Christine Belcikowski

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En 1822. Le château de Montauriol, dans l'Aude

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Ci-dessus : Montauriol à la fin du XVIIIe siècle. Carte Cassini.

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Ci-dessus : Montauriol aujourd'hui. Carte IGN.

Le 25 février 1822, Joseph Delort, huissier de Castelnaudary, entreprend de saisir un ensemble de biens constitué par la métairie de Bordeneuve à Saint-Michel de Lanès, la métairie de Peyrouti et le château de Montauriol, et la métairie de la Greize, ou Lasgreizes, à Payra. L'acte issu de cette saisie fournit une intéressante description du château de Montauriol, qui appartenait sous l'Ancien Régime à la famille noble de Nos, ou Denos, et qui est passé à la faveur de la Révolution aux mains des Anduze, famille d'agriculteurs devenus négociants, établis à Montauriol, à Saint-Michel de Lanès et à Chalabre.

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Ci-dessus : extrait du Catalogue général des gentilshommes de la Province de Languedoc de Henri de Caux, volume 1, diocèse de Mirepoix, p. 51. Victor de Nos, marié à Gabrielle de de Seigneuret de Loubens le 17 février 1751 à Narbonne, a été le dernier seigneur de Montauriol.

I. Le château de Montauriol

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Ci-dessus : à droite, en haut, le château.

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Ci-dessus : vue aérienne du village et du château de Montauriol.

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Ci-dessus : la petite église de Montauriol.

« Dans le village de Montauriol plusieurs corps de bâtisse de différentes dimensions, toutes attenantes ensemble et ne faisant qu'un seul corps, bâtis en maçonnerie et à plancher, couverts de tuiles à canal, dont il va être ci-après mention.

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Ci-dessus : autre vue aérienne du village de Montauriol, du château et de l'église.

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Un grand corps de bâtisse appelé le château de Montauriol, édifié sur un terrain de contenance d'environ trente-quatre mètres de largeur sur autant de longueur, confrontant du levant, couchant et midi M. Anduze, aquilon une rue qui n'a point de nom, l'église et encore M. Anduze pour une petite bâtisse ou vestibule qui est adossé audit château.

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Ci-dessus : « ... un rez-de-chaussée au premier de sept marches en pierre ayant la rampe en fer, qui conduit sur une petite terrasse où se trouve la porte d'entrée... »

Ledit château a sa façade principale à l'aspect du midi. Le centre a un rez-de-chaussée au premier de sept marches en pierre ayant la rampe en fer, qui conduit sur une petite terrasse où se trouve la porte d'entrée ; et à côté de la porte se trouvent une fenêtre à droite, une fenêtre à gauche, trois fenêtres au premier étage et deux au galetas.

À l'aile droite dudit château au rez-de-chaussée, au midi une fenêtre, au premier étage une fenêtre, et au galetas une autre.

Du côté du levant, quatre fenêtres de différentes dimensions, l'une au-dessus de l'autre à la même partie droite. Toujours aspect du levant, se trouve une petite bâtisse en forme de cabinet adossée à ladite aile, prenant le jour par deux fenêtres, l'une au-dessus de l'autre à l'aspect du midi.

À l'aile gauche dudit château à l'aspect du midi, au rez-de-chaussée une fenêtre, au premier une autre et au galetas une autre, avec une montre solaire. Attenant l'aile gauche dudit château toujours aspect du midi, une petite bâtisse servant de cabinet de toilette ou de bureau, d'environ trois mètres de largeur, confrontant de tous les aspects M. Anduze, ayant ladite petite bâtisse au rez-de-chaussée une porte d'entrée qui donne dans une petite cour en forme de triangle, premier étage une fenêtre, et au second une autre.

À l'aspect d'aquilon du rez-de-chaussée une porte d'entrée qui donne sur la petite bâtisse ci-dessus mentionnée, cinq ouvertures, dont deux à côté de ladite petite bâtisse, et trois de l'autre. Au premier étage sept fenêtres, au galetas, cinq autres fenêtres.

Toujours aspect d'aquilon, une petite bâtisse, ou vestibule, adossée audit château, d'environ quatre mètres de largeur, confrontant du levant et midi M. Anduze, couchant une rue qui n'a point de nom et aquilon l'église, ayant ladite bâtisse trois portes, une pour communiquer au château, l'autre pour communiquer à l'église, l'autre pour entrer dans la cour.

À l'aspect du couchant attenant ledit château, deux petites bâtisses en forme de cabinet, formant deux équerres, ayant chacune des deux petites bâtisses deux ouvertures, une au premier et l'autre au galetas et prenant le jour à l'aspect d'aquilon.

