Christine Belcikowski

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Un certain Denis Cresson Testut...

Rédigé par Belcikowski Christine Aucun commentaire

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Ci-dessus : 26 août 1744. Baptême de Denis Testut. Archives dép. de l'Aude. Castelnaudary (1742-1746). Document 100NUM/AC76/GG59. Vue 116.

Le 26 août 1744, à Castelnaudary, Jean Testut, maçon, et Françoise Malric [Amalric] font baptiser un petit Denis Testut, qui pour parrain, Denis Testut, son grand-père, et pour marraine Marguerite Malric, sa tante. Denis Testut, le parrain, lui seul, a signé.

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Ci-dessus : 11 février 1766. Mariage de Denis Testut et d'Angélique Olivier. Archives dép. de l'Aude. Castelnaudary (1765-1768). Document 100NUM/AC76/GG65. Vue 68.

Le 11 février 1766, toujours à Castelnaudary, Denis Testut, maçon, qui est âgé maintenant de 21 ans, épouse Angélique Olive, 20 ans, fille de Jean Pierre Olive, ménager, et d'Anne Brousses, tous deux de la paroisse de Pieusse (Aude). Denis Testut, le marié, a signé.

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Ci-dessus : 6 juin 1767. Mariage de Denis Testut et d'Angélique Olivier. Archives dép. de l'Aude. Castelnaudary (1765-1768). Document 100NUM/AC76/GG65. Vue 126.

Le 6 juin 1767, toujours à Castelnaudary, Denis Testut, maçon, et Angélique Olive font baptiser un petit Jean Testut, qui a pour parrain Jean Testut, maçon, son grand-oncle, et pour marraine Anne Olive, épouse de Jean Bouscasse, marchand ferrant, sa grand-tante. Denis Testut, père de l'enfant, et Jean Testut, le parrain, ont signé.

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Ci-dessus : Mirepoix. Vue générale.

Le 14 août 1792, à Mirepoix, Jean Testut, coutelier, épouse Marianne Arcidet [Arcizet], veuve de Pierre Prats, meunier originaire de Castelreng (Aude) ; fille de Jean Pierre Arcizet, cordonnier, consul en 1788, et d'Anne Blanchard (1). Le 5 brumaire an II (26 octobre 1793), dans la demeure du Citoyen Louis Astre, perruquier, sous les couverts de la place, section A nº 200 (couvert du Midi), Marianne Arcizet met au monde un petit Denis Testut (2), qui décède le lendemain (3). Elle meurt à son tour dans la demeure du citoyen Astre, le 21 brumaire an II (11 novembre 1793) (4).

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Ci-dessus : 22 nivôse an II (11 janvier 1794). Mariage de Jean Testut et d'Angélique Maudet. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix. Mariages (1793-An X). Document 1NUM2/5MI666. Vues 53 et 55.

Le 22 nivôse an II (11 janvier 1794), à Mirepoix, Jean Testut, 27 ans et demi, coutelier, veuf de Marianne Arcidet [Arcizet], épouse en secondes noces Angélique Maudet, 25 ans, domiciliée à Mirepoix en qualité de fille de service chez le citoyen Eustache Chabaud, marchand ; fille de Paulet Maudet, brassier, et de Jeanne Marie Amoureux, domiciliés tous deux à Lapenne (Ariège). Denis Testut, sur l'acte de mariage de son fils, est dit « lui aussi coutelier ». Jean Testut, Denis Testut et Eustache Chabaud, entre autres, ont signé.

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Ci-dessus : 16 brumaire an III (6 novembre 1794). Naissance de Denis Cresson Testut. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix. Naissances (1793-An V). Document 1NUM1/5MI666. Vue 141.

Le 16 brumaire an III (6 novembre 1794) à Mirepoix, Jean Testut, coutelier, assisté d'Eustache Chabaud, déclare la naissance du petit Denis Cresson Testut, premier né d'une fratrie qui comptera finalement neuf enfants. L'enfant est né dans la maison de la Citoyenne Veuve Mathieu (famille de tonneliers), section A nº 106 (rue Servant, aujourd'hui rue Vigarozy). Il doit son deuxième prénom, Cresson, au calendrier révolutionnaire (5).

