Christine Belcikowski

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Quelques images de l'exposition Toulouse Renaissance

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Je ne vais jamais au musée des Augustins sans photographier d'abord, depuis le cloître, la petite Notre Dame de Grasse (fin du XV siècle) et, réfléchie par la vitre de la salle dans laquelle elle se tient, la cohorte de gargouilles qui lui font cortège.

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Dans les allées du cloître, les baies gothiques donnent à voir aux visiteurs du musée des images somptueusement déformées.

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Il y a des visages qui vous regardent, du haut des anciens chapiteaux.

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L'exposition se tient dans l'ancienne chapelle du couvent des Augustins. Impossible, quand on pousse la porte, de ne point céder à la fascination du regard mystérieux que nourissent, yeux fermés, les prophètes et les sybilles en terre cuite (1523) du sculpteur Jean Bauduy.

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Ci-dessus : détail d'un tableau, antérieur à 1860, sur lequel on voit, en haut à droite sur l'image, l'un des prophètes de Jean Beauduy dans le déambulatoire de la basilique Saint Sernin.

« Placés à l’origine dans le déambulatoire du chœur de la basilique Saint-Sernin, ces prophètes et sybilles furent délogés lors des travaux entrepris par Viollet-le-Duc à partir de 1860. Les prophètes prédisent la venue du Christ Sauveur, tandis que les sibylles annoncent les mystères joyeux ou douloureux de la vie du Christ. Si leur mise en couleurs brillante a disparu, ces sculptures n’ont rien perdu de la finesse de leur exécution, qui les a longtemps fait passer pour des masques mortuaires. Leur disposition d’origine, à 2,50 m du sol, explique leur inclinaison : elles sont légèrement penchées pour mieux s’adresser au fidèle ». (1)

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Voici comment on se représente Tholosa au XVIe siècle.

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Ci-dessus : détail des stalles réservées aux chanoines autour du chœur.

Inspirés par les figures de la mythologie gréco-romaine, les ébénistes de la Renaissance, dans le mobilier des églises, laissent libre cours à 'imagination d'êtres hybrides, mi-humains mi animaux.

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Ci-dessus : meuble orné de figures exotiques.

Christophe Colomb découvre les "Indes" en 1492. Montaigne, dans ses Essais, consacre un chapitre aux « Cannibales ». Les ébénistes contemporains intègrent dans leurs créations la figure de 'l'Indien".

Voici maintenant deux hommes importants du XVIe siècle toulousain.

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Ci-dessus : restauré en 1664 par possiblement Hilaire Pader (1617-1677), ancien portrait de Jean de Bernuy (Burgos, v. 1475 - Toulouse, 1556), principal représentant d'une famille castillane venue à Toulouse à la fin du XVe siècle, riche marchand pastelier qui a fait édifier, entre autres, l'hôtel de Bernuy.

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Ci-dessus : daté de la fin du XVIe siècle, portrait de Jean de Bertrand, ou Jean de Bertrandi (Toulouse, 1482 - Venise, 1560), membre important du Parlement de Toulouse, devenu ecclésiastique après son deuxième veuvage (1549) ; garde des sceaux en 1551, évêque de Saint-Bertrand de Comminges en 1555, puis archevêque de Sens en 1557, puis cardinal la même année.

Parmi les nombreuses pièces présentées dans l'exposition, je me suis bien sûr spécialement arrêtée devant les enluminures échappées à la destruction des antiphonaires de Philippe de Lévis, qui a été évêque de Mirepoix de 1497 à 1537.

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Ci-dessus : Maître de la lettrine au Saint Sébastien. Vision d'Isaïe. Circa 1510-1520. Texte du cartel correspondant : « Détachée d'un antiphonaire (disparu) sans doute commandé pour la cathédrale de Mirepoix, cette miniature représente la vision céleste du prophète Isaïe, émergeant au premier plan d'un paysage profond, la main levée pour se protéger des rayons de la figure divine. Le motif de feuillage doré de la lettrine montre une connaissance du vocabulaire ornemental de l'enluminure de la Renaissance italienne. »

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Ci-dessus : Maître de la lettrine au Saint Sébastien. Vision de Saint Paul. Circa 1510-1520. Texte du cartel correspondant : « Agencé au-devant d'une architecture de style Renaissance, rehaussée de panneaux de marbres colorés, le traitement de l'apôtre Saint Paul relève d'une même virtuosité picturale, visible dans le rendu des volumes et de l'espace et dans l'expression du personnage. »

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Ci-dessus : Antoine Olivier (connu de 1510 à 1537). Adoration de Mages (1333-1535) figurant dans l'un des antiphonaires de Philippe de Lévis. Texte du cartel accompagnant cette enluminure : « Dans une opulente initiale E, les mages qui entourent la Vierge sont tirés de modèles italiens. Une colonne rompue de sabre vert signe la fin du paganisme. Alors que le peintre fait preuve de son talent dans le rendu de l'espace, de la lumière et des volumes, la présence d'une mouche peinte en trompe-l'œil sur le tronc de l'arbre témoigne de son érudition : ce détail illusionniste est une citation de la fameuse mouche de Giotto, que celui-ci aurait placée sur le nez d'une figure que peignait Cimabue, son maître, qui aurait vainement tenté de la chasser. »

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Ci-dessus : Antoine Olivier. Pentecôte (1333-1535) figurant dans l'un des antiphonaires de Philippe de Lévis. Texte du cartel correspondant : « Dans cette lettre S élégamment fleurie, l'architecture classique devant laquelle se détachent la Vierge et les apôtres montre une profonde connaissance du répertoire renaissant. »

« L'auteur des enluminures du somptueux antiphonaire destiné à la cathédrale de Mirepoix, qui a suscité bien des hypothèses, est désormais identifié. Il s'agit d'Antoine Olivier, fils d'un peintre verrier toulousain ». Le cartel ne dit malheureusement pas comment les historiens de l'art sont parvenus à cette identification.

