Pour en savoir plus sur le nom des rues de Mirepoix

Pour en savoir plus sur le nom des lieux, des rues, il faut consulter un dictionnaire de toponymie. J’ai consulté dernièrement l’ouvrage intitulé Essai sur la toponymie des rues de Mirepoix. Cet ouvrage est le fruit du travail, long et minutieux, entrepris par Arlette Homs à partir de sources diverses.

 

Créatrice du Musée Patrimoine et Traditions de Mirepoix, auteur de nombreux ouvrages dédiés au Tarn et à l’Ariège, Arlette Homs est depuis 1999 membre de l’Académie du Languedoc à Toulouse.

Le Musée Patrimoine et Traditions occupe l’ancien palais épiscopal, bâtiment attenant à la cathédrale, situé, au coeur du vieux Mirepoix, dans la bien nommée Rue de l’Evêché. Construit en 1541 par Philippe de Lévis, vingt-quatrième évêque de Mirepoix, ce palais constitue l’une des premières illustrations du style Renaissance dans le Midi de la France. On remarque ainsi les fenêtres à meneaux et l’escalier dit « à l’italienne », orné d’un putto (angelot) délicatement sculpté.

 

C’est Jean XXII, deuxième pape d’Avignon, qui, en 1317, crée l’évêché de Mirepoix, afin de faire pièce à l’évêché de Toulouse.

Natif de Saverdun (Ariège), Benoît XII, successeur de Jean XXII en Avignon et anciennement évêque de Mirepoix, perpétue la même ligne politique. Mirepoix perd son statut d’évêché en 1790, suite à la publication de la Constitution civile du clergé. Monseigneur de Cambon (1769-1791) a eté le dernier évêque de Mirepoix. Une rue de la ville porte son nom.

 

Dans un autre ouvrage intitulé Femmes d’Ariège, Arlette Homs évoque la Querelle des Honorifiques, qui oppose, à partir de 1639, Louise de Roquelaure, veuve d’Alexandre de Lévis, de marquise de Mirepoix, à Louis de Nogaret, évêque de Mirepoix. L’évocation de cette querelle montre que, s’il se soucie de faire pièce à l’évêché de Toulouse, l’évêché de Mirepoix se préoccupe également de disputer les prérogatives dont jouit la noblesse. Arlette Homs cite passim les Aventures d’une famille française, document d’archive, conservé au château de Léran :

 

« Le 25 juin 1639, Nogaret, par ordonnance, défendit à la marquise, sous peine d’excommunication, de ne plus prétendre, dans l’église cathédrale, aux honneurs dont les seigneurs et les dames avaient joui précédemment… »

Croyant avoir surpris son adversaire, Nogaret démasque son véritable but : enlever au seigneur la haute justice en paréage avec le roi et dépouiller la marquise de son titre de « Maréchale de la Foi et fondatrice dotale de l’église cathédrale ».

La marquise se pourvut au Parlement de Toulouse, qui suspendit l’exécution de la sentence. Mais le prélat n’en voulut pas démordre.

Alors, le dimanche 7 août 1639, au milieu des vêpres, la marquise, précédée de ses gens, s’ouvre un passage à travers la foule des fidèles, pénètre dans le choeur, se plante devant le chanoine qui occupait sa place et lui signifie d’avoir à la lui céder. L’évêque, qui était de l’autre côté du choeur, lui envoie un diacre pour la prier de se retirer. Elle, de répondre :

 

— Allez dire que je veux occuper la chaire où je suis et n’en vouloir sortir. Qu’il ait à fulminer ses excommunications contre moi. Je suis là pour les attendre.
Alors Nogaret interrompit la cérémonie et se retira processionnellement.

[…] Il y eut des tentatives pour faire réconcilier le prélat et la marquise. Mais rien n’y fit, et finalement Nogaret préféra devenir évêque de Carcassonne. »

 

Voilà un exemple du petit bout d’histoire que l’on peut tisser en croisant les données relatives à l’entrée « Rue de l’Evêché » dans l’Essai sur la toponymie des rues de Mirepoix et le texte dédié à Louise de Roquelaure dans Femmes d’Ariège.

Toujours dans l’Essai sur la toponymie des rues de Mirepoix, voici maintenant l’entrée « Rue du Béal ». Elle invite à la promenade, à la découverte et à la rêverie :

« En occitan, un béal est un petit canal d’arrosage.
Ce canal qui coule le long de la rue se jette dans l’Hers. Une promenade le long du béal permet de voir l’ancienne minoterie, le foulon pour fouler la laine, la prise d’eau. »

 

L’Essai sur la toponymie des rues de Mirepoix est disponible au Musée Patrimoine et Traditions ou à La Petite Librairie de Mirepoix, sous les couverts. On peut aussi envoyer un mail à Arlette Homs