Souvenirs de Mazerettes

C’était en juin de cette année. Suite à la publication de l’article intitulé Raymond Escholier Dansons La Trompeuse, voici le commentaire qui m’a été envoyé ; il émanait d’une adresse canadienne :  "15 juin 2009 at 20:50 – J’ai eu la chance d’habiter Mazerettes pendant vingt ans…", écrivait mon correspondant, que je ne connaissais pas.
 
Dansons La Trompeuse est un roman de Raymond Escholier. L’action se déroule, pour l’essentiel, à Mazerettes (Ariège). Autrefois résidence d’été des évêques de Mirepoix, vendue ensuite comme bien national, représentée sous le nom de Fleurizel dans le roman de Raymond Escholier, la propriété de Mazerettes appartenait dans les années 1900 à une certaine Madame Arnaud, qui avait une réputation d’excentrique, que Raymond Escholier a connue et qu’il portraiture dans le roman sous les traits de Madame Lestelle. 

 

Ci-dessus : façade principale de la maison de Mazerettes. Source : Francis Couquet.

 

"Mes parents avaient acquis cette maison compétement meublée", écrivait encore mon correspondant.

"Il est évident que Dansons la Trompeuse représente pour moi l’élément essentiel lié aux souvenirs de cette maison. Quand je relis ce livre, je revois tous les objets dont parle Escholier, l’odeur de l’immense grenier dans lequel une armoire complétement bancale contenait une partie des merveilles de Madame Arnaud (Madame Estelle). Dès que j’ai été en âge de lire ce livre, mon univers de la compréhension des charmes de cette maison a été changé en quelque chose de très romantique".

Frappée par l’intensité toute personnelle du propos, curieuse d’en savoir plus, j’ai répondu à cet ami inconnu. Quelque temps plus tard, celui-ci m’a téléphoné depuis le Canada. Il a évoqué ses souvenirs de Mazerettes, longuement et de façon passionnante. Puis, m’annonçant qu’il venait passer à Lavelanet une semaine en juillet, il a proposé que nous nous rencontrions à cette occasion. J’ai accepté avec joie. C’est ainsi que je me suis rendue à Lavelanet, la semaine dernière, à l’invitation de Francis Couquet. Bien connu à Lavelanet, le nom de la famille Couquet est lié à l’histoire de l’industrie textile, qui a connu son âge d’or après la seconde guerre mondiale.

Le témoignage de Francis Couquet me semble d’autant plus précieux que les documents relatifs au château de Mazerettes font cruellement défaut et que la seule description précise de l’aménagement intérieur de cette demeure remonte à la fin du XVIe siècle. Cette description figure dans une communication de Jeanne Bayle, publiée le 7 février 2006 dans le Bulletin 2005-2006 de la Société Archéologique du Midi de la France : 

"Quand Philippe de Lévis devint évêque de Mirepoix en 1497, c’était une petite maison-forte, dite « la Tour Madame », comportant une salle et deux chambres, totalement dépourvue de meubles et de provisions".

Il y fit des travaux importants d’aménagement et d’agrandissement, qui, d’après son neveu Philippe III de Lévis, seigneur de Mirepoix, lui auraient coûté 30 000 livres et auraient utilisé tout le bois de la forêt de Bélène, appartenant d’ailleurs non à l’évêque mais à son frère le seigneur de Mirepoix. Ce château a été transformé et reconstruit à différentes reprises et il ne reste rien, semble-t-il, des bâtiments du XVIe siècle".

Jeanne Bayle emprunte ces renseignements au volume 8 du Congrès archéologique de la France, dans lequel l’abbé Gabaldo, archiviste du château de Léran, consigne en 1844 la teneur d’un texte de 1533 , retranscrit par ses soins :

"Au commencement que le dit de Levys fut evesque de Mirepoix, à Mazeretes n’avait que une vieille tour, appellée la Tour Madame en laquelle n’avait que deux chambres et une vieilhe salle, et l’on ne pouvait louger ailleurs. Et n’y avait aucun meuble au dit chasteau, par quoi fut contraincte Madame de Mirepoix, sa mère, luy envoyer de son chasteau de la Garde, vivres, meubles et utencilles, tant pour coucher que pour manger et boire.

Et le dit evesque a édiffié si très bien et somptueusement la dite maison tout à neuf, que ung peu avant son trépas, meiseigneurs les enfants de France et les roy et reyne de Navarre y logeaientensemble avec tout leur train.

 

Qu’est pour démontrer que ledit seul batiment et édiffice a couté plus de trente mil livres, tellement une forest, dite Belleyne, appartenant au seigneur temporel de Mirepoix, a été toute destruiste et abbattue pour ladite construction dudit chasteau, faict à boullevars, créneaulx, canonniéres et barbacanes" 1)Document fourni par Francis Couquet.

Dans une enquête faite en 1538 à la suite de monitoires, ajoute l’abbé Gabaldo, un témoin dépose "qu’après la mort del’evesque, il vit enlever du chasteau de Masarétes, deux pièces d’artillerie et leurs chariots". 

"Deux documents permettent toutefois d’évoquer cette demeure dans la première moitié du XVIe siècle", continue Jeanne Bayle : "le devis non daté du maçon Jean Agasse et l’inventaire des meubles contenus dans le château lors de la prise de possession de l’évêché par le procureur de Jean Suau en 1556. Or, entre la mort de Philippe de Lévis en 1537 et 1556, aucun évêque n’a résidé à Mirepoix ; le bâtiment se trouve donc dans le même état qu’au décès de Philippe de Lévis. Le procureur de Jean Suau ne s’intéresse qu’aux biens meubles tels que tonneaux, tables, sièges et lits, mais il parcourt l’édifice en passant de pièce en pièce, ce qui permet d’en connaître un peu les dispositions .