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Ci-dessus : section B nº 31. Ce numéro 31 abrite le ménage de Jean Testut et celui de Jean Delrieu, dit Jolibois, maçon. Extrait du rôle de la population de Mirepoix en 1800. Non paginé.

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Ci-dessus : vu aujourd'hui, emplacement du numéro 31 de l'ancienne section B.

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Ci-dessus : "Fers Enclumes Aciers". Le même emplacement a été plus tard longtemps occupé par une forge.

Le rôle de la population de Mirepoix établi en l'an VIII (1800) indique que Jean Testut et les siens vivent et travaillent à cette date section B nº 31 (aujourd'hui rue Maréchal Joffre).

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21 avril 1817. Mariage de Denis Cresson Testut et de Constance Caroline Fouet. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix. Mariages (An XI-1818). Document 1NUM/4E2355. Vues 459-460.

Le 21 avril 1817, toujours à Mirepoix, Denis Cresson Testut, âgé maintenant de 22 ans, coutelier, épouse Constance Caroline Fouet, 19 ans, fille de Jean François Pierre d'Elcantara Fouet, perruquier, et de défunte Marie Rives. Ce mariage a eu pour témoins François Rives, marchand ferrant ; Thomas Pie Benoît Bauzil, ancien maréchal des logis chef de l'ex-16e régiment des dragons, membre de la légion d'honneur ; Maurice Rigail, vitrier ; Arnaud Carol, cordonnier. Constance Caroline Fouet, non plus qu'aucune autre des épouses précédemment entrées dans la famille Testut, n'a su signer.

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31 août 1818. Naissance de Charles Guillaume Testut. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix. Naissances (1813-1825). Document 1NUM/4E2346. Vues 353.

Le 31 août 1818, à Mirepoix, Denis Cresson Testut, coutelier, déclare la naissance de Charles Guillaume Testut, son fils premier né ; et le 27 février 1821, toujours à , Mirepoix, la naissance de René Adolphe Testut. Celui-ci deviendra coutelier rémouleur, épousera le 20 avril 1858 à Mirepoix Rose Nathalie Maugard, journalière, et mourra à Mirepoix le le 27 mai 1888. Denis Cresson Testut aura encore cinq autres enfants, morts jeunes ou dont on ne sait rien.

En 1820, Denis Cresson Testut crée une entreprise de fabrication de balances. Il fonde ainsi la toute première entreprise Testut. Voilà pourquoi on s'est intéressé ici aux obscurs commencements de la famille fondatrice. C'est à Mirepoix, à partir de 1792, que Jean Testut, fils de maçon, devient coutelier ; et c'est à Mirepoix, à partir de 1817, que, mu peut-être par l'esprit révolutionnaire sous l'auspice duquel le place son deuxième prénom, Denis Cresson Testut entreprend de fabriquer des instruments de pesage, mesurage et comptage ainsi que des machines à trancher les viandes. L'entreprise connaîtra par la suite la fortune que l'on sait.

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Ci-dessus : rare balance à trébuchet créée par Denis Cresson Testut.

« Les premières balances conçues par Denis Cresson Testut sont des balances dites « à tabac ». Produites dès 1821, il n'en reste que de très rares exemplaires. Elles sont en bronze, dotées d'un fléau à aiguille gravé du nom de la marque en son centre, et de deux plateaux en cuivre jaune dinandier et martelé, posés sur une colonne. Ces petites balances, pratiques et bon marché, ont un succès immédiat. L'innovation de la balance « Testut » réside dans la suppression des trois chaînettes permettant la suspension de la coupelle de pesée, la remplaçant par une tige en acier forgée en « col de cygne » terminée par 2 crochets, divisant ainsi le coût de fabrication par trois. Une pastille de plomb est sertie sur le socle utilisée pour le marquage « à la frappe » des poids et mesures. Cette innovation améliore la qualité de la mesure, grâce à un groupe de pesage plus robuste et plus fiable que les modèles utilisés au début du XIXe siècle. »(6)

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Ci-dessus : 18 juillet 1846. Mariage de Charles Guillaume Testut et d'Anne Marie Matter. État civil reconstitué de Paris. Mariages V3E/M 955. Vue 10. Le couple aura deux enfants : Charles Adolphe Testut, né le 14 août 1848 à Paris, et Caroline Ide Testut, née le 19 mai 1855 à Paris également.

