Au MIMA – Mirepoix Marionnettes 2009

C’était ce week-end l’heure du MIMA, i. e. du festival international des marionnettes à Mirepoix. Dans le cadre de ces festivités, nous sommes d’abord allés voir Le sens de la vie pour 9.99€, un film d’animation israélo-australien, réalisé par Tania Rosenthal. J’avais réservé aussi, via Internet, des places pour deux spectacles du "in", Ni fini ni Infini de la compagnie ThéâtreNCiel, basée à Dieppe, et Le gant de Toinette ou Les Dessous Indiscrets de la Révolution, spectacle présenté par des comédiens dont je ne savais rien. Hier après-midi, après avoir flâné le matin dans le marché artisanal installé autour de la cathédrale, nous nous sommes rendus à ces deux spectacles.

Hommage d’abord au film Le sens de la vie pour 9.99€, dont j’avais remarqué la drôle d’affiche, et qui constitue, entre rire et larmes, un bijou d’animation. C’est dans la foule solitaire des grandes villes modernes, un père, ses fils, un voisin âgé, une jeune femme professeur, un petit garçon, un clochard, qui cherchent un sens à leur vie décevante.  L’un des personnages trouve dans un livre diffusé par correspondance pour 9,99€ une solution insolite… On rit souvent, mais l’émotion l’emporte, tendre, poignante. J’ai eu secrètement envie de pleurer. Heureusement, l’esthétique du film ménage la part de l’ironie, en particulier dans les plans où l’on voit de quelle pâte sont faits les personnages du film, – il s’agit d’une pâte à modeler travaillée de façon mi-réaliste mi-stylisée et laissée volontairement à l’état d’ébauche au niveau des mains, de façon à rappeler sur le mode plastique que la vérité de l’émotion a ici quelque chose à voir avec l’illusion comique.  Le résultat est d’une poésie étonnante.  

 

 

 

 

Au Dojo, face à la piscine municipale, nous avons assisté ensuite à la représentation de Ni fini ni infini, oeuvre de Roland Shön, jouée par Roland Shön, Bertrand Lemarchand, Ludovic Billy, et par la musique de Bertrand Lemarchand, dans le cadre de la compagnie ThéâtreNCiel [1]Cf. dossier de presse du spectacle

 

Dire que nous avons "assisté" à la représentation de Ni fini ni infini n’est toutefois pas le mot. Nous nous sommes laissé proprement enjouer par le théâtre de Roland Shön, qui est un magicien des mots, des images et des sons.

Accueillis à la porte du Dojo par les trois comédiens et une drôle de machine à images, nous les avons suivis, nous sommes entrés dans une salle noire, et nous avons partagé l’aventure d’un étourni, petit homme au coeur tendre, qui fait le tour de la terre afin de remettre une lettre, dont il ne connaît pas la teneur, à une dame inconnue qui demeure à l’autre bout de la terre, – où ça, le bout de la terre ? En route, le petit homme rassemble, ni finie ni infinie, l’étrange collection de machines à images entre lesquelles nous promènent les comédiens comme faisaient jadis, à Paris, les bonimenteurs du boulevard du Temple. Puis le petit homme sonne à la porte de la dame…    

Pas de photos, nous ont dit les comédiens : "Le but du voyage n’est-il pas le voyage lui-même ?". "Le monde est une branloire pérenne", arguent ces impertinents, qui savent leur Montaigne.

C’est juste. Mais je n’ai pu résister à la tentation d’emprunter quand même deux images au très beau site de Roland Shön et du ThéâtreNCiel. Allez y voir ! Ça bouge, ça bruit, c’est drôle, et ça vous fait tout drôle ^°^

Il faut courir ensuite à l’endroit de la terre où Roland Shön et ses complices ont roulé leurs machines à images et leurs musiques à vous fendre le coeur.

La musique nous transformait, nous brassait en nouvelles vies.
J’ai vu celui qu’elle rendait transparent ; celui qu’elle réduisait en cendres ; celui qu’elle mélageait au vent ; celui qu’elle recueillait en lac ; celui qu’elle dispersait dans les étoiles.
Jamais ils n’arrivaient à reprendre une forme d’oiseau fréquentable
[2]Roland Shön, Souvenirs de Er-Ggroee-pecs, Oiseau Architecte, extrait n° 21, in Les Oiseaux Architectes – Le Montreur d’Adzirie, p

Le prochain endroit du ThéâtreNCiel, c’est Charleville Mézières, du samedi 19 au lundi 21 septembre 2009, à l’occasion du festival mondial des théâtres de marionnettes.