Voici encore l'enlèvement du petit Saint Étienne par le Diable, détail de la Naissance de Saint Étienne, très grande tapisserie commandée en 1532 pour la cathédrale Saint Étienne et créée par Jean Puechaut d'après un carton d'Antoine Olivier. Texte du cartel correspondant : « Dans un cadre architectural à l'antique, orné de trophées et de médaillons, plusieurs scènes figurent la naissance du Saint, son ondoiement, son enlèvement par le Diable et, à l'arrière-plan, le pieux ermite qui le recueille. »

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Ci-dessus : détails de la Naissance de Saint Étienne. Enlèvement du petit Saint Étienne par le Diable.

Voici maintenant une petite partie d'un très long plan de redressement du cours de l'Hers-Mort, tel qu'élaboré au XVIe siècle, jamais mis en œuvre au demeurant.

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Ci-dessus : situé à la hauteur de Merville (Haute-Garonne)saint, détail du plan de redressement du cours de l'Hers.

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Ci-dessus : détail du même plan ; repésentation du château dit le « Petit Paradis ».

Je me suis arrêtée aussi devant la Multiplication des pains, œuvre d'un anonyme languedocien, datée de 1556, ordinairement conservée au musée de Narbonne.

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Ci-dessus : détail de la Multiplication des pains.

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Ci-dessus : autre détail de la Multiplication des pains. Oh ! l'alignement des profils, et les yeux en amande !

L'exposition Toulouse Renaissace accorde une large place aux œuvres de Nicolas Bachelier (1487-1556), maître-maçon, ingénieur, architecte et sculpteur, actif au milieu du XVIe siècle, installé à la tête d'un important atelier.

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Ci-dessus : autre exemple de l'influence de l'antiquité gréco-romaine.

Le présent article fait état d'une promenade subjective. Tant d'autres pièces sont à voir dans l'exposition Toulouse Renaissance ! Cette exposition se termine hélas le 24 septembre 2018. Pardon pour les quelques points blancs ou éclairs bleus qui déparent certaines photos. Ils résultent des spots qui éclairent les vitrines. Le diable veut que, même au prix de diverses acrobaties, le photographe ne puisse pas toujours les éviter.

1. Musée des Augustins. Sculptures. Renaissance. Jean Bauduy.

Chalabre. Une visite à la chapelle du Calvaire

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Dimanche dernier, je me suis rendue à la chapelle du Calvaire afin d'assister à une conférence de Martine Rouche : À Chalabre, Aude, Jean François Vidalat, dernier ermite, et son petit-neveu Jean François Vidalat, peintre et photographe. La conférence a été brillante. Je n'en rendrai pas compte ici : on peut s'en procurer le texte auprès de l'Association pour la restauration de chapelle du Calvaire. Le site du Calvaire est magnifique ; la chapelle, remplie de tableaux et d'ex-votos. Tous ont besoin d'être restaurés. Mais le nombre et la qualité impressionnent, en l'état. Voici quelques images rapportées de la chapelle du Calvaire.

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Ci-dessus : maison de Jean François Vidalat (29 octobre 1772 - 3 décembre 1849), dernier ermite de la chapelle du Calvaire.

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Ci-dessus : Jean François Vidalat (5 octobre 1836 - 30 juillet 1918). Jésus au jardin de Gethsémani. 1862.

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Ci-dessus : ex-voto offert par Maître Jean Pierre Rieutort [notaire] de Chalabre. « Allant à Campagne, s'estant recommandé au Calvaire, dans le momant où il tombait dans un précipisse, il fut préservé d'une manière miraculeuse. »

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Une performance de C. Journer à Mirepoix, galerie de l'Impénitente

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Ci-dessus : Claire Journer, dans le moment troublant de sa performance..

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La proposition de C. Journer est clairement féminine. Elle se trouve assortie d'une vidéo, issue du nô japonais, dans laquelle un homme demande à une femme de retirer son manteau de plumes, ou son kimono, ou sa robe en monnaie du pape... Masculin/féminin... Face au travail de C. Journer, nous pouvions voir l'autre soir, accroché au-dessus de la cheminée de la galerie de l'Impénitente, un portrait de l'homme, en relief, tout en laine... Je ne le montre pas ici. Il faut aller voir à Mirepoix, rue des Pénitents blancs...

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À Mirepoix, l'ancien café du Centre

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Ci-dessus : A. Faure. À Mirepoix, ancien café Rouan, dit café du Centre. Collection particulière.

Observez la guérite, au bout du Grand Couvert. À quoi servait-elle ? Quelqu'un s'en souvient-il ?

