Danton, Robespierre et Marat, vus par Victor Hugo dans Quatrevingt-Treize

Rédigé par Christine Belcikowski 1 commentaire
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« Moi, si je faisais l'histoire de la Révolution (et je la ferai), note Victor Hugo (1802-1885) en 1854, je dirais tous les crimes des révolutionnaires, seulement je dirais quels sont les vrais coupables, ce sont les crimes de la monarchie ». En 1874, réalisant ainsi son projet, il publie Quatrevingt-treize, son ultime roman. Il y met en scène de façon formidable la « querelle des tonnerres » qui fait de l'année 1793 le moment décisif de la Révolution française. Le passage reproduit ci-dessous intéresse la soirée du 28 juin 1793. Trente-et-un députés Girondins ont été arrêtés le 2 juin déjà. Nous savons que nombre des personnages invoqués dans ce passage, Marat, Danton, Robespierre et tant d'autres, ne seront bientôt plus que des spectres. Marat sera assassiné le 13 juillet 1793, Danton, guillotiné le 5 avril 1794, Robespierre, guillotiné le 27 juillet 1794.

I. MINOS, ÉAQUE ET RHADAMANTE (1)

« Il y avait rue du Paon un cabaret qu’on appelait café. Ce café avait une arrière-chambre, aujourd’hui historique. C’était là que se rencontraient parfois à peu près secrètement des hommes tellement puissants et tellement surveillés qu’ils hésitaient à se parler en public. C’était là qu’avait été échangé, le 23 octobre 1792, un baiser fameux entre la Montagne et la Gironde (2). C’était là que Garat (3), bien qu’il n’en convienne pas dans ses Mémoires (4), était venu aux renseignements dans cette nuit lugubre où, après avoir mis Clavière (5) en sûreté rue de Beaune, il arrêta sa voiture sur le Pont-Royal pour écouter le tocsin.

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De gauche à droite : Dominique Joseph Garat (1749-1833) ; Étienne Clavière (1735 - 8 décembre 1793, suicidé).

Le 28 juin 1793, trois hommes étaient réunis autour d’une table dans cette arrière-chambre. Leurs chaises ne se touchaient pas ; ils étaient assis chacun à un des côtés de la table, laissant vide le quatrième. Il était environ huit heures du soir ; il faisait jour encore dans la rue, mais il faisait nuit dans l’arrière-chambre, et un quinquet accroché au plafond, luxe d’alors, éclairait la table.

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Diogène Maillart (1840-1926), Le cabaret de la rue du Paon, illustration pour Quatre-vingt-treize dans l'édition Hugues, 1876. Paris Musées.

Le premier de ces trois hommes était pâle, jeune, grave, avec les lèvres minces et le regard froid. Il avait dans la joue un tic nerveux qui devait le gêner pour sourire. Il était poudré, ganté, brossé, boutonné ; son habit bleu clair ne faisait pas un pli. Il avait une culotte de nankin, des bas blancs, une haute cravate, un jabot plissé, des souliers à boucles d’argent. Les deux autres hommes étaient, l’un, une espèce de géant, l’autre, une espèce de nain. Le grand, débraillé dans un vaste habit de drap écarlate, le col nu dans une cravate dénouée tombant plus bas que le jabot, la veste ouverte avec des boutons arrachés, était botté de bottes à revers et avait les cheveux tout hérissés, quoiqu’on y vît un reste de coiffure et d’apprêt ; il y avait de la crinière dans sa perruque. Il avait la petite vérole sur la face, une ride de colère entre les sourcils, le pli de la bonté au coin de la bouche, les lèvres épaisses, les dents grandes, un poing de portefaix, l’œil éclatant. Le petit était un homme jaune qui, assis, semblait difforme ; il avait la tête renversée en arrière, les yeux injectés de sang, des plaques livides sur le visage, un mouchoir noué sur ses cheveux gras et plats, pas de front, une bouche énorme et terrible. Il avait un pantalon à pied, des pantoufles, un gilet qui semblait avoir été de satin blanc, et par-dessus ce gilet une roupe (6) dans les plis de laquelle une ligne dure et droite laissait deviner un poignard.

Le premier de ces hommes s’appelait Robespierre, le second Danton, le troisième Marat. Ils étaient seuls dans cette salle. Il y avait devant Danton un verre et une bouteille de vin couverte de poussière, rappelant la chope de bière de Luther, devant Marat une tasse de café, devant Robespierre des papiers.

Auprès des papiers on voyait un de ces lourds encriers de plomb, ronds et striés, que se rappellent ceux qui étaient écoliers au commencement de ce siècle. Une plume était jetée à côté de l’écritoire. Sur les papiers était posé un gros cachet de cuivre sur lequel on lisait Palloy fecit, et qui figurait un petit modèle exact de la Bastille.

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Palloy fecit : « fait » par Pierre François Palloy (1755-1835), dit « le Patriote », maître maçon et entrepreneur de travaux publics, célèbre pour avoir mené à bien entre 1789 et 1794 les travaux de démolition qui ont suivi la prise de la Bastille, et pour avoir vendu des modèles réduits de la Bastille, tirés des pierres mêmes de cette dernière. Musée Carnavalet.

Une carte de France était étalée au milieu de la table.

À la porte et dehors se tenait le chien de garde de Marat, ce Laurent Basse (7), commissionnaire du numéro 18 de la rue des Cordeliers, qui, le 13 juillet, environ quinze jours après ce 28 juin, devait asséner un coup de chaise sur la tête d’une femme nommée Charlotte Corday, laquelle en ce moment-là était à Caen, songeant vaguement. Laurent Basse était le porteur d’épreuves de l’Ami du peuple (8). Ce soir-là, amené par son maître au café de la rue du Paon, il avait la consigne de tenir fermée la salle où étaient Marat, Danton et Robespierre, et de n’y laisser pénétrer personne, à moins que ce ne fût quelqu’un du Comité de salut public, de la Commune ou de l’Évêché.

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De gauche à droite : Louis Antoine de Saint-Just (1767 - 28 juillet 1794, guillotiné) ; Jean Nicolas Pache (1746-1823).

Robespierre ne voulait pas fermer la porte à Saint-Just, Danton ne voulait pas la fermer à Pache (9), Marat ne voulait pas la fermer à Gusman (10).

La conférence durait depuis longtemps déjà. Elle avait pour sujet les papiers étalés sur la table et dont Robespierre avait donné lecture. Les voix commençaient à s’élever. Quelque chose comme de la colère grondait entre ces trois hommes. Du dehors on entendait par moment des éclats de parole. À cette époque l’habitude des tribunes publiques semblait avoir créé le droit d’écouter. C’était le temps où l’expéditionnaire Fabricius Pâris (11) regardait par le trou de la serrure ce que faisait le Comité de salut public. Ce qui, soit dit en passant, ne fut pas inutile, car ce fut Pâris qui avertit Danton la nuit du 30 au 31 mars 1794. Laurent Basse avait appliqué son oreille contre la porte de l’arrière-salle où étaient Danton, Marat et Robespierre. Laurent Basse servait Marat, mais il était de l’Évêché.

II. MAGNA TESTANTUR VOCE PER UMBRAS (12)

Danton venait de se lever ; il avait vivement reculé sa chaise.

– Écoutez, cria-t-il. Il n’y a qu’une urgence, la République en danger. Je ne connais qu’une chose, délivrer la France de l’ennemi. Pour cela tous les moyens sont bons. Tous ! tous ! tous ! quand j’ai affaire à tous les périls, j’ai recours à toutes les ressources, et quand je crains tout, je brave tout. Ma pensée est une lionne. Pas de demi-mesures. Pas de pruderie en révolution. Némésis n’est pas une bégueule. Soyons épouvantables et utiles. Est-ce que l’éléphant regarde où il met sa patte ? Écrasons l’ennemi.

Robespierre répondit avec douceur :

– Je veux bien.

Et il ajouta :

– La question est de savoir où est l’ennemi.

– Il est dehors, et je l’ai chassé, dit Danton.

– Il est dedans, et je le surveille, dit Robespierre.

– Et je le chasserai encore, reprit Danton.

– On ne chasse pas l’ennemi du dedans.

– Qu’est-ce donc qu’on fait ?

– On l’extermine.

– J’y consens, dit à son tour Danton.

Et il reprit :

– Je vous dis qu’il est dehors, Robespierre.

– Danton, je vous dis qu’il est dedans.

– Robespierre, il est à la frontière.

– Danton, il est en Vendée.

– Calmez-vous, dit une troisième voix, il est partout ; et vous êtes perdus.

C’était Marat qui parlait.

Robespierre regarda Marat et repartit tranquillement :

– Trêve aux généralités. Je précise. Voici des faits.

– Pédant ! grommela Marat.

Robespierre posa la main sur les papiers étalés devant lui et continua :

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Pierre Louis Prieur, dit Prieur de la Marne (1756-1827).

– Je viens de vous lire les dépêches de Prieur de la Marne (13). Je viens de vous communiquer les renseignements donnés par ce Gélambre (14). Danton, écoutez, la guerre étrangère n’est rien, la guerre civile est tout. La guerre étrangère, c’est une écorchure qu’on a au coude ; la guerre civile, c’est l’ulcère qui vous mange le foie. De tout ce que je viens de vous lire, il résulte ceci : la Vendée, jusqu’à ce jour éparse entre plusieurs chefs, est au moment de se concentrer. Elle va désormais avoir un capitaine unique…

– Un brigand central, murmura Danton.

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De gauche à droite : Claude Antoine Prieur-Duvernois dit Prieur de la Côte d'Or (1763-1832) ; Charles Gilbert Romme, dit Gilbert Romme (1750-17 juin 1795, suicidé)

– C’est, poursuivit Robespierre, l’homme débarqué près de Pontorson le 2 juin. Vous avez vu ce qu’il est. Remarquez que ce débarquement coïncide avec l’arrestation des représentants en mission, Prieur de la Côte-d’Or (15) et Romme (16), à Bayeux, par ce district traître du Calvados, le 2 juin, le même jour.

– Et leur translation au château de Caen, dit Danton.

Robespierre reprit :

– Je continue de résumer les dépêches. La guerre de forêt s’organise sur une vaste échelle. En même temps une descente anglaise se prépare ; Vendéens et Anglais, c’est Bretagne avec Bretagne. Les hurons du Finistère parlent la même langue que les topinamboux du Cornouailles. J’ai mis sous vos yeux une lettre interceptée de Puisaye où il est dit que « vingt mille habits rouges distribués aux insurgés en feront lever cent mille ». Quand l’insurrection paysanne sera complète, la descente anglaise se fera. Voici le plan suivez-le sur la carte.

Robespierre posa le doigt sur la carte, et poursuivit :

– Les Anglais ont le choix du point de descente, de Cancale à Paimpol. Craig (17) préférerait la baie de Saint-Brieuc, Cornwallis (18) la baie de Saint-Cast. C’est un détail. La rive gauche de la Loire est gardée par l’armée vendéenne rebelle, et quant aux vingt-huit lieues à découvert entre Ancenis et Pontorson, quarante paroisses normandes ont promis leur concours. La descente se fera sur trois points, Plérin, Iffiniac et Pléneuf ; de Plérin on ira à Saint-Brieuc, et de Pléneuf à Lamballe ; le deuxième jour on gagnera Dinan où il y a neuf cents prisonniers anglais, et l’on occupera en même temps Saint-Jouan et Saint-Méen ; on y laissera de la cavalerie ; le troisième jour, deux colonnes se dirigeront l’une de Jouan sur Bédée, l’autre de Dinan sur Bécherel qui est une forteresse naturelle, et où l’on établira deux batteries ; le quatrième jour, on est à Rennes. Rennes, c’est la clef de la Bretagne. Qui a Rennes a tout. Rennes prise, Châteauneuf et Saint-Malo tombent. Il y a à Rennes un million de cartouches et cinquante pièces d’artillerie de campagne…

– Qu’ils rafleraient, murmura Danton.

Robespierre continua :

– Je termine. De Rennes trois colonnes se jetteront l’une sur Fougères, l’autre sur Vitré, l’autre sur Redon. Comme les ponts sont coupés, les ennemis se muniront, vous avez vu ce fait précisé, de pontons et de madriers, et ils auront des guides pour les points guéables à la cavalerie. De Fougères on rayonnera sur Avranches, de Redon sur Ancenis, de Vitré sur Laval. Nantes se rendra, Brest se rendra. Redon donne tout le cours de la Vilaine, Fougères donne la route de Normandie, Vitré donne la route de Paris. Dans quinze jours on aura une armée de brigands de trois cent mille hommes, et toute la Bretagne sera au roi de France.

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De gauche à droite : tête coupée de Louis XVI, Marière à réflection pour les jongleurs couronnées, Villeneuve, graveur ; portrait de Georges III, roi du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande (1738-1820)par Benjamin West (1738–1820), Cleveland Museum of Art

– C’est-à-dire au roi d’Angleterre, dit Danton.

– Non, au roi de France.

Et Robespierre ajouta :

– Le roi de France est pire. Il faut quinze jours pour chasser l’étranger, et dix-huit cents ans pour éliminer la monarchie.

Danton, qui s’était rassis, mit ses coudes sur la table et la tête dans ses mains, rêveur.

– Vous voyez le péril, dit Robespierre. Vitré donne la route de Paris aux Anglais.

Danton redressa le front et rabattit ses deux grosses mains crispées sur la carte, comme sur une enclume.

– Robespierre, est-ce que Verdun ne donnait pas la route de Paris aux Prussiens ?

– Eh bien ?

– Eh bien, on chassera les Anglais comme on a chassé les Prussiens.

Et Danton se leva de nouveau.

Robespierre posa sa main froide sur le poing fiévreux de Danton.

– Danton, la Champagne n’était pas pour les Prussiens et la Bretagne est pour les Anglais. Reprendre Verdun, c’est de la guerre étrangère ; reprendre Vitré, c’est de la guerre civile.

Et Robespierre murmura avec un accent froid et profond :

– Sérieuse différence.