Le 18 juillet 1846, Charles Guillaume Testut épouse à Paris Anne Marie Matter, fille de Jean Georges Matter, journalier à Alteckendorf (Bas-Rhin) et de Marguerite Klein. Succédant à Denis Cresson Testut, son père, Charles Guillaume Testut fait déplacer l'atelier de Mirepoix à Corbeil-Essonne, dans les Moulins du Perray, aujourd'hui disparus. En 1850, il fonde les « Établissements Ch. Testut », société anonyme au capital de 10 000 000 francs. Le siège social et l'atelier se situent au nº 8 de la rue Popincourt, dans le 11e arrondissement de Paris. Charles Guillaume Testut ouvre ensuite un second atelier à Viry-Châtillon

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Ci-dessus : 14 août 1848. Naissance de Charles [Auguste] Adolphe Testut. Archives de Paris. État-civil reconstitué. Naissances. V3E/N 2106. Vue 20.

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Ci-dessus : 9 mars 1878. Mariage de Charles Auguste Adolphe Testut et de Joséphine Catherine Ziegler. Archives de Paris. 1878. Mariages. 11 V4E 3986. Vue 7.

Né le 14 août 1848 à Paris, Charles Auguste Adolphe Testut, fabricant d'instruments de pesage demeurant rue Popincourt nº 10 et 12, fils de Charles Guillaume Testut et d'Anne Marie Matter, épouse le 9 mars 1878 à Paris Joséphine Catherine Ziegler, 19 ans, sans profession, demeurant avec ses père et mère à Paris, rue Popincourt nº 28, fille de Simon Ziegler, étameur, et de Marie Justine Pierre. Parmi les témoins de ce mariage figure Jules Rives, négociant, âgé de 31 ans. Sa présence constitue en la circonstance un dernier souvenir du passé mirapicien de la famille Testut. Jules Rives est en effet un cousin mirapicien de Charles Auguste Adolphe Testut, via le mariage de Denis Cresson Testut en 1817 avec Constance Caroline Fouet, fille de Marie Paule Rives.

Née le 19 mai 1855 à Paris (7), Caroline Ide Testut, fille de Charles Guillaume Testut et d'Anne Marie Matter, épouse le 23 mai 1878 à Saint-Maur des Fossés (Val de Marne) (8) Pierre Alexandre Taittinger, fils de Simon Taittinger, cultivateur en1851, journalier en 1854, briquetier en 1857, et d'Élisabeth Haudot, journalière en1854, concierge en1857. Professeur en 1878, Pierre Alexandre Taittinger devient ensuite ingénieur, puis industriel, administrateur de la Compagnie Internationale des Wagons Lits, et maire adjoint de Saint-Denis. Né le 4 octobre 1887 à Paris, Pierre Charles Taittinger, fils de Pierre Alexandre Taittinger et de Caroline Ide Testut, fondera en 1932 à Reims la maison de vins de Champagne qui porte son nom

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Ci-dessus : 7 juin 1889. Naissance de Charles Rodolphe Testut. Archives de Paris. 1889. Naissances. 11 V4E 6532. Vue 26.

Né le 7 juin 1889 à Paris, Charles Rodolphe Testut, fabricant d'instruments de pesage, fils de Charles Auguste Adolphe Testut et de Joséphine Catherine Ziegler, succède à Charles Auguste Adolphe Testut, son père, à la tête de l'entreprise de pesage Testut fondée en 1820 par son arrière-grand-père Denis Cresson-Testut. Il meurt le 15 janvier 1982 à Perreux-sur-Marne.

