambrai, chez L. Carion, 1860.

30. Louise Fusil (1771-1848), Souvenirs d'une actrice, tome 2, Paris, Dumont, p. 13 : «Joseph Lebon était d’une taille moyenne et assez bien prise ; sa figure douce et agréable avait cependant quelque chose de sournois et de diabolique. Il régnait dans sa mise une sorte de coquetterie ; sa carmagnole était d’un beau drap gris et son linge d’une grande blancheur ; le col de sa chemise était ouvert, et il portait l’écharpe de député en sautoir ; ses mains étaient très soignées, et on disait qu’il mettait du rouge. Quel bizarre assemblage de férocité et d’envie de plaire !… »

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