Il reprit :

– Rasseyez-vous, Danton, et regardez la carte au lieu de lui donner des coups de poing.

Mais Danton était tout à sa pensée.

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De gauche à droite : Joseph Marie Servan de Gerbey (1741-1808) ; Charles François du Perrier du Mouriez, dit Dumouriez (1739-1823) général de l'armée du Nord, vainqueur avec Kellermann de la bataille de Valmy. Opposé ensuite à la politique de la première République, il trahit la France au profit de l'Autriche.

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De gauche à droite : Jean Paul Rabaut Saint-Étienne (1743-5 décembre 1793, guillotiné), girondin ; Anne Pierre de Montesquiou puis de Montesquiou-Fézensac (1739-1798), proche de Philippe d'Orléans.

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De gauche à droite : Jean Baptiste Kléber (1753-1800) ; Jean Bertrand Féraud (1759-120 mai 1795, assassiné).

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De gauche à droite : Louis Auguste Juvénal des Ursins, comte d'Harville (Paris, 1749-1815, Lizy-sur-Ourcq, Seine-et-Marne) ; Georges Mouton (Phalsbourg, Moselle, 1770-1838, Paris) ; Jean-Baptiste Cyrus de Timbrune de Thiembronne, comte de Valence (Agen, 1757-1822, Paris).

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De gauche à droite : Francisco de Miranda (Caracas, Venezuela, 1750-1816, San Fernando, province de Cadix, Espagne) ; Jacques de Menou de Boussay (Boussay en Indre-et-Loire, 1750-1810, Mestre) ; Arthur, comte de Dillon (Bray Wick, Irlande, 1750-13 avril 1794, Paris).

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De gauche à droite : Maximilien Constantin de Wurmser con Vendenheim (Mulhouse, Haut-Rhin, 1743-1823) ; Adam Philippe, comte de Custine (Metz, 1742-28 août 1793, Paris, guillotiné) ; Charles Guillaume Ferdinand de Brunswick Wolfenbüttel (Wolfenbüttel, 1735-1806,Ottensen, mort au combat).

– Voilà qui est fort ! s’écria-t-il [Danton], voir la catastrophe à l’ouest quand elle est à l’est. Robespierre, je vous accorde que l’Angleterre se dresse sur l’Océan ; mais l’Espagne se dresse aux Pyrénées, mais l’Italie se dresse aux Alpes, mais l’Allemagne se dresse sur le Rhin. Et le grand ours russe est au fond. Robespierre, le danger est un cercle et nous sommes dedans. À l’extérieur la coalition, à l’intérieur la trahison. Au midi Servan (19) entre-bâille la porte de la France au roi d’Espagne. Au nord Dumouriez (20) passe à l’ennemi. Au reste il avait toujours moins menacé la Hollande que Paris. Nerwinde efface Jemmapes et Valmy. Le philosophe Rabaut Saint-Étienne (21), traître comme un protestant qu’il est, correspond avec le courtisan Montesquiou (22). L’armée est décimée. Pas un bataillon qui ait maintenant plus de quatre cents hommes ; le vaillant régiment de Deux-Ponts est réduit à cent cinquante hommes ; le camp de Pamars est livré ; il ne reste plus à Givet que cinq cents sacs de farine ; nous rétrogradons sur Landau ; Wurmser (23) presse Kléber (24) ; Mayence succombe vaillamment, Condé lâchement. Valenciennes aussi. Ce qui n’empêche pas Chancel (25) qui défend Valenciennes et le vieux Féraud (26) qui défend Condé d’être deux héros, aussi bien que Meunier (27)qui défendait Mayence. Mais tous les autres trahissent. Dharville (28) trahit à Aix-la-Chapelle, Mouton (29) trahit à Bruxelles, Valence (30) trahit à Bréda, Neuilly (31) trahit à Limbourg, Miranda (32) trahit à Maëstricht ; Stengel (33), traître, Lanoue (34), traître, Ligonnier (35), traître, Menou (36), traître, Dillon (37), traître ; monnaie hideuse de Dumouriez. Il faut des exemples. Les contre-marches de Custine (38) me sont suspectes ; je soupçonne Custine de préférer la prise lucrative de Francfort à la prise utile de Coblentz. Francfort peut payer quatre millions de contributions de guerre, soit. Qu’est-ce que cela à côté du nid des émigrés écrasé ? Trahison, dis-je. Meunier est mort le 13 juin. Voilà Kléber seul. En attendant, Brunswick (39) grossit et avance. Il arbore le drapeau allemand sur toutes les places françaises qu’il prend. Le margrave de Brandebourg (40) est aujourd’hui l’arbitre de l’Europe ; il empoche nos provinces ; il s’adjugera la Belgique, vous verrez ; on dirait que c’est pour Berlin que nous travaillons ; si cela continue, et si nous n’y mettons ordre, la révolution française se sera faite au profit de Potsdam ; elle aura eu pour unique résultat d’agrandir le petit État de Frédéric II, et nous aurons tué le roi de France pour le roi de Prusse.

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De gauche à droite : tête de Louis XVI guillotiné ; Frédéric Guillaume II (Berlin, 1744-1797, Potsdam), roi de Prusse, neveu et successeur de Frédéric II le Grand.

Et Danton, terrible, éclata de rire.

Le rire de Danton fit sourire Marat.

– Vous avez chacun votre dada ; vous, Danton, la Prusse ; vous, Robespierre, la Vendée. Je vais préciser, moi aussi. Vous ne voyez pas le vrai péril ; le voici : les cafés et les tripots. Le café de Choiseul est jacobin, le café Patin est royaliste, le café du Rendez-Vous attaque la garde nationale, le café de la Porte-Saint-Martin la défend, le café de la Régence est contre Brissot, le café Corazza est pour, le café Procope jure par Diderot, le café du Théâtre-Français jure par Voltaire, à la Rotonde on déchire les assignats, les cafés Saint-Marceau sont en fureur, le café Manouri agite la question des farines, au café de Foy tapages et gourmades, au Perron bourdonnement des frelons de finance. Voilà ce qui est sérieux.

Danton ne riait plus. Marat souriait toujours. Sourire de nain, pire qu’un rire de colosse.

– Vous moquez-vous, Marat ? gronda Danton.

Marat eut ce mouvement de hanche convulsif, qui était célèbre. Son sourire s’était effacé.

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De gauche à droite : Jérôme Pétion de Villeneuve (Chartres, 1756-18 juin 1794, Saint-Magne-de-Castillon, Gironde, suicidé) ; Guy Armand Simon de Coëtnempren de Kersaint, comte de Kersaint (Le Havre, 1742-4 décembre 1793, Paris, guillotiné) ; Charles Éléonor Dufriche de Valazé, dit Dufriche-Valazé ou Valazé (Alençon, 1751-30 octobre 1793, Paris, suicidé).

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De gauche à droite : Armand ou Arnaud Gensonné (Bordeaux, 1758-31 octobre 1793, Paris, guillotiné) ; Armand Louis de Gontaut-Biron, comte de Biron, puis marquis de Gontaut, puis duc de Lauzun, puis duc de Biron et Pair de France (Paris, 1747-31 décembre 1793, Paris, guillotiné) ; Joseph Chambon, dit Nicolas Chambon ou Nicolas Chambon-Millicent ou Nicolas Chambon de Montaux (Breuvannes-en-Bassigny, Haute-Marne, 1748-1826, Paris).

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De gauche à droite : Jean Marie Roland de La Platière (Thizy, 1734-10 novembre 1793, Radepont, Eure, suicidé) ; Louis Marie Jacques Amalric de Narbonne Lara (Colorno, Italie, 1755-17 novembre 1813, Torgau, Saxe) ; Pierre Victor Malouët (Riom, 1740-1814, Paris).

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De gauche à droite : Maximin Isnard (Grasse, 1758-1825, Grasse) ; Jean Baptiste Louvet, dit Louvet de Couvray (Paris, 1760-1797, Paris) ; Frédéric Josias de Saxe Cobourg Saalfeld (Cobourg, duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld, 1737-1815, Cobourg).

– Ah ! je vous retrouve, citoyen Danton. C’est bien vous qui en pleine Convention m’avez appelé « l’individu Marat ». Écoutez. Je vous pardonne. Nous traversons un moment imbécile. Ah ! je me moque ? En effet, quel homme suis-je ? J’ai dénoncé Chazot (41), j’ai dénoncé Pétion (42), j’ai dénoncé Kersaint (43), j’ai dénoncé Moreton (44), j’ai dénoncé Dufriche-Valazé (45), j’ai dénoncé Ligonnier, j’ai dénoncé Menou, j’ai dénoncé Banneville (46), j’ai dénoncé Gensonné (47), j’ai dénoncé Biron (48), j’ai dénoncé Lidon (49) et Chambon (50) ; ai-je eu tort ? je flaire la trahison dans le traître, et je trouve utile de dénoncer le criminel avant le crime. J’ai l’habitude de dire la veille ce que vous autres vous dites le lendemain. Je suis l’homme qui a proposé à l’Assemblée un plan complet de législation criminelle. Qu’ai-je fait jusqu’à présent ? J’ai demandé qu’on instruise les sections afin de les discipliner à la révolution, j’ai fait lever les scellés des trente-deux cartons, j’ai réclamé les diamants déposés dans les mains de Roland (51), j’ai prouvé que les Brissotins (52) avaient donné au Comité de sûreté générale des mandats d’arrêt en blanc, j’ai signalé les omissions du rapport de Lindet (53) sur les crimes de Capet, j’ai voté le supplice du tyran dans les vingt-quatre heures, j’ai défendu les bataillons le Mauconseil (54) et le Républicain (55), j’ai empêché la lecture de la lettre de Narbonne (56) et de Malouet (57), j’ai fait une motion pour les soldats blessés, j’ai fait supprimer la commission des six, j’ai pressenti dans l’affaire de Mons la trahison de Dumouriez, j’ai demandé qu’on prît cent mille parents d’émigrés comme otages pour les commissaires livrés à l’ennemi, j’ai proposé de déclarer traître tout représentant qui passerait les barrières, j’ai démasqué la faction rolandine dans les troubles de Marseille, j’ai insisté pour qu’on mît à prix la tête d’Égalité fils (58), j’ai défendu Bouchotte (59), j’ai voulu l’appel nominal pour chasser Isnard (60) du fauteuil, j’ai fait déclarer que les Parisiens ont bien mérité de la patrie ; c’est pourquoi je suis traité de pantin par Louvet (61), le Finistère demande qu’on m’expulse, la ville de Loudun souhaite qu’on m’exile, la ville d’Amiens désire qu’on me mette une muselière, Cobourg veut qu’on m’arrête, et Lecointe-Puiraveau (62) propose à la Convention de me décréter fou. Ah çà ! citoyen Danton, pourquoi m’avez-vous fait venir à votre conciliabule, si ce n’est pour avoir mon avis ? Est-ce que je vous demandais d’en être ? loin de là. Je n’ai aucun goût pour les tête-à-tête avec des contre-révolutionnaires tels que Robespierre et vous. Du reste, je devais m’y attendre, vous ne m’avez pas compris ; pas plus vous que Robespierre, pas plus Robespierre que vous. Il n’y a donc pas d’homme d’État ici ? Il faut donc vous faire épeler la politique, il faut donc vous mettre les points sur les i. Ce que je vous ai dit voulait dire ceci : vous vous trompez tous les deux. Le danger n’est ni à Londres, comme le croit Robespierre, ni à Berlin, comme le croit Danton ; il est à Paris. Il est dans l’absence d’unité, dans le droit qu’a chacun de tirer de son côté, à commencer par vous deux, dans la mise en poussière des esprits, dans l’anarchie des volontés…

– L’anarchie ! interrompit Danton, qui la fait, si ce n’est vous ?

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De gauche à droite : Marie Joseph Blaise de Chénier (Constantinople, 1764-1811, Paris) ; Jacques Louis David (Paris, 1748-1825, Bruxelles) ; Georges Auguste Couthon, également connu sous le nom d’Aristide Couthon (Orcet, Puy-de-Dôme, 1755-28 juillet 1794, Paris, guillotiné).

Marat ne s’arrêta pas.

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De gauche à droite : Stanislas Marie Adélaïde, comte de Clermont Tonnerre (Mandres-aux-Quatre-Tours, duché de Bar, 1757-10 août 1792, Paris, assassiné) ; Claude François Fauchet (Dornes, Nièvre, 1744-31 octobre 1793, Paris, guillotiné).

