A Mirepoix, matin et soir

 

Encore des fenêtres ! me direz-vous. Toujours la même fenêtre ! Chacun son voyage autour de sa chambre. J’ai réduit le mien au cadre d’une fenêtre.

J’envie Xavier de Maistre, qui, en 1794, voyait par sa fenêtre des ormes.

"Après mon fauteuil, en marchant vers le nord, on découvre mon lit, qui est placé au fond de ma chambre, et qui forme la plus agréable perspective. Il est situé de la manière la plus heureuse: les premiers rayons du soleil viennent se jouer dans mes rideaux. — Je les vois, dans les beaux jours d’été, s’avancer le long de la muraille blanche, à mesure que le soleil s’élève: les ormes qui sont devant ma fenêtre les divisent de mille manières, et les font balancer sur mon lit, couleur de rose et blanc, qui répand de tout côté une teinte charmante par leur réflexion. — J’entends le gazouillement confus des hirondelles qui se sont emparées du toit de la maison, et des autres oiseaux qui habitent les ormes: alors mille idées riantes occupent mon esprit; et, dans l’univers entier, personne n’a un réveil aussi agréable, aussi paisible que le mien" 1)Xavier de Maistre, Voyage autour de ma chambre, V

Pauvres ormes ! Ils ont disparu. A Mazerettes, la résidence d’été des évêques de Mirepoix était ombragée par une rangée d’ormes. Monseigneur de Cambon, peu avant la Révolution, les a fait abattre. A Laroque d’Olmes, comme le nom l’indique, le pays était planté d’ormes (olmes). Ils sont morts, décimés par la graphiose à la fin des années 70. On m’a dit toutefois qu’il en reste un, dans un jardin de Laroque. Un seul !

Faute d’ormes, et même sans ormes, j’aime le spectacle que m’offre ma fenêtre chaque matin et chaque soir. C’est un spectacle de presque rien – le ciel, les nuages, le coude d’un cheneau sur fond de ciel, le balcon d’un petit pavillon,  le jour qui miroite sur la porte-fenêtre de ce pavillon, la nuit qui obscurcit ma fenêtre, le reflet de ma lampe sur la nuit, la flèche de la cathédrale qui s’illumine… – et je trouve à ce presque rien un je ne sais quoi d’essentiel, qui perdrait de son charme à être expliqué.   

 

 

Cliquez sur les fenêtres pour les agrandir !

 

"Qu’on ne me reproche pas d’être prolixe dans les détails, c’est la manière des voyageurs" 2)Ibidem, XVII .

Notes

↑ 1. Xavier de Maistre, Voyage autour de ma chambre, V
↑ 2. Ibidem, XVII

1 réflexion sur « A Mirepoix, matin et soir »

  1. Martine Rouche

    Lueurs du jour
    délivrée de ses démons
    la nuit s’efface

     » L’oeil ouvert « , blog photo et poésie : haïkus et calligrammes

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