Analogies – Air d’Orient

 

D'où vient que lorsque je regarde Mirepoix la nuit par la fenêtre de ma chambre, je pense à la Tolède du Greco ?

Je me suis souvenue du livre de Maurice Barrès, que j'ai lu il y a longtemps, Greco ou le secret de Tolède. Je l'ai relu, à la recherche de quelque chose qui m'expliquerait cet air de famille dont se parent les deux villes, quelque part entre réalité et vision, sur la scène du musée imaginaire.

"Regarde s’il y a quelque chose de commun", dit Wittgenstein à propos des choses auxquelles on trouve un air de famille. "Si tu le fais, tu ne verras rien de commun, mais tu verras des ressemblances, des parentés, et tu en verras toute une série […]. C’est de cette façon-là que les différentes ressemblances existant entre les membres d’une même famille, taille, traits du visage, couleur des yeux, démarche, tempérament, etc., se chevauchent et s’entrecroisent" 1)Ludwig Wittgenstein, Recherches philosophiques, 1953 . 

J'ai trouvé dans Greco ou le secret de Tolède une réponse à la question qui m'est venue un soir à propos de Mirepoix et de Tolède.

Netteté, immobilité, voilà les deux vertus de ce décor, dit Barrès, parlant de la Tolède du Greco. Certes le spectacle de Mirepoix la nuit a ces deux vertus. Mais ma réponse n'est pas là. Le spectacle d'autres villes la nuit peut avoir semblables vertus.

Cette couleur froide relevée de contrastes brûlants, éveille vivement notre rêverie, nos désirs de vie contemplative. Devant cette composition bizarre, d'une vie nerveuse incomparable, pourquoi me suis-je souvenu de la mince chanson arabe qui se perdait, la veille, dans les ténèbres de ma première soirée tolédane ? dit encore Maurice Barrès à propos de la Tolède du Greco. 

Ma réponse est là. Si le spectacle de Mirepoix la nuit n'est pas d'une "vie nerveuse incomparable" mais plutôt d'une tranquillité absolue, le profil de la cité bâtie dans la plaine au bord de l'Hers présente, à y bien regarder dans la nuit froide et claire, un air de famille avec celui de la cité bâtie sur un roc de granit, âprement cernée par le ravin profond du Tage. Au milieu d'un pays immobile, elle [Tolède] forme aujourd'hui encore une énorme grappe, une ascension composite d'églises, de couvents, de maisons gothiques, de couloirs arabes haussés et rétrécis.

Pourquoi me suis-je souvenu de la mince chanson arabe qui se perdait…, dit Maurice Barrès. Parce qu'il y a dans le profil de Tolède quelque chose de l'Orient. Pourquoi me suis-je, moi, souvenue du livre de Maurice Barrès, alors que je contemplais le spectacle de Mirepoix la nuit par la fenêtre de ma chambre ? Parce qu'à la façon d'une "mince chanson", je voyais, j'entendais un air d'Orient. 

Notes

↑ 1. Ludwig Wittgenstein, Recherches philosophiques, 1953

2 réflexions sur « Analogies – Air d’Orient »

  1. Anne-Marie Dambies

    Nul doute, chère dormeuse, que par analogie, en la nuit de Noêl vous allez voir l'étoile des mages, dans le ciel de Mirepoix, en tout cas qu'elle éclaire vos songes les plus doux!! joyeux noêl en cette perspective.

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