– Robespierre, Danton, le danger est dans ce tas de cafés, dans ce tas de brelans, dans ce tas de clubs, club des Noirs, club des Fédérés, club des Dames, club des Impartiaux, qui date de Clermont-Tonnerre (63), et qui a été le club monarchique de 1790, cercle social imaginé par le prêtre Claude Fauchet (64), club des Bonnets de laine, fondé par le gazetier Prudhomme (65), et cætera sans compter votre club des Jacobins, Robespierre, et votre club des Cordeliers, Danton. Le danger est dans la famine, qui fait que le porte-sacs Blin a accroché à la lanterne de l’Hôtel de ville le boulanger du marché Palu, François Denis, et dans la justice, qui a pendu le porte-sacs Blin pour avoir pendu le boulanger Denis (66). Le danger est dans le papier-monnaie qu’on déprécie. Rue du Temple, un assignat de cent francs est tombé à terre, et un passant, un homme du peuple, a dit : Il ne vaut pas la peine d’être ramassé. Les agioteurs et les accapareurs, voilà le danger. Arborer le drapeau noir à l’Hôtel de ville, la belle avance ! Vous arrêtez le baron de Trenck (67), cela ne suffit pas. Tordez-moi le cou à ce vieil intrigant de prison. Vous croyez-vous tirés d’affaire parce que le président de la Convention pose une couronne civique sur la tête de Labertèche (68), qui a reçu quarante et un coups de sabre à Jemmapes, et dont Chénier (69) se fait le cornac ? Comédies et batelages. Ah ! vous ne regardez pas Paris ! Ah ! vous cherchez le danger loin, quand il est près. À quoi vous sert votre police, Robespierre ? Car vous avez vos espions, Payan (70), à la Commune, Coffinhal (71), au Tribunal révolutionnaire, David (72), au Comité de sûreté générale, Couthon (73), au Comité de salut public. Vous voyez que je suis informé. Eh bien, sachez ceci : le danger est sur vos têtes, le danger est sous vos pieds ; on conspire, on conspire, on conspire ; les passants dans les rues s’entre-lisent les journaux et se font des signes de tête ; six mille hommes, sans cartes de civisme, émigrés rentrés, muscadins et mathevons (74), sont cachés dans les caves et dans les greniers, et dans les galeries de buis du Palais-Royal ; on fait queue chez les boulangers ; les bonnes femmes, sur le pas des portes, joignent les mains et disent : Quand aura-t-on la paix ? Vous avez beau aller vous enfermer, pour être entre vous, dans la salle du Conseil exécutif, on sait tout ce que vous y dites ; et la preuve, Robespierre, c’est que voici les paroles que vous avez dites hier soir à Saint-Just : « Barbaroux (75) commence à prendre du ventre, cela va le gêner dans sa fuite. » Oui, le danger est partout, et surtout au centre. À Paris, les ci-devant complotent, les patriotes vont pieds nus, les aristocrates arrêtés le 9 mars sont déjà relâchés, les chevaux de luxe qui devraient être attelés aux canons sur la frontière nous éclaboussent dans les rues, le pain de quatre livres vaut trois francs douze sous, les théâtres jouent des pièces impures, et Robespierre fera guillotiner Danton.

– Ouiche ! dit Danton.

Robespierre regardait attentivement la carte.

– Ce qu’il faut, cria brusquement Marat, c’est un dictateur. Robespierre, vous savez que je veux un dictateur.

Robespierre releva la tête.

– Je sais, Marat, vous ou moi.

– Moi ou vous, dit Marat.

Danton grommela entre ses dents :

– La dictature, touchez-y !

Marat vit le froncement de sourcil de Danton.

– Tenez, reprit-il. Un dernier effort. Mettons-nous d’accord. La situation en vaut la peine. Ne nous sommes-nous déjà pas mis d’accord pour la journée du 31 mai (76) ? La question d’ensemble est plus grave encore que le girondinisme qui est une question de détail. Il y a du vrai dans ce que vous dites ; mais le vrai, tout le vrai, le vrai vrai, c’est ce que je dis. Au midi, le fédéralisme ; à l’ouest, le royalisme ; à Paris, le duel de la Convention et de la Commune ; aux frontières, la reculade de Custine et la trahison de Dumouriez. Qu’est-ce que tout cela ? Le démembrement. Que nous faut-il ? L’unité. Là est le salut ; mais hâtons-nous. Il faut que Paris prenne le gouvernement de la Révolution. Si nous perdons une heure, demain les Vendéens peuvent être à Orléans, et les Prussiens à Paris. Je vous accorde ceci, Danton, je vous concède cela, Robespierre. Soit. Eh bien, la conclusion, c’est la dictature. Prenons la dictature, à nous trois nous représentons la Révolution. Nous sommes les trois têtes de Cerbère. De ces trois têtes, l’une parle, c’est vous, Robespierre ; l’autre rugit, c’est vous, Danton…

– L’autre mord, dit Danton, c’est vous, Marat.

– Toutes trois mordent, dit Robespierre.

Il y eut un silence. Puis le dialogue, plein de secousses sombres, recommença.

– Écoutez, Marat, avant de s’épouser, il faut se connaître. Comment avez-vous su le mot que j’ai dit hier à Saint-Just ?

– Ceci me regarde, Robespierre.

– Marat !

– C’est mon devoir de m’éclairer, et c’est mon affaire de me renseigner.

– Marat !

– J’aime à savoir.

– Marat !

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De gauche à droite : Jean Sifrein Maury (Valréas, États pontificaux, 1746-1817, Rome, Italie) ; Jacques Antoine Marie de Cazalès (Grenade, Haute-Garonne, 1758-1805, En Galin, près de Mauvezin, Haute-Garonne) ; Emmanuel Joseph Sieyès (Fréjus, 1748-1836, Paris) ; Pierre Victurnien Vergniaud (Limoges, 1753-31 octobre 1793, Paris, guillotiné).

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Aux nºˢ 3 et 5 du quai des Théatins (aujourd'hui quai Voltaire, ancien hôtel de Labriffe.

– Robespierre, je sais ce que vous dites à Saint-Just, comme je sais ce que Danton dit à Lacroix (77) ; comme je sais ce qui se passe quai des Théatins, à l’hôtel de Labriffe (78), repaire où se rendent les nymphes de l’émigration ; comme je sais ce qui se passe dans la maison des Thilles (79), près Gonesse, qui est à Valmerange, l’ancien administrateur des postes, où allaient jadis Maury (80) et Cazalès (81), où sont allés depuis Sieyès (82) et Vergniaud (83), et où, maintenant, on va une fois par semaine.

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Ancien château des Thilles ou du Thillay.

En prononçant cet on, Marat regarda Danton.

Danton s’écria :

– Si j’avais deux liards de pouvoir, ce serait terrible.

Marat poursuivit :

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Le repas de la famille Capet à la tour du Temple.

– Je sais ce que vous dites, Robespierre, comme je sais ce qui se passait à la tour du Temple quand on y engraissait Louis XVI, si bien que, seulement dans le mois de septembre, le loup, la louve et les louveteaux ont mangé quatre-vingt-six paniers de pêches. Pendant ce temps-là le peuple est affamé. Je sais cela, comme je sais que Roland a été caché dans un logis donnant sur une arrière-cour, rue de la Harpe ; comme je sais que six cents des piques du 14 juillet avaient été fabriquées par Faure, serrurier du duc d’Orléans ; comme je sais ce qu’on fait chez la Saint-Hilaire, maîtresse de Sillery (84) ; les jours de bal, c’est le vieux Sillery qui frotte lui-même, avec de la craie, les parquets du salon jaune de la rue Neuve-des-Mathurins ; Buzot (85) et Kersaint y dînaient. Saladin (86) y a dîné le 27, et avec qui, Robespierre ? Avec votre ami Lasource (87).

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De gauche à droite : Charles Alexis Brûlart de Genlis, dit le marquis de Sillery (Paris, 1737-31 octobre 1793, Paris, guillotiné) ; François Nicolas Léonard Buzot (Évreux, 1760-18 juin 1794, 30 prairial an II, Saint-Magne-de-Castillon, Gironde, suicidé).

– Verbiage, murmura Robespierre. Lasource n’est pas mon ami.

Et il ajouta, pensif :

– En attendant il y a à Londres dix-huit fabriques de faux assignats.

Marat continua d’une voix tranquille, mais avec un léger tremblement, qui était effrayant :

– Vous êtes la faction des importants. Oui, je sais tout, malgré ce que Saint-Just appelle le silence d’État…

Marat souligna ce mot par l’accent, regarda Robespierre, et poursuivit :

– Je sais ce qu’on dit à votre table les jours où Lebas (88) invite David à venir manger la cuisine faite par sa promise, Élisabeth Duplay, votre future belle-sœur, Robespierre (89). Je suis l’œil énorme du peuple, et du fond de ma cave, je regarde. Oui, je vois, oui, j’entends, oui, je sais. Les petites choses vous suffisent. Vous vous admirez. Robespierre se fait contempler par sa madame de Chalabre (90), la fille de ce marquis de Chalabre qui fit le whist avec Louis XV le soir de l’exécution de Damiens. Oui, on porte haut la tête. Saint-Just habite une cravate. Legendre (91) est correct ; lévite neuve et gilet blanc, et un jabot pour faire oublier son tablier. Robespierre s’imagine que l’histoire voudra savoir qu’il avait une redingote olive à la Constituante et un habit bleu-ciel à la Convention. Il a son portrait sur tous les murs de sa chambre…

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De gauche à droite : Louis Legendre (Versailles, 1752-13 décembre 1797, Paris), maître boucher ; Maximilien de Robespierre, portrait physionotrace.

Robespierre interrompit d’une voix plus calme encore que celle de Marat.

– Et vous, Marat, vous avez le vôtre dans tous les égouts.

Ils continuèrent sur un ton de causerie dont la lenteur accentuait la violence des répliques et des ripostes, et ajoutait on ne sait quelle ironie à la menace.

– Robespierre, vous avez qualifié ceux qui veulent le renversement des trônes, les Don Quichottes du genre humain.

– Et vous, Marat, après le 4 août, dans votre numéro 559 de l’Ami du Peuple, ah ! j’ai retenu le chiffre, c’est utile, vous avez demandé qu’on rendît aux nobles leurs titres. Vous avez dit : Un duc est toujours un duc.

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Manon Roland, portrait non signé.

– Robespierre, dans la séance du 7 décembre, vous avez défendu la femme Roland contre Viard (92).

– De même que mon frère vous a défendu (93), Marat, quand on vous a attaqué aux Jacobins. Qu’est-ce que cela prouve ? rien.

– Robespierre, on connaît le cabinet des Tuileries où vous avez dit à Garat : Je suis las de la Révolution.

– Marat, c’est ici, dans ce cabaret, que, le 29 octobre, vous avez embrassé Barbaroux (94).

– Robespierre, vous avez dit à Buzot : La République, qu’est-ce que cela ?

– Marat, c’est dans ce cabaret que vous avez invité à déjeuner trois Marseillais par compagnie.

– Robespierre, vous vous faites escorter d’un fort de la halle armé d’un bâton.

– Et vous, Marat, la veille du 10 août, vous avez demandé à Buzot de vous aider à fuir à Marseille déguisé en jockey (95).

– Pendant les justices de septembre, vous vous êtes caché, Robespierre.

– Et vous, Marat, vous vous êtes montré.

– Robespierre, vous avez jeté à terre le bonnet rouge.

– Oui, quand un traître l’arborait. Ce qui pare Dumouriez souille Robespierre.

– Robespierre, vous avez refusé, pendant le passage des soldats de Chateauvieux, de couvrir d’un voile la tête de Louis XVI (96).

– J’ai fait mieux que lui voiler la tête, je la lui ai coupée.

Danton intervint, mais comme l’huile intervient dans le feu.

– Robespierre, Marat, dit-il, calmez-vous.

Marat n’aimait pas à être nommé le second. Il se retourna.

– De quoi se mêle Danton ? dit-il.

Danton bondit.

– De quoi je me mêle ? de ceci. Qu’il ne faut pas de fratricide ; qu’il ne faut pas de lutte entre deux hommes qui servent le peuple ; que c’est assez de la guerre étrangère, que c’est assez de la guerre civile, et que ce serait trop de la guerre domestique ; que c’est moi qui ai fait la Révolution, et que je ne veux pas qu’on la défasse. Voilà de quoi je me mêle.

Marat répondit sans élever la voix.

– Mêlez-vous de rendre vos comptes.

– Mes comptes ! cria Danton. Allez les demander aux défilés de l’Argonne, à la Champagne délivrée, à la Belgique conquise, aux armées où j’ai été quatre fois déjà offrir ma poitrine à la mitraille ! allez les demander à la place de la Révolution, à l’échafaud du 21 janvier (97), au trône jeté à terre, à la guillotine, cette veuve…

Marat interrompit Danton.

– La guillotine est une vierge ; on se couche sur elle, on ne la féconde pas.

– Qu’en savez-vous ? répliqua Danton, je la féconderais, moi !

– Nous verrons, dit Marat.

Et il sourit.

Danton vit ce sourire.

– Marat, cria-t-il, vous êtes l’homme caché, moi je suis l’homme du grand air et du grand jour. Je hais la vie reptile. Être cloporte ne me va pas. Vous habitez une cave ; moi j’habite la rue. Vous ne communiquez avec personne ; moi, quiconque passe peut me voir et me parler.

– Joli garçon, voulez-vous monter chez moi ? grommela Marat.

Et, cessant de sourire, il reprit d’un accent péremptoire :

– Danton, rendez compte des trente-trois mille écus, argent sonnant, que Montmorin (98) vous a payés au nom du roi, sous prétexte de vous indemniser de votre charge de procureur au Châtelet.

– J’étais du 14 juillet, dit Danton avec hauteur.

– Et le garde-meuble ? et les diamants de la couronne ?

– J’étais du 6 octobre (99).

– Et les vols de votre alter ego, Lacroix, en Belgique ?

– J’étais du 20 juin (100).

– Et les prêts faits à la Montansier (101) ?

– Je poussais le peuple au retour de Varennes.

– Et la salle de l’Opéra qu’on bâtit avec de l’argent fourni par vous ? (102)

– J’ai armé les sections de Paris.

– Et les cent mille livres de fonds secrets du ministère de la justice ?

– J’ai fait le 10 août.

– Et les deux millions de dépenses secrètes de l’Assemblée dont vous avez pris le quart ?

– J’ai arrêté l’ennemi en marche et j’ai barré le passage aux rois coalisés.

– Prostitué ! dit Marat.

Danton se dressa, effrayant.

– Oui, cria-t-il ! je suis une fille publique, j’ai vendu mon ventre, mais j’ai sauvé le monde.

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Deux portraits de Mlle Montansier.

Robespierre s’était remis à se ronger les ongles. Il ne pouvait, lui, ni rire, ni sourire. Le rire, éclair de Danton, et le sourire, piqûre de Marat, lui manquaient.

Danton reprit :

– Je suis comme l’océan ; j’ai mon flux et mon reflux ; à mer basse on voit mes bas-fonds, à mer haute on voit mes flots.

– Votre écume, dit Marat.

– Ma tempête, dit Danton.

En même temps que Danton, Marat s’était levé.

Lui aussi éclata. La couleuvre devint subitement dragon.

– Ah ! cria-t-il, ah ! Robespierre ! ah ! Danton ! vous ne voulez pas m’écouter ! Eh bien, je vous le dis, vous êtes perdus. Votre politique aboutit à des impossibilités d’aller plus loin ; vous n’avez plus d’issue ; et vous faites des choses qui ferment devant vous toutes les portes, excepté celle du tombeau.