Le devis en occitan non daté, rédigé par le maçon Jean Agasse, concerne divers travaux à exécuter au château. À ce moment-là la Tour Madame a déjà été transformée puisque des travaux non précisés avaient été effectués à Camon et à Mazerette en 1508. Il semble en effet que Philippe de Lévis, qui réside à Mazerette depuis sa nomination, ait fait construire dans un premier temps la chapelle basse au niveau de la salle existante et la chapelle haute près des chambres à l’étage. Cette dernière et sa galerie d’accès, lambrissées et voûtées de bois, sont décorées de vitraux, représentant des scènes de l’Incarnation et de la Passion ainsi que saint Maurice, patron du diocèse, et d’autres saints, vitraux qui sont finis de payer au maître-verrier toulousain Blaise Olivier en 1510.

D’après le devis, Philippe de Lévis envisage de surélever le corps de logis et les deux murs pignons. Il veut avoir à l’étage une grande salle haute, pourvue d’une cheminée de pierre moulurée et ornée de ses armes, éclairée par deux fenêtres à meneau et une demi-croisée, ainsi que sa chambre, également éclairée par une fenêtre à meneau et chauffée par une cheminée moulurée. Au-dessus s’élèvera un galetas où seront aménagées quatre chambres, pourvues chacune d’une fenêtre à meneau et d’une cheminée ordinaire. La circulation sera assurée par un escalier en vis et des galeries. L’escalier en vis, rond à l’intérieur et à six pans à l’extérieur, aura des marches d’une canne de longueur (1,79 m). Sa porte d’entrée en pierre à courbes et contre-courbes, décorée de crêtes sur les rampants et d’un bouquet de feuillages à son sommet, aura un tympan orné des armes de l’évêque ; une petite niche renfermera une statue. L’escalier sera éclairé par quatre demi-croisées et montera jusqu’au galetas qu’il desservira par une porte percée dans un mur de 12 pams de haut (2,65 m). Trois autres portes conduiront à la salle haute, à la chapelle haute et à la grande galerie. Jean Agasse doit déplacer la porte d’entrée du château vers la chapelle, fermer celle qui existe et la renforcer de deux piliers pour soutenir la galerie. Il construira une galerie basse avec trois piliers de pierre et des arcs en brique portant des voûtes de bois. Au-dessus de celle-ci la galerie haute reproduira les mêmes dispositions et sera pourvue en outre d’un garde-corps en pierre de taille. Une autre galerie, qui existe déjà, conduit à la chapelle haute, mais il est question d’une quatrième galerie à lancer sur un arc entre la tour et la chambre du prélat. Le maçon devra renforcer les pignons par deux contreforts à retraits aux angles de brique comme celui qui existe et qu’il faudra surélever. Il blanchira en outre tout le bâtiment et la vis. Les travaux à Mazerette sont achevés avant 1529.

L’ensemble des dispositions du devis paraît avoir été exécuté. Ce qui restait de la Tour Madame et les premiers agrandissements formaient le rez-de-chaussée décrit en 1556 comme « le tinel vieux », « la salle basse », la « botellerie vieille », « la cuisine vieille », la « sallete basse neuve », la « botellerie basse » et la chapelle basse. L’escalier en vis mène alors, à droite, à la cuisine haute et, plus haut, au galetas avec ses quatre pièces (chambre peinte, chambre rouge, chambre de l’Inquisition et garde-robe de l’évêque) et, à gauche de l’étage noble, à la salle haute ou tinel grand et à la chambre du prélat. Salle, chambre et cuisine sont pourvues d’arrière-pièces. La galerie basse n’est pas mentionnée et n’a peut-être pas été construite. Outre la galerie haute et celle de la chapelle, il existe alors une galerie « dernière », probablement à l’arrière du corps de logis, desservant deux chambres, l’une vers les étables, l’autre du côté de la tour de l’horloge, correspondant vraisemblablement à la galerie sur arc de Jean Agasse.

Le château était précédé d’une avant-cour, où s’élevaient des bâtiments de service tels que des hangars à foin et des étables, et d’une cour pavée avec un puits et un caniveau pour évacuer les eaux usées de la maison. Celle-ci était bordée par les celliers et peut-être limitée par un mur crénelé, près duquel étaient placés deux canons sur chariots, dispositions que Philippe III dénommait pompeusement « boullevars, créneaulx, canonières et barbacanes ». Le château était orienté est-ouest puisqu’un de ses pignons est dit du côté de la bise ; sa porte d’entrée à l’ouest était proche de la chapelle basse.

Le corps de logis du château comportait au rez-de-chaussée des pièces de service, le logement du fermier et la chapelle basse pour les serviteurs, à l’étage la grande salle, la chambre de l’évêque et la chapelle haute, au-dessus quatre chambres. Les deux étages étaient desservis par l’escalier en vis. Autour du château s’étendaient un jardin clos de palissades avec une fontaine, un parc et son pigeonnier, un vivier et des vignes. Tel était le cadre de vie d’un prélat du début du XVIe siècle, encore très proche des demeures médiévales".

 

 

Miroir et fauteuil datant de la période épiscopale. Le fauteuil porte les armes d’un évêque sur la traverse. Photos : Francis Couquet.

 

 

Table datant de la période épiscopale. Photo : Francis Couquet.

