Bois de rose

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Rue Ménars, Jean Baptiste Cloots, dit Anacharsis Cloots,
avant de monter à la guillotine,
dernier de sa charrette
et à la bravade,
il prêcha le matérialisme jusqu'au dernier soupir —
serrait ses papiers dans un petit secrétaire
en bois de rose…
en bois de rose

Bois de rose…
de ce rose autrement appelé sang dragon…
Qu’est-ce qui luit pour toi dans ce rose du bois,
qu’est-ce qui luit là,
fruit de sa phosphorescence première,
et qui, oh ! stupeur d'un vieil alchimiste (1) !
ne brûle pas dans l’air ?

Bois de rose...
de ce rose autrement appelé nacarat...
Qu’est-ce qui bruit pour toi dans ce rose du bois,
Qu’est-ce qui bruit là,
fruit de sa sonance première,
et qui, oh ! Père Castel (2) ! se fait entendre
sans personne qui joue d'aucun clavecin oculaire ?

Bois de rose...
Qu'est-ce qui luit dans le rose du bois ?
Qu'est-ce qui bruit dans le rose du bois ?
Qu'est ce qui luit ,
comme l’eau vive
qui court sans fin
au pied des grandes balsamines ?
Qu'est-ce qui bruit ,
comme châtaignes
qu’on jette dans la braise
un soir, sans même les ouvrir ?

Fais silence
et laisse venir à toi
ce qui lève dans le pas d'un mot,
d'un mot de hasard...

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1. Hennig Brand (ca 1630-1692), alchimiste souffleur de verre de Hambourg, est en 1669 le découvreur du phosphore.

2. Louis Bertrand Castel (Montpellier, 1688-1757, Paris), père jésuite, mathématicien, physicien, auteur, entre autres, de L'Optique des couleurs (1740) et d'un projet de création d'un clavecin oculaire. Cf. Christine Belcikowski, Le clavecin oculaire.

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Loin du café Corazza. Louis Pierre Dufourny au club des Jacobins

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Club des Jacobins, rue Saint-Honoré, et club des Cordeliers, rue de Thiomville (aujourd'hui rue Dauphine). Extrait du Plan de la Ville et Faubourg de Paris divisé en 12 Municipalités, 1797, par Pierre Jean (1754-1829).

Dès le 30 décembre 1793, les Cordeliers dénonçaient par voie d'affiche Pierre Nicolas Philippeaux, François Louis Bourdon, dit Bourdon de l’Oise, Fabre d’Églantine, Camille Desmoulins et Louis Pierre Dufourny. Pourtant fondateur du club des Cordeliers, mais opposé à ce qu'il tient pour la dérive sectionnaire de ce club, Dufourny a cessé d'y paraître depuis le 2 septembre 1793. Le 26 janvier 1794, comme Philippeaux, Bourdon de l’Oise et Camille Desmoulins, il se voit signifier sa radiation effective. Le cas de Fabre d'Églantine ne fait plus débat, puisque, depuis le 13 janvier 1794, ledit Fabre d'Églantine se morfond à la prison du Luxembourg.

philippeaux_etc.jpg

De gauche à droite : Pierre Nicolas Philippeaux (1754-5 avril 1794, guillotiné) ; François Louis Bourdon, dit Bourdon de l’Oise (1758-1798, Sinnamary, Guyane, déporté) ; Camille Desmoulins (1760-5 avril 1794, guillotiné). Au moins de façon connue, il n'existe pas de portrait de Louis Pierre Dufourny.

Pierre Nicolas Philippeaux et François Louis Bourdon, dit Bourdon de l'Oise, se trouvent accusés d'avoir calomnié les généraux révolutionnaires de la Vendée. Les Cordeliers, dont le général Rossignol constitue alors une figure respectée, reprochent plus spécialement à Bourdon de l'Oise, envoyé à l'armée de l'Ouest, d'avoir retiré son commandement audit général Rossignol après la défaite des troupes républicaines, les 21 et 22 novembre 1793, devant Dol.

rossignol.jpg

« Je suis né d'une famille pauvre... » Jean Antoine Rossignol (Paris, 1759-1802, Mutsamudu, île d'Anjouan, Comores, déporté).

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Maison obscure...

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Maison obscure…
maison de nœuds, de nerfs,
de sang et d’os,
abritée du soleil.
C’est la tienne.
Les arbres ont trop poussé.
Les violettes grouillent, grasses,
sous l’ombrage,
et un buis, tout petit, s’y attarde,
ignoré jusqu’ici des chenilles.
Maison obscure…
maison de dols, de deuils,
d'alarmes,
hantée de mauvais rêves.
C’est la tienne.
Les armoires débordent de secrets mal vécus,
vieilles noix qu’on écrase en marchant,
comme des vesses de loup,
dont ne sort, sous le pied, qu’une poudre fumeuse.
Il n’y a plus de loups derrière les armoires,
quand on est vieux,
crois-tu.
Garde-toi bien quand même...
Ils sont toujours là…
solubles dans l’air…
patients…
sûrs de leurs fins...
sûrs de leur droit…
— Quel droit ?
La vie va sans droit…

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