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Les deux mariages de Délia Clauzel et de Georges Schiff Giorgini. Seconde partie

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1. René Laforgue, Délia Laforgue, Georges Schiff Giorgini, de 1949 à 1945

En 1939, jugeant inéluctable la défaite de la France, René Laforgue tente de négocier auprès du Docteur Mathias Heinrich Göring, cousin du Maréchal Hermann Göring, la possibilité d'une future parution de la Revue française de psychanalyse sous la tutelle allemande, et celle d'une publication allemande de son dernier livre, La psychopathologie de l'échec. Il espère en effet voir son livre « reconnu sur l’une et l’autre rive du Rhin, lui, Français né Allemand, de sorte qu’il s’adresse symétriquement, afin d’en promouvoir le contenu, au Dr Göring à Berlin et à Jean Ballard à Marseille, l’éditeur des Cahiers du Sud ! » (1). D'après Paul Jury, jésuite et psychanalyste en son temps [un brin misogyne peut-être ?], Laforgue écoute trop Délia », qui le pousserait alors dans des voies « dangereuses » (2). Interrogée par Élisabeth Roudinesco après la mort de René Laforgue, Délia Laforgue mentionne « le fait que René Laforgue avait été sollicité pour participer aux activités de l’Institut psychanalytique de Berlin » (3). Quoi qu'il en soit, rendu suspect aux yeux des Nazis par son adhésion à la Ligue internationale contre le racisme, René Laforgue n'obtient rien du Docteur Göring, à Berlin. En 1942, il publie sa Psychpathologie de l'échec chez Jean Ballard, à Marseille, alors capitale de l'exode auquel se trouvent contraints nombre d'écrivains et d'artistes , qui, du fait de l'oppression totalitaire, « ne sont plus rien ». (4)

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En 1942, la réussite du couple que forment René Laforgue et Délia Clauzel-Laforgue se trouve couronnée par la naissance d'une petite fille. C'est pour René Laforgue, qui le désirait tant, son premier enfant. La fillette est hélas mongolienne. René et Délia Laforgue auront la douleur de la perdre en 1946. René Laforgue, qui « avait longtemps refusé de voir la fragilité de son enfant », gardera de cette disparition une « impression atroce » (5). Le couple adoptera par la suite une autre fillette. On ne dispose d'aucun renseignement sur cette adoption.

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Ci-dessus : maison du Docteur et de Madame Laforgue aux Chaberts, écart de Garéoult, près de La Roquebrussane, dans le Var.

À partir de 1942, repliés sur leur propriété des Chaberts, où ils avaient l'habitude d'accueillir des analysants dans le cadre d'un joyeux « club des piqués »  _ Françoise Dolto a pratiqué les vendanges de Garéoult —, René et Délia Laforgue ajoutent à ces "piqués" des Juifs et des réfractaires au STO. René Laforgue facilite le départ pour l'étranger d'Olivier Freud [fils de Sigmund Freud] et de Henny Fuchs, son épouse, et il dirige la cure d'Eva Freud, une des filles du couple, qui refuse de quitter la France. (6)

« Giorgini Schiff sera arrêté par les Allemands en septembre 1943, à la suite de l’armistice italien », dixit Patrick Modiano dans Un pedigree. (7)

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Ci-dessus : photographie du camp de de concentration de Flossenbürg, lors de sa libération le 23 avril 1945.

Comme indiqué par Patrick Modiano dans Un pedigree, notent Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, « Georges Schiff Giorgini est arrêté par les Allemands en 1943, à la suite de l’armistice italien. Il est alors déporté au camp de Flossenbürg, en Bavière ». Il ne cesse d’y rendre aux Français emprisonnés avec lui « de très grands services », précise le rapport établi en 1950 pour lui attribuer la légion d’honneur. »

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Ci-dessus : Archives nationales. Base Léonore. Cote : 19800035/718/81737. Georges Schiff Giorgini.

2. Georges Schiff Giorgini et Michela Giorgini, de 1946 à 1978

Libéré en 1945, Georges Schiff Giorgini reprend rapidement ses activités. En 1946, il épouse Michela Belmonte, 23 ans, née à Padoue le 30 octobre 1923, fille de Belisario Belmonte, officier, et de Gemma Lucchesi.

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Ci-dessus : Michela Belmonte en 1942. Université de Pise. Michela Schiff Giorgini.

« Homme d'une grande intelligence, de trente ans l'aîné de Michela, Georges Schiff Giorgini est à son écoute et saura l'accompagner, l'encourager, et lui donner les moyens financiers de réaliser ses rêves. En effet, la vie mondaine et effrénée qu'elle mène d'abord auprès de son mari à Paris, où elle rayonne de beauté et de charme, ne correspond pas à ce qu'elle recherche : elle aspire à une existence plus profonde, plus vraie. C'est alors qu'elle entreprend une série de voyages à travers le monde : l'Amérique, l'Afrique, l'Asie... de longs périples solitaires en quête du passé, préparés scrupuleusement sur tous les plans, tant archéologiques que philosophiques. C'est en Inde et surtout au Cambodge qu'elle sent naître en elle le sentiment qui va devenir une passion et une vocation dès le premier contact avec l'Égypte. »

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Ci-dessus : Michela Schiff Giordini en 1957. Université de Pise. Michela Schiff Giorgini.

« Quand l'appel irrésistible s'est fait sentir, au crépuscule, au pied du grand sphinx de Giza, j'ai tout abandonné pour le suivre... Après plusieurs séjours d'étude au pays des pharaons, Michela Schiff Giorgini décide de monter une mission de fouilles, encouragée et assumée financièrement par son mari. Elle entreprend, sous le patronage de l'université de Pise, une expédition à Soleb (Nubie soudanaise). » (8)

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Ci-dessus : xxx.

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Ci-dessus : Michela Schiff Giorgini dans les années 1960, à l'université de Pise. Université de Pise. Michela Schiff Giorgini.

