Du côté de Malaquit

Dimanche dernier, nous sommes allés nous promener dans les coteaux, au-dessus de Malaquit. Le vent soufflait. Mars pla bentous rend Mai gracious, Mars plein de vent rend Mai gracieux. Al mes de febriè cal belha coumo un ase pot boula, Au mois de Mars il faut veiller comme un âne peut voler, dit plus mystérieusement un autre proverbe. Alors que nous nous élevions vers les hauteurs de La Barraque, j’ai réalisé que nous marchions dans une page de L’Herbe d’amour. Je la reproduis ci-dessous : 

 

Sur ces hauteurs, le vent galope librement ; on dirait que des mains froides vous déshabillent et que le sang chaud fuit des veines. […].

Par ici, l’hiver n’a rien laissé de vivant : tout paraît mort sur cette terre jaune et pierreuse, tout, excepté les rudes genévriers et les argèles sombres, hérissées d’épines, où se cachent les renards.

Arrivée sur la crête, Mademoiselle regarde au loin les autres coteaux gris, les petites vallées resserrées et silencieuses, les grandes étendues où il n’y a que les plis de la terre. Dans un bas-fond étroit, le troupeau de poivre passe à la file. Les bêtes, l’homme et le sol sont de la même couleur ; de temps en temps, le pâtre parle seul et il semble que des êtres invisibles l’accompagnent.

Nous rentrons vite : du côté de Béon, la nuit a déjà pris un large morceau de ciel, et puis, Madame a jeté le cri long et désespéré qu’on entend de si loin et qui lui sert à appeler Mademoiselle, lorsque son absence l’inquiète. Enfin, qu’il fait bon et tiède dans la cuisine de Lène !

 

 

Il était temps, dit Madame. Que peux-tu trouver d’attrayant à ces régions désolées ?

Mademoiselle hésite :

– Je ne sais pas… J’y trouve un air violent qui m’exalte… J’y trouve les visages divers de chaque saison. J’y trouve des choses qui m’entrent dans le coeur.

 

Raymond et Marie-Louise Escholier, L’Herbe d’amour 

 

Plus tard, en rentrant, nous avons entrevu l’allée qui mène au château de la Belle au Bois dormant. 

Alors le roi et la reine, aprés avoir baisé leur chere enfant sans qu’elle s’éveillast, sortirent du chasteau, et firent publier des deffenses à qui que ce soit d’en approcher. Ces deffenses n’estoient pas necessaires, car il crut dans un quart d’heure, tout au tour du parc, une si grande quantité de grands arbres et de petits, de ronces et d’épines entrelassées les unes dans les autres, que beste ny homme n’y auroit pû passer ; en sorte qu’on ne voyoit plus que le haut des tours du chasteau, encore n’estoit-ce que de bien loin. On ne douta point que la fée n’eust encore fait là un tour de son métier, afin que la princesse, pendant qu’elle dormiroit, n’eust rien à craindre des curieux 1)Charles Perrault, Contes de ma mère l’Oye, "La Belle au Bois dormant", édition Babin, 1697.

 

Mirepoix en vue… La flèche de la cathédrale surgit ici dans le cadre inattendu, pittoresque ou interlope, comme on veut, d’un petit lotissement, avec au premier plan à gauche, une maison bleue.

 

 

Notes   [ + ]

1. Charles Perrault, Contes de ma mère l’Oye, "La Belle au Bois dormant", édition Babin, 1697

1 réflexion sur « Du côté de Malaquit »

  1. Martine Rouche

    Le croiras-tu ? Je relis en ce moment, justement,  » L’herbe d’amour « . J’avais oublié que c’était si noir et si violent. J’ai relevé les pages sur  » Bertrand de Vals, tondeur  » pour un prochain bulletin des Amis de Vals …

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