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D'autres usines Testut ont été créées depuis 1850 : dans l'est et le sud de la France, à Lunéville, Port-sur-Saône, Toulouse, ainsi qu'à Béthune après la fusion avec la société Aequitas en 1971 ; puis à La Mulatière près de Lyon après la reprise de l'entreprise Trayvou en 1979.

En 1982, la mort de Charles Rodolphe Testut sonne la fin de l'entreprise familiale Testut. En 1983, après avoir racheté en 1981 la société Terraillon (autre entreprise de pesage), le Groupe Bernard Tapie rachète la société Testut. En 1990, la société Lutrana (autre entreprise de pesage encore), rejoint le groupe Testut.

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En 1995, Testut se trouve transféré au CDR, filiale du Crédit lyonnais chargée de gérer les actifs industriels de la banque, dont Bernard Tapie est alors débiteur. En 1999, le groupe américano-suisse Mettler Toledo, numéro un mondial du pesage, devient propriétaire de Testut. En 2003, l'entreprise Testut fait l'objet d'une liquidation définitive.

Conclusion

L'histoire de la famille est celle d'une suite d'hommes entreprenants qui ont su évoluer, i.d. passer du métier de maçon à celui de coutelier, puis du métier de coutelier à celui de balancier ; qui ont su faire preuve d'esprit d'invention ; qui ont su développer une entreprise pour diffuser leurs inventions ; qui ont su se choisir des compagnes issues du même milieu que le leur, susceptibles de les accompagner dans leur travail quotidien ; etc. Avec ses trois mariages successifs, dans un climat économique certes différent, Charles Rodolphe Testut apparaît comme la figure de la pente descendante.

Il semble que, dans cette aventure entrepreneuriale, le souffle révolutionnaire ait joué un rôle moteur. Quand, le 16 brumaire an III (6 novembre 1794), Jean Testud déclare à Mirepoix la naissance de Denis Cresson Testut, en donnant à son fils premier-né le prénom prescrit par le calendrier révolutionnaire (9), il témoigne d'une sorte de nouvelle foi en des valeurs qui seront, malgré des traverses, celles d'un siècle de progès. À travers ses enfants et petits-enfants, il aura fait la preuve, qu'à partir de Mirepoix, un fils de maçon peut être à l'origine d'une réussite industrielle d'un siècle et demi.

Notes

1. 14 août 1792. Mariage de Jean Testut et de Marianne Arcidet [Arcizet]. Archives dép. de l'Ariège. Mirepoix. Baptêmes, Mariages (1787-1792). Document 1NUM6/5MI665. Vue 206.

2. 5 brumaire an II (26 octobre 1793). Naissance de Denis Testut. Mirepoix. Naissances (1793-An V). Document 1NUM1/5MI666. Vue 6.

3. Sixième jour de la première décade du deuxième mois de l'an II (27 octobre 1793). Décès de Denis Testut. Mirepoix. Décès (1793-An X). Document 1NUM1/5MI667. Vue 67.

4. Vingt et unième jour du deuxième mois de l'an II (11 novembre 1793). Décès de Marianne Arcidet (Arcizet). Mirepoix. Décès (1793-An X) . Document 1NUM1/5MI667. Vue 71.

5. Le prénom Cresson correspond à la date du 17 brumaire dans le calendrier révolutionnaire, créé par Fabre d'Églantine. Cf. Christine Belcikowski. Haro sur le style esclave !.

6. Source : Wikipedia. Attention : l'article comporte des erreurs concernant les prénoms des différents membres de la famille Testut.

7. 19 mai 1855. Naissance de Caroline Ide Testut. État civil reconstitué de Paris. Naissances V3E/N 2106. Vue 28.

8. 23 mai 1878. Mariage de Pierre Alexandre Taittinger et de Caroline Ide Testut. État-civil de Saint-Maur des Fossés. 94068/1NUM68_000012. Vue 150.

9. Et que penser duprénom de Caroline Ide Testut, lequel « Ide » semble inspiré de l'antiquité romaine,i.e. des valeurs chères aux idéologues de la Révolution française ?

Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

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