De 1957 à 1977, Michela Schiff Giorgini viendra presque chaque année travailler à Soleb d'octobre à mars, et elle deviendra ainsi la célèbre dame de Soleb. Georges Schiff Giorgini, son mari, âgé alors de 70 ans, meurt le 15 décembre 1965, dans leur Villa des deux peupliers, à Neuilly.

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Ci-dessus : 15 décembre 1965. Décès de Georges Schiff Giorgini. Archives nationales. Base Léonore. Cote : 19800035/718/81737. Georges Schiff Giorgini.

En 1971, l'université de Pise décerne à Michela Schiff Giorgini le doctorat honoris causa.

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Ci-dessus : Michela Schiff Giorgini e il Rettore Ranieri Favilli in occasione del conferimento del diploma di Benemerito della scuola e della cultura (1976; Foto Frassi).Université de Pise. Michela Schiff Giorgini.

En 1977, Michela Schiff Giorgini s'installe au Soudan afin d'y mener à bien la publication de la totalité de ses travaux sur le temple de Soleb. Elle se retire ensuite en Espagne pour y achever son œuvre. À son départ du Soudan, son travail, son dévouement sont encore reconnus par la médaille d'or de la Science et de la Culture de la République du Soudan. À l'université de Khartoum, on lui remet le doctorat honoris causa. D'autres honneurs lui sont encore réservés : en Italie, commandeur du Mérite, médaille d'or du Mérite des Arts et des Lettres de l'université de Pise ; en France, chevalier de l'ordre national du Mérite, et chevalier de la Légion d'honneur. Michela Schiff Giorgini meurt d'une méningite fulminante à Benissa (Alicante), le 3 juillet 1978, à l'âge de 55 ans.

3. René Laforgue et Délia Laforgue, de 1946 à 1997

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Ci-dessus : René Laforgue.

En 1946, l'année où René et Délia Laforgue perdent leur petite fille, John Leuba, médecin et psychanalyste suisse, qui a été secrétaire de la Société psychanalytique de Paris en 1934, et qui, après la période d'interruption due à la guerre, succède cette année-là à René Laforgue à la présidence de cette société, accuse son prédécesseur d'avoir collaboré avec les Nazis. La conduite de René Laforgue pendant l'Occupation fait alors l'objet d'un procès en épuration devant le Conseil de l'Ordre. René Laforgue en sort acquitté faute de preuves. Françoise Dolto entre autres, l'une de ses analysantes, l'a soutenu. Jacques Lacan aussi. Et Délia Laforgue le défendra toujours bec et ongles. Mais il ne se remettra jamais d'une telle épreuve.

Certains des psychanalystes et historiens de la psychanalyse actuels considèrent que René Laforgue constitue un exemple vivant de sa La psychopathologie de l'échec. René Laforgue a probablement souffert, en tout cas, du sentiment d'une sorte d'illégimité d'origine. Il est né de parents qui, enfants illégitimes tous deux, n'ont pas obtenu l'autorisation de se marier à l'église. Premier disciple français de Freud, il s'est vu en 1927 détrôner par Marie Bonaparte, la Princesse Bonaparte, dans l'affection du Maître. Il a créé de nouveaux concepts psychanalytiques que le Maître a boudé ou refusé de valider. Né pauvre, ses confrères lui ont reproché de travailler à se faire une clientèle riche. Né Allemand, devenu Français en vertu de l'histoire tourmentée de son Alsace-Lorraine natale, il a pâti aux yeux de ses pairs de sa germanité originelle, trop facile à dénoncer dans le contexte de l'époque. Anti-communiste déclaré, hanté par la crainte de la menace que ferait peser l'impérialisme soviétique sur l'Europe occidentale, il compte dans le milieu psychanalytique nombre de détracteurs qui ont été « résistants, juifs en général, marqués par la clandestinité, par l’horreur du génocide qui a frappé leurs proches, et fortement engagés dans les réseaux organisés par le P.C.F. » (9)

Dans son Dictionnaire de psychanalyse, Elisabeth Roudinesco montre que, « si Laforgue fut maudit par le mouvement psychanalytique, ce fut moins en raison de sa prétendue collaboration avec l'ennemi, que pour sa pratique didactique, jugée transgressive et inadaptée aux normes de l'IPA (Association psychanalytique internationale). » (10)

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En 1947, René Laforgue publie encore aux éditions du Mont-Blanc un Talleyrand. L'homme de la France : essai psychanalytique sur la personnalité collective française, livre dans lequel il défend la lucidité et l'opportunisme politique de Talleyrand.

En 1948, recrus d'épreuves, « la situation très confuse de l’après-guerre, plus un deuil familial (nous avions perdu notre petite fille en 1946)... » (11), René et Délia Laforgue décident de partir au Maroc, pays avec lequel Délia a des liens familiaux, où Madeleine Louise Marie Henriette Thomas, sa mère, possède un domaine près de Camp Marchand (aujourd'hui Rommani), à une dizaine de kilomètres de Rabat, et où l'un de ses frères, conseiller chérifien, est un commensal de la famille royale.