 

Lors de notre récente rencontre, Francis Couquet m’a procuré quelques photographies des meubles qui se trouvaient dans la demeure de Mazerettes, lorsque ses parents ont acheté cette dernière. Il se peut, a-t-il ajouté, que certains de ces meubles – tables, chaises, miroir, armoires à pointes de diamants – soient rescapés du temps des évêques. Le dernier des évêques qui ait vécu à Mazerettes est Monseigneur de Cambon.  Peu avant la Révolution, il fait abattre la rangée d’ormes qui, selon lui, obscurcissaient excessivement la façade. Il conserve en revanche les ormes de la grande allée qui ouvre entre les feuillages une perspective mystérieuse sur le château. La grande allée subsiste à ce jour. Les ormes ont été remplacés au XIXe siècle par des platanes. Démis de sa charge en 1790, Monseigneur de Cambon meurt à Toulouse en 1791.

Madame Arnaud, par la suite, a conservé, en y ajoutant les siens propres, les meubles plus anciens restés jusqu’alors dans la maison. Elle vivait donc dans le cadre composite constitué par sa collection de "merveilles" et par le sombre mobilier épiscopal. 

 

 

Ci-dessus : fauteuils ayant appartenu à Madame Arnaud. Source : Francis Couquet.

 

 

Ci-dessus : commode de Madame Arnaud ; chaises héritées du temps des évêques. Photos : Francis Couquet.

 

 

Ci-dessus : fauteuil Directoire ayant appartenu à Madame Arnaud ; petite table conservée de la période épiscopale. Photos : Francis Couquet.

 

 

Ci-dessus : petit salon installé à la suite de la grande salle à manger voûtée, à Mazerettes, circa 1960. Source : Francis Couquet.

 

 

Ci-dessus : chambre de Francis Couquet, jeune homme, à Mazerettes. Source : Francis Couquet.

 

Comme je demandais à Francis Couquet si, d’après ses souvenirs, il subsistait dans la maison quelque chose de l’ancienne configuration castrale, il évoque, au rez-de-chaussée, la grande pièce voûtée dont ses parents avaient fait leur salle à manger. Il s’agit, semble-t-il, de la "cuisine vieille" mentionnée dans l’inventaire de 1556. On voit également sur la terrasse, observe Francis Couquet, "les restes d’une très belle fenêtre à meneaux". Les pierres de "l’escalier en vis" mentionné dans le devis de Philippe de Lévis ont été remployées à l’époque de ses parents : "ma mère a fait réaliser par les jardiniers un petit escalier sinueux, permettant de descendre de la grande terrasse en cailloux et gazon vers le parc (à gauche lorsqu’on regarde la maison)". 

 

 

Ci-dessus : installée dans la cuisine vieille, la salle à manger de Mazerettes, circa 1960. Source : Francis Couquet.

 

Francis Couquet me fait remarquer que la cuisine vieille, transformée plus tard en salle à manger, présente depuis la Révolution une situation demi-enterrée parce que la maison a été remblayée sur l’arrière, afin d’en diminuer la hauteur et par là d’alléger l’impôt, alors relatif au nombre d’étages.

Il me rapporte aussi que, le sol du rez-de-chaussée s’étant affaissé en divers endroits, une exploration du sous-sol de la maison a permis de voir que celui-ci recelait  d’autre salles encore, vastes et voûtées, dont une chapelle, sans doute celle qui se trouve mentionnée dans le devis de 1556, sous le nom de "chapelle basse". Son père, à l’époque, décide de faire poser un hourdis ; le sous-sol est remblayé. La chapelle basse subsiste donc, mais noyée par le remblais. Elle se situe, dit Francis Couquet, "au pied de l’escalier en pierre qui donne dans l’une des deux grandes caves voûtées, lesquelles s’étendent du côté de l’allée". 

De la chapelle haute et de l’aménagement ancien de l’étage, ajoute Francis Couquet, il ne reste rien, sauf "une poutre très moulurée, de plus de 70 cm de tombée", correspondant à l’ancienne pièce de réception – aujourd’hui cloisonnée de façon à créer trois pièces – qui occupait jadis tout l’étage et demeurait inchangée à l’époque de Madame Arnaud. Cette pièce était ornée de boiseries. Celles-ci ont été vendues lors de la Révolution. Elles sont parties à Carcassonne et l’on ignore, à ce jour, ce qu’elles sont devenues. "L’autre poutre ne se voit plus", remarque Francis Couquet, "une partie du plafond ayant été rabaissée". Les vitraux actuellement visibles à l’étage datent, quant à eux, du XIXe siècle.  

 

Francis Couquet se remémore tout spécialement le grenier, l’ancien "galetas", dont il avait fait son royaume. C’est là que se trouvaient remisées les "merveilles" de Madame Arnaud, ses tableaux aussi, – ceux qu’elle collectionnait et ceux qu’elle peignait. Madame Lestelle, dans le roman de Raymond Escholier, se souvient qu’à Paris, dans sa jeunesse, elle a fréquenté le Louvre et le milieu des peintres :   

– Je connais aussi de grands artistes, tout simples et charmants…

– Je sais, fit M. de Sénabugue, ils ont failli faire de vous une seconde Vigée-Lebrun.

– J’ai aimé passionnément la peinture à une époque. Quand nous quittâmes Paris, au moment du siège, – j’étais très jeune alors, mais je me souviens de mon désespoir, en abandonnant le Louvre, où j’allais tous les matins, copier… 2)Raymond Escholier, Dansons La Trompeuse, II, p. 46, Editions La Cité des Livres, collection « Le roman français d’aujourd’hui, Paris, 1926

 

Ci-dessus : fusain naïf, accroché de façon permanente dans la chambre de Madame Arnaud. Photo : Francis Couquet.

 

A la question que je lui en faisais, Francis Couquet me dit qu’il ne sait pas d’où venait cette Madame Arnaud qui a servi de modèle au personnage de Madame Estelle.

