Le Douctouyre


Le Douctouyre, ou le Douc’ comme on dit ici, est une petite rivière qui descend du massif de Tabe (1400 m) au sud-ouest de Lavelanet, et qui se jette dans l’Hers entre Les Issards et Rieucros.

 

Il donne son nom à la vallée éponyme, ou vallée du Douctouyre. Il s’agit d’une vallée agricole, bordée de part et d’autre par une série de collines dont l’étagement constitue le piémont des Pyrénées.

Le Douctouyre serpente à l’abri des regards, derrière la haie d’arbres qui ourle tout au long de la vallée les champs de maïs. Il faut connaître les passages qui permettent d’accéder aux rives.


J’aime passer l’après-midi au bord de l’eau, en été. Il y a mille choses à voir, lorsqu’on regarde bien. Des poissons, des oiseaux, des rongeurs, des serpents, des insectes, des fleurs, des cailloux, des bois flottés, des tessons de faïence et autres naïves trouvailles de hasard. Et l’eau, dont le bruit apaisant suscite un effet légèrement hypnotique. Et le ciel, dans lequel passent de merveilleux nuages blancs.

 

J’ai décrit ailleurs le charme de ces après-midis passés au bord de mon ruisseau.


L’eau est délicieusement fraïche. Je continue de m’y baigner, malgré les considérations alarmistes formulées par les gens de mon village, qui jugent l’eau des piscines plus sûre.

 


Certes, dans mon enfance, l’eau de la rivière était plus profonde et plus belle. Cristal qui songe. On pouvait plonger depuis la rive dans des sortes de vasques naturelles que les gens d’ci nomment des gouffres. Il y avait des écrevisses, des truites, des loutres.

 


Aujourd’hui, plus d’écrevisses ni de loutres. Même les nautonectes se font rares. L’eau, en été, baisse dangereusement. Les algues prolifèrent, souillant les galets de la rive de résidus noirâtres. Quant aux gouffres d’antan, il semble qu’en vertu d’on ne sait quel concept d’aménagement du territoire, on juge leur disparition nécessaire. Il faudrait, dit-on, débroussailler les rives, drainer le lit de la rivière, l’aplanir, supprimer les obstacles que l’eau rencontre dans sa course – arbres tombés, amas de branches, chaos de roches – afin que celle-ci désormais coule tout droit. Adieu poissons, amis des gouffres ! Ainsi aménagée, la rivière s’écoulera plus vite. La belle affaire !

 


J’ai conscience aujourd’hui de goûter aux derniers charmes d’une rivière en sursis, pourtant témoin d’un âge du monde, chantier des formes en naissance, livre ouvert.

 

On parle ailleurs d’écologie…