Je découvre le site dédié aux sculptures du XIIIe siècle par le Musée de Cluny. Photos, descriptions, analyses, tout est désormais accessible online. Une merveille ! L'Internet prouve ici, de façon éclatante, sa fonction de passeur culturel.
Empruntée à la page Vue d'ensemble des oeuvres, l'image reproduite ci-contre est celle d'une gargouille, sculptée en forme de femme allaitante. Une gargouille semblable "se trouve aujourd’hui à Paris sur le troisième contrefort sud de Saint-Martin-des-Champs".
La féminité radieuse d'une telle gargouille tranche sur le grotesque trop souvent caricatural des gargouilles revisitées, comme à Mirepoix, par Viollet-Le-Duc et les siens.
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Le Rameau musical de Dun fêtait hier soir la fin de sa saison 2009-2010. Une saison de travail pour l'atelier chant. Une saison de concerts pour les chanteurs : Les Issards, Saint-Félix de Tournegat, La Bastide de Lordat, La Bastide de Bousignac, Sainte-Colombe, Vals, Rieucros… De beaux, de très beaux concerts de musique sacrée, dans le cadre de petites églises, propices au partage de l'écoute, au bonheur d'être ensemble, au sentiment de la vie unanime. Il y a une grâce toute particulière à chanter ainsi, dans la simple proximité de nous autres, mortels, et des anges, me disait hier soir une chanteuse amie.
La fête était hier soir chez Colette, Colette Autissier,qui anime l'atelier chant du Rameau musical de Dun, guide le travail des chanteurs, et renouant ainsi avec l'ancienne tradition des maîtres de chapelle, assure la direction des concerts. Tout le monde peut s'inscrire au Rameau musical de Dun. Il n'est pas nécessaire, comme on dit, "d'avoir de la voix". Colette aide quiconque le lui demande, à placer sa voix, à l'écouter, à la reconnaître, à l'apprivoiser. "La voix part des talons. Il faut avant tout se planter solidement sur la terre", dit-elle.
Bien plantée sur le seuil de sa maison, Colette nous attendait hier soir pour une séance festive, consacrée d'abord à la vidéo du récent concert de Rieucros, puis au verre de l'amitié avant les vacances.
Le visionnage de la vidéo du concert de Rieucros – "instructif…", susurre Colette – suscite tout à tour des applaudissements et des fous rires lorsque la caméra fixe des détails amusants ou que la sono trahit quelques discrets ratés de la note ou un moment de dérapage du jeu concertant.
"Ce qui est capital, c'est de sourire", observe quelqu'un derrière moi.
"C'était un beau concert, dit Colette. Mais il faut encore travailler".
Les facéties des messieurs du groupe des basses, lorsqu'ils viennent sur le devant de la scène présenter le morceau suivant, déclenchent l'hilarité générale. On ne se doute pas que Jean, le potier de Rieucros, est un pince-sans-rire digne de Buster Keaton. Il m'a dit ensuite que "quand même, il retenait un peu sa nature…" Les concerts de la prochaine saison promettent quelques fusées réjouissantes.
Un moment de frisson dans un Motet à la Sainte Vierge de Nicolas Bernier, chef-d'oeuvre d'ornementation, périlleux à interpréter.
Un beau duo des deux instrumentistes dans la transcription pour clavier et accordéon d'un canon pour orgue de Pachelbel. Le son de l'accordéon classique est d'une profondeur merveilleuse.
J'ai retenu cette image de Colette qui chantait, au début de la soirée. On y voit la vitalité, l'enthousiasme, la générosité, la bonne humeur, la fantaisie, le goût de rire… Tout Colette.
On voit la aussi comment Colette prêche d'exemple :
"Il faut l'ouvrir ! Là maintenant, booo… respirez un coup, – ho ! Vous en reprenez un coup comme une carpe".
Je raconte toute l'histoire dans Le Rameau musical de Dun – Une répétition chez Colette.
Et maintenant, place à la fête sous les étoiles, au jardin.
Ris et souris, doux frou-frou de la nuit. Les étoiles, au ciel, luisaient comme des clous d'or.
Bonnes vacances au Rameau musical de Dun ! A bientôt !
A lire aussi :
Quand le Rameau musical de Dun chante à la Bastide de Bousignac
Le Rameau musical de Dun chante aux Issards
Le Rameau musical de Dun – Une répétition chez Colette
Quand le Rameau musical de Dun chante à Vira
A l’église de Bensa, le Rameau musical de Dun
Ci-dessus : Vue de l'écluse octuple dans les années 1900.