Il faut lire enfin les livres [3]Shön – ThéâtreNCiel : cliquez sur la rubrique Livres – textes et dessins – de Roland Shön.

Cette année-là, la récolte du Champignon Amoureux fut désastreuse. Nous manquâmes de feu.
Car c’était en séchant ces champignons que nous obtenions une poudre prenant bien feu. Il suffisait dex l’étincelle d’un silex frappé du bec et la flamme jaillissait. C’est notre ancêtre Jjipp Djiff qui avait appris à notre peuple cette façon de se chauffer.
Pour apaiser la colère de son esprit, Les Braises Chantantes interprétèrent en son honneur…
[4]Roland Shön,Souvenirs de Er-Ggroee-pecs, Oiseau Architecte, extrait n° 34, in Les Oiseaux Architectes – Le Montreur d’Adzirie, éditions L’Entretemps/Institut … Continue reading.

 

Après la magie de Ni fini ni infini, il nous a fallu du temps pour reprendre une forme d’oiseaux d’apparence vaguement fréquentable. Nous nous sommes rendus alors à la médiathèque afin d’assister à la représentation du Gant de Toinette ou les Dessous Indiscrets de la Révolution. Avant l’ouverture des portes, dans la rue, une surprise : l’arrivée des Poinçonneurs de billets, qui ont non seulement poinçonné, fait des p’tits trous, des petits trous, mais aussi dansé pour nous et rendu hommage à leur nounours, alias le pauvre Mickael Jackson.  

 

 

Nous entrons alors dans la médiathèque, car la pluie s’annonce.

 

En guise de prélude au spectacle, à côté du castelet, habillé de rayures blanches et rouges, un jeune pianiste en frac plaque sur son synthétiseur des accords torrides. Puis le spectacle commence. Inspiré des Bijoux indiscrets de Diderot le titre annonce, dit le marionnettiste, qui exhibe sous son frac de très belles cuisses nues, – le titre annonce une histoire libertine de la Révolution, plus spécialement celle des fureurs utérines de Marie-Antoinette. Et joignant le geste à la parole, le marionnettiste nous montre le gant dont on fourre la marionnette, conformément aux règles de son art, afin de l’émouvoir.

 

 

Paraissent ensuite les marionnettes dans le castelet. Elles sont très laides, façon Muppet Show mais en pire. Voyez ci-contre Marie-Antoinette, représentée dans le cadre bien fourré d’un élégant vagin denté. Seul Polichinelle sauve la mise. Il est vrai qu’amoureux de la reine, il plaide en faveur de la royale liberté (d’aller se faire foutre) d’aimer.

Le titre du spectacle augurait une fantaisie érotique plus subtile, ou, dans le registre du pamphlet, une pornographie plus hardie. Je n’ai trouvé ni l’une ni l’autre. L’usage des mots bite, con, ne fait pas tout. Les feuilles révolutionnaires, les chansons, les libelles eussent fourni ici de beaux modèles. Dommage qu’ils n’aient pas été exploités.    

On rit malgré tout de temps en temps. La vigueur de l’organe vocal du marionnettiste semble par ailleurs prometteuse, et le jeune musicien qui assure les bruitages et mène au synthétiseur une sorte de dialogue endiablé avec le marionnettiste et ses créatures, est tout bonnement épatant.  A la fin du spectacle, les deux artistes viennent saluer, ô joie, tous deux cul nu !

Je reviendrai au MIMA l’an prochain, car on s’y amuse, on découvre, on se passionne, et la grande diversité des spectacles fait qu’on y trouve chaque fois celui à la rencontre duquel, sans le savoir, pendant que la terre tourne, on a marché jusqu’ici. Que la fête recommence !  

 

 

Notes

1 Cf. dossier de presse du spectacle
2 Roland Shön, Souvenirs de Er-Ggroee-pecs, Oiseau Architecte, extrait n° 21, in Les Oiseaux Architectes – Le Montreur d’Adzirie, p
3 Shön – ThéâtreNCiel : cliquez sur la rubrique Livres
4 Roland Shön,Souvenirs de Er-Ggroee-pecs, Oiseau Architecte, extrait n° 34, in Les Oiseaux Architectes – Le Montreur d’Adzirie, éditions L’Entretemps/Institut International de la Marionnette, 2009

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