J.-B., Charles Paya (1807-1865), imprimeur-libraire à Toulouse, journaliste et écrivain républicain

privat

 

Source : Archives municipales de Toulouse.

1. J.-B., Charles Paya, imprimeur-libraire à Toulouse

Né le 24 juin 1807 à Gimont, dans le Gers, fils de Joseph Paya, marchand, et d’Henriette Henri, Jean Baptiste Charles Paya entre à l’âge de quinze ans comme apprenti dans une librairie de Toulouse, sans doute celle de la veuve de Pierre Benoit Augustin Robert, imprimeur-libraire rue Sainte-Ursule. C’est probablement en 1833 qu’il obtient à son tour le brevet d’imprimeur-libraire et qu’il prend, rue Sainte-Ursule, la suite de la Veuve Robert. Il imprime alors quelques livres scientifiques, des ouvrages scolaires ou religieux, des publications judiciaires à couleur politique, un peu de littérature dramatique ou poétique, des textes consacrés à la légende napoléonienne différents volumes consacrés à l’histoire et au patrimoine de Toulouse, dont les premiers tomes de l’Histoire générale du Languedoc de Claude Devic et de Dom Vaissète, et, en périodique, de 1837 à 1843, La Mosaïque du Midi. Pour les curieux de son catalogue, voici, à télécharger, le relevé exhaustif de ce dernier : Catalogue des publications de l’imprimerie Paya.

Sa gestion n’a pas été sans doute des plus avisées, puisqu’en 1839, J.-B. Paya cède son fonds de commerce à Edouard Privat, qui a été son employé depuis 1834. En association avec Joseph Bon, riche négociant, celui-ci fonde la société « Bon et Privat », installée rue Sainte-Ursule toujours.

En 1843-1844, non sans essuyer quelques déboires administratifs, J.-B. Paya cède son brevet d’imprimeur à Jean Pierre Jacques Auguste de Labouïsse-Rochefort (1778-1852), né à Saverdun, homme de lettres et poète.

Bizarrement, une publication intitulée Chroniques du midi : légendes toulousaines et signée Jean Mamert Cayla émane en 1836 de « l’IMPRIMERIE DE J. B. PAYA à l’HÔTEL DE CASTELLANE » (hôtel de Saint-Jory), rue Croix-Baragnon ! Et, en 1846, un ouvrage de A. Rives, Cours complet d’arithmétique, à l’usage des aspirants aux Écoles polytechnique, de Saint-Cyr, se trouve attribué encore aux oeuvres de l’imprimeur J.-B. Paya !

2. J.-B. Paya, fondateur et directeur de plusieurs journaux républicains à Toulouse, puis à Paris.

En 1837, J.-B. Paya lance l’Émancipation, quotidien politique dont il conserve la rédaction en chef jusqu’en 1844. D’après Pascal Rhaye, in Les Condamnés de Versailles 1Pascal Rhaye, Les Condamnés de Versailles, Paris, 1850., « les départements ne connurent pas d’organe plus avancé dans la démocratie » pendant cette période. Le journal essuiera vingt-sept procès de presse, J.-B. Paya se battra deux fois en duel, « la première fois avec le maire de Toulouse, la seconde fois avec un lieutenant d’artillerie. Dans cette dernière rencontre, après deux engagements assez longs, Paya fut blessé d’un coup d’épée. » 2Pascal Rhaye, Les Condamnés de Versailles, p. 126.

En 1841, à la suite de la dissolution du conseil municipal de Toulouse, J.-B. Paya, candidat du parti républicain, est élu en lieu et place de Jean Dominique Romiguières, procureur général et pair de France. « J.-B. Paya entra ainsi au conseil municipal de Toulouse, dont il resta membre, malgré deux dissolutions, jusqu’à son départ pour Paris. » 3Pascal Rhaye, Les condamnés de Versailles, p. 127.

Au début de 1846, J.-B. Paya assure à Paris la gérance de L’Esprit public, fondé par Charles de Lesseps et, à la suite du retrait de ce dernier, il prend la direction du journal. L’Esprit public fusionne l’année suivante avec La Patrie, et devient La Patrie, journal de l’Esprit public. J.-B. Paya en assure la direction politique du 10 février au 4 mai 1847.

En 1848, candidat de la Haute-Garonne lors des élections générales qui suivent la révolution de février, il ne peut figurer sur la liste des démocrates, déjà bouclée, mais recueille tout de même 8 500 voix républicaines. Revenu à Paris, il fonde La Correspondance démocratique des départements et de l’étranger. Sans l’avoir sollicité, il est nommé délégué au Comité démocratique-socialiste pour l’organisation des élections de 1849 et il fait partie d’une commission d’enquête nommée par celui-ci en séance générale.

C’est en tant que directeur de La Correspondance que J.-B. Paya est traduit devant la haute Cour de Versailles après les événements du 13 juin 1849, organisés par les déçus de la IIe République. Inculpé de complot, il est condamné, sans preuves, à la déportation.

belleile_vauban

 

Ci-dessus : à Belle Ile-en-Mer, la porte Vauban, qui donne sur la Citadelle de Palais.

