Christine Belcikowski

Publications 4

Les citrouilles mûrissent

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Les citrouilles mûrissent dans leurs heures lourdes lentes
le prodige d’un or
dont nos corps tristement incolores
rêvent de partager le paisible secret.
Ils y touchent un moment
quand, fuyant le souci de l’hiver qui viendra
et des jours qui fuiront sans retour sous la lampe,
ils basculent dans l’azur d’un étroit ciel d’automne
où, régalien, ostinato, l’été s’attarde.
Dans le jaune et le bleu de son portatif insonore
l'automne appelle, appelle, invisible encore,
le vert, le vif, le vrai
qui se réserve - ô miracle ! en la table gardée
اللوح المحفوظ
ou l'antique table d'émeraude
tabula smaragdina,
la pupille du monde,
celle de l'herbe neuve
qui reviendra un jour, qui sait ?
si Dieu le veut, sive natura,
ou le Diable de l'anthropocène ?

En Arvigna. La pierre tombale de Jean Baptiste Antoine Noël Barrière

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Né le 25 décembre 1772 en Arvigna (Ariège), Jean Baptiste Antoine Noël Barrière, lointain parent de Pierre Barrière, notaire royal, sis en Arvigna au XVIIe siècle déjà, est, aprés la Révolution, maire d'Arvigna. Après Antoine Jean Baptiste Noël Barrière, son père, Antoine Bernard Barrière, chirugien, sera maire d'Arvigna à son tour. Pour en savoir plus sur l'histoire de la famille Barrière d'Arvigna, cf. Christine Belcikowski. Arvigna au XVIIIe siècle. Tentative de généalogie de la famille Barrière au hameau de Languit.

Le parc de l'ancienne maison Barrière, située en Arvigna au hameau de Languit, abrite la pierre tombale de Jean Baptiste Antoine Noël Barrière.

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Une croix surmontait cette stèle, au fond du parc. Elle s'est perdue.

La maison qui fut aux XVIIe et au XVIIIe siècles, et encore jusqu'au milieu du XIXe siècle, celle de la famille Barrière d'Arvigna, sera prochainement vendue. Elle abritera bientôt un restaurant, un parking, etc.

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Ci-dessus : vue de la maison Barrière, côté chemin. Une ancenne bretèche subsiste à gauche, sur la partie plus ancienne. Il se dit dans le village que le site a été celui d'un ancien prieuré ?

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J'ai connu cette bretèche, dans mon enfance, non crépie, restée dans son état ancien.

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Ci-dessus : ancienne porte, datée de 1766.

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Ci-dessus : ancienne porte, datée de 1788.

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Ci-dessus : vue, au nord, d'une façade plus ancienne ; la partie du bâtiment qui a forme de tour a servi un temps de pigeonnier.

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Ci-dessus : une croix ancienne, dont l'inscription, rongée par le temps, n'est plus lisible, signale l'entrée du domaine.

Pour en savoir plus sur l'histoire de la famille Barrière d'Arvigna et sur celle du hameau de Languit, à voir, à lire :
Arvigna au XVIIIe siècle. Tentative de généalogie de la famille Barrière au hameau de Languit
À partir des années 1800, autres épisodes dans l'histoire de la famille Barrière
Dans la famille Barrière d'Arvigna. D'un inconnu à un historien célèbre
Arvigna au XVIIe siècle. Liste des propriétaires au mazage de Languit
Arvigna au XVIIIe siècle. Liste des propriétaires au hameau de Languit

Classé dans : Histoire Mots clés : aucun

Pierre Sidoine. Passage de l'Aquator

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« Le génie n’est que l’enfance retrouvée à volonté, l’enfance douée maintenant, pour s’exprimer, d’organes virils et de l’esprit analytique qui lui permet d’ordonner la somme de matériaux involontairement amassée. » (1)

 

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Dans le secret de l'atelier, dernier état du Passage de l’Aquator avant son exposition à la Galerie 113, chez Philippe Guicheney, 36, avenue Frédéric Mistral, à Castelnaudary, jusqu'au 16 novembre 2019.

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Dans la lumière plus froide de la galerie, nouvel état du Passage de l’Aquator, dans lequel on voit qu'il ne s'agit pas là d'une pièce faite, à l'ancienne, d'une charpenterie de bois, mais d'un assemblage de lames de métal, augmenté de quelques pièces de hasard, tête de poupée ancienne à la poupe, cache-sexe africains et revolver à la proue, plaques récupérées d'une vieille machine à coudre à la poupe et à la proue, hache en guise de gouvernail et de quille. Sur les bancs du navire, nul rameur. Seul à bord, le poupon, c'est le bosco, — le bosco de personne. Immobile, le navire demeure toutefois libre de virer sur l'axe qui le supporte.