Toujours à l'aspect du couchant attenant ledit château, une autre bâtisse appelée les Anciens Magasins, édifiée sur un terrain de contenance d'environ quinze mètres de longueur sur quatre de largeur, confrontant du levant et midi M. Anduze, couchant et aquilon une rue qui n'a point de nom, ayant ladite bâtisse du côté du couchant au premier étage trois ouvertures, au second deux autres, et du côté d'aquilon au galetas une autre.

Encore à l'aspect du couchant et attenant la bâtisse précédente, à l'aile gauche dudit château, une bâtisse presque neuve appelée les Nouveaux Magasins, édifiée sur un terrain d'environ quatre mètres de longueur sur treize mètres de largeur, confrontant du levant et d'aquilon le saisi, midi la rue qui va au château et au couchant une autre rue qui n'a point de nom, ayant ladite bâtisse à l'aspect du levant au rez-de-chaussée donnant sur la cour dudit château une porte d'entrée, une fenêtre à côté de ladite porte et deux lunes au galetas ; à l'aspect du midi au rez-de-chaussée, trois fenêtres et trois lunes au galetas ; à l'aspect du couchant, trois lunes au galetas ; et à l'aspect d'aquilon une lune au galetas.

Au levant de la cour dudit château et attenant l'aile droite, une autre bâtisse appelée les Écuries dudit château, édifiée sur un terrain d'environ seize mètres de longueur sur cinq mètres de largeur, confrontant à tous les aspects M. Anduze, ayant ladite bâtisse trois portes au rez-de-chaussée, dont une pour les écuries, l'autre pour les commodités et autre encore pour un petit réduit ; deux fenêtres, et au-dessus de la porte de l'écurie, une autre.

Toujours à l'aspect du levant dudit château, une autre bâtisse attenante à la précédente, servant de logement pour l'homme d'affaires, de hangar, de porcherie, de garde-pile, de glacière. Basse-cour entre l'édifice sur un terrain de contenance d'environ trente-six mètres de longueur sur quatre mètres de largeur, confrontant de tous les aspects le saisi et l'église, ayant ladite bâtisse à l'aspect du midi où se trouve le logement de l'homme d'affaires, une porte au rez-de-chaussée, une fenêtre à côté de ladite porte et deux fenêtres au premier.

À l'aspect du levant, une porte cochère pour entrer dans une cour, une porte pour le garde-pile, et une autre grande porte pour entrer dans la glacière.

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Ci-dessus : « À l'aspect du midi, une cour en face dudit château bornée de trois côtés par les bâtiments ci-dessus énoncés, et encore par un mur de clôture du parterre à l'aspect du midi... »

À l'aspect du midi, une cour en face dudit château bornée de trois côtés par les bâtiments ci-dessus énoncés, et encore par un mur de clôture du parterre à l'aspect du midi, contenant environ vingt-quatre mètres de largeur sur trente-quatre mètres de longueur, confrontant à tous les aspects M. Anduze et le chemin qui va au château, ayant à ladite cour trois grands portails, dont un à l'aspect du levant, l'autre à l'aspect du midi, qui sont pour communiquer au parterre dont il a été fait mention plus haut.

Un parterre à l'aspect du midi dudit château, mur de tous les aspects, garni d'arbres fruitiers et autres arbres, a une futaie ; on communique dudit parterre par le portail ci-dessus énoncé et par un escalier d'entrée en pierre de taille avec une rampe en fer, contenant environ sept ares, confrontant du levant et aquilon M. Anduze, midi, chemin, couchant, les communaux.

Au levant du jardin, un sol contenant environ quatre ares, confrontant de tous les aspects le saisi.

Au levant de l'article précédent, un terrain planté d'arbres contenant environ trente ares, confrontant de toutes parts le saisi.

Un terrain sur lequel est construit un pigeonnier, contenant environ deux ares, confrontant le saisi aux quatre aspects, ayant le dit pigeonnier à l'aspect d'aquilon, une porte au midi, une trompe au couchant, un cloaque.

Une bâtisse délabrée édifiée sur un terrain d'environ quatre mètres de largeur sur quatre mètres de longueur, ayant au couchant une porte, au levant une fenêtre, d'aquilon autre fenêtre, confrontant le saisi à tous les aspects.

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Ci-dessus : le moulin du château de Montauriol.

Un moulin avant le petit lopin de terre inculte qui entoure l'édifice, sur un terrain de contenance d'à peu près dix-huit mètres de circonférence, ayant deux portes au midi, une au bas, l'autre en haut, avec un escalier en dedans. Le terrain inculte qui l'entoure contient environ sept ares, et le tout confrontant le saisi.

Une petite maison servant de logement au meunier, édifiée sur un terrain de contenance d'environ neuf mètres de longueur sur sept mètres de largeur, ayant à l'aquilon une porte et une fenêtre, au midi deux fenêtres, au levant se trouve un four qui sort en dehors de ladite bâtisse.

