Christine Belcikowski

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De loin

Rédigé par Belcikowski Christine 3 commentaires

Un peu courbé par l’âge, coiffé d’un petit chapeau,
cet homme qui passe sous le grand couvert,
ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre,
c’était mon père.
Je le reconnais de loin,
mais il passe sans me voir
et il disparaît sous la porte gothique,
dont je ne saurai jamais où elle le conduit,
ailleurs, si loin que même si je l’appelais,
ma voix ne l'atteindrait pas.
Je le reconnais aussi sur une carte postale d'autrefois,
ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre,
jeune et beau dans l'encadrement d'une porte ruinée,
rongée de lierre et assiégée par les arbres
qui ont envahi la cour d'un château oublié.
Je le reconnais sans le connaître déjà
puisque je ne suis rien encore dans son monde.
Il regarde quelque chose dans l’ouvert de la photographie,
j’aimerais qu’il me voie,
mais il ne me voit pas,
et si par miracle, il me voyait,
lui, dans l’encadrement d’une porte ruinée,
moi, devant une carte postale d’autrefois,
inconnus l’un à l’autre,
qu’aurions-nous à nous dire ?
Ô voix qui ne sonnent pas ! Ô regards qui se perdent !

3 commentaires

#1  - Emily a dit :

Les enfilades de nos mémoires distillent sempiternellement le même trouble, la même peine, dans un miroir que le temps a piqué.
C'est comme regarder tranquillement filer la rivière et subrepticement se voir passer...puis disparaître…
Les souvenirs repeignent les murmures sur des tons pastel

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#2  - colette autissier a dit :

quel talent Christine - merci - j'aimerai que l'on se recroise un jour!!!!!
amitiés
Colette

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#3  - Monique a dit :

émouvant et si bien écrit et décrit s

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