– C’est notre grandeur, dit Danton.

Et il haussa les épaules.

Marat continua :

– Danton, prends garde. Vergniaud aussi a la bouche large et les lèvres épaisses et les sourcils en colère ; Vergniaud aussi est grêlé comme Mirabeau et comme toi ; cela n’a pas empêché le 31 mai. Ah ! tu hausses les épaules. Quelquefois hausser les épaules fait tomber la tête. Danton, je te le dis, ta grosse voix, ta cravate lâche, tes bottes molles, tes petits soupers, tes grandes poches, cela regarde Louisette.

Louisette était le nom d’amitié que Marat donnait à la guillotine.

Il poursuivit :

– Et quant à toi, Robespierre, tu es un modéré, mais cela ne te servira de rien. Va, poudre-toi, coiffe-toi, brosse-toi, fais le faraud, aie du linge, sois pincé, frisé, calamistré, tu n’en iras pas moins place de Grève ; lis la déclaration de Brunswick ; tu n’en seras pas moins traité comme le régicide Damiens, et tu es tiré à quatre épingles en attendant que tu sois tiré à quatre chevaux.

– Écho de Coblentz ! dit Robespierre entre ses dents.

– Robespierre, je ne suis l’écho de rien, je suis le cri de tout. Ah ! vous êtes jeunes, vous. Quel âge as-tu, Danton ? trente-quatre ans. Quel âge as-tu, Robespierre ? trente-trois ans. Eh bien, moi, j’ai toujours vécu, je suis la vieille souffrance humaine, j’ai six mille ans.

– C’est vrai, répliqua Danton, depuis six mille ans, Caïn s’est conservé dans la haine comme le crapaud dans la pierre, le bloc se casse, Caïn saute parmi les hommes, et c’est Marat.

– Danton ! cria Marat. Et une lueur livide apparut dans ses yeux.

– Eh bien quoi ? dit Danton.

Ainsi parlaient ces trois hommes formidables. Querelle de tonnerres. »

À lire aussi :
Danton, Robespierre et Marat, vus par François Ponsard en 1850
Robespierre vu par Gertrud Kolmar en 1933
Les yeux de Robespierre
Robespierre en enfer, visité par le Christ
Robespierre chez Madame Dangé, place Vendôme

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1. Minos, Éaque et Rhadamante, fils tous trois de Zeus, sont dans la tradition grecque les trois juges des Enfers.

2. « Le 23 octobre 1792, un baiser fameux entre la Montagne et la Gironde... ». On songe ici au fameux baiser Lamourette, i.e. au moment d'embrassade générale que l'abbé Lamourette, évêque constitutionnel de Rhône-et-Loire, métropolitain du Sud-Est, député du Rhône-et-Loire , proche de Mirabeau et grand orateur, suscite à l'Assemblée législative à fin d'aider à la réconciliation entre les partis adverses. Mais le baiser Lamourette date du 7 juillet 1792. Victor Hugo évoque plutôt ici le bref moment de rapprochement que connaissent les Girondins et la Montagne quand ils votent le 23 octobre 1792, sous la présidence de Marguerite Élie Guadet, girondin, le décret bannissant à perpétuité tous les émigrés, et prononçant la peine de mort contre ceux qui rentreraient en France. Le même jour,on vient d'apprendre la prise de Francfort-sur-le-Main par les Français et l'abandon par les Prussiens du territoire français. Suite à quoi, dès le lendemain, la mise en accusation des Girondins commence...

3. Dominique Joseph Garat (Bayonne, 1749-1833, Bassussary), avocat, journaliste ; ministre de la Justice en remplacement de Danton (9 octobre 1792), chargé de notifier à Louis XVI la sentence de mort (20 janvier 1793) ; ministre de l'Intérieur (23 janvier 1793-20 août 1793) en remplacement de Jean Marie Roland ; brièvement arrêté en octobre 1793, puis libéré. Il vote contre Robespierre le 9 thermidor an II (27 juillet 1794). Girondin.

4. Cf. Garat (D.J.), Mémoires, chapitre VIII, Poulet-Malassis, 1862, pp. 146-157 :
« La soirée du 9 au 10 mars parut précipiter les événements pour les conduire à un dénoûment affreux. Les nouvelles de la défection de Dumouriez, arrivées le jour même, avaient rempli les imaginations d'impressions sinistres ; on profitait d'une trahison pour semer le soupçon de mille autres, pour les rendre toutes vraisemblables parce qu'il y en avait une de vraie. [...]. L'indignation que Dumouriez méritait dans la Belgique, on l'excite donc à Paris contre Brissot et contre les députés de la Gironde. Je remarquais ces dispositions ; je m'attendais à quelques mouvements ; j'en surveillais la naissance et la direction.
À sept heures à peu près, à la maison de la justice, où j'étais, j'entends retentir et se promener par les rues un tumulte confus de chants d'une joie féroce et de cris d'une fureur menaçante : je sus bientôt que c'était une troupe qui, après s'être enivrée dans un repas fait à la section de la Halle, allait défiler dans la salle des Jacobins. Mon premier sentiment fut le besoin de me réunir à mes collègues.
Je cours d'abord chez Clavière, que je ne trouve point chez lui, et je me rends ensuite au département des affaires étrangères, où je trouve Lebrun, Bournonville, Brissot et Gensonné ; Clavière se réunit bientôt à nous. [...] À mon retour chez moi, j'ordonnai à la voiture d'aller lentement pour mieux écouter et pour mieux regarder ; j'arrêtai même quelques minutes sur le pont ci-devant Royal, sur le Carrousel, à l'entrée de la place ci-devant Vendôme. »

5. Étienne Clavière (Genève, 1735 - 8 décembre 1793), suicidé à la prison de la Conciergerie), banquier, homme d'affaires, spéculateur, initiateur de la création des assignats, ministre des Finances du 24 mars au 12 juin 1792, puis du 10 août 1792 au 2 juin 1793. Girondin.

6. Roupe : redingote, houppelande.

7. « Le citoyen Laurent Bas, commissionnaire, demeurant au coin du pont Saint-Michel et de la rue Saint-Louis, chez le citoyen Berthoud, horloger, travaillait chez le citoyen Marat, représentant du peuple, à plier les numéros des journaux de l’Ami du Peuple ». Déclaration faite aux Jacobins. Nº 10. À Paris, 15 juillet 1793 (l’an deuxième de la République une et indivisible).
« Le citoyen Bas et les trois citoyennes se sont levés ; les portes des deux chambres intermédiaires étaient ouvertes, la personne était dans la chambre attenante au cabinet du bain, le citoyen Bas a aperçu du sang jaillir de ce cabinet dans cette chambre. [...]. Le citoyen Bas voyant venir l’assassin s’est emparé d’une chaise pour l’arrêter. Ce monstre faisant les plus grands efforts est parvenu dans l’antichambre. Le Bas lui a donné, de cette chaise, un coup qui a étendu le monstre par terre. L’assassin s’est relevé aussitôt ; il a jeté un coup d’oeil prononcé sur la croisée de l’antichambre donnant sur la cour. Bas se défiant de ses propres forces, a saisi le Monstre par les mamelles, l’a terrassé et l’a frappé. Bas tenant l’assassin par terre, a vu entrer dans l’antichambre un citoyen à lui inconnu et qu’il a appris depuis être le principal locataire de la maison ; ensuite le citoyen Cuisinier, limonadier, place du pont Saint-Michel, qui était de garde au poste de la Section du Théâtre-Français dite de Marseille, rue des Cordeliers. Le Bas a crié : À moi, citoyen Cuisinier ! au secours ! Le citoyen Cuisinier et les autres citoyens du même poste, arrivant successivement, se sont emparés de l’assassin.

8. L'Ami du peuple, journal créé et publié par Marat du 8 septembre 1789 au 21 septembre 1792

9. Jean Nicolas Pache (Verdun, 1746-1823, Thin-le-Moutier, Ardennes), maire de Paris du 14 février 1793 au 10 mai 1794. Hébertiste.

10. Don Andrés de Guzmán y Ruiz de Castro t'Serclaes de Tilly, comte de Guzmán, Andrés María Guzmán ou André de Guzman, né à Grenade le 7 octobre 1753, élevé au collège de Sorèze, naturalisé français en 1781 ; agitateur politique, financeur de Marat ; surnommé « Don Tocsinos » pour avoir fait sonner le tocsin à Notre-Dame, le 31 mai 1793, afin d’ameuter la foule ; guillotiné comme conspirateur le 15 prairial an II (5 avril 1794), Hébertiste. Cf. Morel-Fatio (A.), « Le révolutionnaire espagnol don Andrés Maria de Guzman, dit Don Tocsinos », in Revue historique, Paris, Félix Alcan, 1916/05, p. 33 sqq.

11. Nicolas Joseph Pâris, dit Fabricius, d'abord commissaire national à Lille, puis greffier du Tribunal révolutionnaire à Paris, proche de Danton. Au lendemain du 20 janvier 1793, il demanda au Conseil général de la Commune de Paris à changer de nom, « attendu, disait-il, la conformité du sien avec celui du scélérat Pâris (Philippe Nicolas Marie de Pâris) qui avait assassiné Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau ». Le 5 février 1793, il est autorisé à prendre le nom de Fabricius choisi par lui.

12. « Magna testantur voce per umbras » : « Ils se prennent à témoin de leur grande voix dans l'ombre ». Virgile, Énéide, VI, v. 619.

13. Pierre Louis Prieur, dit Prieur de la Marne (Sommesous (Marne), 1756-1827, Bruxelles), avocat, député de la Marne à l'Assemblée constituante de 1789, puis à la Convention nationale, important représentant en mission, membre du Comité de salut public, surnommé « Crieur de la Marne » à cause de son éloquence. Montagnard.

14. Gélambre est dans Quatrevingt-Treize un ancien garde du corps du Comte d'Artois et un agent secret des princes. Le manuscrit de Victor Hugo porte le nom de Villambre, et la note qui suit donne la raison de ce changement de nom : « La famille Villambre existe peut-être encore. Elle est innocente de la honte de son aïeul. Pourquoi affliger cette famille ? Je mettrai dans le livre publié Gélambre ». Source : « Le Manuscrit de Quatrevingt-Treize », in Œuvres complètes de Victor Hugo. Quatre-vingt-Treize, vol. 9, Paris, Imprimerie nationale, Librairie Ollendorff, 1924, p. 437.

15. Claude Antoine Prieur-Duvernois, dit Prieur de la Côte d'Or (Auxonne, 1763-1832, Dijon), officier du génie, co-fondateur de l'École polytechnique, initiateur du système métrique, créateur du calendrier républicain, député de la Convention du 21 septembre 1792 au 26 octobre 1795. Montagnard.

16. Charles Gilbert Romme (Riom, 1750-17 juin 1795, Paris), président de la Convention du 21 novembre au 6 décembre 1793. Montagnard. Afin d'échapper à l'échafaud, il se suicide d'un coup de couteau le 17 juin 1795 comme ses amis Goujon, Duquesnoy, Duroy, Soubrany et Bourbotte. « Je meurs pour la République » sont ses derniers mots. On surnommera ensuite ces six hommes les « Martyrs de Prairial ».

17. Placé sous les ordres du colonel Craig, le 59e régiment d'Infanterie britannique est envoyé à Jersey en janvier 1793, et le colonel Craig se voit confier le commandement militaire de l'île. À noter que Jersey constitue un centre d'espionnage pour les Anglais depuis le début de la Révolution. Cf. King (A.), « Jersey, centre d'espionnage au début de la période révolutionnaire », in Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine, année 1934 9-15, pp. 423-434.

18. Charles Cornwallis, premier marquis de Cornwallis (London, 1738-1805, Gauspur, Indes), gouverneur général des Indes, Lord lieutenant d'Irlande en 1793.

19. Joseph Marie Servan de Gerbey (Romans, Drôme, 1741-1808, Paris), officier du Génie, général de division, ministre de la Guerre du 9 mai au 12 juin 1792 sous la Convention girondine, et du 10 août au 14 octobre 1792, puis commandant en chef de l'armée des Pyrénées-Orientale ; arrêté sous la Terreur, libéré le 3 février 1795.

20. Charles François du Perrier du Mouriez, dit Dumouriez (Cambrai, 1739-1823, Turville-Park, près de Londres), général de division dans l'armée des Ardennes, puis dans l'armée du Nord, ministre des Affaires étrangères du 15 mars 1792 au 13 juin 1792 sous la Convention girondine, puis ministre de la Guerre du 13 juin 1792 au 18 juin 1792 ; vainqueur des batailles de Valmy (20 septembre 1792) et de Jemmapes (6 novembre). Il trahit la France au profit de l'Autriche à la suite de la bataille de Neerwinden (18 mars 1793).

21. Jean Paul Rabaut Saint-Étienne, dit Rabaut-Saint-Étienne (Nîmes, 1743-5 décembre 1793), pasteur protestant, député du Tiers état aux États généraux de 1789, puis du département de l'Aube à la Convention, président de la Convention du 24 janvier au 7 février 1793, guillotiné le 5 décembre 1793. Girondin.

22. Anne Pierre de Montesquiou, puis de Montesquiou-Fézensac, dit le « marquis de Montesquiou (1739-1798), lieutenant général des armées du roi, député de la noblesse aux États généraux, président de l'Assemblée constituante du 13 au 29 mars 1791, député à la Convention, général de division à l'armée des Pyrénées, proche de Philippe d'Orléans.

23. Dagobert Sigmund, comte de Wurmser von Vendenheim zu Sundhausen (Strasbourg, 1724-1797, Vienne, Autriche), général dans la cavalerie autrichienne, chef d’État-major de l'Armée du Rhin Supérieur, vainqueur de Custine à Rohrbach (29 juin 1793), Germersheim (5 juillet 1793), Essingen (27 juillet 1793) ; vainqueur de Pichegru dans le Bienwald (23 août 1793), puis, avec le concours du duc de Brunswick, vainqueur de Lazare Hoche à Lauterbourg (18 septembre 1793) et à Wissenbourg (26 au 29 décembre 1793). Repoussé ensuite par les Français, il est démis de ses fonctions en janvier 1794.