 

J’ai cru tout d’abord que Madame Arnaud, l’inconnue de Mazerettes, pouvait être Suzanne Arnaud (1831-1904), épouse de Frédéric Arnaud (1819-1878), dit "Arnaud de l’Ariège", avocat, militant chrétien-social proche des fouriéristes, représentant du peuple aux Assemblées constituante et législative de 1848-49, représentant à l’Assemblée nationale de 1871, sénateur de 1876 à 1878, né à Saint-Girons (Ariège), mort à Versailles. Victor Hugo évoque la participation du couple à la révolution de 1848 dans Histoire d’un crime 3)Victor Hugo, 1877, Histoire d’un crime, Deuxième journée, Le lutte, VII. L’Archevêque. Après son divorce en 1866, Suzanne Arnaud, comme l’excentrique Madame Arnaud de Mazerettes, vit seule et sur un grand pied. Sensible à la peinture, elle collectionne les tableaux, dont le Minerve jouant de la flûte parmi les Grâces de Charles Gleyre ; et Gustave Courbet, à partir de 1873, vient régulièrement travailler pour elle dans son château des Crêtes à Clarens 4)Cf. Wikipedia : Gustave Courbet ; Insecula : Jean Désiré Gustave Courbet ; Annabelle Cayrol et Josyane Chevalley, Courbet, l’insoumis. Mais Suzanne Arnaud ne peut pas être la dame de Mazerettes, car elle n’a jamais possédé aucune maison en Ariège et a vécu alternativement à Jouancy, près Sens, où elle a financé la construction du tunnel de la gare, et à Clarens (Suisse), où elle a fini ses jours 5)Cf. Suzanne Arnaud née Guichard.   

 

Ci-dessus : Gustave Courbet, Paysage fantastique aux roches anthropomorphes, circa 1873. Cherchez la femme cachée au fond à droite sur l’image.

 

La poursuite de cette fausse piste a eu toutefois le mérite de recentrer mon attention, via Gleyre et Courbet, sur cette phrase de Madame Estelle : – J’ai aimé passionnément la peinture à une époque. Quand nous quittâmes Paris, au moment du siège, – j’étais très jeune alors, mais je me souviens de mon désespoir, en abandonnant le Louvre, où j’allais tous les matins, copier…

Je me suis souvenue alors que Marie Rossignol, la mère de Raymond Escholier, que l’on disait, elle aussi, excentrique 6)Cf. Bernadette Truno, Raymond et Marie-Louise Escholier, de l’Ariège à Paris, un destin étonnant, éditions Trabucaire, Canet en Roussillon, 2004, était de son métier copiste au Louvre. J’en ai déduit que le personnage de Madame Estelle emprunte à la fois à Suzanne Arnaud, née Guichard, et à Marie Rossignol, mère de l’écrivain. Raymond Escholier, qui entretenait des rapports difficiles avec cette mère fantasque, aurait opéré ici, par effet de condensation et de déplacement, une sorte de liquidation de l’imago maternelle.

Quand à savoir d’où venait et qui était exactement Madame Arnaud, homonyme de Suzanne Arnaud, propriétaire de Mazerettes du temps de Raymond Escholier, je n’ai pas du tout avancé.

 

 

Mazerettes en 1905.

 

 

Mazerettes vers 1960. Document : Francis Couquet.

 

Francis Couquet, qui a beaucoup entendu parler de Madame Arnaud durant son enfance, qui a vécu dans une maison encore habitée par le souvenir de cette femme mystérieuse, dit que les "merveilles" entassées au grenier et leur olor di femina l’ont fait rêver : 

"Escholier a été assez injuste et même méchant dans son jugement sur Madame Arnaud, et ce sur pas mal de points, dont l’intérêt des tableaux qu’elle peignait.

On a retrouvé dans le grenier de Mazerettes de grands tableaux représentant l’allée arrivant à la maison, notamment les sphinx vendus par le précédent propriétaire et qu’un Américain est venu chercher".

 

 

Ci-dessus : Madame Arnaud, Paysage inconnu. Source : Francis Couquet.

 

 

Ci-dessus : Madame Arnaud, Vue de la cité de Carcassonne. Source : Francis Couquet.

 

"C’est sûr, ces peintures n’étaient pas d’une grande qualité", constate Francis Couquet..

 

"Mais j’ai retrouvé chez mon beau-père des tableaux de Madame Arnaud trés agréables, de même qu’à Mazerettes il y avait des peintures du grand-père de mon beau père, Jules de Lahondès 7)Cf. C. Enlart, in Bibliothèque de l’école des chartes, 1921, vol. 82, n° 1, pp. 385-386 : "Le nom de Jules de Lahondès reste cher à tous ceux qu’intéresse l’histoire artistique du Midi de la France. Né à Albi en 1830, il passe de l’école de Sorèze à l’Université de Toulouse, reçoit dans cette ville les enseignements du peintre Latour, débute dans la science historique par les deux remarquables volumes des Annales de Pamiers et, ayant fait ses preuves d’artiste et d’historien, se spécialise durant plus d’un demi-siècle dans l’histoire de l’art du pays qu’il aimait. La matière suffisait à occuper et à charmer une vie. Cette vie se termina très doucement le 10 juillet 1914., assez bon peintre, qui comptait Madame Arnaud parmi ses amies.

Dansons La Trompeuse est un grand livre, mais Raymond Escholier n’a-t-il pas déformé la vérité ou noirci Madame Arnaud au profit d’un bel exercice de style ?"

 

Ci-dessus : Jules de Lahondès, toiles de Venise et Rome, château de Riveneuve du Bosc, près de Pamiers (Ariège).

