Choses vues ça et là dans Mirepoix, le week-end de Pâques

Sombres jours de Pâques. Il a plu, il a plu. Swinging in the rain, les musiciens grelottaient sous la halle. "Agir pour la culture en Ariège", dit la bannière accrochée sous la scène. Certes l’action réchauffe, mais la culture a les pieds dans l’eau. La Radio des Vallées était cette fois dédiée aux grenouilles.

 

Au hasard du programme, je suis allée le soir écouter le quatuor Florence Fourcade. Et là, dans la lumière tamisée de l’ancienne gare, transformée pour l’occasion en club de jazz, grand coup de chauffe ! Mademoiselle Swing, alias Florence Fourcade, est un vrai volcan. Elle tire de son violon des flammes, des fusées, des éclairs. Quelle ardeur ! Le violon rougeoie, l’archet brasille. Mademoiselle Swing, qui fut l’élève de Stéphane Grappelli, porte ici le style du maître à son point d’incandescence. Une violoniste qui jazze de si incendiaire façon, c’est un phénomène !

 

Le lundi de Pâques, après un dimanche d’aquarium – au fond de l’aquarium il y a un canapé et des chocolats, déposés par certain lapin -, j’ai croisé ces belles voitures, tandis que je revenais de la boulangerie avec mes baguettes.

 

Puis je suis allée au marché et j’ai rapporté des pieds de salade que j’ai plantés illico dans le jardin. A ce jour, les salades vont bien, sauf la feuille de chêne, qui a reçu la visite prolongée d’une limace. Tapi dans un coin frais, le muguet, descendant d’un pot reçu en cadeau l’an dernier, commence à sortir ses griffes.

 

L’après-midi, j’ai fait le tour de Mirepoix – je ne me lasse pas de le recommencer. En passant par le vieux cimetière, j’ai revu le bel ange, armé d’une trompette, qui ne lasse pas, quant à lui, d’annoncer le Jugement dernier.

Non loin de là, au bout de l’allée des Soupirs,  j’ai revu également la ferme de feu M. Deloun, celle que l’on connaissait au XVIIIe siècle sous le nom charmant de "métairie de la promenade", celle aussi par où transita, vers 1790, la canalisation chargée d’acheminer l’eau pure du font de Rousset jusqu’à la fontaine nouvelle, dite "de la Nation".

 

 

 

Je me suis promenée enfin sur le quai de l’ancienne gare, et, sous le ciel tardivement rendu à sa bleuité vernale je me suis laissée gagner par la mélancolie des trains qui ne passent plus. J’ai remarqué qu’ici, on se trouve à 308,61 mètres d’altitude.

Pour conclure en beauté ces jours de fête, je me suis rendue hier soir au spectacle proposé par le cirque Albaron. C’est un tout petit cirque, tenu par une famille nantie de quelques animaux et de quelques enfants. Les animaux paissent dans le pré qui longe le quai de la gare. Les enfants se préparent pour le spectacle.

 

 

J’ai beaucoup aimé le spectacle pour son charme modeste, sa grâce simple et vive, si proche des souvenirs de l’enfance. J’étais dans la salle la seule grande personne venue pour son seul plaisir, non accompagnée de bambins.

 

 

Il y a eu, comme je l’espérais, le jongleur qui fait voltiger les balles, quilles, torches et couteaux. Il y eu les petits clowns, dont Coccinelle, qui a quatre ans ; Ophélie, la petite acrobate, qui, posée comme un oiseau dans sa balançoire aérienne et discrètement couvée des yeux par son papa jongleur, a douze ans ; Ophélie, Coccinelle et une autre fillette, qui ondulaient comme des serpents à l’intérieur d’une douzaine de hula hoops ; le jeune équilibriste, qui, installé tête en bas sur une pyramide de chaises, a quatorze ans ; un autre jeune équilibriste qui swingue sur une planche posée sur une pyramide de verres, elle-même posée sur une première planche qui tangue sur un rouleau mobile ; etc. Monsieur Loyal faisait aussi le dresseur de chevaux, de chameaux, de dromadaires. Et la grand-mère surveillait la petite Coccinelle depuis la coursive.

 

 

Les petits spectateurs étaient bouche bée. Moi aussi. Le cirque, les baladins avec leurs poids ronds ou carrés, leurs tambours leurs cerceaux dorés, font toujours rêver.

Dans la plaine les baladins
S’éloignent au long des jardins
Devant l’huis des auberges grises
Par les villages sans églises
 
Et les enfants s’en vont devant
Les autres suivent en rêvant 1)Guillaume Apollinaire, Alcools, "Saltimbanques", 1913

Bien sûr, cliquez sur les images pour les agrandir. Pardon pour la piètre qualité des photos de cirque : elles ont été prises à l’aide du téléphone portable.

 

Notes

↑ 1. Guillaume Apollinaire, Alcools, "Saltimbanques", 1913

1 réflexion sur « Choses vues ça et là dans Mirepoix, le week-end de Pâques »

  1. pandatomic

    Très joli récit d’un week-end de Pâques, et d’un petit cirque ambulant traditionnel, comme il y en a de moins en moins…
    * Baisers en chocolat *

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