Une pièce de terre au terminy dit Soulheila del Mauge, labourable de sa nature, contenant environ quatre-vingt-sept ares, confrontant de toutes parts le saisi.

Au terminy de Guilhounet, un jardin potager contenant environ six ares, confrontant aussi le saisi de toutes parts. » (1)

II. Les créanciers et le saisi

Le motif exact de la saisie manque, car le début de l'acte correspondant se trouve sur un cahier précédent, que nous n'avons pas. Mais la fin de l'acte fournit les noms des créanciers et du débiteur.

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Les créanciers sont « le Sieur Marc Evesque, négociant domicilié à Toulouse » (2), et « Jean Hérisson, marchand tanneur demeurant à Mazères » (3) ; le débiteur, « Monsieur Guillaume Joseph Anduze aîné, propriétaire à Montauriol ». La requête en expropriation date du 14 juillet 1721. Son exécution se trouve compliquée par le fait que « tous les biens saisis à Montauriol et à Payra sont affermés par acte du 31 janvier 1821 au sieur Louis Delga, propriétaire domicilié à Saint-Michel de Lanès » ; et que les biens saisis à Saint-Michel de Lanès, initialement affermés au sieur Embry Bigou, propriétaire domicilié à Salles, « ont été cédés par ledit Embry Bigou, par police sous seing privé et utilité de son bail, au sieur Jean Denis Auguste Cassignol aîné, son beau-frère ».

« Monsieur Guillaume Joseph Anduze aîné », le débiteur, négociant domicilié au château de Montauriol, baptisé le 4 avril 1762 à Saint-Michel de Lanès, est fils du Sieur Guillaume Anduze (1735-1801), marchand, bourgeois, et de Demoiselle Jeanne Marie Rigaud, fille elle-même d'un négociant originaire de la Dalbade à Toulouse. Il a épousé Françoise Ardenne le 14 février 1792 à Saint-Michel de Lanès. Il est père de Guillaume Joseph Anduze jeune (1792-1852), qui mourra propriétaire le 19 septembre 1852 à Saint-Michel de Lanès, de Marie Anne Françoise Anduze (1797-?), et de Jean Félix Anduze (1800-1872), qui épousera Anne Marie Delga et qui sera propriétaire et magistrat.

Joseph Delort, huissier, n'indique pas qui est l'autre « Monsieur Anduze » avec qui « Monsieur Guillaume Joseph Anduze aîné » entretient au château de Montauriol de nombreux confronts. S'agit-il là de Guillaume Joseph Anduze jeune, fils Guillaume Joseph Anduze aîné, ou de Jean Baptiste Anduze (1770-?), frère de Guillaume Joseph Anduze aîné ? ou ne s'agit-il pas plutôt de Jean Pierre Anduze Saint-Thomas (1768-1856), propriétaire, né et demeurant à Saint-Michel de Lanès ? On ne trouve pas au demeurant le moindre lien de parenté entre les Anduze Saint-Thomas et les Anduze tout court.

Le 26 février 1822, Joseph Delort, huissier, note qu'il s'est transporté à la mairie de la commune de Saint-Michel de Lanès et que, « parlant à la personne de M. Anduze, adjoint au maire de ladite commune, lui avons remis pareille copie que dessus avec invitation de nous donner son visa, ce qu'il a fait ». L'adjoint ci-dessus mentionné est, comme indiqué par son visa, M. Anduze Saint-Thomas, probable voisin du saisi.

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« Vu. Par nous, adjoint au maire de la commune de Saint-Michel de Lanès, le 26 février 1822. Anduze Saint-Thomas. »

Le 14 septembre 1852, Ferdinand Auguste Lapasset, alors chef d'escadron, plus tard général, devient par son mariage avec Lise Thérèse Clémence Oternaud, issue d'une riche famille de Toulouse, propriétaire du château de Montauriol. Il fera de ce château, entre deux campagnes, sa résidence préférée. Mort le 16 septembre 1875 à Toulouse, il est enterré au petit cimetière de Montauriol.

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1. Source : cahier des saisies de Joseph Delort, février 1822-juin 1827. Collection privée.

2. Marc Rose Evesque, receveur au bureau du Canal du Midi, né le 24 août 1761 à Castelnaudary, marié à Claire Marie Lacals le 3 juillet 1786 à Toulouse, mort le 11 janvier 1831, au nº 13 de la place Riquet à Toulouse.

3. Jean Hérisson, marchand tanneur, né le 30 mai 1766 à Mazères, marié à Françoise Marquié le 10 prairial an II (29 mai 1794) à Mazères.

Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

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