24. Jean Baptiste Kléber (Strasbourg, 1753-1800, Le Caire, Égypte), général de brigade dans l'armée de Vendée, puis dans l'armée de Mayence, puis dans l'armée de Sambre-et-Meuse, promu général de division le 17 octobre 1793, assassiné au Caire le 14 juin 1800.

25. Jean Nestor Chancel du Breuil (Angoulême, 1753-16 ventôse an II, 6 mars 1794), général d'infanterie dans l'armée du Nord. Hostile aux positions de plus en plus radicales du gouvernement, il est guillotiné le 16 ventôse an II (6 mars 1794).

26. Jean Bertrand Féraud (Arreau, Hautes-Pyrénées, 1759-20 mai 1795, Paris), député des Hautes-Pyrénées, représentant en mission à l'armée du Rhin, opposant à Marat, assassiné le 20 mai 1795 (1 prairial an III). Girondin.

27.Jean Baptiste Marie Charles Meusnier (Tours, 1754 13 juin 1793 au pont de Cassel (tête de pont de Mayence), militaire, géomètre et ingénieur. il organise la défense côtière en 1791. De retour à Paris, il participe à la fabrication des assignats et fait un court passage à l’armée du Midi. Il rend d'importants services au bureau du ministère de la Guerre. En 1792, il devient membre de la Société patriotique du Luxembourg, créée par Jean-Nicolas Pache, avec Gaspard Monge, Jean Henri Hassenfratz et Alexandre-Théophile Vandermonde. En 1793, il combat dans l’armée du Rhin, où il meurt de ses blessures au cours du siège de Mayence. Il est nommé général de division à titre posthume.

28. Louis Auguste Juvénal des Ursins, comte d'Harville (Paris, 1749-1815, Lizy-sur-Ourcq Seine-et-Marne), général de division dans la cavalerie à l'armée du Nord ; devenu suspect après la défection de Dumouriez, il est arrêté le 15 avril 1793, accusé de complicité avec ce dernier, défendu par Camille Desmoulins, et finalement libéré.

29. Georges Mouton (Phalsbourg, Moselle, 1770-1838, Paris). 1er août 1792 : engagé volontaire au 9e bataillon de volontaires de la Meurthe ; 16 août 1792 : lieutenant au 9e bataillon de volontaires de la Meurthe. Il sert ensuite à l'armée du Rhin. 5 novembre 1792 : capitaine du même bataillon qui sera amalgamé à la demi-brigade des Côtes-du-Nord, puis à la 60e demi-brigade de deuxième formation.

30. Jean Baptiste Cyrus Adélaïde de Timbrune de Thiembronne de Valence, comte de Valence (Agen, 1757-1822, Paris), général de division dans l'Artillerie. Il est blessé de plusieurs coups de sabre en chargeant à la tête de la cavalerie à la bataille de Neerwinden (18 mars 1793). Suite à quoi, mécontent comme son ami Dumouriez de la politique de plus en plus radicale du gouvernement, il démissionne. Menacé alors d'arrestation, il se réfugie à Londres, puis en Amérique, jusqu'au Directoire.

31. Joachim Joseph Levasseur de Neuilly (Maisnières, Somme, 1743-1808, Roumanie), maréchal de camp le 3 mars 1793 à l'armée des Ardennes, nommé par Dumouriez commandant de la ville de de Condé-sur-l'Escaut le 28 mars 1793. Le 5 avril 1793, comme Dumouriez, il passe dans le camp autrichien.

32. Francisco de Miranda (Caracas, Venezuela, 1750-1816, San Fernando, province de Cadix, Espagne). Après avoir été capitaine de régiment en Espagne, en Amérique et aux Antilles, puis après avoir sillonné l'Europe ennemi tant que diplomate, il est nommé maréchal de camp le 25 août 1792, puis lieutenant-général le 3 octobre 1792 dans l'armée de Dumouriez. Il participe entre autres à la bataille de Valmy. Arrêté sous la Terreur, accusé en avril 1793 par Marat de négligence présumée dans la défense de Maastricht, il bénéficie d'un non-lieu mais demeure emprisonné jusqu'en janvier 1795. Soupçonné alors d'intelligence avec les royalistes modérés, il se réfugie en Angleterre. Il connaît ensuite bien d'autres aventures encore.

33. Henri Christian Michel de Stengel (Neustadt an der Weinstraße, Rhénanie-Palatinat, 1744-1796, Carassone, Piémont). Entré au service de la France comme sous-lieutenant au régiment d'Alsace Infanterie le 13 avril 1792 ; nommé colonel au 9e régiment de dragons, puis au 1er régiment de Hussards le 16 mai 1792 ; promu maréchal de camp le 13 septembre 1792 à l'armée du Nord, où il se distingue lors de la bataille de Valmy à la tête de la 2e brigade de la division de droite ; suspendu de ses fonctions le 1er juin 1793. Réintégré dans son grade le 1er mars 1795, nommé général de division, commandant la cavalerie de l'armée d'Italie, grièvement blessé le 21 avril 1796 à la bataille de Mondovi, il meurt des suites de ses blessures le 28 avril 1796 à Carassone.

34. René Joseph de Lanoue (château de Narelles à La Roche-Clermault, 1731-1795, Paris), lieutenant général le 6 février 1792 sur la frontière du Nord ; arrêté sous l'accusation d'avoir refusé d'aller au secours de Lille, acquitté par le tribunal criminel, nommé ensuite par Dumouriez au commandement d'une partie de l'avant-garde postée le long de la Roer, battu à Aldenhoven le 1er mars 1793.

35. François Leigonye de Pruns, dit Leigonyer (Aurillac, Cantal, 1740-1807, Paris), nommé colonel le 10 juin 1792 au 11e régiment de cavalerie, promu maréchal de camp le 2 septembre 1792, lieutenant-général le 8 octobre 1792, affecté en 1793 à l’armée des Pyrénées orientales, puis à l’armée des côtes de Brest. Il participe à la bataille de Vezins le 19 avril 1793, puis prend le commandement provisoire de l’Armée des côtes de La Rochelle du 1er mai au 27 mai 1793. Il commande à la bataille de Doué le 7 juin 1793. Affecté le 8 juin 1793 à l’armée des Pyrénées-Occidentales, il est arrêté le 9 septembre 1793 sur ordre du Comité de sécurité publique, et libéré le 5 janvier 1795.

36. Jacques-François de Menou, baron de Boussay, dit Abdallah Menou (Boussay, Indre-et-Loire, 1750-1810, près de Mestre, Italie), maréchal de camp en 1789, élu député de la noblesse du bailliage de Touraine aux États généraux en 1789, secrétaire de l'Assemblée constituante en décembre 1789, président ladite Assemblée le 31 mars 1790, maréchal de camp à Paris le 8 mai 1792, puis à l'armée de l'Ouest, promu général de division le 15 mai 1793. En 1798, il commande l'une des cinq divisions de l'armée d'Orient dans le cadre de la campagne d'Égypte. Il se convertit à l'islam, épouse une riche musulmane et prend alors le prénom d'Abdallah-Jacques.

37. Arthur, comte de Dillon (Bray Wick, Irlande, 1750-13 avril 1794, Paris), député aux États généraux de 1789. Nommé lieutenant général le 13 janvier 1792, il reçoit le commandement de l’aile gauche de l’armée du Nord. Après la journée du 10 août 1792 (prise des Tuileries, massacre des gardes suisses), il fait prêter de nouveau à ses troupes le serment de fidélité à la loi et au roi. Son commandement lui est retiré le même jour, mais il continue de servir dans l'armée du Nord. Il passe alors sous les ordres de Dumouriez, auquel il commandait jusque-là. Dirigeant l’avant-garde de l'armée du Centre, il contribue à la défaite des Prussiens en Champagne : il se distingue à Biermes, où il arrête la marche de l'ennemi, à Entrecœur, à la défense du camp de Louis Bertrand de Sivray et à la reddition de Verdun. Mais accusé d'intelligence avec l'ennemi dans le cadre du projet d'invasion de l'Irlande par la France, il est arrêté et incarcéré à la prison du Luxembourg où, prisonnier comme lui, l'indicateur Alexandre Laflotte le dénonce bientôt pour tentative de soulèvement de la prison. Il est guillotiné le 13 avril 1794.

38. Adam Philippe, comte de Custine (Metz, 1742-28 août 1793, Paris, guillotiné), délégué de la noblesse aux États généraux, élu à l'Assemblée nationale constituante où il représente la ville de Metz, commandant en chef de l'armée des Vosges en 1791. Il s'empare en 1792 des villes de Spire et de Mayence, et il force les lignes de Wissembourg. Après la défection de Dumouriez, il se trouve un moment soupçonné, puis blanchi. Il essuie plusieurs défaites au printemps 1793. Nommé alors à l'armée du Nord, il échoue à défendre Condé, Mayence et Spire. Accusé de haute trahison, il est guillotiné le 28 août 1793.

39. Charles Guillaume Ferdinand de Brunswick-Wolfenbüttel, duc de Brunswick-Lunebourg et prince de Wolfenbüttel (Wolfenbüttel, 1735-1806, Ottensen, mort au combat), général de l’armée allemande fédérale. Le 25 juillet 1792, à Coblence, en accord avec Louis XVI et des Girondins, il publie le manifeste de Brunswick, qui vaut déclaration de guerre à l'endroit de la République française. Arrêté dans sa marche à Valmy, il reprend ensuite Mayence. Puis, sans abandonner complètement le service prussien, il retourne jusqu'en 1800 au gouvernement de son duché.

40. Le margrave de Brandebourg : Frédéric Guillaume II (Berlin, 1744-1797, Potsdam), roi de Prusse, neveu et successeur de Frédéric II le Grand. Il prend part personnellement aux campagnes de 1792 et 1793 contre la République française.

41. Jean Pierre François de Chazot (Fleury-sur-Orne, Calvados, 1739-1797, Mutrécy, Calvados), commandant de la garde nationale de Clermont-Ferrand, promu général de brigade le 26 mai 1790, puis général de division le 7 septembre 1792. Il sert dans l'armée de Dumouriez, et il participe à la bataille de Valmy le 20 septembre 1792. En mars 1793, il commande la 2e division de l'armée des Ardennes à Montmédy. Il est destitué le 7 avril 1793, décrété d'accusation et arrêté à Sedan le 8 avril 1793. Suspendu comme noble le 1er juin 1793, il est acquitté par le tribunal révolutionnaire le 19 juin, mais exilé à Clermont-Ferrand. Il est admis à la retraite le 15 octobre 1795.

42. Jérôme Pétion de Villeneuve (Chartres, 1756-18 juin 1794, Saint-Magne-de-Castillon, Gironde, suicidé), avocat, député du tiers état au bailliage de Chartres, président de l'Assemblée constituante, maire de Paris de 1791 à 1792, député d'Eure-et-Loir à la Convention, premier président de la Convention. Girondin. Menacé d'arrestation à partir du 2 juin 1793, il s'enfuit en Gironde, et, toujours pourchassé, il s'y suicide le 18 juin 1794.

43. Guy Armand Simon de Coëtnempren de Kersaint, comte de Kersaint (Le Havre, 1742-4 décembre 1793, Paris, guillotiné), officier de marine, contre-amiral en janvier 1792, administrateur du département de la Seine, élu député suppléant de Paris à la Législative (octobre 1791) puis député girondin de Seine-et-Oise à la Convention (septembre 1792), vice-amiral en janvier 1793. Il vote la réclusion de Louis XVI. Sommé de se rétracter à la barre de la Convention, il s'y refuse et démissionne le 20 janvier 1793. Mais il se refuse aussi à émigrer. Destitué en juillet 1793, il est arrêté à Ville-d'Avray le 2 octobre, enfermé à l'Abbaye, jugé devant le Tribunal révolutionnaire et guillotiné le 4 décembre 1793.

44. Jacques Henri Sébastien César, comte de Moreton de Chabrillan (Paris, 1752-23 avril 1793, Douai, Nord), maréchal de camp en 1789, lieutenant-général le 7 septembre 1792, employé comme chef d’État-major général, commandant à Douai en 1793, mort soudainement le 23 avril 1793.

45. Charles Éléonor Dufriche de Valazé, dit Dufriche-Valazé ou Valazé (Alençon, 1751-30 octobre 1793, Paris, suicidé), ancien officier du roi, puis avocat, député de l’Orne à la Convention. Lors du procès de Louis XVI, il vote pour la culpabilité, mais aussi pour le sursis. Il provoque la mise en accusation de Marat, qui le dénonce en retour avec le soutien des sections de Paris. Arrêté le 2 juin 1793 avec les Girondins et décrété d’accusation le 28 juillet 1793, il se suicide le 30 octobre 1793 en pleine audience afin d'échapper à la guillotine. Sa dépouille est tout de même guillotinée.

46. Banneville, commissaire des guerres, traduit en 1793 devant le tribunal révolutionnaire pour l'évacuation de Namur. Source : Révolution française. Table alphabétique du Moniteur, de 1787 jusqu'à l'an VIII de la République (1799), tome 1, Noms d'hommes A-K, Paris, Chez Girardin, 1802, p. 55.

47. Armand ou Arnaud Gensonné (Bordeaux, 1758-31 octobre 1793, Paris, guillotiné), avocat, élu à l'Assemblée législative où il se range dans le camp des Girondins, député de la Gironde à la Convention, président de l'assemblée du 7 au 21 mars 1793, suspecté de complicité avec Dumouriez et de haine de Marat. Décrété d'arrestation le 2 juin 1793 avec les Girondins, il refuse de s'enfuir. Il est guillotiné le 31 octobre 1793.

