Mirepoix, extérieur nuit

Le cours est désert. Quelques voitures, garées le long des trottoirs. En face, la lanterne du réverbère. Sur la vitre, modeste féerie d’un soir d’automne, le reflet d’un lustre allumé. Nul bruit. Le silence sied au cinéma des rêves. Rêves sans objet. Pur effet de pente, lié au clair-obscur, au repos de l’esprit, à la proximité des choses. Rien ne bouge. Il ne se passe rien, sinon cette étrange réduction de l’espace au plan, qui veut que dans la profondeur nocturne, les choses sous nos yeux se superposent, se veloutent subtilement de l’éclat des autres choses, et, ainsi révélées, se chargent d’aura. Le moment de cette réduction est aussi celui où, déployant leur ténébreuse et profonde unité, le mouvement et l’immobilité se confondent. Sur l’écran des rêves, le film se précipite ici en une seule image. Une image pleine, qui contient, dans les plis de son velours, tous les possibles de cette image-même.

 

J’ai toujours pensé que, semblablement au cinéma des rêves, le cinéma du jour, celui de tous les jours, participe du surgissement de cette seule et unique image pleine. A ce titre il entretient, sans savoir ou sans le dire, une sorte d’indifférence avec la peinture. Mais il l’entretient presque toujours sur le mode de la fuite en avant, de telle sorte qu’il s’épuise à chercher la rose bleue, là où il n’y a de féerie que modeste, naturelle et toute ordinaire.