Source : canaldumidi.com : Ecluses de Fonserranes
Lors de ma récente escapade à Béziers1, outre que j'ai assisté à une superbe représentation du Théâtre Dromesko2, je n'ai pas manqué d'aller admirer à Fonséranes3 les 9 écluses, ou l'écluse octuple, chef d'oeuvre de "nostre Riquet" comme disent les Mirapiciens4, – dont je suis, même d'adoption.
La petite difficulté a été de déterminer le chemin qui mène aux 9 écluses. Les passants presque toujours n'en savent rien, et le dépliant fourni par l'office de tourisme ne situe pas le site des 9 écluses de façon précise. A l'office de tourisme même, la personne que nous avons consultée à l'accueil, nous a dit que c'était bien trop loin pour que nous envisagions d'y aller à pied !
- Trop loin comment ? Deux heures ? Quatre heures ?
La personne ne savait pas. Elle nous a indiqué vaguement la direction de Fonserranes.
Pariant que les 9 écluses ne se trouvaient sans doute pas si loin qu'on nous le disait, nous avons pensé qu'il suffisait de descendre vers l'Orb. Ensuite, nous verrions…
Au coeur du Jardin des Poètes, parc imaginé par Eugène Bülher, également créateur du Parc de la Tête d'Or à Lyon, deux vues du Titan, oeuvre spectaculaire, due au grand sculpteur Jean Antoine Injalbert.
Quelques figures de poètes : Victor Hugo par Injalbert ; Emile Barthe, félibre, par J.G. Roustan ; épouse ou fille d'Emile Barthe.
Logés à l'Hôtel des Poètes, au bord des allées Riquet, nous traversons le beau Jardin des Poètes, dont la pente incline rapidement vers l'Orb, et, après avoir dévalé une petite rue dominée par une belle maison de style orientaliste, puis traversé un boulevard bordé d'immeubles en chantier, nous arrivons au quai de l'Orb. Là, après avoir franchi sous la voie du chemin de fer un tunnel sombre, puis longé sous les platanes la gracieuse villa Saint-Félix…
Nous voici à l'écluse de Béziers, au bord du Canal du Midi.
Nous empruntons le chemin de halage, et, toujours cheminant au bord de l'eau verte, nous partons en direction des 9 écluses de Fonséranes.
Le parcours commence, ô surprise, par le franchissement du fleuve Orb via le Canal devenu pont. Le canal en effet passe par-dessus le fleuve, ou le fleuve par-dessous le canal ! On éprouve une impression très curieuse à cheminer ainsi à la fois au bord de l'eau et au-dessus de l'eau.
On voit sur la photo-ci contre les piles du pont-canal et alentour les rides de l'Orb.
Bien que Vauban eût formé dès 1684 l'idée d'un pont-canal, l'édification de ce pont date de 18575. Le canal, initialement, traversait l'Orb, fleuve irrégulier, mal navigable. Il est ensuite surélevé par une digue, censée maintenir le tirant d'eau nécessaire à la navigation. Mais l'effet de la digue se révèle insuffisant en raison du sable qui s'accumule alors dans le lit de l'Orb. Confiée en 1854 à l'ingénieur Jean Magues, la réalisation du pont-canal nécessite trois ans de travaux fort coûteux.
Depuis le pont-canal, on voit le Pont Neuf et, plus loin, plus haut, reconnaissables à leur air de forteresse, la cathédrale Saint Nazaire et l'évêché de Béziers6.
Nous marchons maintenant au bord du Canal qui s'écoule ici entre deux grandes haies de cyprès. La présence de ces arbres de tradition millénaire, le ciel céruléen, le calme des eaux, tout inspire ici le sentiment du temps immobile, de telle sorte qu'on ne sait plus si l'on marche dans un paysage du XXIe ou du XVIIe siècle, voire au bord d'une via de l'antiquité romaine.
Une heure environ après avoir quitté l'hôtel des Poètes, nous arrivons au site dit "des 9 écluses". Plutôt que de "9 écluses", il s'agit en fait d'une écluse octuple, i. e. composée de 8 bassins successifs et de 9 vannes, nécessaires aux navires pour franchir une dénivelée de 25 mètres. Nous nous trouvons ici en face du bassin inférieur.
25 mètres plus haut, nous voici parvenus en face de la vanne supérieure. Celle-ci se trouve coiffée d'un petit pont en forme de dos d'âne qui permet de gagner l'autre rive de l'écluse.
