Les grandes affaires criminelles des Pyrénées

Publié en septembre 2007 aux éditions De Borée, ce livre figure actuellement dans toutes les librairies de l’Ariège. Le sujet fascine et, dans le même temps fait frémir. Mue par une curiosité interlope, somme toute assez semblable à celle de l’hypocrite lecteur baudelairien, qui rêve d’échafaud en fumant son houka, j’ai lu, chapitre par chapitre, et en privilégiant les scènes de crime propres aux villes et villages que je connais, Les Grandes Affaires Criminelles des Pyrénées de Gisèle Vigouroux.

 

L’auteur évoque, au fil des chapitres, tantôt certaines figures de la légende criminelle : « Un ogre dans le Couserans », « Bandit au coeur d’or ou simple fripouille ? », « Le bandit de l’Ariège », etc, tantôt, plus trivialement, divers exemples de la typologie du crime : « La ronde sordide des infanticides », « Voici venu le temps des empoisonneuses », « La longue litanie des parricides », « Coups de sang dans nos campagnes », Haines fratricides », etc. Le champ d’investigation s’étend de la fin de l’Ancien Régime à l’époque actuelle, avec « Patrice Alègre, tueur en série, Verdun-sur-Ariège, 1997 ».

 

Au-delà de la curiosité morbide, l’ouvrage de Gisèle Vigouroux intéresse, de façon plus générale, le lecteur soucieux d’en savoir plus sur le rapport que le crime entretient avec la condition sociale ainsi que sur l’évolution des principes et des pratiques judiciaires.

Il montre, par exemple, comment à partir des supplices et des bourreaux de l’Ancien Régime, le visage de la justice, via l’esprit des Lumières, change progressivement. Charge de la preuve incombant à l’accusation et représentation de l’opinion par le jury d’assises témoignent, au XIXe siècle, du progrès de l’institution.

La lecture du chapitre intitulé « Dernières exécutions publiques » illustre toutefois l’attrait que ces dernières continue d’exercer sur la foule :

« Le sang et le liquide céphalorachidien jaillissent de l’énorme plaie. La tête est tombée dans la cuve en zinc. Jules Desfourneaux la saisit et l’envoie rejoindre le corps. « Ça y est ! Ça y est ! » jubile la foule, un peu frustrée quand même par la rapidité de la scène d’horreur qu’elle vient de vivre après de si longues heures d’attente ».

Mais le même chapitre illustre aussi la conscience, toute moderne, du respect que requiert l’humanité du condamné :

« Un homme ne cache pas sa tristesse : M. Pouyaud, le gardien-chef de la prison. Il est à la fois affligé et soulagé car, depuis trois mois, il a du mal à trouver le sommeil : « On ne se doute pas de ce que c’est que la surveillance d’un condamné à mort. Il faut le regarder dormir, manger, lire et même penser. Etre prêt jour et nuit à réfréner un mouvement de révolte ou de désespoir. A la fin, on ne vit plus. Il était doux comme un agneau, il m’avait pris en affection. Le matin de l’exécution, il me remercia de ce que j’avais fait pour lui et me demanda de l’accompagner jusqu’au bout. Je le lui promis et lui tins parole ».

 

On ne manquera pas de noter au passage que les grandes affaires criminelles, dont celles racontées ici par Gisèle Vigouroux, constituent une sorte de matière première dramatique, idéalement faite pour la littérature et le cinéma. L’affaire Adrien Laffargue, jugée par la cour d’assises des Hautes-Pyrénées, le 20 mars 1829 (pp. 47-51), est ainsi celle qui a inspiré à Stendhal Le Rouge et le Noir. Le chapitre intitulé « Crimes cornéliens », quant à lui, emprunte sa lisibilité, et, plus originairement, celle des crimes qu’il rapporte, à l’univers de la tragédie classique. Plus qu’un échange de bons procédés, il y a, entre la littérature et le crime, ou le cinéma et le crime, un lien de solidarité, comme un pacte de sang.

 

De façon plaisante, Gisèle Vigouroux donne aux différents chapitres de son ouvrage, des titres flamboyants, troussés dans le style et le goût des couvertures de polars ou des affiches de série B : « L’étrangleur récidiviste », « Un cadavre dans la lessiveuse », etc. L’humour noir reconduit de la sorte au trivial, qui demeure somme toute le sol commun, celui sur lequel lèvent pour nous, repoussantes ou pathétiques, les diverses figures de la réalité humaine.

 

1 réflexion sur « Les grandes affaires criminelles des Pyrénées »

  1. Bonici

    Bonsoir,
    Le livre est très intéressant, dommage je n'ai pas trouvé une affaire criminelle qui s'est passée dans l'ariège (Saurat) en juillet 1948, et je n'arrive pas à en savoir plus sur cette affaire. Je trouverai peut être dans les archives de la dépêche du midi……
    Amicalement
    Christine

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