 

L’exercice de style, au demeurant superbe, me semble moins "noircir" le personnage que raconter son histoire secrète, – noble et tragique, comme le masque d’un tyran, dit Apollinaire, qui parle ici du destin des êtres mal-aimés ; leurs yeux sont des feux mal éteints ; leurs coeurs bougent comme leurs portes.

La vie de Madame Arnaud dans sa maison de Mazerettes a peut-être été moins triste, il est vrai, que celle de son double, Madame Lestelle. Francis Couquet confirme qu’il a vu le grand lit de Madame Arnaud, conservé dans la chambre de cette dernière lorsque ses parents ont acheté la maison de Mazerettes. Il s’agissait d’un lit de 2 mètres 20 de large, dans une chambre dotée d’une hauteur de plafond de plus de cinq mètres et qui offrait une belle vue sur l’allée. Madame Arnaud, qui était, au dire de la chronique locale, minuscule, avait dans ses dernières années fait installer un petit lit de fer à l’intérieur du grand lit, et au pied du grand lit, un escalier spécialement conçu pour lui permettre de gagner son petit lit de fer plus commodément. Encore jeune, Madame Arnaud recevait chez elle de nombreux amis. On lui prêtait des aventures. Et Francis Couquet de laisser entendre qu’à une certaine époque, le grand-père de son beau-père, Jules de Lahondès, ne venait pas visiter Madame Arnaud uniquement pour parler peinture…  

 

Ci-dessus : "merveille" ayant appartenu à la collection de Madame Arnaud. Photo : Francis Couquet.

 

 

Ci-dessus : plan du moulon de Mazerettes. A droite, la grand-route. En haut à droite, le bassin de Jean Rancy. Document communiqué par Francis Couquet. A côté de la maison ‘un théâtre de verdure’ dont les déclivités, dit Francis Couquet, étaient "encore visibles lors de notre installation". 

 

Evoquant ensuite le parc, merveilleux terrain de jeu de son enfance, Francis Couquet me montre un plan du moulon de Mazerettes sur lequel se trouve figuré l’aménagement de ce parc, tel que maintenu jusqu’à à la fin du XVIIIe siècle. Il s’agit d’un aménagement à la française. On remarque sur ce plan l’emplacement de la "fontaine", dont reste aujourd’hui, enfoui sous la végétation, un bassin dit "de marbre" par la légende mirapicienne, au vrai en pierre, attribuée à l’architecte sculpteur toulousain Jean Rancy (1502-1578) 8)Cf. La vie méconnue de Jean Rancy, et assortie des armes de Monseigneur de Lévis, puis de celles de Monseigneur de Nogaret. 

 

 

Ce bassin, d’après les récits parvenus à Francis Couquet, était supporté par trois tritons et comportait en son centre une sirène.

 

Ci-dessus : le bassin de Jean Rancy dans les années 1900. Source : Francis Couquet ; le même bassin dans les années 2000. Source : Martine Rouche.

 

Je me souviens qu’à Mirepoix, le portail nord de la cathédrale est surmonté, entre autres, d’un blason porté par deux sirènes. bien tournées. Philippe de Lévis, vingt-quatrième évêque de Mirepoix, initiateur des embellissements de la cathédrale et du château de Mazerettes, grand connaisseur des emblemata de la Renaissance italienne, avait donc déjà inscrit ces filles des eaux, à côté du minotaure et de la grande famille des putti, dans son répertoire de motifs et de formes propres à la décoration architecturale. C’est le seul motif féminin que l’on connaisse, semble-t-il, dans l’ensemble des sculptures commandées par Philippe de Lévis. Je suis tentée, comme Francis Couquet, de trouver… comment dire ? oniro-critique… ? la présence d’une sirène – aujourd’hui fantôme – dans le parc de la résidence d’été des évêques de Mirepoix.

 

Concernant le parc de Mazerettes, Francis Couquet ajoute qu’il y s’y trouve un puits. "Celui-ci se situe en face du premier platane, le plus grand, qui débute l’allée. C’était un puits couvert, à plafond intérieur rond, le tout recouvert de terre. D’anciens propriétaires y avaient fait installer une pompe en fonte qui fonctionnait encore à notre arrivée. Sur l’aquarelle représentant le bassin de Jean Rancy (cf. supra), Francis Couquet me fait remarquer cette pompe, située au dessus du puits, enlevée plus tard par son père. On pouvait accéder à l’intérieur de ce puits via un petit tunnel creusé en face du platane mentionné plus haut et que mon père avait réaménagé. Au fond du tunnel, une fenêtre rectangulaire de petit format donnait sur l’eau. Là, à l’aide d’une poulie et d’une corde, on venait jadis remplir des cruches.

Je parle de cruches car, mon père ayant fait nettoyer le fond du puits, on en a remonté alors quelques cruches, en plus ou moins bon état. Elles dataient, semble-t-il, du XVIe ou du XVIIe siècle. Je ne sais pas ce qu’elles sont devenues.

Elles devaient avoir 50 à 60 cm de hauteur, bien ventrues, avec un tout petit bec verseur. Au centre, une ouverture ronde d’environ 9 à 10 cm, située au bas du bec verseur ; puis, en face du petit bec verseur, un bec verseur plus gros, de 2 ou 3 cm de hauteur, d’environ 2 cm d’ouverture. Certaines étaient émaillées, d’autre d’un bleu charrette, et d’autres encore en terre cuite simple.

Après contrôle, l’eau de ce puits était bonne à boire".

 

Ci-dessus : cruche conservée dans la collection de "merveilles" de Madame Arnaud. S’agit-il d’une cruche trouvée dans le puits ?