Voici l'écluse octuple, vue du haut des 25 mètres de dénivellation qu'elle ménage. Elle forme ainsi, de bassin en bassin, un escalier d'eau. La découpe ovoïde des bassins ajoute à la spectaculaire harmonie de l'ensemble. Lorsque demain matin les vannes, une à une, s'ouvriront, l'eau descendra majestueusement vers la ville, qui apparaît en gloire au loin, dans une perspective légèrement oblique. Pierre Pol Riquet a construit ici le plus beau des hommages à sa ville natale.
Sur l'autre rive de l'écluse, une étrange machinerie, installée en 1984, aujourd'hui hors service, témoigne de la courte période d'utilisation d'une pente d'eau. Equipé d'un bac rempli d'eau, le dispositif permettait de transporter les navires 25 mètres plus bas via un engin monté sur pneus. Le transport des marchandises cesse toutefois sur le Canal à partir de 1985. L'usage de la pente d'eau est en conséquence abandonné.
Nous repartons vers Béziers, toujours au bord du Canal.
Je reconnais, à la vue de la double issue de ce bassin, la forme en "fer à cheval" déjà aménagée par Riquet dans le bassin expérimental de son château de Bonrepos7 afin de faciliter la conduction des eaux.
Le Canal, au soleil couchant, se pare d'ombres longues dans lequelles passent des flotilles de canards.
Précédés par d'autres ombres, nous revoici sur le pont-canal.
Avec son air de forteresse, ses tours, son clocher, son campanile, la cathédrale Saint Nazaire figure aux yeux du promeneur un repère visible de toutes parts. Elle figure également, en dialogue avec le Canal, la beauté des oeuvres humaines, telle que l'histoire les rassemble si superbement à Béziers.
Pour en savoir plus sur le Canal du Midi, voir l'excellent site : Canal du Midi – Canal Royal du Languedoc
Pour une autre promenade dans Béziers, in. La dormeuse blogue : A Béziers, en flânant, des allées Riquet à la cathédrale Saint Nazaire
- Cf. La dormeuse blogue : A Béziers, en flânant, des allées Riquet à la cathédrale Saint Nazaire [↩]
- Cf. La dormeuse blogue : Le Théâtre Dromesko dans sa Grande Baraque [↩]
- L'orthographe du toponyme Fonséranes demeure soumise à diverses variations. Si aujourd'hui l'on écrit plutôt Fonséranes, les graphies anciennes subsistent, telles que Fonserranes, ou Foncéranes. [↩]
- Pierre Pol Riquet a vécu et travaillé une dizaine d'années à Mirepoix. [↩]
- Cf. Canal du Midi – Béziers [↩]
- Cf. La dormeuse blogue : A Béziers, en flânant, des allées Riquet à la cathédrale Saint Nazaire [↩]
- Cf. La dormeuse blogue : Pierre Pol Riquet et les siens au château de Bonrepos [↩]
Je n'avais jusqu'ici jamais vu le château de Léran autrement que de loin, au travers des grands barreaux du portail, toujours clos. Il s'agit en effet d'une résidence privée, qui ne se visite pas.
Après la mort de Antoine Pierre Marie François Joseph de Lévis-Mirepoix, écrivain, membre de l'Académie française, né en 1884 à Léran, mort en 1981 à Lavelanet, le château a été vendu à un promoteur, puis loti en appartements, dans le cadre d'une copropriété de grand standing, très protégée. On veille ici à l'absolue tranquillité des résidents.
Dans le cadre des Journées du Patrimoine de Pays toutefois, dimanche dernier, le château de Léran a fait l'objet d'une ouverture exceptionnelle. Parmi d'autres visiteurs très nombreux, j'ai pu accéder au château, cheminer au pied des murailles, entrer dans la cour d'honneur, gravir le grand escalier et gagner, à l'étage, la salle des gardes.
Pendant que nous faisions le tour des hautes murailles, je regardais les nuages jouer avec les pignons et les tourelles et je songeais, comme toujours lorsque je considère la silhouette du château de Léran, aux gravures de Gustave Doré…
Bruno Tollon, qui est professeur émérite à l'université de Toulouse, nous accompagnait hier dans cette visite. Rappelant que Guy Ier, fondateur de la maison de Lévis Mirepoix, était originaire de Lévis-Saint-Nom, une commune de l'Ile de France, Bruno Tollon montre que le château de Léran obéit au modèle de la France septentrionale : "C'est un château de la Loire transporté en Ariège".
