Le Musée d’Angoulême réinstalle ses collections

Fermé au public depuis plusieurs années pour cause de réhabilitation, le Musée d’Angoulême entre maintenant dans la phase, tant attendue, qui est celle de la réinstallation des oeuvres. Vendredi dernier, j’ai eu le privilège de pouvoir visiter les salles en cours d’aménagement. Une visite passionnante.

 

Installé dans l’ancien évêché, à côté de la cathédrale, le Musée présente aujourd’hui ses collections sur trois niveaux, reliés entre eux par une tour de circulation nouvellement ajoutée au bâtiment d’origine. Dotée d’une architecture transparente, toute de verre et d’acier, cette tour offre des vues, chaque fois inédites, sur le détail des figures sculptées qui ornent de bas en haut les murs de la cathédrale. De façon délibérément ascensionnelle, la circulation ménagée par cette tour fait entrer le visiteur, pas à pas, dans le cercle des années et des mondes.

 

Située en contrebas de la rue adjacente, l’entrée du Musée donne accès au niveau initial, celui des temps européens les plus anciens. On trouvera là, exposées sous de hautes voûtes et comme ressurgies de la profondeur du temps, les collections dédiées à la Préhistoire, à l’époque gallo-romaine, et au Moyen Age.

 

 

Accédant ensuite au deuxième niveau, on entre dans le regard magnétique des mondes africain et océanien. Réfléchi par le pigment dont les murs sont teints – rouge ou bleu, d’annonce profonde – ce regard concentre, de vitrine en vitrine, l’énigme d’être ici le possible d’une invisible confrontation avec qui vient à sa rencontre, ne sachant pas lire l’indicible, mais seulement mesurer le poids du silence.

 

 

Dédié à la peinture européenne et française, le dernier niveau s’habille de gris. Le gris du cou des tourterelles. Le gris des ciels de l’Ile de France. Appliqué sur de magnifiques boiseries, il les poudre d’un éclat qui sied aux oeuvres comme la soie sied à l’incarnat des dames. Aux fenêtres, de grands pare-soleils de bois lamellés filtrent la lumière externe. Ainsi nuagée, celle-ci se diffuse, de manière invisible, à la fois partout et nulle part.

 

Le style de l’accrochage varie de place en place, en fonction des oeuvres et des rapports que celles-ci entretiennent entre elles.

 

Oeuvre de taille imposante, La chute de Troie de Garnier bénéficie d’une fosse dédiée, chargée de promouvoir, en effaçant la distance, sa charge dramatique et son abyssalité mystérieuse. On se trouve là poussé au pied des ruines de Troie, placé soudain devant le cadavre d’Hector, affronté au déchirement des siens.

 

Fruit d’une esthétique très différente, la peinture des XVIIe et XVIIIe siècles fait l’objet d’une sorte de cabinet de curiosités, représentatif de l’art de vivre sous le signe duquel la dite peinture a su voir le jour.

 

Choc du réel minutieusement observé, deux grandes toiles émanant de peintres charentais suffisent à occuper une petite salle à l’intérieur de laquelle, accrochées face à face, elles participent ensemble d’un effet superbement panoramique. Variété et richesse des points de vue, surprise des sens, il en va ainsi dans toutes les salles.

 

Reste à savoir quel visage revêtira, le jour de l’inauguration du nouveau Musée, la salle dédiée aux expositions temporaires. Celle-ci accueillera, en une telle occasion, une exposition que l’on devine exceptionnelle. Elle abrite pour le moment, dans l’ambiance de caverne favorable au lent et raisonné labeur de la science, les dossiers et les caisses de « cailloux » des préhistoriens.

 

L’inachèvement même d’une installation a son charme. Il réserve ici des plaisirs délicats. Le détail de l’éclairage n’est pas encore réglé. D’où certains miroitements de vitrines, éclairs, reflets, ombres improbables, perspectives perdues, propres à nourrir la fantaisie du songe, la rêverie entre chien et loup.

 

J’aime les musées dans tous leurs états. Je les aime tout particulièrement dans cette heure entre chien et loup.