Abandoned place

J’emprunte le titre de cet article au très beau site Abandoned Places, créé par Henk van Rensbergen. L’adresse de ce site figure depuis longtemps sur la page Liens de La dormeuse blogue. Je suis sensible, moi aussi, à la mélancolie des lieux déshabités, hantés encore par le souvenir d’une présence ancienne, livrés aux herbes folles, aux serpents, aux nuages. Qu’est-il arrivé aux gens d’ici ? Où sont-ils partis ?

Je connais ainsi toutes sortes de lieux abandonnés dans la campagne déserte. Fermes isolées, cabanes des vignes, chapelles, hangars, resserres, puits, et même, situé à mi-chemin de la traverse qui permet de franchir la montagne au Pas de Roland un vieux bastringue où l’on dansait jadis. Il ne reste plus au bord du chemin qu’un pan de mur, percé d’une minuscule fenêtre gothique. Il y avait là une source. L’eau a envahi les ruines.

Il y a ici, portières ouvertes, une vieille 4 Chevaux. Il s’agit, semble-t-il, du premier modèle, celui de 1943. Elle servait d’abri, naguère encore, à ceux qui venaient garder les vaches dans les prés alentour. Loin du village, lorsque l’orage éclate, on se replie, le cas échéant, dans une carcasse de voiture abandonnée. Cela m’est arrivé plus d’une fois dans mon enfance. Lorsqu’on sait à qui la voiture a appartenu, on se remémore le souvenir de cette personne. « C’est dans cette auto que, le samedi, il se rendait à la fête… »

Il reste ainsi quelques voitures abandonnées dans la solitude des prairies en pente. Elles servent aujourd’hui de repère aux rares promeneurs, plus souvent aux chasseurs. Je consulte les anciens pour connaître le chemin de telle ruine oubliée. « Après le bois de chêne, là-haut, tu longes le maïs à gauche et tu tournes à la deuxième carcasse… »

L’abandon dure longtemps, avant que l’oubli ne gagne, effaçant ainsi jusqu’au souvenir de nos rêves. Pierres, voitures, à leur façon, les objets inanimés parlent encore des âmes qui ont disparu.