Entièrement remanié dans les années 1890 par Clément et Henri Parent, architectes parisiens très courus, émules de Viollet-Le-Duc, le château a conservé toutefois sa base médiévale, i. e. les murs de la tour initiale et les glacis, édifiés à même les rochers du sol.
C'est l'un des tous derniers châteaux construits en France, note Bruno Tollon.
Nous pénétrons maintenant dans la cour d'honneur du château, celle que l'on peut voir sur les anciennes cartes postales. Bruno Tollon signale, au titre du style néo-gothique, que les fenêtres à meneaux, de style Renaissance, coexistent ici, sur le faîte des murs, avec des garde-corps de style gothique flamboyant.
Avant d'entrer dans le château, je me retourne sur la cour. Etrangement, sous l'imposant linteau de pierre du portail, le ciel, façon Magritte, fait comme une toile peinte.
Au pied du grand escalier, sur le mur du hall d'entrée, l'un des trois blasons figurés en enfilade porte la devise de la maison de Montmorency : "Dieu ayde au premier baron chrétien". Il rappelle ainsi au souvenir du mariage d'Athanase Gustave Charles Marie de Lévis, marquis de Mirepoix, deuxième duc de San Fernando Luis, avec Charlotte Adélaide de Montmorency-Laval, fille d'Anne Pierre Adrien Duc de Montmorency-Laval, premier duc de San Fernando Luis.
Voici maintenant la balustrade du grand escalier. Elle emprunte cette fois au style du XVIIe siècle. Catherine Robin, animatrice du Pays d'Art et d'Histoire, qui a relayé Bruno Tollon dans la poursuite de la visite, souligne la fonction symbolique du grand escalier. Celui-ci annonce, dans une distribution fortement théâtralisée de l'espace, la condition majestueuse du maître des lieux.
Les baies qui éclairent l'escalier sont ourlées du même garde-corps que l'on voit dans la cour, sur le faîte des murs. La photo reproduite en tête de cet article est celle d'un détail de ce garde-corps.
Sur le palier intermédiaire du grand escalier, on remarque un médaillon orné d'un putto qui porte le blason de la maison de Lévis.
J'ai vu dans ce putto un rappel du motif renaissant, cher à Philippe de Lévis, évêque de Mirepoix, de 1497 à 1537.
Le motif des putti se retrouve par exemple abondamment figuré dans l'escalier intérieur de l'évêché attenant à la cathédrale de Mirepoix, qui a été construit à l'instigation et conformément aux préférences stylistiques de Monseigneur de Lévis.
Je découvre maintenant la salle des gardes, dominée par l'immense cheminée, créée jadis par Philippe de Lévis pour le palais épiscopal, réinstallée au XIXe siècle dans cette salle d'apparat. Au centre du manteau de la cheminée, on reconnaît le blason de la maison de Lévis et la mitre de Monseigneur de Lévis, ainsi que sa devise épiscopale : Deus spes mea, Dieu est mon espérance.
Succédant ici à Catherine Robin, Marina Salby, guide conférencière, attachée à l'office de tourisme de Mirepoix, commente la disposition spatiale de la salle des gardes. Celle-ci distingue en altitude, au pied de la cheminée, l'espace noble, réservé au maître des lieux, à ses proches et à ses pairs ; plus bas, l'espace dédié aux visiteurs. Elle figure la conception de l'ordre social qui a valu durant des siècles sous l'Ancien Régime. Le château, réaménagé au XIXe siècle, perpétue architecturalement la mémoire de cet ordre ancien.
Les fenêtres de la salle des gardes sont ornées de verrières, réalisées par Ernest Lamy de Nozan, qui fut au XIXe siècle, avec Louis Victor Gesta, un grand maître-verrier toulousain. Ces verrières représentent quelques uns des épisodes qui ont marqué jadis l'histoire de la maison de Lévis. L'une d'entre elles est dédiée à Philippe de Lévis. On y voit l'évêque discuter du plan de la cathédrale avec son maître-architecte. Grand oeuvre de Monseigneur de Lévis, le clocher "que l'on voit à douze kilomètres à la ronde", figure en effigie sur ce plan. En matière de patrimoine de pays, c'est là, me semble-t-il, une représentation particulièrement émouvante.
Avant cette visite exceptionnelle du château de Léran, Bruno Tollon donnait à notre intention, dans la salle muncipale dite "des Tilleuls", une conférence consacrée de façon substantielle à Léran : du manoir médiéval au château néogothique. La visite a profité ensuite de cette initiation lumineuse. Insistant sur les valeurs qui régissent traditionnellement la vie de la noblesse en ses châteaux1, Bruno Tollon observe que le duc Athanase, initiateur de la rénovation du château de Léran, a conçu cette dernière en mémoire des valeurs anciennes, sans toutefois vouloir les perpétuer autrement que dans son cercle privé. Il y a possiblement dans l'architecture d'un monument tel que le château de Léran un secret de mélancolie, voire un poids de mausolée, que l'on perçoit confusément lorsqu'on le visite.