Le couple Laforgue s'installe à Casablanca, avenue du Vélodrome, dans la villa La Clarté, proche de celle de Madame Desmarais, riche héritière des établissements Félix Potin et des pétroles Desmarais Frères d'Alsace. Cette ancienne patiente et amie des Laforgue contribue par la suite à la construction d'un superbe Institut psychanalytique, situé entre les deux villas, institut dans lequel René Laforgue officiera désormais, en compagnie d'autres praticiens, embrassant ici le statut de pionnier de la psychanalyse en terre d'Islam. » (12)

En 1950, René Laforgue se rend au premier congrès mondial de la psychiatrie (Paris), et il profite de la tribune pour dénoncer « le fanatisme des sociétés psychanalytiques ». Dans cette dénonciation, il ne se trouve pas isolé. « Les particularités de sa pratique, jugée depuis l’origine peu ” orthodoxe ” — Laforgue poursuit des relations sociales avec ses étudiants en analyse —, ont contribué à former autour de lui un cercle de partisans résolus à le défendre. Françoise Dolto et Juliette Favez-Boutonier sont d’anciens membres de ce « Club des piqués »que formaient ses analysés lors des vacances psychanalytiques passées en commun aux Chaberts. Les liens transférentiels considérables qui ont été ainsi tissés déterminent des blessures narcissiques considérables chez ceux qui assistent à la déconsidération, à l’opprobre même qui atteint l’image idéalisée de leur analyste. » (13)

En 1953, consommant ainsi sa rupture avec la génération psychanalytique dont il est issu, René Laforgue démissionne de la Société psychanalytique de Paris (SPP) pour adhérer à la nouvelle Société française de psychanalyse (SFP). Françoise Dolto et Juliette Favez-Boutonier, entre autres, le suivent.

À l'Institut psychanalytique de Casablanca ainsi qu'à la villa La Clarté, où René Laforgue reçoit comme toujours de nombreux disciples, Délia Laforgue continue de soutenir activement son mari. Claude Igert, médecin militaire qui a fait partie des disciples en question, porte ici témoignage :

« Ceux d’entre nous qui furent accueillis à la villa La Clarté, savent combien madame Laforgue participait activement et avec quelle distinction, aux tâches multiples de son mari, sachant créer autour de lui le climat propice aux échanges fructueux, qu’elle animait de sa vivacité d’esprit, et enrichissait de sa grande culture. Collaboratrice spécialement éclairée par son expérience psychanalytique personnelle, elle offrait au Docteur Laforgue cette chance très rare d’avoir à ses côtés un témoin intime de ses pensées et de ses problèmes les plus techniques, capable de discuter, comme de mettre au point avec lui, la rédaction de ses ouvrages. » (14)

Nanti d'une riche patiente européenne, René Laforgue, dans les années 1950, fait sur ce point-là encore l'objet de vives critiques de la part de ses rivaux de la Société psychanalytique de Paris. La plupart d'entre eux réprouvent sa conception et sa pratique d'une psychiatrie qu'ils jugent de type essentialiste, par là différentialiste, partant, colonialiste ou néo-colonialiste. Interrogée sur cette question, Délia Laforgue, non sans naïveté, répondra à Élizabeth Roudinesco en ces termes :

« Mon mari était très intéressé par la psychologie arabe et le super-ego arabe. Cela lui a permis de beaucoup élargir ses conceptions sur cette question. Il a eu, dit-elle, plusieurs Arabes en traitement. » (15)

René Laforgue partage en effet avec plusieurs de ses confrères installés au Maroc, dont C.A. Pierson, le concept de « super-ego » variable selon les races ou les peuples, désignant ici « un déterminisme profond, collectif et religieux, qui, dépassant l’individu, commanderait ses actes. Aucun rationalisme, aucune dialectique matérialiste ne saurait ébranler totalement ces fondations souterraines, ces archétypes structuraux, sur lesquels s’échafaudent les superstructures les plus modernes en apparence » (16). La validité conceptuelle de ces « archétypes structuraux » fera plus tard l'objet de nombreux débats entre analystes jungiens et analystes freudiens. (17)

On sait, dit par exemple A. Gibeault, tenant de la théorie jungienne, que « Freud et Jung n’étaient pas si éloignés l’un de l’autre par la nécessité de fonder l’universalité de la vie psychique sur une structure universelle : de ce point de vue, le recours freudien aux fantasmes originaires et l’hypothèse jungienne de l’inconscient collectif répondent à la même exigence épistémologique. Freud a toujours insisté sur la primauté du sexuel au sens de la sexualité infantile. [...]. Mais la théorie des archétypes jungiens est plus générale que celle des fantasmes originaires, car elle entend décrire le fonctionnement psychique sans donner de primauté à la sexualité infantile » (18). Sans être un tenant de la théorie jungienne, René Laforgue a soutenu de longue date, et plus encore dans ses années marocaines, la primauté des archétypes structuraux de l'inconscient collectif sur celle des fantasmes originaires de la sexualité infantile.

En 1956, la déclaration d'indépendance duMaroc suscite chez les Laforgue une angoisse quasi paranoïaque, analogue à celle que leur avait inspirée le péril rouge au lendemain de la guerre de 1939-1945. Ils décident alors de rentrer en France. Ils s'installent cette au Plan-de-Grasse cette fois, et plusieurs membres de « la bande marocaine à Laforgue »  les y rejoignent. Peu ou prou désengagé de la Société française de psychanalyse, René Laforgue poursuit là sa pratique habituelle, lit, écrit, mais ne publie plus.

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Ci-dessus : René Laforgue circa 1960.