48. Armand Louis de Gontaut Biron, comte de Biron, puis marquis de Gontaut, puis duc de Lauzun, puis duc de Biron et Pair de France (Paris, 1747-31 décembre 1793, Paris, guillotiné). Ancien colonel-propriétaire de la Légion des volontaires étrangers de Lauzun, il est élu député aux États généraux de 1789 par la noblesse du Quercy, il se rallie à la Révolution et entre dans le parti du duc d'Orléans. Devenu lieutenant général le 13 janvier 1792, puis général d'armée le 9 juillet 1792, il combat d'abord à l'armée du Nord puis à l'armée du Rhin. Le 16 décembre 1792, il prend le commandement de l'armée du Var, qui devient l'armée d'Italie, en remplacement du général Anselme, puis à partir de mai 1793 celui de l'armée des côtes de La Rochelle contre les Vendéens. Il prend Saumur aux Vendéens et les bat à Parthenay. Accusé ensuite de trahison par le Comité de salut public pour avoir offert sa démission, il est arrêté et guillotiné le 31 décembre 1793. Son épouse Amélie de Boufflers est guillotinée le 9 messidor an II (27 juin 1794).

49. Bernard François Lidon, Brive-la-Gaillarde, Corrèze, 1752-3 novembre 1793, Cublac, Corrèze, suicidé), négociant, président de la Corrèze, élu à la Convention par en 1792, girondin. Décrété d'arrestation le 2 juin 1793, il parvient à s'enfuir et se suicide à Cublac en novembre 1793.

50. Joseph Chambon, dit Nicolas Chambon ou Nicolas Chambon Millicent ou Nicolas Chambon de Montaux (Breuvannes-en-Bassigny, Haute-Marne, 1748-1826, Paris), médecin en chef de la Salpêtrière, administrateur des impositions et des finances de Paris en 1790, membre de la société des Jacobins, médecin de Jacques Pierre Brissot ; élu maire de Paris le 1er décembre 1792. Accusé de modérantisme, il donne sa démission le 4 février 1793 Il se retire alors à Blois, sans retour.

51. Jean Marie Roland de La Platière (Thizy, 1734-10 novembre 1793, Radepont, Eure, suicidé), économiste réputé dès 1776, inspecteur des manufactures à Lyon en 1789, dépêché à Paris pour y défendre l'industrie lyonnaise, il s'y installe avec Manon Roland, son épouse, qui tient dès lors un salon politique influent. Le parti girondin se constitue ainsi autour de lui. En mars 1792, il est nommé ministre de l'Intérieur. Son attitude pendant le procès de Louis XVI lui vaut la haine des Montagnards. Le 23 janvier 1793, il démissionne de son ministère. Décrété d’arrestation le 2 juin 1793 avec les autres Girondins, il parvient à s'échapper et se réfugie à Rouen. Le 10 novembre 1793, apprenant par un journal que son épouse a comparu devant le Tribunal révolutionnaire, il marche vers Paris et se suicide en cours de route.

52. Les Brissotins sont les partisans de Jacques Pierre Brissot, ou Brissot de Warville (Chartres, 1754-31 octobre 1793, Paris, guillotiné), fondateur de la Société des amis des Noirs en 1788, créateur du un journal républicain le Patriote français en 1789, élu à la Constituante, puis à la Convention, chef de file des Girondins, défenseur de la déclaration de guerre aux puissances de l’Europe, accusé de royalisme et de fédéralisme, arrêté le 2 juin 1793 avec les autres Girondins, rattrapé dans sa fuite et guillotiné le 31 octobre 1793.

53. Jean Baptiste Robert Lindet (Bernay, 1746-1825, Paris), avocat, élu maire de Bernay en 1790, représentant du peuple à l'Assemblée législative en septembre 1791. Membre du club des Jacobins, il siège sur les bancs de la Montagne. Réélu en 1792 à la Convention nationale, il y présente son Rapport sur les crimes imputés à Louis Capet le 10 décembre 1792 et il vote ensuite la mort du roi, sans sursis. Il est également rapporteur du projet de loi concernant la création du tribunal révolutionnaire (10 mars 1793). Il s'occupe ensuite de questions économiques en rapport avec le soulagement de la famine qui menace. En mars 1794, il refuse de signer le décret d'arrestation de Danton et prévient l'intéressé. Il ne joue aucun rôle le 9 thermidor et quitte le comité de salut public au mois d'octobre 1794.

54. Le bataillon le Mauconseil : 6e bataillon bis de volontaires de Paris également appelé bataillon Bon-Conseil, Mauconseil ou Bon Conseil, formé le 21 septembre 1792, envoyé à l'armée des Ardennes.

55 Le bataillon Le Républicain : 16e bataillon de volontaires de Paris, également appelé 1er bataillon républicain de Paris, formé le 21 septembre 1792, envoyé à l'armée de Belgique et à l'armée du Nord.

56. Louis Marie Jacques Amalric de Narbonne Lara (Colorno, Italie, 1755-17 novembre 1813, Torgau, Saxe). Colonel du régiment de Piémont en 1789, ensuite commandement commandant en chef de la garde nationale du Doubs, il est nommé maréchal de camp le 4 septembre 1791, puis ministre de la guerre le 6 décembre 1791. Cependant, attaqué par les brissotins et par les royalistes, il est renvoyé le 9 mars 1792. Il rejoint alors l'Armée de l'Est, puis l'état-major de Luckner à Strasbourg. Il est promu lieutenant général le 22 mai 1792. Dans le même temps, il intrigue auprès du roi pour retrouver son ministère. Décrété d’accusation le 14 août 1792, il émigre à Londres avec l'aide de Madame de Staël, puis il passe en Suisse et en Allemagne.

57. Pierre Victor Malouët (Riom, 1740-1814, Paris), planteur de sucre de Saint-Domingue, intendant de la Marine à Rochefort en 1763, membre du comité de législation des colonies à Versailles, député du tiers-état du bailliage de Riom en 1789, chef du parti constitutionnel, émigré en Angleterre le 2 septembre 1792.

58. Égalité fils : Louis-Philippe d'Orléans, futur Louis-Philippe Ier, fils fils de Louis Philippe Joseph d'Orléans, duc de Chartres (1747-1793), dit « Philippe Égalité ».

59. Jean Baptiste Noël Bouchotte (Metz, 1754-1840, Ban-Saint-Martin, Moselle). En 1792, chef d'escadron et commandant temporaire de Cambrai, il empêche la ville de tomber aux mains des Autrichiens lors de la trahison de Dumouriez. Le 4 avril 1793, le lieutenant-colonel Bouchotte est nommé ministre de la Guerre par la Convention nationale en remplacement de Beurnonville, livré le 2 avril aux Autrichiens par Dumouriez. Proche des Hébertistes, malgré bien des traverses, il conserve ce portefeuille jusqu'au 20 avril 1794. Le 22 juin 1794, par arrêté du Comité de salut public et du Comité de sûreté générale réunis, il est mis en état d'arrestation, et accusé faussement d'avoir fait périr un grand nombre de patriotes. Il est incarcéré, mais le procès ne peut se tenir, faute de pièces et de documents pour établir un acte d'accusation. Amnistié le 26 octobre 1795, il se retire provisoirement à Metz.

60. Maximin Isnard (Grasse, 1758-1825, Grasse), député du Var à l'Assemblée législative, puis à la Convention nationale, orateur virulent lié à Brissot. il soutient la création du Tribunal révolutionnaire, mais refuse de voter la mise en accusation de Marat. Élu président de la Convention du 16 mai au 30 mai 1793 où il s'attaque à la Commune, il est mis en accusation le 12 vendémiaire an II (3 octobre 1793) et doit se cacher jusqu'au 9 thermidor an II (27 juillet 1794).

61. Jean Baptiste Louvet, dit Louvet de Couvray (Paris, 1760-1797, Paris), écrivain, auteur des célèbres Amours du chevalier de Faublas, journaliste, élu député à la Convention le 8 septembre 1792 par le département du Loiret, proche des Girondins. Partisan du sursis lors du procès de Louis XVI, il suscite dès lors contre lui l'ire des sections parisiennes. Après la mise en accusation des Girondins, il fuit en Gironde, puis se cache dans Paris, puis de réfugie en Suisse en février 1794. De retour à Paris en octobre 1794, il ouvre une librairie-imprimerie au Palais-Royal, devenu Palais-Égalité.

62. Michel Mathieu Lecointe-Puyraveau, parfois appelé Lecointre-Puyraveau (Saint-Maixent-l'École, Deux-Sèvres, 1764-1827, Ixelles, Belgique), homme de loi, administrateur du département des Deux-Sèvres en 1789, élu à l'Assemblée constituante, puis à la Convention, où il siège avec les Girondins. Il s'oppose publiquement à Marat, qu'il accuse d'avoir provoqué les massacres de septembre. Envoyé en Eure-et-Loir en novembre 1792 afin d'y réduire la crise de subsistance, puis en Vendée en mars 1793 afin d'y accélérer la levée en masse. Absent de Paris le 2 juin 1793 lors de l'arrestation de ses amis girondins, dénoncé comme traitre le 7 novembre 1793, il se terre dans l'ombre jusqu'à Thermidor. Après la Restauration, il finit sa vie comme régicide en Belgique.

63. Stanislas Marie Adélaïde, comte de Clermont Tonnerre (Mandres-aux-Quatre-Tours, duché de Bar, 1757-10 août 1792, Paris, assassiné), colonel du 1er régiment de cuirassiers, élu en 1789 premier député de la noblesse de Paris aux États généraux, président de l'Assemblée nationale à deux reprises, le 17 août 1789, puis le 12 septembre 1789, partisan de l'accession des Juifs à la citoyenneté, fondateur du Club des Impartiaux (1790), puis de la Société des Amis de la Constitution monarchique. Le 10 août 1792, il est arrêté à Paris lors de la chute de la royauté. Le même jour, alors qu'il vient d'être relâché, il est défenestré par des émeutiers en rentrant chez lui.

64. Claude François Fauchet (Dornes, Nièvre, 1744-31 octobre 1793, Paris, guillotiné), prêtre, vicaire de l'église Saint Roch à Paris, précepteur des enfants du marquis de Choiseul (frère du ministre de Louis XV), grand-vicaire de l’archevêque de Bourges Phélypeaux, puis prédicateur du roi, mais rayé en 1788 de la liste des prédicateurs du roi pour cause d'idées trop avancées. Membre de la Commune de Paris de septembre 1789 à octobre 1790, organisateur de la Confédération universelle des Amis de la Vérité, coopérateur de la réorganisation de l'Église, il est élu en mai 1791, évêque constitutionnel du Calvados. Mais notoirement affligé par l'exécution du roi et proche des Girondins dont il partage le fédéralisme, il se trouve bientôt dénoncé, compris dans la liste des vingt-et-un députés dont le parti montagnard demande la proscription, et accusé, à tort, de complicité avec Charlotte Corday dans l'assassinat de Marat. Il est guillotiné le 31 octobre 1793 (10 Brumaire An II).

65. Louis Marie Prudhomme (Lyon, 1753-1830, Paris, journaliste et pamphlétaire, créateur des Révolutions de Paris le 12 juillet 1789, journal d'une virulence extrême à l'endroit de la monarchie et de la famille royale. Il garde la direction de son journal jusqu'en mars 1794, puis la quitte par prudence. Ce journal a pour lectorat principal les « bonnets de laine », i.e. les ouvriers du faubourg Saint-Antoine, porteurs de la coiffure des pauvres des villes et des campagnes.

66. François Denis (Meaux, 1761- 21 octobre 1789, Paris), assassiné), maître boulanger à Paris. Le 21 octobre 1789, dans un contexte de famine, une femme l'accuse de cacher du pain. La foule s'empare de lui. Un certain Blin, portefaix, le pend à une lanterne, puis le décapite et promène sa tête au bout d'une pique.

67. Frédéric, baron de Trenck (Neuhaldensleben, 1726-25 juillet 1794, Paris, guillotiné), est un noble prussien, cousin du baron Franz de Trenck, amoureux malheureux de la princesse Anne Amélie de Prusse, sœur de Frédéric II. Arrêté sur ordre de Frédéric II, il est enfermé pendant dix ans, sans jugement, à la forteresse de Magdebourg, puis libéré en 1763, sur une intervention de Marie-Thérèse d'Autriche. Il vient à Paris au début de la Révolution, peut-être missionné par l'Autriche comme observateur politique. Il est arrêté sous la Terreur, accusé d'être un espion du roi de Prusse et enfermé à la prison Saint-Lazare. Bien que partisan déclaré du nouveau régime, il est guillotiné deux jours avant la chute de Robespierre.

68. le général Labertèche (Sedan, 1764-?), capitaine de gendarmerie à la bataille de Jemmapes, « où il donna des preuves d'une rare valeur. Le général Beurnonville et lui étaient entourés de 18 dragons ennemis ; M. Labertèche chargea sur eux, en tua quelques-uns, mit les autres en fuite, et délivra ainsi le général. La couronne de chêne et le sabre d'honneur que la Convention lui accorda, ne furent pas les seules récompenses qu'il obtint pour ce beau fait d'armes ; il ne tarda pas à être nommé colonel par le général Beurnonville, devenu ministre de la guerre ». Source : Arnault (A.V.),Jay (A.), Jouy (E.), Norvins (J.) Biographie nouvelle des contemporains, tome 10 J-LANJ, Librairie d'Émile Babeuf, 1823, p. 196.

