A Toulouse, au Musée Labit

 

Une maison de style mauresque, dans un jardin planté de palmiers, bambous, fougères arborescentes, au bord du canal du Midi. C’est le Musée Labit, situé à Toulouse, derrière le Jardin des Plantes, 17 rue du Japon.

 

Le Musée porte le nom de son créateur. Héritier d’une famille toulousaine fortunée, Georges Labit (1862-1899), après avoir parcouru le monde et accumulé une prodigieuse collection d’objets issus des grandes civilisations orientales et extrême-orientales, fait appel à l’architecte toulousain Jules Calbairac pour édifier un bâtiment susceptible d’abriter la dite collection. Il engage ainsi un projet muséographique qui assigne au cadre architectural, façon Pierre Loti, le soin de subsumer la diversité des objets sous la supposée identité de genre induite et façonnée par le rêve orientaliste.

 

 

De gauche à droite : Pierre Loti à l’entrée du Salon turc, dans sa maison de Rochefort ; la salle principale du Musée Labit, vers 1893.

 

Aujourd’hui, le bâtiment a conservé son allure mauresque, mais l’intérieur a été réaménagé dans le style de la muséographie actuelle. Vitrines scintillantes, murs neutres, fenêtres occultées par des stores, regroupements thématiques, distribution verticalisée des espaces, traitement ascensionnel de la chronologie et/ou du processus de différenciation (supposé) entre le profane et le sacré. C’est en vertu d’un tel traitement que l’on descend d’abord au sous-sol pour visiter la salle consacrée aux rites funéraires de l’Egypte ancienne, aux cultes du Tibet, de la Mongolie et du Népal, puis que l’on remonte au rez-de-chaussée pour circuler parmi les diverses figures de la communauté culturelle (supposée) constituée par la Chine, le Vietnam, le Laos, la Thaïlande, l’Inde, le Japon. Il y a beaucoup de présupposés dans l’installation, telle qu’elle a été réaménagée ici… Faut-il, et peut-on véritablement, conjurer l’éclectisme qui fait le charme de la collection Georges Labit ? Que gagne-t-on à plaquer sur cette collection un schème de lisibilité autre que le goût orientaliste ?

 

 

Vases japonais, installés au-dessus de l’escalier qui conduit au sous-sol.

 

J’ai visité le Musée en dilettante, i. e. en me laissant guider par le seul plaisir de voir. Je rapporte ici quelques impressions colorées.

 

 

Une statuette de dieu à tête de chat. Fantomatique, dans un univers diaphane, la barque des morts.

 

 

Une momie, dans son (moderne) sarcophage de cristal. Exposé aux regards, livré aux images, l’être qui dort ici conserve, à l’abri du cristal, le secret de la destinée qu’il poursuit dans l’au-delà.

 

 

 

Une vue du Livre des Morts, rouleau de papyrus placé dans le sarcophage, à côté du défunt. Ce livre contient les incantations qui permettent au défunt d’entreprendre son voyage vers l’au-delà.

 

 

Divinité d’origine hindoue.

 

 

Objet liturgique tibétain. Il s’agit d’une coupe, faite d’un crâne humain.

 

 

 

 

Visages de pierre ou de bronze, originaires des royaumes d’Extrême-Orient (Inde, Pakistan, Nepal, Siam, Laos, Gandhara).

 

 

Restes d’une statue colossale, originaire d’Afghanistan.

 

 

Masques japonais.

 

 

Deux âges de la sérénité.

 

 

Cavalier chinois. Traitée en miniature, une sorte de version lumineuse des guerriers enterrés de l’Empereur chinois Shi Huangdi.

 

Après le musée Guimet, le Musée Labit abrite, en France, la plus riche des collections relatives à l’art asiatique. Je faisais partie des quatre visiteurs, présents dans le Musée, le vendredi 2 mai, au cours de l’après-midi. Situation idéale pour le visiteur en quête d’émotions solitaires. Mais une telle situation surprend et suscite quelque alarme aussi.

 

2 réflexions sur « A Toulouse, au Musée Labit »

  1. Martine Rouche

    Merci pour cette visite paisible, renouvelée de ce musée situé à l’écart du monde, ou presque. Rue du Japon….
    Je l’ai visité, méthodiquement, un après-midi par semaine, il y a…..trente ans! Les lieux semblent avoir bien changé, je comprends la démarche actuelle de présentation des collections, mais parfois c’est pesant. Je n’aime pas forcément être obligée de suivre, de comprendre ce qui estimposé. Ce musée avait un charme propre, suranné peut-être, mais c’était aussi une valeur ajoutée. J’ai le souvenir ébloui de la collection de jades. Les nuances, l’opalescence étaient grisantes.
    Les photos sont magnifiques! Merci à toi!

  2. Gironce Jacques

    … et si vous voyiez Paul Dupuis,que diriez-vous!Depuis 1985,il fut ressuscité.Puis,avec l'arrivée d'un nouveau "conservateur"dix ans après,c'est l'apostasie.A vous décourager des musées !

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