 

Francis Couquet se souvient aussi que, lors de travaux entrepris par son père dans l’arrière-cour de la maison de Mazerettes, des restes de caniveau en terre ont été découverts, accréditant à l’époque l’hypothèse qu’on avait affaire aux aménagements d’une villa gallo-romaine. L’occupation du site aurait donc été bien plus ancienne que ne le donnait à penser la seule existence de la petite maison-forte, dite « Tour Madame », mentionnée dans les documents relatifs aux travaux entrepris à Mazerettes dans les années 1500 par Philippe de Lévis. Telle hypothèse toutefois n’a jamais été confirmée. Il se peut que les caniveaux de terre vus autrefois par Francis Couquet soient ceux dont parle l’inventaire de 1556 : "Le château était précédé d’une avant-cour, où s’élevaient des bâtiments de service tels que des hangars à foin et des étables, et d’une cour pavée avec un puits et un caniveau pour évacuer les eaux usées de la maison". Francis Couquet ajoute que, "lors de terrassements dans les champs, du côté du mur qui longeait la route, en partie écroulé et qui comportait encore en 1949 plusieurs fenêtres, on a retrouvé beaucoup de canalisations romaines qui semblaient aller de ce mur vers la grande maison".

Toujours derrière la maison, du côté de la tour en ruine, "après qu’une partie du mur se fut écroulée durant la nuit, et avant que "mon père n’entreprenne de la faire rebâtir", raconte Francis Couquet, "nous avons trouvé dans ce mur les restes d’un arc roman, restes dont je me suis servi pour réaliser un œil de bœuf, d’environ 2 m de diamètre, dans une maison que je construisait  à ce moment-là. Nous avons trouvé aussi des morceaux de statues, un nœud sculpté en pierre, – aucune idée de ce qu’ils sont devenus".

Francis Couquet, lors de notre rencontre, a longuement évoqué la figure de son père, forte et passionnante au point qu’on dirait un personnage de roman. Il raconte une éducation à principes et un style de vie qui a été celui des grandes maisons, dans lesquelles on employait une domesticité nombreuse, où l’on recevait beaucoup, où l’on dînait chaque soir en habit, où l’on se voulait instruit de tout, – sciences, techniques, activité industrielle, histoire, géographie, art et littérature…

Francis Couquet se souvient d’avoir vu plusieurs fois Raymond Escholier à la table de son père. Il ne le trouvait pas sympathique, mais plutôt magistral, imbu de lui-même, critiquant le choix des tableaux accrochés aux murs de la maison. Bernadette Truno, dans Raymond et Marie-Louise Escholier, de l’Ariège à Paris, un destin étonnant, rapporte que, lors des fiançailles de Raymond Escholier avec Marie Louise Pons-Tande, la famille de cette dernière avait surnommé le fiancé "Prudopedantissimo" !

 

De son père, qui, quoi qu’en pensât Raymond Escholier, connaissait bien les meubles et aussi les tableaux, de ce père qui chaque année l’emmenait en voyage à travers l’Europe afin de l’initier aux arts et aux styles des différents pays visités, Francis Couquet dit qu’il lui doit d’avoir pu par la suite exercer le métier d’antiquaire. Il ne cache pas que leurs deux personnalités se sont souvent heurtées de façon orageuse, mais il garde de ses années d’enfance et de jeunesse un souvenir ébloui. Le charme est à l’entendre raconter ainsi les épisodes tragi-comiques de cette éducation d’autrefois, celui des meilleurs Bildungsromane, – les romans de formation, qui constituent un maître-genre de la tradition littéraire européenne.

 

Ci-dessus : remisée avec les "merveilles" de Madame Arnaud, une tête d’apôtre trouvée dans le parc de Mazerettes. Photo : Francis Couquet.

 

Francis Couquet a le projet d’écrire ce roman-là, tout de souvenirs vrais. Il détient la mémoire d’un monde perdu, que l’oubli gagne déjà. Il faut, lui ai-je dit, qu’il écrive, qu’il aille jusqu’au bout de son projet. Je fais partie des lecteurs qu’il passionnera. Je formule ici mon attente, en leur nom.  

 

Mme Lestelle espérait dénicher ainsi des trésors ignorés. En attendant la rarissime pièce de musée, elle rapportait quelque caleil de cuivre ou quelque faïence de Martres, trop souvent ébréchée. […].

– Et ceci, demanda le marquis en montrant des morceau de soie aux couleurs passées, piqués au mur par des épingles.

– Ah ! c’est ma collection de lambeaux historiques. Celui-ci faisait partie d’une robe de Mme de Polignac. Je le trouve si évocateur !… Je pense à ces femmes merveilleuses qui ont pu vivre auprès des rois, des reines, dans les splendeurs de Versailles, au milieu de tout ce qu’il y avait d’élégant, de beau, de raffiné à leur époque. C’est un enivrement que d’y songer…  9)Raymond Escholier, Dansons La Trompeuse, I, p. 1 ; ibidem, I, p.p. 12-13

 

Ci-dessus : faïence ayant appartenu à la collection de Madame Arnaud. Photo : Francis Couquet.