Le 1er mai 1961, René Laforgue écrit à Marie Bonaparte pour lui dire qu'il a conservé et mis à l'abri les lettres qu'il a reçues d'elle, et de Freud également :

« Vos lettres sont retrouvées et en sécurité avec celles de Freud. Ce n'est pas sans une certaine émotion que je les ai relues. Elles me rappellent une époque où candidement je croyais que la psychanalyse pouvait rendre les hommes meilleurs. Si j'arrive à vous écrire avec un certain détachement c'est que je ne compte plus sur la reconnaissance de ceux à qui j'ai essayé de rendre service. Plus nous croyons savoir ce que nous faisons, plus me semble-t-il, nous sommes ignorants des motifs qui nous font agir. » (19)

En 1962, René Laforgue, qui souffre de problèmes de santé, retourne à Paris avec son épouse afin d'y bénéficier de meilleurs soins. Le couple réside dès lors au 62 bis de la rue de la Tour (XVIe arr.), dans l'immeuble dont Délia, après son divorce de 1937, a conservé la propriété ou la jouissance. Le 6 mars 1964, René Laforgue meurt des suites d'une intervention chirurgicale.

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Ci-dessus : 6 mars 1964. Décès de René Joseph Laforgue. Archives nationales. Base Léonore. Cote : 19800035/380/51012. René Joseph Laforgue.

Après la mort de son mari, Délia Laforgue s'installe à Genève avec sa fille adoptive. Là, elle se consacre à la publication des œuvres complètes de René Laforgue aux éditions Mont Blanc (Genève), « non sans avoir procédé aux remaniements et aux corrections qu’il avait eu lui-même l’intention d’apporter à son œuvre », selon les dires mêmes de l’éditeur (20).

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Le 9 novembre 1997, Marie Louise Adélaïde Jeanne Henriette Clauzel, dite Délia, meurt à Genève à l'âge de 88 ans.

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Ci-dessus : 9 novembre 1997. Décès de Marie Louise Adélaïde Jeanne Henriette Clauzel, dite Délia. État-civil de Paris. Naissances. 1909. XVIe arrondissement. 16 16N 101_C. Vue 10.

4. Ellis Schiff Giordini en 2003

Le 15 septembre 2003, Ellis Schiff Giorgini formule auprès du tribunal chargé du règlement des litiges relatifs aux biens des victimes de l'holocauste une requête en hérédation du compte de Delia Schiff-Giorgini, sa mère. Voici la sentence rendue par ce tribunal (21). [N.D.R. La sentence se trouve assortie de la mention suivante : « All awards are published, but where a claimant has requested confidentiality, as in this case, the names of the claimant, any relatives of the claimant other than the account owner, and the bank have been redacted ». « Tous les montants sont publiés, mais lorsqu'un requérant a demandé la confidentialité, comme en l'espèce, les noms du demandeur, des membres de la famille du demandeur autres que celui du propriétaire du compte et de la Banque ont été expurgés ». Comme toutes les personnes en question se trouvent nommées dans les deux articles que je consacre à Délia Clauzel, j'ai pris la liberté de rétablir les noms de ces personnes dans la traduction française de la sentence.].

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Ci-dessus : Claims Resolution Tribunal. In re Holocaust Victim Assets Litigation. Case No. CV96-4849.

« The Claimant submitted a Claim Form identifying the Account Owner as his mother, [REDACTED] (also known as Delia) Schiff-Giorgini, née [REDACTED], who was born on 15 May 1909 in Paris, France, and was married to [REDACTED] (also known as [REDACTED]) Schiff-Giorgini on 12 March 1928 in Paris. The Claimant stated that his parents were divorced on 11 February 1937, and that his mother remarried on 23 June 1939 in Paris, to [REDACTED]. According to the Claimant, his mother, who was Jewish, was a housewife who resided in Paris until 1931 at 1 rue de Buenos Aires, and subsequently at 62 rue de la Tour until 1939. The Claimant stated that his mother fled at the beginning of the Second World War to the town of Gareoult in the south of France, where she remained in hiding from the Nazis until 1945, whereupon she returned to Paris. The Claimant further stated that his mother died on 9 November 1997 in Geneva, Switzerland. In support of his claim, the Claimant submitted extracts of his mother’s birth and marriage certificates, which indicate that she resided in Paris, France and that she was married to [REDACTED]; an extract of his own birth certificate; an excerpt from Les Maréchaux de la Revolution et de la Monarchie de Juillet: Leur Familie et Leur Descendance (The Marshals of the Revolution and the July Monarchy: Their Families and Their Descendants), 2 indicating that [REDACTED] is the son of [REDACTED] and [REDACTED] (also known as Delia) [REDACTED], who was married to [REDACTED] until 1937; and an excerpt from Who’s Who in France (fifth edition), indicating that [REDACTED] married Mlle. (Miss) Delia [REDACTED] on 12 March 1928. The Claimant indicated that he was born on 17 December 1931 in Paris. »