Venu tout exprès pour la circonstance, Antoine de Lévis Mirepoix présentait, dans la même salle des Tilleuls, une exposition dédiée à son grand-père, Antoine Pierre Marie François Joseph de Lévis-Mirepoix, auprès de qui, lorsqu'il était enfant, il a vécu au château de Léran. L'exposition réunissait de belles photos de la vie quotidienne du vieux duc, ou de sa réception à l'Académie Française. Elle comportait aussi de grands tableaux héraldiques, consacrés à la généalogie de la maison de Lévis.
L'actuel duc Antoine a évoqué à bâtons rompus le souvenir d'Antoine Pierre Marie François Joseph de Lévis-Mirepoix, qui fut son grand-père, et qu'il aimait. Il raconte l'homme gourmand, l'homme facétieux, l'homme des grandes promenades dans la campagne, main dans la main avec son petit-fils, l'homme qui maniait la muleta en artiste, l'homme qui savait partager avec un enfant une pensée, une culture…
L'émotion se communiquant à la salle, des amis d'enfance, compagnons de jeux d'Antoine de Lévis, sont alors intervenus. Les souvenirs fusaient de toutes parts, parfois en occitan, pour le plaisir.
Ci-dessus : deux amis d'enfance, qui ont fait, paraît-il, nombre de bêtises ensemble.
C'est sur cette image des enfances Léran que j'aime à conclure le présent article, sans lui ajouter de mots superflus.
A lire aussi :
Antoine de Lévis Mirepoix, Le Passeur, roman
Une rencontre avec Antoine de Lévis Mirepoix
- Bruno Tolllon, sur le sujet, recommande la lecture du livre de Mark Girouard : La vie dans les châteaux français du Moyen Âge à nos jours. [↩]
A Béziers, en flânant, des allées Riquet à la cathédrale Saint Nazaire
On a vite fait aujourd'hui de se rendre à Béziers depuis Mirepoix, en empruntant les belles routes de l'Aude, puis l'autoroute des Deux Mers, via Carcassonne et Narbonne. Pierre Pol Riquet, qui est né à Béziers et qui a vécu une dizaine d'années à Mirepoix, faisait route, lui, à cheval ou en poste lorsque, de temps à autre, il retournait dans sa ville natale. Le voyage était plus lent et plus hasardeux, mais plus propice à la physique des paysages.
Une heure et demie à peine après avoir quitté Mirepoix, nous autres, voyageurs du XXIe siècle, nous arrivions à Béziers, au pied de la statue de Riquet. La vue de la place située au bord des allées Riquet est caractéristique de certain bonheur de vivre, propre aux vieilles villes du Midi. A la belle architecture s'associent ici, sous les yeux du Grand Homme, la fête foraine, la brocante, les étals de coquillages & crustacés, et les vieux qui causent de la vie, du temps q'il fait, du spectacle du monde.
Nous sommes partis à pied vers la cathédrale Saint-Nazaire et le quartier médiéval. J'ai photographié en chemin quelques détails des façades, grandes, belles, témoins des principaux styles du passé, révolution industrielle, hausmannien, baroque, classique, renaissant… Parfois, au détour d'une rue, une statue contemporaine dialogue avec la pierre des siècles.
Après avoir déambulé dans les petites rues étroites et sombres du quartier médiéval, nous tombons sur la cathédrale Saint-Nazaire au bout d'une rue quelconque. Il faut contourner l'édifice pour accéder au parvis, largement ouvert sur la plaine, en contrebas, et le grand ciel.
Choc du baroque ! Edifiée au XIIe siècle, incendiée lors du sac de 1209, reconstruite aux XIIIe et XIVe siècles, dotée au XVIIe siècle d'un superbe buffet d'orgue, la cathédrale connaît au XVIIIe siècle une ultime transformation : théâtralisée par une imposante colonnade de marbre rouge et une suite de niches habitées par un peuple de statues, l'abside accueille une gloire et un grand autel de marbre polychrome, devant lequel, fermant le choeur, court une balustrade dont le poli de miroir fait ressortir la pureté d'un extraordinaire marbre rouge.
