Christine Belcikowski

Publications 4

De loin

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Un peu courbé par l’âge, coiffé d’un petit chapeau,
cet homme qui passe sous le grand couvert,
ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre,
c’était mon père.
Je le reconnais de loin,
mais il passe sans me voir
et il disparaît sous la porte gothique,
dont je ne saurai jamais où elle le conduit,
ailleurs, si loin que même si je l’appelais,
ma voix ne l'atteindrait pas.
Je le reconnais aussi sur une carte postale d'autrefois,
ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre,
jeune et beau dans l'encadrement d'une porte ruinée,
rongée de lierre et assiégée par les arbres
qui ont envahi la cour d'un château oublié.
Je le reconnais sans le connaître déjà
puisque je ne suis rien encore dans son monde.
Il regarde quelque chose dans l’ouvert de la photographie,
j’aimerais qu’il me voie,
mais il ne me voit pas,
et si par miracle, il me voyait,
lui, dans l’encadrement d’une porte ruinée,
moi, devant une carte postale d’autrefois,
inconnus l’un à l’autre,
qu’aurions-nous à nous dire ?
Ô voix qui ne sonnent pas ! Ô regards qui se perdent !

1791-1792. Saint-Just. De la nature

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Entre septembre 1791 et septembre 1792, Saint-Just esquisse un texte qu'il intitule De la nature, de l'état civil, de la cité ou les règles de l'indépendance, du gouvernement, autrement appelé Du Droit social ou Principes du droit naturel. Ce texte restera inachevé. Mais Saint-Just poursuivra le même chemin de pensée dans le texte intitulé Institutions républicaines, rédigé entre l'automne 1793 et juillet 1794, resté inachevé lui aussi.

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Ci-dessus : Circa 1850, portrait de Lazare Hippolyte Carnot (1801-1888), député, sénateur, ministre de l'Instruction publique, membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Pierre Petit, photographe, Charles Fuhr, photograveur.

« Nous savons que Barère transmit à David d’Angers et à Hippolyte Carnot les manuscrits de ses Mémoires et ses notes historiques. La plupart des manuscrits de Saint-Just que possédait Barère semblent avoir été confiés au fils de Lazare Carnot et conservés dans sa famille, puisque c’est l’un de ses descendants qui fit don en novembre 1944 à la Bibliothèque nationale du carnet coté NAF 12947 et des manuscrits de Saint-Just, ou concernant Saint-Just, formant le volume NAF 24158 » (1).

Donné à La BnF par la famille Carnot, le manuscrit de De la nature a été édité pour la première fois par Albert Soboul en 1951. Ce manuscrit fait l'objet d'une étude philologique détaillée dans un article d'Anne Quennedey, publié en 2008 dans les Annales historiques de la Révolution française (2). L'étude d'Anne Quennedey montre que, consigné sur un carnet commencé à partir de la dernière page, puis recommencé à partir de la première page du même carnet, le texte de Saint-Just a connu deux versions successives, témoins de l'évolution d'une pensée naissante, qui cherche à se distinguer alors de celle de ses trois grands prédécesseurs : Hobbes dans Leviathan en 1651 ; Montesquieu dans L'esprit des lois en 1748 ; Rousseau dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes en 1754, puis dans le Contrat social en 1762.

Lire la suite de 1791-1792. Saint-Just. De la nature

Pourquoi des anges ?

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— Pourquoi des anges ? des saints qui volent ?
— Et pourquoi pas ? Songe aux tableaux de Sassetta…
au Bienheureux Ranieri Rasini qui délivre les pauvres de la prison de Florence
Des anges, des saints qui volent,
des OVNI, d'annonce très ancienne...
Oiseaux voiliers, parfois turbo,
qui nous suivent dans l’air
et dans l’eau des miroirs,
qui nous frôlent en nous bousculant parfois oh ! à peine !
et qui font lever d’un coup d’aile
et d’un souffle au bord de l’œil,
comme une flamme dans l'air,
une flamme torse
qui inquiète et fascine à la fois,
mais furtive
au point qu’on doute d’avoir vu ni senti là
rien qui soit !
Comme une flamme...
Qu'est-ce qu'il y a quand on dit « comme »... ?
Qu'est-ce qu'une flamme qui ne brûle pas ?
Qu’est-ce qu’une forme sans matière ?
Une forme, par exemple,
qu’on entrevoit par la fenêtre,
là-bas, au fond du jardin,
qui flotte dans l'air,
et qui demeure sans pourquoi
puisqu'il n'y a rien d'autre au fond du jardin
que des fleurs au pied d'un vieux mur
et un arrosoir d'enfant, oublié dans l'herbe.
Une ombre ?
Il n'y a là, sous le soleil, rien du tout
qui puisse porter une ombre semblable !
Alors ?
Une ombre d'ange ?
— Bah ! Vessies et lanternes !
— Et pourtant ! Je l'ai vue...
— Ce qui crée une ombre, dit le dictionnaire, c'est l'interposition d'un objet opaque entre une source de lumière et une surface qu'éclaire cette lumière. Elle se matérialise par une silhouette sans épaisseur.
— Et quand un ange s'interpose ?
Un ange descendu des tableaux du vieil âge et qui passe au fond du jardin...
et qui me regarde peut-être...
Ailleurs que dans la peinture, le corps des anges est diaphane...
— Vésanies ! Folle avoine ! Persicaire et marron d'inde...
Heureusement, les vésanies, on ne peut pas les avoir toutes !
— Taratata, le corps des anges est diaphane,
comme mon regard est diaphane,
et cependant il existe,
comme ton regard est diaphane,
et cependant il existe,
comme tout regard est diaphane,
et cependant il existe.
Quel beau mot, diaphane !
et quelle vertu mystérieuse !
— De quelle vertu parles-tu ?
J'abandonne.
Tu me racontes des histoires, comme on fait à l'oreille des enfants.
— Patience dans l'azur de la raison raisonnante !
Il te suffit de vivre,
vivre !
et de garder les yeux ouverts,
pour entrevoir parfois, au fond d'un petit jardin
où traîne un arrosoir d'enfant, oublié dans l'herbe,
des choses invisibles.