« Le requérant présente un formulaire de réclamation, identifiant le propriétaire du compte comme étant sa mère, [Marie Louise Adélaïde Jeanne Henriette] (également connue sous le nom de Delia) Schiff-Giorgini, née [Clauzel], qui est née le 15 mai 1909 à Paris, en France, et a été mariée à [Giorgio] (aussi connu sous le nom de [Georges]) Schiff-Giorgini le 12 mars 1928 à Paris. Le requérant a déclaré que ses parents ont divorcé le 11 février 1937 et que sa mère s'est remariée le 23 juin 1939 à Paris, avec [René Joseph Laforgue]. Selon le requérant, sa mère, qui était juive [!], était une femme sans profession qui a résidé à Paris jusqu'à 1931 au 1 rue de Buenos Aires, puis au 62 rue de la tour jusqu'au 1939. Le requérant a déclaré que sa mère a fui au début de la seconde guerre mondiale à Garéoult, dans le sud de la France, où elle est restée cachée aux Nazis jusqu'en 1945, après quoi elle est retournée à Paris [!]. Le requérant ajoute que sa mère est décédée le 9 novembre 1997 à Genève (Suisse). À l'appui de sa réclamation, le requérant présente des extraits des certificats de naissance et de mariage de sa mère, qui indiquent qu'elle a résidé à Paris, en France, et qu'elle a été mariée avec [Georges Schiff Giorgini] ; un extrait de son propre acte de naissance ; un extrait des (les maréchaux de la révolution et la monarchie de juillet : leurs familles et leurs descendants, indiquant que [Ellis Schiff Giorgini] est le fils de [Georges Schiff Giorgini] et de [Marie Louise Adélaïde Jeanne Henriette] (également connue sous le nom de Delia) [Clauzel], qui a été mariée à [Georges Schiff Giorgini] jusqu'à 1937 ; et un extrait du Who's Who en France (cinquième édition), indiquant que [Georges Schiff Giorgini] a épousé Mlle Delia [Clauzel] le 12 mars 1928. Le requérant indique qu'il est né le 17 décembre 1931 à Paris. »

On remarque ci-dessus que la déclaration de Ellis Schif Giorgini, seul survivant en 2003 de la famille Schiff Giorgini-Clauzel, comporte des erreurs, des approximations et des omissions étonnantes.

Délia Clauzel-Laforgue, arrière-arrière petite-fille du très ariégeois Maréchal Clauzel, n'était pas juive, mais divorcée depuis 1937 de Georges Schiff Giorgini, juif de nationalité italienne. En 1940-1941, Délia Clauzel-Laforgue n'a pas fui à Garéoult pour s'y cacher des Nazis jusqu'en 1945. C'est René Laforgue, son mari, qui, membre de la Ligue internationale contre le racisme jusqu'en 1939, a jugé préférable de s'y réfugier. Après 1945, Délia Clauzel-Laforgue et René Laforgue sont bien retournés pour quelque temps à Paris ; mais ils se sont ensuite installés au Maroc, où ils ont vécu jusqu'en 1956. Après 1964, Délia Clauzel-Laforgue s'est retirée à Genève avec sa fille adoptive. Qu'est devenue depuis 1997, cette fille adoptive dont Ellis Schiff Giogini ne mentionne pas l'existence ? À noter que celle-ci est peut-être décédée, puisque « the CRT notes that there are no other claims to this account », le Claims Resolution Tribunal note qu'il n'y a pas d'autre requérant pour ce compte.

Que faut-il penser de la déclaration d'Ellis Schiff Giorgini, en particulier de l'allégation selon laquelle « sa mère était juive » ? Que faut-il penser du recours au Claims Resolution Tribunal, « in re Holocaust Victim Assets Litigation » ?

« The CRT concludes that the Claimant has plausibly identified the Account Owner. »

Le CRT conclut que le requérant a plausiblement identifié le propriétaire du compte.

« The CRT also notes that the name Schiff-Giorgini appears only once on the February 2001 published list of accounts determined by the Independent Committee of Eminent Persons Investigation (“ICEP” or the “ICEP Investigation”) to be probably or possibly those of Victims of Nazi Persecution. »

Le CRT note aussi que le nom Schiff-Giorgini n'apparaît qu'une seule fois sur la liste des comptes publiée le 2001 février, liste déterminée par le Comité indépendant d'investigation des personnalités éminentes (« ICEP » ou « enquête ICEP ») comme étant probablement ou peut-être celles de Victimes de persécutions nazies.

« The Claimant has made a plausible showing that the Account Owner was a Victim of Nazi Persecution. The Claimant stated that the Account Owner was Jewish, and that she was forced to go into hiding in southern France in order to escape the Nazis. »

Le requérant a fait la démonstration plausible de ce que le propriétaire du compte était une victime de persécution nazie. Le prestataire a déclaré que le propriétaire du compte était juif et qu'elle a été forcée de se cacher dans le sud de la France pour échapper aux nazis.

« The Claimant has plausibly demonstrated that the Account Owner is his mother by submitting documents including an excerpt from Les Maréchaux de la Revolution et de la Monarchie de Juillet: Leur Familie et Leur Descendance (The Marshals of the Revolution and the July Monarchy: Their Families and Their Descendants), indicating that the Claimant is the son of [REDACTED] and [REDACTED] (also known as Delia) [REDACTED], who was married to [REDACTED] until 1937. »

Le requérant a fait la plausible démonstration de ce que le propriétaire du compte est sa mère, en présentant des documents dont un extrait des Maréchaux de la Révolution et de la monarchie de Juillet : leur famille et leur descendance indiquant que le requérant est le fils de [Georges Schiff Giorgini] et [Marie Louise Adélaïde Jeanne Henriette] (connue aussi sous le nom de Delia) [Clauzel], qui a été mariée avec [Georges Schiff Giorgini] jusqu'à 1937.

« The Bank’s records indicate that the account was closed to fees by the Bank. »

Les registres de la Banque indiquent que le compte a été fermé par la Banque.