Sous le buffet d'orgue du XVIIe siècle, l'ornementation des piédroits qui encadrent les deux portes témoigne d'un baroquisme fascinant.
A proximité de l'orgue, une chapelle latérale conçue dans l'esprit du grand Tiepolo abrite sur les balcons d'un ciel de pierre une ribambelle d'anges enfants, témoins de la lumière céleste. Deux autres anges enfants soutiennent sans peine le petit autel chargé d'or.
Il ne reste dans la cathédrale que quelques rares traces du mobilier médiéval. Ici, un gisant, rescapé du sac de 1209, perdu et comme abandonné parmi les ors et les marbres du baroque.
Là, quelques fresques du XIVe siècle, aux couleurs très altérées.
L'an dernier, lors de la deuxième journée du colloque 1209-1309. Un siècle intense au pied des Pyrénées, j'avais été passionnée par la conférence de Jean-Pierre Suau, dédiée aux "vitraux christologiques des cathédrales languedociennes de Carcassonne, Béziers, Narbonne, à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle".
A Béziers, dans la cathédrale Saint Nazaire, le choeur est surmonté de panneaux redécoupés au XVIIIe siècle. Datés du XIIIe siècle, quelques morceaux de la Création ont été conservés. On y voit, dixit Jean-Pierre Suau, Dieu le Père, jeune, fait à l'image du Fils, représenté dans le geste de la création, en l'occurrence celle des animaux.
Conformément à la recommandation de Jean-Pierre Suau, qui est d'aller "voir sur place", je me suis rendue à la cathédrale Saint-Nazaire de Béziers tout spécialement pour "voir" à mon tour. Naïve espérance ! Situés tout là-haut sous la voûte, les quelques morceaux de la Création sont hélas rendus indéchiffrables par la distance. La photo reproduite ci-dessus est la meilleure de celles que j'ai pu obtenir…
Quittant maintenant la nef, nous gagnons le cloître. Daté du XIVe siècle, il a remplacé l'ancien cloître roman. Sa forme curieusement trapézoïdale est liée à la topographie du plateau rocheux sur lequel s'élève la cathédrale.
Les galeries du cloître abritent un important dépôt lapidaire. Celui-ci rassemble des pièces trouvées sur place ou aux alentours de la cathédrale. Si le chrisme des premiers Chrétiens est facile à reconnaître, la symbolique du blason ici m'échappe, trop complexe pour mes faibles connaissances héraldiques. J'ai admiré ce blason pour sa beauté, qui est d'abord celle d'une oeuvre d'art.
Au passage, j'ai photographié aussi ces culs de lampe fantastiques, et, quelque part sur un mur, cet angelot à la bouche d'effroi, qui a vu sans doute la mort.
Seule de son espèce parmi les pierres médiévales, une grande croix de ferronnerie exhibe les instruments de la Passion. Traités de façon de façon cruellement réaliste, ceux-ci constituent les emblèmes d'une piété douloureuse, sans doute contemporaine du jansénisme. Les ciels peuplés de vigoureux anges enfants qu'on voit dans la cathédrale, montrent que le XVIIIe siècle a opté pour une piété plus quiète.
Empruntant maintenant un escalier sombre, nous gagnons le jardin situé au pied de la demeure des évêques, elle-même attenante à la cathédrale.
Edifiées au bord du plateau qui surplombe la plaine de l'Orb, cathédrale et évêché présentent de ce côté-ci un air de forteresse suspendue sur l'abîme. Le jardin vient adoucir, en terrasse, le profil abrupt de l'ensemble.
Sur la photo ci-dessous, prise depuis la plaine, on reconnaît le profil de forteresse et l'on aperçoit entre les arbres le jardin en terrasse.
Monseigneur de Nicolaï, dernier évêque de Béziers, aimait à descendre dans ce jardin. Le diocèse de Béziers est supprimé en 1790.
Plus tard, après la représentation de Arrêtez le monde, je voudrais descendre, le spectacle du Théâtre Dromesko que j'étais venue voir à Béziers tout exprès, j'ai aperçu la cathédrale et la demeure des évêques dans la nuit, depuis la voiture. Les temps se confondaient. Je me suis souvenu que la cathédrale avait brûlé lors du sac de 1209. Elle a survécu, et ainsi surgie des ténèbres, elle semble émettre sa propre lumière…









































































































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