 

Notes   [ + ]

1. Document fourni par Francis Couquet
2. Raymond Escholier, Dansons La Trompeuse, II, p. 46, Editions La Cité des Livres, collection « Le roman français d’aujourd’hui, Paris, 1926
3. Victor Hugo, 1877, Histoire d’un crime, Deuxième journée, Le lutte, VII. L’Archevêque
4. Cf. Wikipedia : Gustave Courbet ; Insecula : Jean Désiré Gustave Courbet ; Annabelle Cayrol et Josyane Chevalley, Courbet, l’insoumis
5. Cf. Suzanne Arnaud née Guichard
6. Cf. Bernadette Truno, Raymond et Marie-Louise Escholier, de l’Ariège à Paris, un destin étonnant, éditions Trabucaire, Canet en Roussillon, 2004
7. Cf. C. Enlart, in Bibliothèque de l’école des chartes, 1921, vol. 82, n° 1, pp. 385-386 : "Le nom de Jules de Lahondès reste cher à tous ceux qu’intéresse l’histoire artistique du Midi de la France. Né à Albi en 1830, il passe de l’école de Sorèze à l’Université de Toulouse, reçoit dans cette ville les enseignements du peintre Latour, débute dans la science historique par les deux remarquables volumes des Annales de Pamiers et, ayant fait ses preuves d’artiste et d’historien, se spécialise durant plus d’un demi-siècle dans l’histoire de l’art du pays qu’il aimait. La matière suffisait à occuper et à charmer une vie. Cette vie se termina très doucement le 10 juillet 1914.
8. Cf. La vie méconnue de Jean Rancy
9. Raymond Escholier, Dansons La Trompeuse, I, p. 1 ; ibidem, I, p.p. 12-13

9 réflexions sur « Souvenirs de Mazerettes »

  1. Martine Rouche

    Superbe synthèse sur Mazerettes, pratiquement des origines à nos jours ! Tu es la seule à avoir pu faire ça, t’en rends-tu compte ? Et tu mets cette synthèse à disposition de tous, c’est fantastique ! Pur régal.

    Sur la photo de Mazerettes datant de 1960, on peut apercevoir le bassin de Jean Rancy, en haut à droite, posé à même le sol, les supports ayant disparu. J’ai quelque part des photos papier de ce bassin en assez gros plan, je te les ferai passer, tu pourras compléter la documentation !

    Francis Couquet et toi avez dû passer des moments magiques à parler de Mazerettes …

  2. Martine Rouche

    (esprit de l’escalier [à vis …]) …

    Il y avait aussi des figures féminines dans les panneaux de chêne sculpté commandés par Philippe de Lévis pour son palais épiscopal : des saintes et les Sibylles.

  3. Martine Rouche

    Circa 1621 : Pierre de Donnaud fit relever une partie des bâtiments de Mazerettes pour 20,000 livres tournois.

    Louis de Nogaret de la Valette fit peindre la lignée d’Epernon (dont il descendait) en beaux tableaux dont il forma une galerie pour le château épiscopal de Mazerettes (circa 1660).

    (Chanoine Robert)

  4. La dormeuse Auteur de l’article

    Nouveau commentaire de Martine Rouche, malencontreusement bloqué par le firewall de La dormeuse blogue :

    Archives municipales de Mirepoix, série N10 (vente biens nationaux) :

    « Nous Jean Fabre bourgeois, habitant de la ville de Mirepoix, expert nommé par délibération du directoire du district de Mirepoix le cinquième novembre courant pour procéder à l’estimation des biens nationaux situés dans le canton dudit Mirepoix, duement assermanté, le sixième novembre courant et lesieur Gautier Ménager aussi habitant de la même ville expert nommé par délibération de la commune pour procéder avec nous à l’estimation des biens nationaux pour lesquels elle a fait soumition dacquérir après avoir aussi prêté le serment requis le sixième courant En conséquence nous nous serions transportés conformément à notre commission premièrement dans la maison de campagne de Monseigneur Leveque a Mazeretes et avons aussi parcouru, mesuré et vérifié les bâtiments, l’enclos, le bosquet, la maison du jardinier, les deux glacières, le réservoir, les pièces de terre labourable, pred, breil, et herm a bosquetin que nous estimons être de valeur. Scavoir Le corps du château ayant environ 338 cannes de couvert avec les remises, granges a foin, bucher, fournières, lamaison du jardinier, les deux glacières, le puits à roue et le réservoir de l’eau tous ces derniers bâtiments contenant environ 456 cannes letout ensemble à la somme de vingt mille livres. Plus le sol de l’enclos avec le mur qui sétant du côté du midi le long du grand chemin du côté du couchant et du cotté du nord et une aie double du cotté du levant contenant y compris tous les bâtimens cydessus mentionnés et le bosquet qui en font partie nous estimons être de valeur de la somme de douze mille livres. Plus les arbres dudit bosquet contenant environ deux seterées et demy y comprenant aussi tous les arbres fruitiers et autres arbres éparts dans ledit enclos que nous estimons être de valeur de la somme de quatre mille livres. Plus nous nous serions transportés sur les deux pièces de terre atenant léglise St Geniès de contenance toutes les deux de trois seterées terre bonne que nous estimons être de valeur de quinze cents livres. Plus nous nous sommes transportés sur la pièce de terre appelée Bousquetin d’€™environ cinq seterées terre labourable et herm faible que nous estimons être de valeur de la somme de huit cents livres. Les estimations de l’autre part montent cy 38300 l. Plus nous nous serions transportés sur la pièce de terre auprès de Bigot de contenance d’€™environ dix huit seterées tant en terre labourable, pred, breil et gravier que nous estimons ensemble être de valeur de la somme de quinze mille livres. Plus nous nous serions transportés dans la maison de l’ Evêché de Mirepoix, ayant fait la vérification de tous les bâtiments apartement de la cour et des jardins, nous avons trouvé les couverts de ladite maison être de contenance d’€™environ cent soixante huit cannes, la cour de soixante dix huit cannes et les jardins cent vingt et neuf cannes que nous estimons le tout être de la valeur de douze mille livres. Plus nous nous serions transportés dans la maison où sont les Ecuries et une cour, un jardin vis-à-vis ledit Evêché la rue entre deux ladite cour ayant cent vingt et trois cannes de contenance et le couvert vingt sept cannes et demy que nous estimons ensemble être de valeur de la somme de deux mille livres. Plus nous nous serions transportés dans une pièce de terre située au Capitoul de contenance d’€™environ deux seterées quatre rusquets que nous estimons être de valeur de la somme de deux mille sept cents livres. Plus nous nous serions transportés sur une pièce de terre située à la porte dabail contenant une seterée deux quartières un rusquet que nous estimons être de valeur de la somme de dix huit cents livres. Partant toutes les estimations concernant les possessions de Monseigneur l’Evêque se portent à la somme de 710 800 livres. « 