« À Belle-Île-en-Mer, le Génie avait reçu l’ordre, fin juin 1848, d’aménager sur les glacis de la citadelle des baraquements pouvant recevoir 3 000 détenus. Le 21 septembre 1848, le ministre de l’Intérieur arrêtait les dispositions particulières instituant, conformément au décret du 24 juin, le « Dépôt de Belle-Île ». Transformé par décision ministérielle du 19 août 1850, le Dépôt de Belle-Île devient officiellement « Maison de Détention et de Déportation ». Les condamnés des Hautes Cours de Bourges et de Versailles avaient d’abord été conduits à la citadelle de Doullens où se retrouvèrent Blanqui, Barbès, Raspail et tant d’autres républicains « de la veille ». Durant l’été 1850, la décision est prise de les rassembler en un lieu unique, Belle-Île, et de leur adjoindre les divers condamnés des journées révolutionnaires de Marseille, Lyon, Rouen, Limoges et autres localités considérées comme dangereuses. Six convois franchiront les portes de la citadelle avant le 2 décembre 1851, portant à 325 le nombre des détenus » 4Jean-Yves Mollier, Belle-Ile-en-Mer : prison politique (1848-1858), in Criminocorpus, Justice et détention politique, Bagnes, prisons et quartiers politiques.. Blanqui, Barbès, Charles Delescluze, Proud’hon, et J.-B Paya, entre autres, font partie de ces détenus.

belle_ile1

 

On sait que J.-B. Paya disposait là de deux caisses-bibliothèques. Celles-ci lui seront enlevées en 1851 par Vallet, ancien directeur de la citadelle de Doullens, nommé de 19 août 1850 à Belle-Île, muté le 25 août 1851, pour soupçons de prévarication, à la direction de la centrale d’Aniane.

« Dans la correspondance d’Hermann Ewerbeck (dirigeant parisien de la Ligue des Justes, traducteur de Feuerbach, entre autres) avec Marx, Paya est présenté comme l’auteur de la première traduction française du Manifeste communiste. Ils ont pu se connaître par l’intermédiaire du Bureau de correspondances (Ewerbeck étant aussi traducteur de contenu journalistique, notamment des articles de la Neue Rheinische Zeitung). On ignore ce qu’il est advenu de cette version du Manifeste, si du moins elle a existé). » 5Maitron en ligne.

3. J.-B. Paya dans les « cachots du pape »

Libéré en 1855, J.-B. Paya, qui admire Garibaldi et se déclare partisan du Risorgimento, se rend par la suite en Italie, où il goûte particulièrement le séjour de Naples. Le 10 mars 1861, il s’embarque à Naples pour Rome. Il y est arrêté dès son arrivée et enfermé à la prison San Michele. Il y croupit dix jours durant dans des conditions misérables, sans savoir de quoi on l’accuse. Peu encline à secourir cet ancien déporté de 1849, l’ambassade de France laisse traîner l’affaire. Quatorze jours plus tard toutefois, J.-B. Paya se trouve reconduit sous escorte policière à Civita-Vecchia, avec interdiction de retourner jamais dans les états du pape. Il tire de cette mésaventure la matière de deux livres-brûlots, relatifs à la tyrannie policière qui sévit dans l’état pontifical.

4. Ecrits de Jean Baptiste, Charles Paya (1848-1865)

Paya, J.-B.
L’Election. [Signé : J.-B. Paya.]
1848. Sans indication d’imprimeur.

Histoire de la Révolution française, par J.-B.-Charles Paya…
J. Laisné. 1855-1856.

Paya, J.-B.-Charles
Naples, 1130-1857, par Charles Paya
J. Laisné. 1858.

Paya, J.-B.-Charles
De l’Origine de la papauté, par Charles Paya
G. Barba. 1860.

paya_italie

 

Ci-dessus : frontispice de G. Janer-Lange pour l’Histoire de la guerre d’Italie : Joseph Garibaldi.

Charles Paya
Histoire de la guerre d’Italie : Joseph Garibaldi ; illustrations de Janer-Lange -G.
G. Barba, 1860.

Paya, J.-B.-Charles
Causeries politiques, par J.-B.-Charles Paya
Chabot-Fontenay. 1861.

Paya, J.-B.-Charles
Le Roi de Rome, par J.-B.-Charles Paya
Chabot-Fontenay. 1861.

Paya, J.-B.-Charles
Un Prisonnier du pape ; par J.-B.-Charles Paya
Chabot-Fontenay. 1861.

Paya, J.-B.-Charles
Les Prisons papales, par J.-B.-Charles Paya
Chabot-Fontenay. 1861.

Paya, J.-B.-Charles
Les Cachots du Pape, par J.-B.-Charles Paya
E. Dentu. 1864.

, J.-B.-Charles
Les Cachots du pape ; par J.-B.-Charles Paya. Deuxième édition
A. Faure. 1865.

5. La mort de J.-B. Paya à Nice

On ne sait pas à quelle date exactement J.-B. Paya rentre en France. Il s’installe alors à Nice. Collaborateur du Siècle, auquel il adresse de nombreuses correspondances, mais malade par suite des souffrances et des privations endurées en déportation, il s’est rendu à Nice dans l’espoir de rétablir sa santé ; c’est là qu’il meurt en 1865, sans descendance, « gardant jusqu’au dernier jour ses opinions intactes ». 6Grand dictionnaire universel du XIXe siècle par Pierre Larousse, volume 12.

paya_deces1865

 

References   [ + ]

1. Pascal Rhaye, Les Condamnés de Versailles, Paris, 1850.
2. Pascal Rhaye, Les Condamnés de Versailles, p. 126.
3. Pascal Rhaye, Les condamnés de Versailles, p. 127.
4. Jean-Yves Mollier, Belle-Ile-en-Mer : prison politique (1848-1858), in Criminocorpus, Justice et détention politique, Bagnes, prisons et quartiers politiques.
5. Maitron en ligne.
6. Grand dictionnaire universel du XIXe siècle par Pierre Larousse, volume 12.

Leave a Comment