A propos de la couleur

« Le mur est gris, la tuile est rousse, l’hiver a rongé le ciment », dit Lamartine dans La Vigne et la Maison. Ici, à Mirepoix, le mur n’est pas gris, mais revêtu par endroits d’un reste de pigment qui l’éclaire et le pare, au regard de l’imagination, d’une sorte de fresque. A demi effacée, la fresque ne perd rien à demeurer illisible. Le sens se trouve ici dans le seul événement de la couleur. Ce n’est rien d’autre que cet afflux d’émotion qui me vient de la couleur comme vibration interne, et, plus originairement encore, comme fleur de la chair. Kandinsky, mystérieusement, dit des couleurs qu’elles sont « les cordes de l’âme », en quelque sorte le clavier du vif. L’invisible clavecin que j’abrite, déploie, sur le mode de la couleur, la mélodie du vif, le cri de flûte, qui signe chaque fois, comme si c’était la première fois, la déroute présente du mort.

Vus au travers d’une fenêtre ancienne, dont les vitres, faites d’un verre inégal, fêlé par endroits, revêtent le jour d’un voile mouvant, le rouge de la fresque, celui du cornouiller sanguin, semblent surgis de quelque Atlantide… Si loin, si proche, cette Atlantide derrière la vitre, c’est le reflet du paysage sonore que la couleur déploie en-deçà, intus et in cute, dans la profondeur invisible du dedans.

3 réflexions sur « A propos de la couleur »

  1. Martine Rouche

    Il me tardait d’avoir un nouveau texte, de nouvelles photos de La Dormeuse. Voilà comment se crée une addiction. Je ne peux rien écrire après votre texte, mais je peux le lire, le relire et tenter de m’en imprégner jusqu’au coeur. Comme chaque fois, d’ailleurs. Les références que vous donnez arrivent avec une telle évidence, une telle délicatesse, que je ne me sens pas inculte pour autant: je prends chacune pour une porte ouverte, à moi de m’y engager! Merci à vous!
    PS: Vals et ses fresques vous attendent, manifestement…

  2. Diawan

    Très joli texte, juste et poétique.
    La couleur… A mon sens, on n’y attache pas suffisamment d’importance dans notre vie quotidienne.
    Que ce soit en cours (3ème année d’études dans la Comm’, et toujours pas une analyse concernant la couleur !), ou notre vie personnelle.
    C’est dommage, c’est tout de même elle qui rend tout plus beau, qui sublime le « vu » et lui donne une âme.

  3. La dormeuse Auteur de l’article

    Salut Diawan,

    Le hasard bat les cartes : j’étais justement passée de Nothus.fr au Blog de Diawan lorsque le commentaire de Diawan himself est arrivé 🙂
    Je rêve moi aussi d’une somme sur la couleur. Rien de vraiment fort, sur le sujet, depuis Kandinsky.

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