69. Marie Joseph Blaise de Chénier (Constantinople, 1764-1811, Paris), frère cadet du poète André Chénier, lui-même guillotiné à Paris le 7 thermidor an II (25 juillet 1794). Poète lui aussi et journaliste politique, Marie Joseph Blaise de Chénier a grandi à Carcassonne. En 1781, il est cadet gentilhomme dans les dragons de Montmorency. En 1783, il renonce à la carrière militaire pour se consacrer à la littérature et à la vie politique. Membre du Club des cordeliers et de la Commune de Paris, député de la Seine-et-Oise à la Convention, il y est partisan de Danton. Il vote la mort de Louis XVI. Il participe, avec le peintre David, à l'organisation de nombre des grandes fêtes révolutionnaires entre 1790 et 1794, et il est, à ce titre, l'auteur du Chant du départ et de l'Hymne du Panthéon. Dans sa carrière littéraire, après la représentation de deux premiers drames qui échouent, il obtient en 1789 un triomphe avec Charles IX, ou la Saint-Barthélemy, tragédie rebaptisée quelques années plus tard Charles IX, ou l'école des rois, puis en 1791 Henri VIII et Jean Calas, puis en 1792, Caïus Gracchus (« Des lois, et non du sang ! »). Il fait jouer encore Fénelon en 1793 et Timoléon en 1794, pièce interdite, car semblant attaquer Robespierre. D'aucuns reprochent alors à Marie Joseph Blaise Chénier d'avoir contribué par cette pièce à la condamnation à mort d'André Chénier, son frère.

70. Claude François de Payan (Saint-Paul-Trois-Châteaux, Drôme, 1766-28 juillet 1794, Paris, guillotiné). Envoyé le 28 juillet 1793 à Paris pour faire un rapport à la Convention sur la situation du Midi, Payan rencontre alors Robespierre et devient son homme lige. nommé agent national de la Commune de Paris le 29 mars 1794 (9 germinal an II), il réorganise le Conseil municipal de la Commune, interdit la tenue de fêtes antireligieuses, soutient la mise en place du culte de l'Être suprême, réprime les attroupements, réduit le pouvoir des Sans-Culottes dans les sections et interdit le vote par acclamation ou à haute voix. Durant la soirée du 9 thermidor, il tente vainement de sauver Robespierre et ses proches. Mais il est arrêté dans la nuit et guillotiné le 10 thermidor en même temps que Robespierre et 20 autres de ses partisans.

71. Pierre André Coffinhal-Dubail, dit Jean-Baptiste Coffinhal (Vic-sur-Cère (Auvergne), 1762-19 thermidor an II, 6 août 1794,, Paris), membre du conseil général de la Commune de Paris et du Tribunal révolutionnaire, ami de Fouquier-Tinville, aussi intransigeant que lui. Chargé du procès de Jacques René Hébert (rédacteur du journal Le Père Duchesne et des hébertistes, il n'hésite pas à à supprimer ou à modifier certains documents à décharge. Dans la nuit du 9 thermidor, il trouve à fuir dans Paris et à se cacher chez une personne qui finalement le dénonce. Incarcéré à la Conciergerie, ll est condamné à mort sans procès le 18 thermidor an II (5 août 1794) et guillotiné le 19 thermidor an II (6 août 1794).

72. Jacques Louis David (Paris, 1748-1825, Bruxelles), peintre, auteur en 1790 du Serment du jeu de paume, chef de file de la Commune des Arts la même année, élu à la Convention le 17 septembre 1792, nommé au Comité d'instruction publique et chargé de l'organisation des fêtes civiques ainsi que de la propagande. Il vote la mort de Louis XVI. Il peint les portraits de trois martyrs de la Révolution, Lepeletier de Saint-Fargeau, Marat et Bara. Membre du Comité de sûreté générale et président de la section des interrogatoires à partir du 14 septembre 1793, il contresigne environ trois cents mandats d'arrestation, et une cinquantaine d'arrêtés traduisant les suspects devant le tribunal révolutionnaire, suspects parmi lesquels Fabre d'Églantine et Alexandre de Beauharnais. Il participe en outre comme témoin à l'interrogatoire public du petit Dauphin. Il protège toutefois Dominique Vivant Denon, Jean Honoré Fragonard et Antoine Jean Gros, son élève. En 1794, il est nommé président de la Convention, fonction qu'il occupe du 5 au 21 janvier (16 nivôse au 2 pluviôse an II). Le 9 thermidor, prévenu de ne pas venir à l'Assemblée, il prend un émétique et se fait porter malade. Le 13 thermidor, il est exclu du Comité de sûreté générale ; le 15 du même mois, incarcéré ; le 10 décembre 1794, libéré pour absence de charges. Il finira sa vie exilé en Belgique pour avoir été régicide, puis peintre de Napoléon.

73. Georges Auguste Couthon, également connu sous le nom d’Aristide Couthon (Orcet, puy-de-Dôme, 1755-28 juillet 1794, Paris, guillotiné). Il s'agit d'un homme tôt infirme puisqu'il perd progressivement l'usage de ses jambes à partir de 1782. Avocat fondateur du club des Jacobins de Clermont, élu député du Puy-de-Dôme à l'Assemblée législative, logé à Paris dans la maison du menuisier Maurice Duplay, où demeure Robespierre. D'abord peu partisan, Georges Couthon prend position en faveur de Robespierre contre les Girondins quand celui-ci est attaqué, par Barbaroux en octobre et par Louvet de Couvray en novembre, et il finit par rejoindre les bancs de la Montagne devant les attaques répétées de la Gironde contre la Commune de Paris et les menaces fédéralistes. En 1792, il est envoyé en mission dans le Loiret pour y rétablir l'ordre et la circulation des grains. En 1793, il demande qu'on use de mansuétude à l'endroit des vaincus girondins. Nommé membre du Comité de salut public le 10 juillet 1793, puis envoyé en mission à l'armée des Alpes et dans le Rhône-et-Loire Le 21 août 1793, il est présent au siège de Lyon et tente d'exercer une répression modérée, à laquelle Collot d’Herbois et Fouché substitueront ensuite une répression féroce. Élu président de la Convention le 21 décembre 1793, il fait décréter d'accusation le général Westermann et contribue à la chute des Hébertistes et des Dantonistes. Le 18 floréal an II (7 mai 1794), il défend le décret par lequel la République française reconnaît l'Être suprême. Le 22 prairial an II (10 juin 1794), il est rapporteur de la loi dite de la « Grande Terreur ». Le 15 et le 19 messidor (3 et 7 juillet 1794), le Comité de salut public l'envoie par arrêté en mission aux armées du Midi, lui délivrant le 19 un passeport « pour aller en mission dans l'intérieur de la République et près les armées du Midi » en compagnie de sa famille ; cependant il reste à Paris. Le 9 thermidor, accusé avec Robespierre et Saint-Just de former un triumvirat aspirant à la dictature, il est incarcéré. Extrait de sa prison durant la nuit par les partisans de la Commune, il tombe dans un escalier et se blesse gravement à la tête. Le 10 thermidor an II (28 juillet 1794), il est guillotiné le premier, avant Robespierre et les siens.

74. Mathevon, ou matevon : sobriquet donné aux Terroristes pendant la Révolution ; sobriquet donné pendant la Révolution à ceux qui, sous prétexte de liberté, se livraient à tous les excès, en opposition aux Muscadins, qui tenaient le parti des honnêtes gens. « Le mot matevon vient d'un taffetatier de Lyon qui figurait dans une farce appelée la Vogue de Saint-Denis de Bron et qui se mêlait de parler de politique. Toutefois j'ai lu, je ne sais plus où, que le nom de Mathevon « révolutionnaire » venait du patois matevonna, étêter un arbre ; d'où mathevon, coupeur de têtes. Source : Puitspelu (N. du), Dictionnaire étymologique du patois lyonnais, Lyon, Librairie générale Henri Georg, 1890, p. 251.

75. Charles Jean Marie Barbaroux (Marseille, 1767-25 juin 1794, Bordeaux, guillotiné), avocat, figure révolutionnaire de Marseille, monté à Paris en 1791 comme mandataire de sa ville natale. Los de la journée du 10 août 1792, il sauve la vie de plusieurs gardes suisses. Élu député des Bouches-du-Rhône à la Convention, il se fait remarquer à la tribune par la beauté de sa personne ainsi que par son éloquence. Il se rapproche bientôt des Girondins, Condorcet, Brissot, Vergniaud, Guadet, et le ministre Roland, et il se prononce désormais contre Marat et Robespierre. Proscrit le 2 juin 1793 en même temps que les autres Girondins comme ennemi de la République une et indivisible, puis arrêté, il parvient à s'enfuir et tente alors d'organiser en Normandie une armée contre la Convention. Ensuite, avec Pétion, Guadet et Buzot, il se réfugie dans le Bordelais. Le 18 juin 1794, craignant à nouveau d'être arrêtés, les quatre hommes préfèrent se suicider. Barbaroux, qui a tenté de se tirer un coup de pistolet dans la tête, reste la mâchoire fracassée à côté de ses trois amis, morts. Arrêté sur place, il est guillotiné le 25 juin 1794 à Bordeaux.

76. Les journées du 31 mai et du 2 juin 1793 entraînent l'exclusion et l'arrestation des députés girondins de la Convention nationale, sous la pression de la Commune de Paris et de la Garde nationale commandée par François Hanriot.

77. Jean François de Lacroix, ou Delacroix, dit Lacroix d’Eure-et-Loir, (Pont-Audemer, Eure, 1753-5 avril 1794, Paris, guillotiné), avocat, procureur général syndic d’Eure-et-Loir en 1789, élu députe de l'Eure-et-Loir élu à l'Assemblée législative. Il se lie avec Georges Jacques Danton dont il partagea le mode de vie dispendieux. Le 13 mars 1792, il demande la déportation des prêtres insermentés et la confiscation des biens des émigrés. Dénoncé pour son style de vie et ses relations suspectes, il se trouve soupçonné d'être complice de Dumouriez et vendu à l'Angleterre, et accusé de détournement de fonds publics. Entré ensuite au Comité de salut public, il se prononce contre les Girondins et contribue à leur proscription. Le 16 pluviôse an II (4 février 1794) il fait voter l’abolition de l'esclavage des Noirs dans les colonies, puis faire décréter le 19 ventôse an II (9 mars 1794) l'arrestation des colons blancs esclavagistes présents en France qui intriguent contre l'exécution du décret. Arrêté le 11 germinal an II (31 mars 1794), il est condamné à mort et exécuté le 5 avril 1794 avec un groupe très hétérogène composé de Danton, et de ses fidèles amis Philippeaux et Camille Desmoulins, mais aussi de députés qui avaient été proches de la Commune hébertiste comme Hérault de Séchelles et Delaunay d’Angers, et enfin de manieurs d’argent comme les frères Frey et l’abbé d’Espagnac.

78. Situé aux nºˢ 3 et 5 du quai des Théatins (aujourd'hui quai Voltaire), l'hôtel dit en 1703 « de Labriffe » a été élevé en 1622-1623 par Clément Métezeau pour Louis Le Barbier, secrétaire du roi et des finances, conseiller du Roi et contrôleur des bois en l’Île-de-France et prévôté d’Orléans, maître d'hôtel ordinaire du roi, grand promoteur immobilier. Il est vendu en 1643 à Jean Ferron, trésorier de l'extraordinaire des guerres ; en 1647 à Jean Perrault, président de la chambre des comptes ; en 1713 à Jean Glucq, teinturier des Gobelins ; en 1754 à Madeleine Thoynard, veuve de Louis Arnauld de la Briffe, vicomte de Barzy, maître des requêtes et intendant de Caen. En 1792, Philippe Louis Arnauld de la Briffe, héritier de son père, est propriétaire de l'hôtel ; mais, pressé par les créanciers de son père, il ne rentrera qu'en 1801 dans la possession de son bien. Source : Maurice Dumolin, « L'hôtel du président Perrault », in Bulletin de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, Paris, Honoré Champion, 1er juin 1928, pp. 26-38.

79. « La maison des Thilles, près Gonesse » : il s'agit probablement ici du château du Thillay, Val-d'Oise, aujourd'hui disparu.

80. Jean Sifrein Maury (Valréas, États pontificaux, 1746-1817, Rome, Italie), ordonné prêtre en 1769, official de l'évêque de Lombez, appelé à prêcher à Versailles devant le roi, élu à l'Académie française en 1784, secrétaire du garde des Sceaux Lamoignon en 1787-1788, élu député du clergé du bailliage de Péronne en 1789. En 1789-1790, il défend les intérêts du clergé et de la noblesse et s'oppose à Mirabeau, élu du tiers état. Il lutte contre l'émancipation des Juifs. Il proteste contre la Constitution civile du clergé et défend l'autorité pontificale. Quand l'Assemblée constituante est dissoute, il émigre à Coblence, puis à Rome. Le 1er mai 1792, il y est sacré archevêque in partibus de Nicée et nommé ambassadeur de la Cour de Rome à Francfort-sur-le-Main pendant l'élection impériale. En 1794, il reçoit le chapeau de cardinal et il est nommé évêque titulaire des diocèses réunis de Montefiascone et de Corneto.

81. Jacques Antoine Marie de Cazalès (Grenade, Haute-Garonne, 1758-1805, En Galin, près de Mauvezin, Gers). Après une jeunesse dissipée, il est député de la noblesse des pays de Gaure, Verdun, bailliage de Rivière-Verdun aux États généraux de 1789, et il se fait à l'Assemblée législative le champion de la réaction. Déçu de ne pouvoir exercer un second mandat à la Convention, il émigre à Coblence en juillet 1791, puis en septembre à Londres. En mars 1792, il rentre en France afin d'éviter la mise sous séquestre de ses biens. Il collabore alors aux entreprises clandestines des conseillers secrets de Louis XVI. En juillet 1792, il repart en émigration, d'abord en Suisse, puis à Londres, puis en Espagne, etc. Il sera autorisé à rentrer en France sous l'Empire.

