A Béziers, en flânant, des allées Riquet à la cathédrale Saint Nazaire

 

On a vite fait aujourd'hui de se rendre à Béziers depuis Mirepoix, en empruntant les belles routes de l'Aude, puis l'autoroute des Deux Mers, via Carcassonne et Narbonne. Pierre Pol Riquet, qui est né à Béziers et qui a vécu une dizaine d'années à Mirepoix, faisait route, lui, à cheval ou en poste lorsque, de temps à autre, il retournait dans sa ville natale. Le voyage était plus lent et plus hasardeux, mais plus propice à la physique des paysages.

 

 

Une heure et demie à peine après avoir quitté Mirepoix, nous autres, voyageurs du XXIe siècle, nous arrivions à Béziers, au pied de la statue de Riquet. La vue de la place située au bord des allées Riquet est caractéristique de certain bonheur de vivre, propre aux vieilles villes du Midi. A la belle architecture s'associent ici, sous les yeux du Grand Homme, la fête foraine, la brocante, les étals de coquillages & crustacés, et les vieux qui causent de la vie, du temps q'il fait, du spectacle du monde. 

Nous sommes partis à pied vers la cathédrale Saint-Nazaire et le quartier médiéval. J'ai photographié en chemin quelques détails des façades, grandes, belles, témoins des principaux styles du passé, révolution industrielle, hausmannien, baroque, classique, renaissant… Parfois, au détour d'une rue, une statue contemporaine dialogue avec la pierre des siècles. 

 

 

 

 

 

 

 

Après avoir déambulé dans les petites rues étroites et sombres du quartier médiéval, nous tombons sur la cathédrale Saint-Nazaire au bout d'une rue quelconque. Il faut contourner l'édifice pour accéder au parvis, largement ouvert sur la plaine, en contrebas, et le grand ciel. 

 

 

 

Choc du baroque ! Edifiée au XIIe siècle, incendiée lors du sac de 1209, reconstruite aux XIIIe et XIVe siècles, dotée au XVIIe siècle d'un superbe buffet d'orgue, la cathédrale connaît au XVIIIe siècle une ultime transformation : théâtralisée par une imposante colonnade de marbre rouge et une suite de niches habitées par un peuple de statues, l'abside accueille une gloire et un grand autel de marbre polychrome, devant lequel, fermant le choeur, court une balustrade dont le poli de miroir fait ressortir la pureté d'un extraordinaire marbre rouge.  

 

 

 

 

 

Sous le buffet d'orgue du XVIIe siècle, l'ornementation des piédroits qui encadrent les deux portes témoigne d'un baroquisme fascinant. 

 

 

 

A proximité de l'orgue, une chapelle latérale conçue dans l'esprit du grand Tiepolo abrite sur les balcons d'un ciel de pierre une ribambelle d'anges enfants, témoins de la lumière céleste. Deux autres anges enfants soutiennent sans peine le petit autel chargé d'or. 

 

 

Il ne reste dans la cathédrale que quelques rares traces du mobilier médiéval. Ici, un gisant, rescapé du sac de 1209, perdu et comme abandonné parmi les ors et les marbres du baroque. 

 

 

Là, quelques fresques du XIVe siècle, aux couleurs très altérées.

 

 

 

L'an dernier, lors de la deuxième journée du colloque 1209-1309. Un siècle intense au pied des Pyrénées, j'avais été passionnée par la conférence de Jean-Pierre Suau, dédiée aux "vitraux christologiques des cathédrales languedociennes de Carcassonne, Béziers, Narbonne, à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle". 

A Béziers, dans la cathédrale Saint Nazaire, le choeur est surmonté de panneaux redécoupés au XVIIIe siècle. Datés du XIIIe siècle, quelques morceaux de la Création ont été conservés. On y voit, dixit Jean-Pierre Suau, Dieu le Père, jeune, fait à l'image du Fils, représenté dans le geste de la création, en l'occurrence celle des animaux.

Conformément à la recommandation de Jean-Pierre Suau, qui est d'aller "voir sur place", je me suis rendue à la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers tout spécialement pour "voir" à mon tour. Naïve espérance ! Situés tout là-haut sous la voûte, les quelques morceaux de la Création sont hélas rendus indéchiffrables par la distance. La photo reproduite ci-dessus est la meilleure de celles que j'ai pu obtenir…

 

 

Quittant maintenant la nef, nous gagnons le cloître. Daté du XIVe siècle, il a remplacé l'ancien cloître roman. Sa forme curieusement trapézoïdale est liée à la topographie du plateau rocheux sur lequel s'élève la cathédrale.

 

 

 

 

Les galeries du cloître abritent un important dépôt lapidaire. Celui-ci rassemble des pièces trouvées sur place ou aux alentours de la cathédrale. Si le chrisme des premiers Chrétiens est facile à reconnaître, la symbolique du blason ici m'échappe, trop complexe pour mes faibles connaissances héraldiques. J'ai admiré ce blason pour sa beauté, qui est d'abord celle d'une oeuvre d'art.

 

 

Au passage, j'ai photographié aussi ces culs de lampe fantastiques, et, quelque part sur un mur, cet angelot à la bouche d'effroi, qui a vu sans doute la mort.

 

 

 

Seule de son espèce parmi les pierres médiévales, une grande croix de ferronnerie exhibe les instruments de la Passion. Traités de façon de façon cruellement réaliste, ceux-ci constituent les emblèmes d'une piété douloureuse, sans doute contemporaine du jansénisme. Les ciels peuplés de vigoureux anges enfants qu'on voit dans la cathédrale, montrent que le XVIIIe siècle a opté pour une piété plus quiète. 

 

Empruntant maintenant un escalier sombre, nous gagnons le jardin situé au pied de la demeure des évêques, elle-même attenante à la cathédrale. 

Edifiées au bord du plateau qui surplombe la plaine de l'Orb, cathédrale et évêché présentent de ce côté-ci un air de forteresse suspendue sur l'abîme. Le jardin vient adoucir, en terrasse, le profil abrupt de l'ensemble. 

Sur la photo ci-dessous, prise depuis la plaine, on reconnaît le profil de forteresse et l'on aperçoit entre les arbres le jardin en terrasse.

Monseigneur de Nicolaï, dernier évêque de Béziers, aimait à descendre dans ce jardin. Le diocèse de Béziers est supprimé en 1790. 

 

 

 

Plus tard, après la représentation de Arrêtez le monde, je voudrais descendre, le spectacle du Théâtre Dromesko que j'étais venue voir à Béziers tout exprès, j'ai aperçu la cathédrale et la demeure des évêques dans la nuit, depuis la voiture. Les temps se confondaient. Je me suis souvenu que la cathédrale avait brûlé lors du sac de 1209. Elle a survécu, et ainsi surgie des ténèbres, elle semble émettre sa propre lumière…

Une réflexion au sujet de « A Béziers, en flânant, des allées Riquet à la cathédrale Saint Nazaire »

  1. La rêveuse

    Je pense me rendre à Béziers le mois prochain. En visitant la cathédrale je me laisserai guider par votre description très évocatrice …

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