Au-bord de l’océan, du côté de Fontarabie et de Pasajes

 

Dimanche dernier, nous sommes partis en Espagne marcher au bord de l'océan, du côté de Fontarabie, ou en basque Hondarribia. Avant de partir, j'avais relu mon Victor Hugo. Notre Illustre a consigné de beaux souvenirs de Fontarabie et de Pasajes dans En voyage, Alpes Pyrénées, ouvrage disponible sur Gallica dans l'édition "Librairie du Victor Hugo illustré". Le poète nous a ainsi prêté son regard. Les conditions du voyage ont cependant depuis Victor Hugo légèrement changé. 

 

 

 

La Bidassoa, jolie rivière à nom basque, semble faire la frontière de deux langues comme de deux pays et garder la neutralité entre le français et l'espagnol. 1)Victor Hugo, En voyage, Alpes Pyrénées, "De Bayonne à Saint-Sébastien", p. 161 sqq.  

 

 

Nous traversons le pont. A l'extrémité méridionale la voiture s'arrête. On demande les passe-ports. Un soldat en pantalon de toile déchiré et en veste de vert rapiécée de bleu au coude et au collet apparaît à la portière. C'est la sentinelle ; je suis en Espagne.

 

 

Nous aussi, nous sommes en Espagne, et déjà nous arrivons aux parages de Fontarabie.

Victor Hugo, dans ses souvenirs, hésite entre deux impressions de Fontarabie : dans l'éblouissement de la première fois, la première impression est celle d'un "village d'or" ; puis, dans le désenchantement de la seconde fois – après une attaque de voleurs -, celle d'un "assez joli village", qui a perdu en route sa polychromie initiale. 

Fontarabie m'avait laissé une impression lumineuse. Elle était restée dans mon esprit comme la silhouette d'un village d'or, avec clocher aigu, au fond d'un golfe bleu, dans un élargissement immense. Je ne l'ai pas revue comme je l'avais vue. Fontarabie est un assez joli village situé sur un plateau avec une promenade d'arbres au bas et la mer à côté, et assez près d'Irun. Une demi-lieue.

 

 

Continuant notre route sans entrer dans Fontarabie, nous nous engageons sur la route qui conduit à Notre Dame de Guadalupe, petit village installé sur le mont Jaizkbel (531m).

La route s'enfonce dans des montagnes superbes par la forme, charmantes par la verdure. Les collines ont des casaques de velours vert, usé ça et là. Une maison se présente, grande maison de pierre à balcon…

La diligence parvient au sommet d'une colline ; spectacle magnifique.

Un promontoire à droite, un promontoire à gauche, deux golfes, un isthme au milieu, une montagne dans la mer ; au pied de la montagne une ville…

Le Jaizkibel forme promontoire au-dessus du Golfe de Gascogne et s'enfonce dans l'océan au Cabo Higuer (Cap du Figuier). Un sentier qui court en corniche au-dessus des flots permet de gagner à pied le port de Pasajes depuis Notre Dame de la Guadalupe. Au-delà de Pasajes, c'est San Sebastian. 

 

 

De Guadalupe, où les habitants de Fontarabie aiment à venir pique-niquer sous les arbres, on descend par divers sentiers très pentus vers le chemin de corniche qui circule au-dessus de la côte, encombrée de rochers aux formes déchiquetées.

 

 

L'océan semble tout proche, derrière le penchant de la montagne. Puis il recule, car derrière le penchant de la montagne, il y a encore des plis et des replis, d'autres pentes.

 

 

De loin en loin, des volées de marches permettent de descendre dans des criques.

 

 

La côte est abrupte, encombrée de brisants. Il y a eu des naufrages. Une croix le rappelle, en altitude.

 

 

Oceanic way of life, un balcon sur les flots.

 

 

Pour aller à pied de Guadalupe à Pasajes en passant par le chemin côtier, il faut 5 heures. Nous avons dû, quant à nous, remonter à Guadalupe afin d'y reprendre la voiture. La pente est raide, l'ascension continue. A 13 heures, le soleil darde d'aplomb. L'exercice est… comment dire ? roboratif !

 

 

Quittant les hauteurs de Guadalupe, nous redescendons maintenant vers Pasajes. Au passage, l'horizon nous rappelle que la terre est ronde. Sur les crêtes, des vestiges de redoutes signalent que cette région a fait l'objet d'âpres combats durant la guerre franco-espagnole de 1793-1795.

Redescendus au pied du Jaizkibel, nous entrons soudain dans le port de Pasajes, Pasaia en basque…

 

A lire aussi :
A Pasaia, en espagnol Pasajes – Visite à la Maison de Victor Hugo

Notes

↑ 1. Victor Hugo, En voyage, Alpes Pyrénées, "De Bayonne à Saint-Sébastien", p. 161 sqq.

1 réflexion sur « Au-bord de l’océan, du côté de Fontarabie et de Pasajes »

  1. Martine Rouche

    " Il y a toujours des Pyrénées. Si diverses, si variées, si contrastées qu'à tel touriste parisien en partance, nous dit-il, pour les Pyrénées, on ne peut s'empêcher de demander : " Lesquelles ? "
    […]
    Ces Pyrénées qui, descendant à l'ouest du méridien de Lourdes et du Vignemale, s'abaissent peu à peu vers l'Atlantique, en face duquel s'érige le pic modeste, mais fameux, de la Rhune, suprême bastion pyrénéen, pourquoi plaisent-elles à tout le monde ?
    Le plus illustre pyrénéiste du XIXe siècle, le comte Henry Russell, s'est déjà posé cette question. Pour lui, cette faveur unanime tient à bien des causes. Surprenante diversité de climats, de moeurs et de sites. Forêts presque inviolées, rivières paresseuses et gaves impétueux. Pics célèbres et dépassant 3000 mètres. Enchantements de Pau et de Biarritz..  Pittoresque de cette noble race basque, dont l'origine énigmatique, comme la langue, se perd dans la nuit des âges, couleur singulière et si belle de villages comme Ascain ou Saint-Etienne-de-Baïgorry ; grâce spirituelle et nerveuse de ces Béarnais qui, avec Henri IV, ont conquis Paris ; splendeur des soleils couchants qui, avant de sombrer dans les flots, empourprent les neiges du Vignemale, où le jour se survit, quand toute la France est dans la nuit ; majesté de l'Océan, son influence salubre se faisant sentir jusqu'à Pau, dont le climat est tout ensemble océanique et pyrénéen.
    […]
    Raymond Escholier, Mes Pyrénées, de Gavarnie au Canigou, préambule, à la mémoire d'Armand Praviel, poète et historien de la Gascogne, éditions Arthaud, Paris, 1962, pages 17, 18.

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