82. Emmanuel Joseph Sieyès (Fréjus, 1748-1836, Paris) ordonné prêtre en 1774, chanoine de Tréguier et secrétaire de Jean Baptiste Joseph de Lubersac, évêque de Chartres, en 1775 ; aumônier de Madame Sophie, tante de Louis XVI ; chanoine et vicaire général de Chartres en 1783. En 1788, il publie un Essai sur les privilèges, et 1789 Qu'est-ce que le Tiers-État ?, ouvrages qui lui assurent une popularité immédiate. Élu député du tiers état de Paris aux États généraux, il joue un rôle de premier plan dans les rangs du parti patriote du printemps à l'automne 1789. Alors incarnation du parti patriote, il s'oppose toutefois à la suppression des dîmes et exige de l'État qu'en contrepartie de la mise à disposition des biens du clergé, celui-ci subvienne au traitement des prêtres, ainsi qu'à l'entretien des écoles, des hôpitaux et des établissements de charité. Élu président de l'Assemblée en juin 1790, il travaille à la rédaction de la Constitution. Élu en février 1791 administrateur du département de Paris et membre du directoire de ce département, il démissionne en septembre de la même année, date de la fin de l'Assemblée législative. En mars 1791, il refuse de se porter candidat à l'archevêché de Paris. En septembre 1792, il est élu à la Convention comme député de la Sarthe. Il vote alors la mort du roi. Mais il se trouve bientôt mal vu par Robespierre en raison du caractère jugé élitiste de son projet de réforme de l'école primaire. Le 16 novembre 1793 (20 brumaire an II), il abandonne sa charge de prêtre, puis cesse de paraître à la Convention durant la Terreur.

83. Pierre Victurnien Vergniaud (Limoges, 1753-31 octobre 1793, Paris, guillotiné), avocat, grand orateur du parti girondin. En octobre 1791, il est élu député de la Gironde à l'assemblée législative. Il y siège avec ses amis de Bordeaux, Ducos, Guadet et Gensonné. Le 30 octobre 1791, il est nommé à la présidence de l'Assemblée. Il y multiplie ses attaques contre les émigrés et les prêtres réfractaires. Il y préconise l'entrée en guerre contre les puissances européennes ennemies. Nommé président de la Convention du 10 au 24 janvier 1793, il se rapproche au même moment de Danton. Le 10 avril 1793, comme les autres girondins et Brissot, il se trouve accusé par Robespierre d'avoir pactisé avec La Fayette et Dumouriez. Contrairement à certains de ses amis, il refuse de fuir. Il est guillotiné le 31 octobre 1793 avec vingt et un autres députés girondins.

84. Charles Alexis Brûlart de Genlis, dit le marquis de Sillery (Paris, 1737-31 octobre 1793, Paris, guillotiné) ancien maréchal de camp. Élu député de la noblesse aux États généraux, parmi les 47 députés de la noblesse ralliés au tiers état ; puis élu en 1792 député de la Somme à la Convention. Siégeant parmi les Girondins, il est guillotiné avec eux le 31 octobre 1793.

85. François Nicolas Léonard Buzot (Évreux, 1760-18 juin 1794, 30 prairial an II, Saint-Magne-de-Castillon, Gironde, suicidé), avocat. En 1789, élu par le bailliage d’Évreux député du tiers état aux États généraux, il prend aussitôt position contre la monarchie, la noblesse et le clergé. Dès le 6 août 1789, il déclare les biens de l’Église propriété de la Nation et réclame leur nationalisation. Il demande également le droit pour tous les citoyens de porter des armes. Rentré à Évreux à la fin de la session de l'Assemblée législative, il devient, le 7 février 1792, le premier président du tribunal criminel. Élu député de l'Eure à la Convention le 4 septembre 1792, il y siège avec les Girondins. Excellent orateur, il s'en prend aux émigrés, mais aussi à Marat. Concernant la condamnation à mort du roi, il vote pour le sursis. Il critique ensuite l’instauration du tribunal criminel extraordinaire et du Comité de salut public, mais il s'abstient de voter pour la mise en accusation de Marat. Dénoncé par les factions de la Commune de Paris, il est déclaré d'arrestation le 2 juin 1793. À Évreux où il a fui, il tente sans succès de créer un corps insurrectionnel fédéraliste contre la Convention. Il se réfugie ensuite dans le Calvados, puis dans le Bordelais. Craignant d'être repris, comme son ami Pétion, il se suicide à Saint-Magne-de-Castillon le 18 juin 1794.

86. Jean Baptiste Michel Saladin (Amiens, 1752-1812, Conflans-Charenton, Seine), avocat, député de la Somme à l'Assemblée législative. Il siège à gauche et se montre particulièrement hostile aux prêtres réfractaires et aux émigrés. Il se déclare en revanche favorable à la guerre. Élu à la Convention en 1792, il siège d'abord parmi les proches de Philippe-Égalité, en particulier le marquis de Sillery, tout en passant pour Montagnard. Critique des massacres de Septembre, inquiet de la puissance du mouvement populaire parisien, il devient de plus en plus proche des Girondins. Dénoncé, il est emprisonné le 3 octobre 1793 et maintenu en détention jusqu'au lendemain de Thermidor.

87. Marc David Alba, dit Lasource (Anglès, Tarn, 1763-31 octobre 1793, Paris, guillotiné), pasteur protestant, élu député du Tarn à l'Assemblée législative, puis à la Convention, régicide. D'abord partisan de la Montagne, il se rapproche ensuite des Girondins. Représentant en mission dans le Var, il est l'artisan de la réunion du comté de Nice à la France. De janvier à avril 1793, il fait partie du Comité de salut public. Il devint président de l'Assemblée du 18 avril au 2 mai 1793. Après avoir attaqué Danton, il s'en prend à Marat et à Robespierre. Bientôt inscrit sur une liste de proscription, il est arrêté avec les Girondins le 2 juin 1793 et guillotiné avec eux le 10 brumaire an II (31 octobre 1793).

88. Philippe François Joseph Le Bas (Frévent, Pas-de-Calais, 1746-28 juillet 1794, Paris, suicidé). Avocat, garde national délégué par son département à Paris le 14 juillet 1790 pour la fête de la Fédération, administrateur du district de Saint-Pol en 1791. Élu en 1792 député du Pas-de-Calais à la Convention, il fréquente chez les Duplay Robespierre et Couthon et il épouse Élisabeth Duplay. Initialement proche des Girondins, il opte très vite pour la Montagne et vote la mort du roi sans sursis. Il entre au Comité de sûreté général en septembre 1793, puis avec Saint-Just il est envoyé en mission à l'armée du Rhin en octobre 1793, à l'armée du Nord en janvier 1794. Fidèle à Robespierre jusqu'à la fin, il se suicide d'un coup de pistolet le matin du 10 thermidor.

89. Philippe Lebas a épousé Élisabeth Duplay ; Éléonore, sœur d'Élisabeth, passe pour avoir été la fiancée de Robespierre. Si Robespierre l'avait épousée, il aurait été ainsi le beau-frère de Philippe Lebas. Mais Robespierre n'a pas épousé Éléonore, dite Cornélie, Duplay.

90. Jeanne Marguerite Roger de Chalabre, dite Mlle de Montmartin (Paris, 1750-?) est une fille naturelle de Jean Pierre Roger, dit de Chalabre, écuyer, sieur de Chalabre et de Morfondé, rendu fortuné par sa réussite au jeu, et de Marie Marguerite Prou des Ormeaux. Elle n'entretient aucun lien de parenté avec l'illustre maison de Bruyères Chalabre. On a voulu voir en elle une maîtresse de Robespierre. On sait en tout cas que Robespierre avait l'habitude de se rendre chez elle à Paris, 755 rue Saint-Honoré, ou encore dans sa belle demeure de Vanves. Quelques-unes des lettres que Mlle de Chalabre a adressées à l'Incorruptible ont été recueillies et publiées par le conventionnel Courtois. Quelques autres lettres ont réapparu par la suite. Cf. Papiers inédits trouvés chez Robespierre, Saint-Just, Payan, etc., supprimés ou omis par Courtois, tome 1, Paris, Beaudoin Frères, 1828, p. 171.

91. Louis Legendre (Versailles, 1752-13 décembre 1797, Paris), maître boucher à Paris, notabilité révolutionnaire du district des Cordeliers. Élu par les électeurs de Paris député à la Convention nationale, il prend place à la Montagne et vote la mort de Louis XVI. Nommé un temps au comité de sûreté générale, il est chargé de plusieurs missions à Lyon. Il se prononce ensuite contre les Girondins. Peu après, il est exclu du club des Cordeliers pour avoir critiqué les mesures terroristes d’Hébert. En mars 1794, il se félicite de la proscription des Hébertistes. Le 31 mars 1794, alors que Danton, Desmoulins, Lacroix, ainsi que plusieurs autres Girondins, sont arrêtés, à la Convention, Louis Legendre abandonne ses amis. Le 9 thermidor, il hurle à Robespierre, alors que ce dernier est momentanément incapable de parler : « C’est le sang de Danton qui t’étouffe ! ». Par la suite, il s'associe à toutes les mesures des thermidoriens.

92. Ma femme Roland, c'est Manon Roland, née Jeanne Marie Philipon (Paris, 1754-8 novembre 1793, Paris, guillotinée), épouse de Jean Marie Roland de La Platière, maîtresse d'un salon très couru, égérie des Girondins. Le 31 mai 1793, les Girondins sont proscrits, et Jean Marie Roland de La Platière, son mari, fuit à Rouen. Elle, ne fuit pas. Dénoncée par un indicateur nommé Achile Viard, elle se laisse arrêter le 1er juin 1793 à son domicile, et elle est incarcérée pendant cinq mois. Elle est jugée le 8 novembre 1793 et guillotinée le même jour.

93. Le frère de Robespierre qui a défendu Marat quand celui-ci a été attaqué aux Jacobins, se nomme Augustin Bon Joseph de Robespierre. Avocat, élu à la Convention, il demeure fidèle à son frère aîné jusqu'à la fin. Au matin du 10 thermidor, il se jette par une fenêtre. Il est guillotiné, encore vivant, le même jour.

94. Le 29 octobre 1792, après que Jean Baptiste Louvet de Couvray a pourfendu la politique de Robespierre dans un un discours formidable, Charles Jean Marie Barbaroux, girondin, et Jean Paul Marat, « l'ami du peuple », tombent pour une fois dans les bras l'un de l'autre.

95. 10 août 1792 : prise des Tuileries par le peuple de Paris, événement durant lequel Marat ne s'est pas montré. A-t-il voulu vraiment fuir à Marseille, déguisé en « jockey », i.e., au sens de l'époque, déguisé en cocher ou palefrenier ? Certes, Marat entretenait des liens particuliers avec la section 21 des Jacobins de Marseille. Mais l'assertion de Robespierre demeure invérifiable. Marat, homme valétudinaire, pouvait être particulièrement souffrant le 10 août 1792.

96. Allusion à une mutinerie du régiment suisse de Châteauvieux, qui a eu lieu à Nancy du 5 au 31 août 1790. La répression est féroce : 72 prisonniers, 41 condamnés à trente ans de galère ; 22 pendus ; un homme roué. En 1791, Jean Marie Collot d'Herbois obtient la réhabilitation des mutins. Le 15 avril 1792, ceux-ci organisent à Paris une fête de la liberté. Porteurs du bonnet rouge des bagnards, ils font de ce bonnet un emblème de la République.

97. 21 janvier 1793 : date de l'exécution de Louis XVI.

98.Armand Marc, comte de Montmorin Saint-Hérem (château de la Barge, Courpière, Puy-de-Dôme, 1745-2 septembre 1792, Paris, prison de l'Abbaye, assassiné lors des massacres de Septembre), ministre des Affaires étrangères de Louis XVI le 12 février 1787, puis secrétaire d'État à la Marine par intérim du 25 août au 24 décembre 1787, puis ministre des Affaires étrangères à nouveau du 16 juillet 1789 au 29 novembre 1791. Il forme ensuite avec Malouët et autres une police secrète dénoncée sous le nom de « comité autrichien ». Forcé de se cacher, il est bientôt découvert, jugé le 17 août 1792, puis massacré dans sa prison.

99. Journées des 5 et 6 octobre 1789 : poussée par la famine, une foule de plusieurs milliers de personnes, dont beaucoup de femmes, marche sur Versailles, massacre quelques gardes du corps du roi, puis force la famille royale à revenir à Paris et à s'installer aux Tuileries.

100. Journée du 20 juin 1792 : manifestation populaire organisée à Paris à l'initiative des Girondins, le jour anniversaire du serment du Jeu de paume. Lors de cette journée, le peuple parisien envahit le palais des Tuileries.

101. Marguerite Brunet, dite Mademoiselle Montansier (Bayonne, 1730-1820, Paris, comédienne, directrice de théâtre. Après un début de carrière interlope à Saint-Domingue, expulsée de l'île, elle s'installe à Paris rue Saint-Honoré où elle ouvre un salon de jeu fréquenté par la jeunesse dorée. Puis elle dirige un petit théâtre à Versailles, attire ainsi l'attention de la reine Marie-Antoinette, et obtient en 1774 le titre de « Directrice des Spectacles à la suite de la Cour ». Elle fait alors construire à Versailles le théâtre Montansier, inauguré le 18 novembre 1777 en présence de Louis XVI et de la reine. En 1790, elle s'installe à Paris et convertit l'ancien théâtre des Beaujolais, sous les arcades du Palais-Royal, en nouveau théâtre Montansier. Elle suit avec sa troupe les armées de Dumouriez dans les Pays-Bas autrichiens et elle assiste à cette occasion à la bataille de Jemappes. Elle regagne Paris en mars 1793 et fait édifier le Théâtre-National, dit aussi Salle Montansier, dédié à l'opéra et situé rue de la Loi (aujourd'hui square Louvois), inauguré le 15 août 1793. Louis XVIII ordonnera la destruction de la salle après l'assassinat du duc de Berry par Louvel, le 13 février 1820, à la sortie d'une représentation. Accusée d'avoir reçu des fonds des Anglais et de la reine, Mlle Montansier est emprisonnée le 15 novembre 1793, puis, déclarée innocente et libérée en septembre 1794. Elle obtient des compensations financières et poursuit sa carrière sans autre forme de procès.

102. Il s'agit de la Salle Montansier, dont l'édification aurait bénéficié de fonds fournis par Danton.

1 commentaire

#1  - Dominique Belmer a dit :

En mon nom et au nom des Amis de Robespierre a Arras , je vous remercie pour ces textes que vous partagez .

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