Choses vues et entendues à la Fête de la Science 2008

Pluie et vent sur Mirepoix, la semaine dernière. Triste semaine. Heureusement, nous avions la science à fêter, conséquemment ses techniques, ses merveilleuses machines. Nous nous sommes rendus en famille, d’abord à l’Hôtel de Ville, où nous avons visité l’exposition intitulée La Mesure, puis, le soir, à la cathédrale, où nous avons découvert le fonctionnement de l’orgue Link et frémi à l’écoute des mystérieuses harmonies déployées par Stéphane Bois, titulaire de cet instrument d’exception.

 

Organisée par l’association Vive la Science !, l’exposition dédiée à la Mesure montre comment et par quels moyens celle-ci s’exerce dans ses champs d’application principaux : météorologie, médecine, astronomie, aviation, marine, mesure du temps, topographie, mesure industrielle, chemin de fer, etc. Elle rassemble toutes sortes d’instruments, anciens ou modernes, qui illustrent la diversité, l’ingéniosité et l’évolutivité des systèmes conçus au cours du temps afin de répondre aux différents besoins de mesure. Présents sur le site de l’exposition, plusieurs membres de l’exposition expliquent de façon passionnante le fonctionnement de certains instruments d’usage quotidien (montre à quartz), ou encore celui des machines d’antan, toujours belles et curieuses (ancienne machinerie d’horloge de la cathédrale). Je me suis intéressée aussi à l’univers des balances, depuis la bascule à bestiaux jusqu’au trébuchet du pharmacien, de l’orfèvre ou du marchand d’opium. J’ai revu à cette occasion la vieille balance de Roberval que nous avons tous apprise à l’école.  

Ci-dessous, trois exemples instruments, typiques de la belle facture à l’ancienne ou du design des années 40.  

 

 

De gauche à droite : galvanomètre de Nobili ; astrocompass ; pagoscope.

Galvanomètre de Nobili : assure la détection d’ un courant, d’une tension ou d’une force électromotrice faibles.
Astrocompass : instrument de navigation qui permet de déterminer le Nord vrai relativement à un objet astronomique.
Pagoscope : sert à déterminer les risques de gelée, par effet de comparaison entre un thermomètre sec et un thermomètre humide. 

 

Déjà orientés dans le sens de l’étonnement par la vue des objets présentés à l’exposition, nous nous sommes rendus le soir à la cathédrale dans l’esprit qui convient à la découverte de l’orgue Link. Notre attente a été comblée.

Dans le cadre étrange de la nef à demi gagnée par la nuit, nous avons vu l’orgue s’illuminer, l’organiste paraître, là-haut sur sa tribune, parmi les tuyaux géants. Puis un écran s’est allumé sous la tribune, et les mains de l’organiste nous sont apparues sur les claviers de l’orgue, les pieds sur le pédalier, la partition, et, de temps à autre, en courtes séquences, la machinerie qui fonctionne en arrière-plan. Stupéfiant !  

L’orgue est un gigantesque instrument à vent. Nous avons suivi le trajet de l’air, depuis la soufflerie vers les soufflets, des soufflets vers le sommier, du sommier vers les tuyaux. Nous avons vu fonctionner les soupapes qui permettent à l’air emmagasiné dans le sommier de se distribuer au niveau des tuyaux sélectionnés. Le fonctionnement de la soufflerie est aujourd’hui électrique. Il était autrefois manuel. L’organiste devait compter sur le muscle et la bonne volonté des souffleurs !

L’orgue de la cathédrale de Mirepoix est l’oeuvre du facteur allemand Wilhelm Eugen Link, installé dans l’Allemagne du Sud, à Giengen sur Brenz. Terminé en 1891, il a conservé intactes toutes ses pièces d’origine. A ce titre, il constitue un exemple unique, en France et en Allemagne.

 

La présentation de l’orgue était ponctuée l’autre soir de phrases musicales faites pour illustrer la couleur des différents registres, ponctuée aussi de quelques pièces courtes ainsi que d’une improvisation destinée à montrer la puissance de l’effet crescendo. Stéphane Bois s’est alors engagé dans le torrent d’un jeu sauvage, brillant, nuancé parfois d’une couleur plus sereine, puis marqué par des reprises rageuses, qui nous emportaient dans la foudre. Nous étions pénétrés d’une attente tendue, qui prenait tous les sens autant que l’esprit.

 

Je songeais, en sortant de la cathédrale, au capitaine Nemo qui se perd dans une extase musicale au fond de l’océan. 

 

"Vingt minutes plus tard, nous montions à bord. Les panneaux étaient ouverts. Après avoir amarré le canot, nous rentrâmes à l’intérieur du Nautilus.
Je descendis au salon, d’où s’échappaient quelques accords. Le capitaine Nemo était là, courbé sur son orgue et plongé dans une extase musicale.
« Capitaine ! » lui dis-je.
Il ne m’entendit pas.
« Capitaine ! » repris-je en le touchant de la main.
Il frissonna, et se retournant…" 1)Jules Verne, Vingt Mille Lieues sous les Mers, Première partie, ch. XXII, "La foudre du capitaine Nemo"

Stéphane Bois, lui, à la fin de la soirée, s’est retourné vers nous et nous a remerciés d’être venus, avec un grand sourire. Le froid qui régnait dans la cathédrale, malgré les petits radiateurs à résistance, ajoutait encore à la ténèbre des voûtes. J’ai adoré cette soirée. 

 

Ci-dessus : Jules Verne, Vint mille lieues sous les mers, Le capitaine Nemo jouant de l’orgue au fond de la mer, gravure originale de l’édition Hetzel, par Alphonse de Neuville.

 

Notes

↑ 1. Jules Verne, Vingt Mille Lieues sous les Mers, Première partie, ch. XXII, "La foudre du capitaine Nemo"

1 réflexion sur « Choses vues et entendues à la Fête de la Science 2008 »

  1. Martine Rouche

    J’ai adoré ton texte !! Et j’apprécie toujours autant tes « correspndances ». Je suis ravie que vous ayez apprécié cette soirée, dont la première édition nous avait subjuguées, à la fois par la performance technique et pédagogique, et par la magie de la musique et de l’instrument. Vive la science, oui, mais aussi vive Mirepoix, avec les personnes de coeur et les opportunités que nous y rencontrons …

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