  5. Martine Rouche

    Relevés dans les registres BMS de la paroisse Saint-Genies de Mazerettes (XVIIe, XVIIIe siècles)

    1676
    Avillon
    Salvy
    S(épulture)
    Jardinier
    Louis Hercule de Levis Ventadour

    1676
    Cazajou
    Jean Antoine
    B-aptême) (père)
    Jardinier
    Louis Hercule de Levis Ventadour

    1676
    Rouzillac
    Raymond
    S (40 ans)
    Maître d’hôtel
    Louis Hercule de Levis Ventadour

    1699
    Roussel
    Jean
    S (80 ans)
    Portier
    Pierre de la Brouë

    1717
    Dacamps
    Jean
    S
    Maître d’hôtel
    Pierre de la Brouë

    1743
    Maris
    Jérôme
    B (père)
    Jardinier
    Jean Baptiste de Champflour

    1753
    Blatche
    Jean
    S
    Muletier
    Jean Baptiste de Champflour

    1759
    Alard
    Dominique
    B (père)
    Cuisinier
    Jean Baptiste de Champflour

    1763
    Mercadier
    Antoine
    S
    Jardinier
    Jean Baptiste de Champflour

    1770
    (sieur) Ras
    [pas de prénom]
    B (parrain)
    Valet de chambre
    François Tristan de Cambon

    1771
    Laborde
    Jean
    B (père)
    Jardinier
    François Tristan de Cambon

    1776
    Piquos
    Joseph
    B (père)
    Jardinier
    François Tristan de Cambon

    1776
    Piques
    Pierre
    B (père)
    = même personne que ci-dessus)
    Jardinier
    François Tristan de Cambon

    1790
    Gelade
    Dominique
    B (père)
    Cocher
    François Tristan de Cambon

    Tous ces hommes travaillent au « château des évêques de Mazerettes ».

  6. Vaea Coste

    Merci pour cette belle page et toute l’histoire qu’elle contient.
    Je suis une des petites filles de P Couquet et Francis est mon oncle, ‘d’Amérique’ maintenant.

    Je suis particulièrement d’accord pour le pousser à écrire son histoire, ma vue de cette maison et de son histoire est très parcellaire.
    Mazerettes reste le château de mon enfance, le lieu des cachettes et des couloirs sans fin, par lesquels nous courrions pour entrer d’un côté et sortir de l’autre.
    Nous n’avions pas trop l’autorisation de monter au grenier ou de parcourir TOUT le parc, mais qui n’a jamais bravé l’interdit pour se sentir, tel un aventurier, propriétaire de ces espaces interdits.

    Mes frères et sœurs et moi-même avons fait une sorte de pèlerinage (en juillet)cette année à Mazerettes sans jamais oser entrer dans l’allée. Oscillants entre l’envie de revoir et la crainte des changements.
    Voilà près de 30 ans que la famille est partie de la maison…

    MERCI ENCORE et bonne poursuite.

  7. Martine Rouche

     » Mercredi 13 Mars
    [..]
    En débarquant à Mirepoix j’aperçus Mme Arnaud qui descendait aussi très précipitamment.
    Mais quel changement !
    J’avais vu il y a peu de temps une Mme Arnaud peinturlurée, blonde, vive, pimpante dans ses costumes clairs de fillette, originale, gaie, chantant des chansonnettes.
    On riait d’une pareille obstination à rester jeune. Et maintenant, mon Dieu, on est pris de pitié devant cette vieille femme toute grise, alourdie, comme écrasée dans ses vêtements noirs. Le crêpe produit un drôle d’effet sur Mme Arnaud ; on dirait que le deuil s’est trompé d’adresse.
    Elle vint à moi fort aimablement, poussée je crois par le besoin de voir un visage ami.
    Personne ne l’attendait dans cette gare affairée. Je plains ceux que personne n’attend et aussi ceux qui n’attendent personne.
    Nous cheminâmes donc ensemble.
    Je pris son sac. Elle était lasse, essoufflée ; il lui restait juste assez de respiration pour dire de loin en loin – » Je suis triste. Je suis triste « . C’était navrant ce  » je suis triste  » dit par Mme Arnaud.
    Arrivée devant la maison elle me dit qu’il lui fallait encore regagner Mazerettes à pieds.
    […]

    Extrait du Journal de Marie-Louise Escholier (cahier manuscrit, transcription conforme à l’original).

  8. Gilles NOT

    Ma grand mère paternelle est née à Mazerettes en 1905 et y fut élevée par les propriétaires du "château", alors M. Vidal, descendant de l'astronome mirapicien.
    elle m'a souvent parlé de son enfance au château, des fouilles de M. Vidal dans le sous-sol de la bâtisse et des quantités d'ossements qu'il y trouvait… quand les journaux diffusèrent les périgrinations de la "bande à Bonnot", le propriétaire délaissa le chateau pour faire construire une fermette un peu plus loin, moins ostentatoire.

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