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Pierre Sidoine, quand il travaillait à son Passage de l’Aquator, a-t-il songé à cette promesse de l’enfance dont Baudelaire dit quelque part que seul l’art rend possible de jamais n’en démériter. Il saisit en tout cas dans cette pièce l’instant au regard duquel l’enfance apparaît comme marchant, sans se laisser elle-même derrière soi, à la rencontre du passage dont elle nourrit le rêve. L’immobilité de l’instant, qui est ici celle de la nef solidement ancrée, comprend, de façon sous-jacente au fond, la promesse de tous les voyages, de tous les futurs.

Pierre Sidoine semble s’être souvenu, là d'abord, du passage d’Albator, célèbre corsaire de l’espace créé par le mangaka Leiji Matsumoto en 1969, puis rendu célèbre par la série télévisée diffusée en Europe dans les années 1980. Inspiré par Musashi Miyamoto, le légendaire guerrier samouraï, Albator œuvre à la défense de la liberté et à celle des causes perdues.

De façon plus originaire, Pierre Sidoine semble s’être souvenu là surtout du passage de l’Équateur, qu’il a vécu enfant au fil de ses expatriations familiales. Du souvenir de son passage africain, il a tiré l’idée de faire des deux cache-sexe métalliques Kirdi (Cameroun) le matériau hautement suggestif — mais secret, en tout cas à peine visible — de la proue de son Aquator.

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Considéré chez Pierre Sidoine dans la perspective du futur que lui fait la nef, l’enfant roi, ou plutôt le poupon qui trône sous son ombrelle au-dessus du château arrière dont une pièce de machine à coudre ancienne, richement ouvragée, protège la dunette, tient dans son regard, encore vide ou dormant, le fil des heures, l’ordre des années et des mondes. La quille et le gouvernail de l’Aquator sont faits d’une hache de bûcheron démanchée ; la figure de proue, elle, d’un revolver renversé. Point de Vengeur donc ni de Vainqueur ici ; mais, entée sur une nef solidement ferronnée, une sorte d’assentiment sans objet, de nue exposition à ce qui vient depuis toujours, sans prévision possible, à partir de la fin initiale.

À la fois superbement sobre et chargé du poids métaphysique que lui confère l’aménagement de la proue et de la poupe, le Passage de l’Aquator atteint de la sorte au pouvoir de montrer que l’artiste n’est pas l’Autre, mais le Même de l’enfant.

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Derrière le Passage de l’Aquator, le Couple oblique, autre œuvre de Pierre Sidoine.

À voir, à lire aussi :
Pierre Sidoine. Anatomie secrète du Don Miguel de la Cocotologìa
Dans la tête de Jules Ier de Crapot Peujaud
Pierre Sidoine. Jules Ier de Crapot Peujaud
À propos de Pierre Sidoine, sculpteur
Détails empruntés aux sculptures de Pierre Sidoine exposées au château de Belflou
Pierre Sidoine. Le Cheval 2.3
Pierre Sidoine. Don Miguel de la Cocotología
Pierre Sidoine. Janet’s whim, ou le caprice de Jeannette
Pierre Sidoine. Mishima
Pierre Sidoine. Odysseus 2357

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1. Charles Baudelaire. Le Peintre de la vie moderne, III, « L’artiste, homme du monde, homme des foules et enfant ». In Œuvres complètes de Charles Baudelaire, tome III (p. 58-68). Calmann Lévy. Paris. 1885.

Classé dans : Art Mots clés : aucun

Nageoire

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L’odeur du bois qu’on brûle dans les cheminées
va comme le bruit du coquillage qui bâille au fond de la mer,
elle marche d’avance,
sans laisser rien d’autre derrière elle
que le sillage impromptu de sa nageoire invisible.
C'est au coin de la rue,
au passage d'un corbeau
qui pointe au front d'une vieille maison
comme fait un rocher, ailleurs, au sortir de la baie,
que, bâillant là ta vie et tes petites pensées,
tu marches d'avance, toi aussi,
sans laisser rien d'autre derrière toi
qu'un rapide dérangement du fluide de l'air,
et des mots,
écume de l'aileron qui replonge aussitôt
dans l'abîme.

La mort n'y mord ?

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Feuilles mortes se recroquevillent
dans la rue
— l’hiver vient —
comme des souris mortes
— il y un chat au jardin d’Éden —
comme des mains mortes
— mainmortable est leur condition —
comme des âmes mortes
— purgatoire en octobre, enfer en novembre, décembre, jenvier, février... —
Qui a dit un jour que
la mort n'y mord(1)
Le poète a l’étrange mérite
de croire au printemps.
Il est en Paradis ?

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1. Clément Marot. « À sa Dame ». In L'Adolescence clémentine (1538).

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