« The CRT has determined that an Award may be made in favor of the Claimant. First, the claim is admissible in accordance with the criteria contained in Article 18 of the Rules Governing the Claims Resolution Process, as amended (“the Rules”). Second, the Claimant has plausibly demonstrated that the Account Owner was his mother, and that relationship justifies an Award. Finally, the CRT has determined that neither the Account Owner nor her heirs received the proceeds of the claimed account. »

Le CRT a conclu qu'une sentence peut être rendue en faveur du requérant. Premièrement, sa requête est recevable, car conforme aux critères énoncés dans l'article 18 des règles régissant le processus de règlement des réclamations (règlement amendé). Deuxièmement, le requérant a plausiblement démontré que le propriétaire du compte était sa mère et que ce lien de parenté justifie ladite sentence. Enfin, le CRT a déterminé que ni le propriétaire du compte ni ses héritiers n'ont reçu le produit du compte revendiqué.

« Pursuant to Article 29 of the Rules, when the value of an account is unknown, as is the case here, the average value of the same or a similar type of account in 1945 is used to calculate the current value of the account being awarded. Based on the ICEP investigation, in 1945 the average value of an account of unknown type was 3,950.00 Swiss Francs. The current value of this amount is calculated by multiplying it by a factor of 12.5, in accordance with Article 31(1) of the Rules, to produce a total award amount of 49,375.00 Swiss Francs. »

En vertu de l'article 29 des règles, lorsque la valeur d'un compte est inconnue, comme c'est le cas en l'espèce, la valeur moyenne dudit compte, ou d'un type de compte similaire en 1945, est utilisée pour calculer la valeur actuelle du compte concerné. Sur la base de l'enquête ICEP, en 1945, la valeur moyenne d'un compte de type inconnu était de 3 950,00 francs suisses. La valeur actuelle de ce montant est calculée en la multipliant par un facteur de 12,5, conformément à l'article 31, paragraphe 1, des règles, de telle sorte qu'on obtient un montant total de 49 375,00 francs suisses.

« The Claimant should be aware that, pursuant to Article 20 of the Rules, the CRT will carry out further research on his claim to determine whether there are additional Swiss bank accounts to which he might be entitled, including research of the Total Accounts Database (consisting of records of 4.1 million Swiss bank accounts which existed between 1933 and 1945). »

Le requérant doit savoir que, conformément à l'article 20 du règlement, le CRT procédera à d'autres recherches sur sa réclamation afin de déterminer s'il existe d'autres comptes bancaires suisses auxquels il pourrait avoir droit, et que ces recherches seront étendues à la base de données constituée des registres des 4,1 millions de comptes bancaires suisses qui existaient entre 1933 et 1945.

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En 2003, montant de l'ancien compte bancaire de Délia Clauzel : 49,375.00 Swiss Francs, soit 43 868.82 Euros. Le déblocage de ce compte-là vaut peut-être bien, de la part d'Ellis Schiff Giorgini, quelques omissions ou approximations...

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1. Nils Gascuel. Dans le Midi de Lacan. Le mouvement psychanalytique dans le midi de la France. Chapitre 13 : Le double jeu de Laforgue, p. 156. Éditions Érès. 2016.

2. Jalil Bennani. Psychanalyse en terre d'Islam, p. 353. Éditions Érès.

3. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon. Dictionnaire de la psychanalyse. Seconde édition, p. 616. Éditions Fayard. 2000.

4. Cf. Nils Gascuel. Dans le midi de Lacan. Chapitre 5 : « Marseille, capitale européenne de la culture 1940 », p. 60 sqq.

5. Jalil Bennani. Psychanalyse en terre d'Islam, p. 339.

6. Anna Freud deviendra, elle aussi, psychanalyste.

7. Patrick Modiano. Un pedigree, p. 19. Gallimard. Coll. Folio. 2011.

8. Nathalie Beaux. Michela Schiff Giorgini. La dame de Soleb.

9. Alain de Mijolla (1996). « La scission de la Société Psychanalytique de Paris en 1953, quelques notes pour un rappel historique ». In Cliniques méditerranéennes, p. 9-30. 1996.

10. Élisabeth Roudinesco et Michel Plon. Dictionnaire de la psychanalyse. Seconde édition, p. 616.

11. Jalil Bennani. Psychanalyse en terre d'Islam, p. 408.

12. Cf. Alain de Mijolla. La France et Freud. Tome 1. « 1946-1953 : Une pénible renaissance ». PUF. 2012.

13. Mijolla Alain de (1996). La scission de la Société Psychanalytique de Paris en 1953, quelques notes pour un rappel historique. In « Cliniques méditerranéennes ». 1996. Nº 49-50, p. 9-30.

14. Délia aide son mari. Jalil Bennani. « Psychanalyse en terre d'Islam

15. Jalil Bennani. Psychanalyse en terre d'Islam, p. 408.

16. C.A. Pierson. « Paléophrénie réactionnelle. Psychopathologie de l’impulsion morbide en milieu Nord-Africain ». Maroc médical, avril 1954, p. 646. Cité par Jalil Bennani in Psychanalyse en terre d'Islam, p 23.

17. Cf. Christian Gaillard, etc. « Archétypes et/ou fantasmes originaires. Une rencontre et un débat entre analystes freudiens et analystes jungiens ». In Cahiers jungiens de psychanalyse 2011/1 (n° 133).

18. Ibidem.

19. Lettre citée par Alain de Mijolla in La France et Freud T.2 1954-1964 : D'une scission à l'autre. Année 1961. PUF. 2012.

20. Jalil Bennani. Psychanalyse en terre d'Islam, p. 402.

21. Classé dans : Philosophie, Histoire Mots clés : aucun

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