Choses vues, et rêvées, à Léran

Le château de Léran a d’abord été une forteresse. Gaston de Lévis, issu de la maison de Lévis Mirepoix, hérite de cette forteresse en 1329 et fonde la lignée des Lévis Léran. Germain de Lévis Léran, dès le début du XVIème siècle, adopte le parti des Réformés. Ruiné par les Guerres de Religion, puis vendu en 1793 comme bien national, le château de Léran est racheté en 1805 par Athanase Gustave Charles Marie de Lévis Léran. Adrien Charles Marie Gui de Lévis Léran le fait restaurer, dans le style de Viollet-le-Duc. Il y réinstalle nombre de meubles et d’objets, dispersés après le pillage du château des Lévis-Mirepoix à Lagarde, en1792. Il y reçoit, en 1859, Léopold 1er, roi des Belges.

Aujourd’hui vendu à une société civile immobilière et loti en appartements, le château a été dépouillé de ses plus beaux ornements, en particulier de la cheminée primitivement installée dans les appartements de Philippe de Lévis, vingt-quatrième évêque de Mirepoix, créateur du palais épiscopal attenant à la cathédrale.

Le style du château de Léran restauré par Clément Parent est celui du Moyen-Age pittoresque illustré par la littérature romantique et les gravures de Gustave Doré.

Gustave Doré, Peau d’âne, illustration pour les Contes de Perrault

Gustave Doré, La Belle au bois dormant, illustration pour les Contes de Perrault

Je ne puis contempler la silhouette du château de Léran sans imaginer que là, dans le secret de la nuit, le Prince Charmant est venu, un jour, tirer la Belle de son sommeil de cent ans.

Il traverse plusieurs chambres pleines de Gentilshommes et de Dames, dormants tous, les uns debout, les autres assis ; il entre dans une chambre toute dorée, et il vit sur un lit, dont les rideaux étaient ouverts de tous côtés, le plus beau spectacle qu’il eût jamais vu : une Princesse qui paraissait avoir quinze ou seize ans, et dont l’éclat resplendissant avait quelque chose de lumineux et de divin. Il approcha en tremblant et en admirant, et se mit à genoux auprès d’elle. Alors comme la fin de l’enchantement était venue, la Princesse s’éveilla ; et le regardant avec des yeux plus tendres qu’une première vue ne semblait le permettre : « Est-ce vous, mon Prince ? lui dit-elle, vous vous êtes bien fait attendre » 1)Charles Perrault, Contes, La Belle au bois dormant, 1697.

Puis je me souviens de la Moralité qui suit le conte, et je me dis que les descendants de la maison de Lévis, qui ont finalement vendu le château, n’ont plus trouvé personne dans la chambre toute dorée. Où, la Belle ? Envolée !

Attendre quelque temps pour avoir un Epoux,
Riche, bien fait, galant et doux,
La chose est assez naturelle,
Mais l’attendre cent ans, et toujours en dormant,
On ne trouve plus de femelle,
Qui dormît si tranquillement
2)Ibid..

De la féerie du temps passé, il ne reste plus à Léran que la splendeur d’un rai de lumière filtrant au travers d’un panneau de vitrail.

Dernière splendeur de l’art des maîtres verriers d’antan.

Ce vitrail est issu de l’atelier de Louis-Victor Gesta, installé à Toulouse au XIXème siècle.

Huit vitraux de Louis-Victor Gesta sont également visibles à l’église Notre-Dame du Camp de Pamiers.

Notes   [ + ]

1. Charles Perrault, Contes, La Belle au bois dormant, 1697
2. Ibid.

1 réflexion sur « Choses vues, et rêvées, à Léran »

  1. Martine Rouche

    Mais voilà une visite bien romantique! Il est bel et bon que tu aies pu te rendre à Léran et surtout que tu aies pu voir ces vitraux. Peut-être la mémoire joue-t-elle des tours, mais il me semble qu’il y a une nuance de violet particulièrement intense, et le soleil d’hier était approprié. L’église aussi est touchante, en tant que lieu de souvenir de la famille seigneuriale.
    Mes naïades ont emprunté ce jour…. « La Belle au bois dormant » à la médiathèque, parce que le livre est plus joli que le mien. Forcément.

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