À lire aussi :
De quelques OVNI, figures curieuses du Christ, des Anges et du Saint dans la peinture de Giotto et de Sassetta
Ascendentes & descendentes. Quand Jacques Bénigne Bossuet parle des anges

Dans la famille Barrière d'Arvigna. D'un inconnu à un historien célèbre

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Ci-dessus : 11 novembre 1861. Décès de Thomas Bonnaventure Barrière. Archives dép. de l’Ariège. Pamiers. Décès. Document 1NUM/4E2795. Vue 231.

Le cas de Thomas Bonnaventure Barrière, mort d'ascendance inconnue, mais natif d'Arvigna, demeure une pierre d'attente dans la Tentative de généalogie de la famille Barrière au hameau de Languit qui fait l'objet de mon article précédent. Mort le 11 novembre 1861 à Pamiers, rue de la Place, Thomas Bonnaventure Barrière était âgé alors de 84 ans. On en déduit qu'il était né à Arvigna circa 1777. Comme on ne trouve pas son acte de baptême en 1777 ni 1778, et comme les actes de baptêmes manquent pour les années 1775 et 1776 (1), force est de constater que Thomas Bonnaventure Barrière ne figure pas dans le registre paroissial d'Arvigna. Et pourtant...

C'est un article de la Société ariégeoise des sciences, lettres et arts daté de 1922 qui m'a mis la puce à l'oreille : « Le comte de Terssac vendit le domaine [de Lissac], comprenant 76 hectares 84 ares 81 centiares, le 19 mai 1855, à Thomas Bonaventure Barrière-Flavy, de Pamiers » (2). Barrière-Flavy ? Mais d'où vient donc qu'en 1855 notre Thomas Bonnaventure Barrière se nomme désormais Barrière-Flavy ?

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Ci-dessus : 26 mai 1780. Baptême de Bernard Fabie Barrière. Archives dép. de l'Ariège. Arvigna (1669-1788). Document 1NUM/179EDT/GG1. Vue 272.

On se souviendra que, le 26 mai 1780, Maître Roubichou, curé d'Arvigna, natif d'Arvigna, baptise à Arvigna Bernard Fabie Barrière, fils du sieur Antoine Barrière et de dame Catherine Allaux. Parrain, le sieur Bernard Fonta, de Fraychenet, et la marraine, Flavie Allaux, de la ville de Pamiers. Mariés circa 1770, Bernard Fabie Barrière et Catherine Allaux sont entre 1774 et 1782 les heureux parents de six enfants connus : Antoine Jean Baptiste Noël Barrière en 1772 ; Jeanne Barrière en 1774 ; Magdeleine Joseph Barrière en 1777 ; Bernard Fabie Barrière en 1780 ; Marie Rose Thérèse Barrière en 1781 ; Madeleine Marguerite Justine Barrière en 1782.

Bernard Fabie Barrière, devenu par la suite receveur, épouse en 1811 Michelle Magdeleine Cazabonne, native de Benac dans les Hautes-Pyrénées (3). Installé à Pamiers, rue de la Place, le couple y met au monde entre 1815 et 1823 six enfants : Catherine Bernard Barrière (24 mai 1815) ; Jeanne Barrière (18 juillet 1816) ; Adélaide Jeanne (30 sept 1817) ; Dorothée Rose (23 ou 29 juillet 1818) ; Bernard Alexandre (16 aout 1819) ; Jean Joseph Bernard (11 décembre 1823).

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Ci-dessus : 4 mai 1862. Mariage de Jean Joseph Bernard Barrière et de Pauline Émilie Vignes. Archives municipales de Toulouse. Mariages 1862. Cote : 1E407. Vue 114.

Le 4 mai 1862, Jean Joseph Bernard Bernard Barrière, 38 ans, avocat, propriétaire, 38 ans, né à Pamiers le 18 décembre 1823, y domicilié, fils de feu Bernard Flavie de Barrière et de feue Michelle Magdeleine Cazabonne, épouse à Toulouse demoiselle Pauline Émilie Vignes, 22 ans, sans profession, née à Toulouse le 5 août 1839, domiciliée rue Pharaon nº 21, sans profession, fille de M. Saturnin Vignes, docteur médecin, et de Dame Jeanne Pétronille Françoise Emilie Raynal, sans profession, domiciliés avec leur fille.

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Ci-dessus :21 mars 1863. Naissance de Bonaventure Casimir Flavy Barrière. Archives municipales de Toulouse. Naissances 1863 (jusqu'au 10 juillet 1863). Cote : 1E409. Vue 78.

Le 23 mars 1863 à Toulouse, Jean Joseph Bernard Flavy Barrière et Pauline Émilie Vignes, demeurant rue Pharaon nº 21, déclarent la naissance de Bonaventure Casimir Flavy Barrière, né le 21 du même mois.

Connu sous le nom de Casimir Barrière-Flavy, Bonaventure Casimir Flavy Barrière sera plus tard avocat, historien et archéologue, spécialiste de l'archéologie barbare, membre de la Société archéologique du Midi de la France, correspondant du Ministère de l'instruction publique et membre de l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse. Il mourra le 23 juin 1927.

Casimir Barrière-Flavy, historien, laisse une œuvre très riche, dont voici, entre autres, quelques titres : La baronnie de Calmont en Languedoc ; La baronnie de Miglos ; Censier du pays de Foix à la fin du XIVe siècle ; Dénombrement du comté de Foix sous Louis XIV (1670-1674) ; L'Abbaye de Calers (1147-1790) ; L'Abbaye de Marens et l'église de Saint-Geniès dans l'ancien comté de Foix, XIe, XIVe siècles ; L'Abbaye de Vajal dans l'ancien comté de Foix (1125-1195) ; Le capitaine Jean Le Comte, gouverneur du château et de la ville de Foix, 1584-1600 ; Censier du pays d'Albigeois et du Lautrecois dressé en vertu de l'ordonnance du comte Gaston III de Foix en 1385-1390 ; Cintegabelle au XVe siècle ; Un Magistrat royal au XVIIIe siècle : Gabriel-Étienne de Calvet, juge et bailli d'Auterive ; Les Coutumes de Molandier ; Le diocèse de Pamiers au XVIe siècle ; Le diocèse de Pamiers au XVIe siècle d'après les procès-verbaux de 1551 ; Documents inédits sur l'abbaye de Boulbonne dans l'ancien comté de Foix ; Histoire de la ville et de la châtellenie de Saverdun ; Histoire du collège de Pamiers de son origine à nos jours ; La Seigneurie et les seigneurs de Lissac et Labatut au comté de Foix (XIII-XVIIIe siècle) ; etc. (4) Il ressort de la généalogie de la famille Barrière d'Arvigna que celle-ci a lointainement donné à Arvigna un historien qui a été, en son temps en Languedoc, de la plus grande importance.

Et Thomas Bonnaventure Barrière, dans tout cela ? Eh bien, même si sa naissance s'est perdue dans la lacune des années 1775 et 1776 du registre paroissial d'Arvigna, il était sans doute fils du sieur Antoine Barrière et de dame Catherine Allaux, d'où frère de Bernard Fabie Barrière, d'où oncle de Jean Joseph Bernard Bernard Barrière, d'où grand-oncle de Bonaventure Casimir Flavy Barrière, l'historien. Et, profitant du coup de force patronymique de son frère, il s'est fait appeler, lui aussi, Barrière-Flavy.

Après son mariage avec Pauline Émilie Vignes, Jean Joseph Bernard Bernard Barrière, neveu de Thomas Bonnaventure Barrière, a quitté la rue de la Place à Pamiers pour s'établir au nº 21 de la rue Pharaon à Toulouse, dans la maison familiale de son épouse. Thomas Bonnaventure Barrière, lui, est resté à Pamiers, rue de la Place, et, même s'il a acheté le domaine de Lissac, c'est à Pamiers, rue de la Place qu'il a fini, comme l'indique son acte de décès.

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1. Lacune mentionnée au début du registre paroissial concerné. Archives dép. de 'Ariège. Arvigna (1669-1788). Document 1NUM/179EDT/GG1. Vue 2.

2. Barrière-Flavy. « La seigneurie et les seigneurs de Lissac et de Labatut (XIIIe-XVIIIe siècles) » (suite et fin), p. 258. In Société ariégeoise des sciences, lettres et arts.

3. La date de ce mariage demeure inconnue. Les archives de Benac, Hautes-Pyrénées, ne sont pas disponibles en ligne.

4. Pour une liste exhaustive, cf. databnf.fr : Casimir Barrière-Flavy (1863-1927).

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